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“En sortant de Ja chapelle, poursuivit Richelieu, Sa Majesté s'est retournée pour vous lancer un dernier recard, etais auprès du roi qu vaut daigné causer avec
toute la matinée, avan remarque l'rttention que le roi vous avait accordée, ma iv, et lorscw’en quittant la chapelle, je le vis vous poursuivre d'ux dernier coup d'oeil :
“-Sire, dis-je, voici un regard, qui, s'il est remarqué par Mie la duchesse de Chevreuse, doit lui donner ui élaucement dans le pied droit.
Pourquoi? me demanda le roi.
Parce que c'est pour cette dame à laquelle vous adressiez ce rewar| que Mie de Chevrense a eu le pied
Le roi sourit, IE se souvenait de l'aventure. Vous savez ce que je veux dre, madame? C'était à propos de cet opéra que vous aviez chanté chez Mme de Villemur. Mme de Chevreuse vous avait entendne et elle était teliement emerveillée et de votre talent et de votre personne, qu'elle vous dépeignit devant le roi d’une façon telle que Mine de Châteauroux Jui écrasa le pied avec le talon de sa mule ponr la faire taire.
Le roi, à ce souvenir, secoua doucement la tête :
—Le fait est, dit-il, que si elle chante en proportion de sa beauté, elle doit être très attrayante à entendre,
Le roi a dit cela, monsieur le due? murmura Mme d'Etioles.
Oui, radame UT Fa dit et nueux, il J'a pensé. Vous avez dû re narquer les deux fois que Na Majesté vous a rencontrée dans ses chasses dans la forêt de Sénart, QU'IE éprouvait grand plaisir à vous voir.
—Je ne sais si je dois croire...
— Pourquoi vous 16 dirais-je si cela n’était point.”
Han vla 7 : 11: sc F SES SN Mme d'Etioles continuait ea promenade, eachant de
moins en moins l'émotion qui s'était emparée d'elle, Richelieu semblait suivre tous les progrès de cette émo-
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tion en docteur ès-amours consommés: il voyait tout, devinait tout et comprenait tout.
“Chère belle, dit-il d'une voix insinuante, ne récompenseriez-vous pas cette pauvre Lebon si sa prédiction se réalisait ?”
Mme d’Etioles étouffa un cri:
“Mme Lebon! répétait-elle avec étonnement. Quoi! vous savez...
—Qu'’elle vous à tiré la bonne aventure alors que vous étiez enfant? Sans doute, je le suis. J’attendais dans un Salon voisin quand elle a consulté le destin, et j'ai entendu formuler les réponses.
—Oh! monsieur le duc!... Taisez-vous!... Ne dites Jamais à personne...
—Que la Lebon vous à prédit que vous seriez un jour reine de France de par l'amour du roi? Non! je ne dirai rien, madame, Je laisserai ces événements suivre leur cours.”
£t se penchant vers elle : |
“Aujourd’hui, dit-il, Sa Majesté chasse dans la forêt de Sénart, vous ne l'ignorez pas. 11 courra un sanglier, je le sais. (C’est donc Créqui qui, en sa qualité de capilaine du vautrait, mènera la chasse. Voici ja liste des allées par lesquelles le roi passera successivement en chassant. .. J’en ai le double, je vais le remettre à Créqui qui agira en conséquence.”
Mme d’Etioles voulut ouvrir la bouche : Richelieu posa un doigt sur ses lèvres.
“Adieu! dit-il. Je vous Jaisse réfléchir müûürement et décider vous-même. Je vais retrouver Créqui, car il faut que nous partions. Le temps presse !”
En saisissant la main de Mme d’Etioles qu’il baisa galamment, le duc s’éloigna en lui adressant un dernier geste.
Antoinette demeura à la même place anxicuse et agi-
tée. Un violent combat se Livrait en elle: dog espérances folles traversaient son esprit.
Cest que depuis longtemps une pensée étrange ne quitait ni jour ni nuit la belle et gracieuse femme.
Vivant, en fille de Plutus, au milieu d'un luxe que la générosité inépuisable de son Parrain Tournehem faisait splendide, Antoinette s'était lussée caresser par la pluie de flatteries de fous genres qui tombait autour d'elle.
Exaltée par ces éloges, ces admirations, ces adu! {ions incessantes, tnCotragée par son miroir qui donnai: raison à tous ceux Qui lui parlaient, elle s'était fait un monde fictif, un véritable monde des Mille ol une Nuits, où les princes du Sang les plus fortunés et Jos plus puise Sants, les plus braves et les plus beaux se Prosternaient à ses pieds, Jui Proposant l'échange de leur Couronn contre un seul de ses baisers.
En proie à cet océan de pensées qui se ruait sur olle Comme les vagues sur la falaise. Antoinette était jm Mobile près d'une haie de lierres au feuillage touffus et épais.
Tenant dans ses mains le papier indicateur que Jui avait offert Richeïieu, elle le déplia doucement et le Päreourut du regard:
“Que faire ?” Murmura-t-elle en femme qui com- Prend que l'instant Suprême est arrivé et que sa destinée tout entière est en Jeu.
C’est l’avenir que l’on joue à pile ou face, à rouge où noir avec le hasard pour juge et pour adversaire,
Antoinette était 0Ppressée et l'animation de sa phy- SlOnoMie peignait ee qui se passait dans son âme, El Joignit les mains et elle répéta, sinterrogeant elle. même :
“Que faire ?
— Agir aujourd’hui même, sans perdre ue minute !” dit une voix.
TE
Antoinette se retourna brusquement: Ja haie de lierres venait d’être écartée et une tête d’homme apparaissait. Le visage était recouvert d’un masque de velours noir.
Antoinette étouffa un cri:
“Que l'étoile brille aujourd’hui dans le jour! dit le mystcrieux personnage, le destin le veut !”
La tête disparut: les lierres se refermèrent.