DE MADAME DU BARRY
(Extrait du Catalogue.)
M. Le Roi a publié le catalogue complet des vor lûmes provenant de M'"^ Du Barry, possédés aujourd'hui par la bibliothèque de Versailles, et dont j'ai parlé plus haut (i). Le lecteur trouvera ici, avec intérêt je pense, quelques extraits de cette historique et curieuse collection.
Les Œuvres de Clément Maroty revues et augmentées de nouveau. La Haye, 17 14, 2 vol. in- 12.
(1] Voyez ^ note page 168.
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Les Œuvres de François Villon, avec les notes de Clément Marot et les Poésies de Jean et de Michel Marot. Paris, Coustelier, 1723, 2 vol. petit in-8.
Les Métamorphoses d'Ovide, traduites en français par Pabbé Banier. Paris, Nyon, 1738, in-4, avec figures.
Satires et autres œuvres de Régnier, nouvelle édition, augmentée par Lenglet du Fresnoy. Londres, Tonson, 1733, in-4. Belle édition dont les pages sont entourées de cadres rouges.
Les Poésies du roi de Navarre, avec des notes et un glossaire français, précédées de l'histoire de la langue française depuis Charlemagne jusqu'à saint Louis. Paris, Guérin, 1742, 2 vol. in-i2.
Œuvres de M^" et de M^^^ Deshoulieres. Paris, les Libraires associés, 1754, 2 vol. in- 12.
UArt d'aimer et le remïde d'amour, traduction d'Ovide par l'abbé Marolles. Amsterdam, 1757, 1 vol. in-12, avec figures de Vanloo et Eisen .
V Univers perdu et reconquis par V amour, suivi d'Iphis et Amaranthe, ou V Amour vengé, par de Carné. Amsterdam, 1758, 1 vol. in-8.
La Farce de maistre Pathelin. Paris, Durand, 1762, i vol. petit in-8.
Le Hasard du coin du feu, dialogue moral par Crébillon fils. La Haye, 1763, 1 voI.in-12.
L7/wi^ d'Homère. Paris, 1766, 2 vol. in-8.
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La Pharsale de Lucain. Paris, 1766, 2 vol. in-8, avec figures.
Le Roman comique de Scarron. 1766, 3 vol. in-12.
Traité de la prosodie française, par Tabbé d'Olivet. Paris,
Œuvres complètes de M, le c. de B. (i), dernière édition. Londres, 1767, in-12.
Essais de Montaigne. Londres, 1769, 10 vol. in-12.
Le Messie, poème en dix chants de Klopstock, traduit. Paris, Vincent, 1769, 2 vol. in-12.
Narcisse dans l'île de Vénus, poëme en quatre chants, de Malfilâtre. Paris, 1769, i vol. in-8.
Les Nuits d'Young, par Letourneur, traduites. Paris, 1769, 4 vol. in-8 avec figures. .
Les Baisers, précédés du Mois de mai, par Dorât. La Haye et Paris, 1770, in-8.
Les Comédies de M. Marivaux. Paris, 1732, 2 vol. in-12.
Tragédies-opéras de Métastase, traduites. Vienne, 1751, 12 vol.in*i2.
Œuvres dramatiques de Néricauît-Destouches. Paris, 1758, 10 vol. in-12.
(i) Le cardinal de Bernis, qui, en raison des poésies légères contenues d'ans son volume, et de la dignité dont il était lui-même revêtu, n'avait pas osé mettre son nom sur son livre.
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Œuvres d'Alexis Piroriy figures d'après Cochin. 1758, 3 vol.
in-i2.
Les Chefs-d'œuvre de Pierre et de Thomas Corneille, avec
les Commentaires dt Voltaire. Paris, 1771, 3 vol. in-12.
Thidtre des Grecs, par le P. Brumoy, traduit. Paris, 178$, 13 vol. in-4.
Les Aventures de TiUmaque fils d'Ulysse, par de La Motte Fénelon. Paris, 1730, in-4, avec figures de Coypel, Souville, Gazes et Humblot.
Œuvres de maître François Rabelais, avec figures de Picart. Amsterdam, 1741, 3 vol.
Amours de Thèagïneet Chariclie, 2 vol. in-8, Londres, avec figures, dont quelques-unes sont assez licencieuses.
Histoire amoureuse des Gaules, par Bussi-Rabutin. I7S4>
S vol. in-12.
La Nouvelle Héloîse de J. J. Rousseau. 1764, 4 vol. in-i2,
avec figures de Gravelot.
Contes moraux, par Marmontel. 3 vol. in-12, 176$, avec portrait et figures.
Voltariana, ou Éloges amphigouriques de feu M. Arouet,
sieur de Voltaire, discutés et décidés pour sa réception à
l'Académie française. Paris, 1748, in-8.
Lettres de Rousseau sur différents sujets de littérature. Genève,
Barillot, 1750, 5 vol. in-12.
Pensées de Pascal sur la religion et sur quelques autres sujets.
Paris, Desprez, 1761, i vol. in-12.
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Rôcueil de lettres de Mme'Ia marquise de Sévigné à Mme de Grignan. Paris, Compagnie des libraires, 1763, 8 vol. in-12.
Lettres secrïtesdeM. de Voltaire. Genève, 1765, i vol. in- 8.
Œuvres du philosophe de Sans^Souci, au Donjon du château. 1750, 3 vol. in-8.
Œuvres de Saint-Êvremont, avec la vie de l'auteur. 1753,
1 1 vol. in- 12.
Œuvres diverses deJ. J, Rousseau. Neufchâtel, 1764, 8 vol.
in-12, avec figures et portrait.
Les Œuvres de Vabhl de Saint-RèaL 8 vol, in-12.
Œuvres posthumes de Frédéric II, roi de Prusse. Berlin, Woss et Decker, 1788, 15 vol. in-8, reliés en maroquin fauve, avec armes sur le dos.
Divers éloges, par Thomas. Paris, Regnard, 1763-1773, 1 vol. in-8.
Mémoires dé la cour de France pour les années 1 688 et 1 689, par Mme la comtesse de La Fayette. Amsterdam, Bernard, 1731, 1 vol. in-12.
Histoire de la vie et du rlgne de Louis XIV, par Bruzen de la Martinière. La Haye, 1740, 2 vol. in-4.
Histoire du règne de Louis XIII, par le P. Griffet. Paris, 1758, 2 vol. in-4.
Les Amours de Henri IV, roi de France, avec ses lettres galantes à la duchesse de Beaufort et à la marquise de Verneuil. Amsterdam, 1765, deux parties en i vol., in-12.
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Histoire philosophique et politique^ des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, Neufchâtel, 1783, 10 vol. in-8, reliés en maroquin vert; armes au dos.
Monuments de la mythologie et de la poésie des Celtes, et particulièrement des anciens Scandinaves y pour servir de supplément et de preuves à l'introduction de l'histoire du Danemark, par Mallet. Copenhague, Philibert, 1756, i vol. in-40.
Histoire de P Académie française, par Pellisson et d'Olivet, troisième édition. Paris, Coignard, 1743, 2 vol. in-12.
Correspondance secrïte, politique et littéraire ^ ou Mémoires pour servir à l'histoire des cours, des sociétés et de la littérature en France, depuis la mort de Louis XV. i789-i790>par Métra et autres, 14 vol. in-12, reliés en veau vert; les armes sur le dos. On est d'autant plus étonné de trouver cet ouvrage parmi les livres de M^e Du Barry, qu'elle y est fort maltraitée.
UAlcoran de Mahomet, traduit de l'arabe. Amsterdam, 1770, 2 vol. in-12.
Emile, ou De V éducation, par J. J. Rousseau. Amsterdam, 1762, 2 vol. in-12.
Essai philosophique concernant l'entendement humain, par Locke, traduit de l'anglais. Amsterdam, 1758, 4 vol. in-12.
Histoire du' ciel considéré selon les idées des poètes, des
philosophes et de Moïse, par Noël Planche. Paris, Estienne, 1739, 2 vol. in-12.
Considérations sur la constitution de la marine militaire de France, par Secondât. Londres, 1756, i vol. in-12.
Rouge végétal à l'usage des dames , avec une lettre à M*** sur les maladies des yeux causées par l'usage du rouge et du blanc, par le docteur Deshais-Gendron. Paris, 1760, I vol. in-12.
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EXTRAIT DU JOURNAL LA NOUVELLE MINERVE (i).
(( J'entendis au loin des cris déchirants, et aussitôt je vis sortir de la cour du palais de justice cette fatale charrette que fiarère^dans un de ces accès de gaieté qui lui étaient si familiers, avait appelée la bière des vivants. Une femme était sur cette charrette, qui approcha lentement de Tendroit oîi je m'étais arrêté. Sa figure, son attitude, ses gestes, exprimaient le désespoir arrivé au plus haut paroxysme. Alternativement d'un rouge foncé et d'une pâleur effrayante , se débattant au milieu de l'exécuteur et de ses deux
(i) L'auteur a raconté à sa façon Thistoire de l'arrestation de la Du Barry, à qui il donne aussi quarante deux ou quarante -trois ans, alors qu'elle en avait cinquante passés.
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aides, qui avaient peine à la maintenir sur son banc, et poussant de ces cris affreux que je disais tout à rheure , elle invoquait tour à tour leur pitié et celle des assistants. C'était M"^ Du Barry que Ton conduisait au supplice. Revenue de Londres cinq ou six jours auparavant pour retirer de son château de Louveciennes des bijoux de prix qu'elle y avait cachés en partant pour rémigration, elle avait été dénoncée, le soir même de son arrivée, par son nègre favori, Zamore, gardien du château en son absence, et traduite au tribunal révolutionnaire. Agée alors de quarante-deux à quarante-trois ans seulement, sa figure, malgré la terreur profonde qui en altérait les traits, était encore remarquablement belle. Entièrement vêtue de blanc, comme Marie-Antoinette, qui Tavait quelques semaines auparavant précédée sur la même route, ses cheveux, du plus beau noir, formaient un contraste pareil à celui que présente le drap funéraire jeté sur un cercueil. Coupés sur la nuque, ainsi que cela se pratique en pareil cas, ceux de devant étaient ramenés à chaque instant sur le front par ses mouvements désordonnés, et lui cachaient une partie du visage. « Au nom du ciel, mes « amis, s'écriait-elle au milieu des sanglots et
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< des larmes, au nom du ciel, sauvez-moi, je
< n*ai jamais fait de mal à personne ; sauvez- « moi. »
« La frayeur délirante de cette malheureuse femme produisait une telle impression parmi le peuple, qu'aucun de ceux qui étaient venus là pour l'insulter à ses derniers moments ne se sentit le courage de lui adresser une parole d'injure. Autour d'elle tout semblait stupéfié, et Ton n entendait d'autres cris que les siens; mais ces cris étaient si perçants qu'ils auraient, je n'en doute pas, dominé ceux de la multitude, si elle en eût proféré.
« J'ai dit tout à l'heure, je crois, que personne ne s'était senti le courage de l'injurier. Si fait, un homme, un seul, vêtu avec une certaine recherche, éleva la voix au momentoîi, la charrette passant vis-à-vis de moi, la patiente, toujours s adressant au peuple, s'écriait: « La vie! « la vie ! qu'on me laisse la vie, et je donne tous a mes biens à la nation. — Tu ne donnes à « la nation que ce qui lui appartient, dit cet « 'homme, puisque le tribunal vient de les con- « fisquer, tes biens. » Un charbonnier, qui était placé devant lui, se retourne et lui donne un soufflet ; j'en éprouvai un sentiment de plaisir.
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« On sait que pendant toute la route elle continua à pousser les mêmes cris, et à s'agiter dans des convulsions frénétiques pour fuir la mort qui déjà l'avait saisie; aussi on sait qu'arrivée à Téchafaud il fallut user de violence pour l'attacher à la fatale planche, et que ces derniers mots furent ceux-ci : a Grâce! grâce! monsieur le a bourreau! encore une minute, monsieur le « bourreau ! encore ^ Et tout fut dit. »
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EXÉCUTION DE M^e DU BARRY
(Par MM. de Concourt.)
C'était le temps oti le courage ressemblait aux victimes et n'avait plus de sexe. Condamnées comme des hommes, les femmes mouraient comme des hommes ; on les eût dites jalouses du droit de mourir. Celles-ci montaient à Téchafaud comme au sacrifice, celles-là comme à une tribune... Les bourgeoises mouraient en Romaines, les grandes dames mouraient en grands seigneurs, les reines mouraient en rois; mais toutes avaient le cœur et la force d'une idée, d'un principe, d'une foi, d'un devoir, d'un droit, d'une passion, d'une illusion, de quelque chose enfin qui soutient l'âme et porte l'agonie. M"e Du Barry n'avait rien de cela pour l'aider
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à mourir; et s'il est dans son histoire un scandale qu'on doive lui pardonner, c'est le scandale d'une mort qui attendrit la Terreur.
En montant sur la charrette, la pauvre femme devint pâle comme une morte. La foule, une foule immense, attendait la courtisane du ci-'devant tyran. Le peuple se pressait pour regarder passer cette prodigieuse fortune. Celle qu'on regardait ne voyait rien, n'entendait rien ; c'étaient des soupirs brisés, des sanglots, desétoufTements... quand tout à coup, auprès du Palais-Royal, à la barrière des Sergents, levant les yeux, elle aperçut le balcon d'une maison de modes oîi les ouvrières s'étaient rangées pour la voir une dernière fois. . . Cette maison, c'était la maison oti elle avait été ouvrière en modes. Peut-étrealors, dans un de ces éclairs de l'agonie, dans une de ces lucidités de la dernière heure qui précipitent le souvenir et les images de toute une vie, elle revit tout son passé, sa jeunesse, puis Versailles, puis Luciennes... Rêve d'une seconde, dont elle sortit en poussant des cris!...
Cependant la foule s'étonnait : elle était habituée à si bien voir mourir, que cette femme lui semblait pour la première fois une femme qu'on allait tuer. Il y avait dans les groupes cette pre-
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mière émotion qui est dans un peuple comme l'ébranlement de la pitié. L'officier faisait fouetter les chevaux de la charrette et brusquait le spectacle... La charrette arrivait à Téchafaud à quatre heures trente minutes de relevée.
M™e Du Barry descendit la première ; on l'en-i^ tendit sur l'escalier de Téchafaud, éperdue^ désespérée, folle d'angoisse et de terreur, se dé^ battre, supplier, demander grâce, crier : « A moi ^^ à moi ! » comme une femme assassinée par desè * voleurs...
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