‹ Cotillon II [microforme]Chapitre 19 sur 44 · ER · texte numérisé non relu

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Le grand lever était exclusivement réservé à Versailles: c'était un grand acte de grande cérémonie.

Le pelit lever n'avait lieu que lorsque le roi était peigné et rasé, Le Dauphin ou un des plus grands sei- #neurs lui présentait la serviette. La chemise était également donnée par un prince du sang, ou, à défaut, par le chambellan de la couronne.

Tous ceux qui avaient les grandes entrées assistaient ou grand lever,

Quand le roi était complètement habillé et que l’aumônier service avait répété les prières, les ambassadeurs eniraient, Le grand lever se terminait à l'heure du conseil.

C'était le lever favori de Louis XIV.

Le lever favori de Louis XV était le pelil lever, infiniment moins long et plus familier que l'autre.

Dés que le roi était réveillé et avait récité l'office du Saint-Esprit, le petit lever commençait.

Les princes du sang, les principaux officiers de la maison du roi et les intimes étaient seuls admis au petit lever du roi.

Paraïtre an petit lever était une faveur toute spéciale qui indiquait une hante influence et un puissant crédit, car au pelil lerer on causait familiérement avec le roi et on échangeait en riant les bruits de la ville et les ancdotes de cour.

Huit heures venait de sonner, et le petit salon des Glaces, celui qui, à Choisy, précédant la chambre du roi. remplissait les fonction de l'OEïil-de-Boeuf de Versailles, était encombré par les invités au château.

Louis XV avait conservé les habitudes de Louis NIV. Chaque matin, le valet de chambre en quartier qui couchait dans la chambre du roi, au pied du lit, réveillait le roi à huit heures,

(Quand le roi était absent plusieurs jours, un autre valet de chambre que celui en quartier, qui suivait son

naître, couchait au pied du lit vide, afin que la couche royale fût toujours gardée).

De huit heures un quart à huit heures et demie, le petit lever commençait: cela dépendait de la facilité plus où moins grande avec laguelle le roi se réveillait. A huit heures done, tous les favoris et les favorisés étaient dans le salon d'attente,

Ce salon des Glaces avait trois communications: la première avec l'antichambre du roi, la seconde avec la chambre du roi et la troisième avec le cabinet des Perruques,

A a porte de la chambre du roi, devant le battant de droite se tenait debout, le dos appuyé entre le chambranle, la main posée sur le bouton de la serrure, un suisse de taille colossale, carré des épaules et aussi rouge de visage que de costume.

Ce suisse (tait le même que celui de l'OEil-de-Bocuf de Versailles, et il vivait dans ces salons d'attentes comme un gros oiseau (dans sa cage sans jamais en sortir.

Un simple paravent entourant l'angle de la salle, à droite de l'entrée de la chambre du roi, servait d’habitation au suisse. Là était son lit, là était sa table. Jour ei nuit, aux ordres du roi, qu'il fût à Choisy, à Versailles, à Fontainebleau, à Marlv, le suisse demeurait en faction à la porte de la chambre à coucher dans laquelle Personne ne pouvait pénérer sans son agrément

Son service consistait à ouvrir et À fermer la porte et à proncacer douze mots formant quatre phrases avant chacune un sens différent :

“Passez, messieurs, passez !

“Messieurs, le Roi!

“Retirez-vous !

“On n'entre pas, monseigne ur!

> ; 334: + Personne n'« tit ré jondre ü ii suisse, Princes #, ducs,

marquis, contes : fuyaient devant sa voix où accouraient à son appel. Les princes et les princesses du sang

même étaient renvoyés où accueillis par lui sans qu'au eune réflexion ne lui fut à dressée,

Le suisse n'avait qu'un maitre: de roi I m'avait d'ordre à recevoir que d'un seul: du roi Fout ce qu n'était pas le roi n'existait pas pour lui

Au moment où huit heures avaient sonné, le atisse, qui jusqu'alors était demeuré derrière son paravent, en était sorti et était venu se placer devant la porte,

Tous les regards des courtisans s'étaient alors fixés sur cette large main qui, tmmolule sur Le bouton, allait tout à l'heure permettre l'accès du roval sanctuaire,

Dans le salon des Gites se pressaient parmi Les inti. mes toutes les célébriies conquérantes de la cour: Re chelieu, Grammont, la Trémouille, Créqui, Maurepas, T'avanne, Coignv, Souvré et d'autres encore.

La conversation était brillante et bruvante.

“Et Flavacourt est parti? disut Souvré en riant.

— Jui, répondit la Trémouille, Fest parti et al a enlevé sa femme!

—Ï] n'a pas voulu, ajouta Créqui, qui Mme de Flu vacourt héritât de ses soeurs.

—C'est la cinquièine fille de Nesle, dit Coiunv.

NS; sa réponse est vraie, elle peint un beau caractere, dit Favanne.

— Elle est exacte, dit Richelieu, car cest à moi qu'elle a été faite, Entre nous, messieurs, je n'étais pus fâche de savoir si Mine de Vintimille avant succédé à Mme de Mille. Mme de Lauraguais à Mme de Vintimill Mine de Châteauroux à Mme de Laüraguaïs, Mine de

Flava urt ne rit pas d sposée a ue 4] F dl \|: AS

Chateauroux. Je cansai done un soir avec elle et je pogai ja question isseZ vertement: — “L’héntage le vosoeurs: est vôtre.” dis-je. Elle mineuda et sourit, } elles mestisstss lié visa Ta fo sig nl Vu Lésss côté de la situation: Je parlai richesses, puissance, yloi.

ra, bonheur, adoration... — “Ceit beau. tout cela. me

ne

dit-elle enfin, mais je préfère à tout cela l'estime de mes contemporains !” -Peste! dit la Trémouille en riant, quel esprit fort !

— Esprit fort ou esprit forcé! dit M, d Maurepas avec ce sourire railleur qui lui était familier. et qui plus tard Jui coûta Le portefeuille,

—-Comment : esprit forcé! demanda Créqui,

Où. Mme de Flavacourt eat partie avec son mari, L'est-ce pas?

— Partis tous deux, avant-hier matin. pour leur terre du Dauphiné, dit le due de la Trémouille,

—Eh bien! il y a trois jours, Flavacourt eut. à ce qu'il paraît, une conversation avec ga feume, 1 fut question du roi triste et esseulé depuis la mort de Ja duchesse, Mme de Flavacourt souriait en regardant le Marquis. Celui-ci se pencha vers elle, Ini prit la main, la baisa, et Jui dat galamment : “Ma chère, avez-vous envie de vivre ou de mourir? -— Vivre! répondit-elle. — Alors, madame, partons demain. et sOVons quelques Iois sans revenir à la cour.”

—Flavacourt à dit cola? dit Gramimont,

— Qui! cela vous étonne ?

—Nullement ! Flavacourt, Sit Le pensait, scrait home me à tuer 8&a femme comme à lui baiser la main.

— Et qu'a-teelle répondu, Ja marquise” demanda Coignw.

— Elle a ri de la jalousie de son Marti, ais elle Lui a demandé de partir la nuit méme Sans attendre au lendemain!

Que Flavacourt se soit mêlé OÙ non de la chose. ‘hé Richelieu, toujours est-il que la marquise eat partie,

—Et que le roi s'ennuie! dit Girammont.

— Et que rien ne lui plait... ajouta Souvré.

C'est-à-dire ne Jui plaisait, dit Tavanne.

— Comment 2 oagmment 2 demandèrent à in fois Îa

Trémouille, Maurepas, Créqui et Coign\

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- Que distu done, Tavanne? ajouta Grammont.

Je dis que rien ne plaisait au roi.

—Ce qui signitie que maintenant quelqu'une ni plaît.

— Peut-être,

— Et qui donc?

—Je ne sais, mais depuis avant-hier, depuis la chasse au sanglier dans laquelle le roi a eo en un danger si grand, 11 est infiniment plus gai qu uet at.

(Cest vrai! dit Sonvré.

—Trésvrai! dit la voix d'un :

—Bonjour de Bridge! dit KR Ù “tr! la

nain lu premier écuver du

Vous disiez que le roi 6 Ü pi \ « Hasse, reprit de Bridge, cela € | pète, ot Ja preuve, C'est qu'hier, même au débit 2 Majesté à pare couru la forôt à cheval avec une arc 4 ur catrain...

—(Qui n'ont permis qu'à Richel: \ ‘favanne de

le suivre, dit la Trémouille: car eux sesls, par suite d'un hasard aussi heureux pour eux ar malheureux pour nous, étaient merveilleusement monies...

—Ouil dit de Bridge, ces messieurs avaient les chevaux les plus vifs des grandes écuries,

—(C'est vous qui nous les aviez fait donner, monsieur l'écuver ! dit Richelieu.

— Non!

— Mais cela ne saurait vous contrarier que nous ayons pu suIvre le roi ?

—J'eusse voulu être à sa place monsieur le due.

— Et moi à la vôtre, mon cher de Bridge, le soir du bal inasqué de Versailles, où la belle présidente vous prit pour le roi et où vous vous laissâtes prendre..."

Une bruvante gaieté accueilit ce souvenir d'une ré- ‘epte aventure Jégèrement arrivée à Versailles.

“Eh! de Bridge, le courtier des nouvelles anmsantes,

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