COMITÉ DE SÛRETÉ GÉNÉRALE
An II de la République une et indivisible (^9 brumaire .
Le comité de sûreté générale ayant pris connaissance des diverses pièces trouvées chez la nommée Du Barry, mise en
état d'arrestation par mesure de sûreté générale, comme personne suspecte, aux termes du décret du 1 7 septembre dernier (vieux style), considérant qu'il résulte de l'ensemble desdites pièces que la femme Du Barry est prévenue d'émigration et d'avoir, pendant le [séjour qu'elle a fait à Londres, fourni aux émigrés des secours pécuniaires et entretenu avec eux des correspondances suspectes ; et que les nommés Wandenyver père et fils, négociants, sont prévenus d'avoir fait passer des fonds à la femme Du Barry pendant qu'elle était en Angleterre ; arrête : que la femme Du Barry, prévenue d'émigration, et que les nommés Wandenyver, prévenus d'avoir fait passer à ladite dame des fonds pendant son séjour à Londres, seront traduits au tribunal révolutionnaire pour être poursuivis et jugés à la diligence de l'accusateur public.
Les représentants du peuple, membres du comité de sûreté générale de la Convention nationale,
VouLAND, David, Vadier, Dubarran, Jagot, Panis, Lavicomterie.
Toujours à Sainte-Pélagie, manquant de tout, obligée d'emprunter de l'argent à ses geôliers euxmêmes, M^^ Du Barry espérait cependant encore; elle pouvait craindre, pensait-elle, la confiscation de ses biens, mais elle ne voulait pas redouter la mort. La notification de la pièce que nous venons de citer fut pour elle un coup de foudre ; elle crut cependant pouvoir attendrir ses juges; elle écrivit naïvement à
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ce Fouquier-Tinville, accusateur public, la lettre suivante, comptant beaucoup «ir Peffet qu'elle croyait produire encore, et sur les sentiments « de justice et d'éqmté » qu'elle s^imaginait trouver dans Pâme de ses juges, et jusque « dans le cœur » d'un pareil homme!...
Citoyen accusateur public,
J'espère que tu voudras bien, dans l'examen impartial que tu feras de Taffaire malheureuse que Greive et consorts m'ont suscitée au tribunal^ ne voir en moi que la victime d'une intrigue pour me perdre.
Je n'ai jamais émigré, je n'en ai jamais même eu l'intention. Je n'ai jamais fourni d argent aux émigrés, je n'ai jamais entretenu de correspondances criminelles avec eux, et si les circonstances m'ont engagée à voir soit à Londres, soit en France, ou des personnes de la cour ou des personnes qui ne marchaient pas dans le sens de la Révolution, j'espère bien, citoyen accusateur public, que tu sauras, dans la justice et l'équité de ton cœur, apprécier et les circonstances où je me suis toujours trouvée et les liaisons connues et forcées avec le citoyen Brissac, dont la correspondance est sous vos yeux.
Je compte sur ta justice, tu peux compter sur la reconnaissance éternelle de la citoyenne.
Vaubernier Du Barry.
Deux jours après, un arrêté spécial du comité fut également rendu contre MM. Vandenyver, décidant
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a qu^ils seraient traduits au tribunal révolutionnaire pour y être jugés pour avoir été les instruments d'un complot de banqueroute générale qui aurait perpétué Pesclavage des Français et sauvé la tête du tyran, et entretenu les abus de la féodalité qui servaient au déshonneur de la nation française... » L'argent fourni par eux à M'"^ Du Barry, pendant ses voyages à Lonr dres, était le prétexte de l'accusation ; en réalité, le Comité n'était pas fâché d'avoir à frapper ces riches banquiers, qui faisaient alors les affaires des familles les plus considérables de la France et même de l'Europe, et entretenaient ainsi avec l'étranger de nombreuses correspondances, qui avaient déjà mainte fois éveillé l'attention et les soupçons du nouveau gouvernement.
M™* Du Barry eut d'abord à subir un interrogatoire secret qui dura plusieurs heures, et qui devait servir de prélude à son procès public. C'est le 2 frimaire que le vice-président Dumas la fit comparaître devant lui:
D. Lui a demandé ses nom, prénoms, et âge.
R. A déclaré se nommer Jeanne Vaubernier Du Barry, être âgée de quarante-deux ans (i), née à Vaucouleurs, demeurant à Luciennes.
(1) Née le 19 août 1743, elle avait cinquante ans sonnés. A vait-
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D. Â quelle époque elle a commencé à être attachée à la cour ?
R. En 1769, et y a demeuré jusqu'en 1774.
D. Comment et sur quel ordre les sommes qu'elle a dépensées dans ces intervalles lui étaient payées ?
R. Sur des ordres particuliers que Louis XV donnait pour chaque payement; que Beaujon est le seul qui lui ait fait des payements, et instamment ajoute que Beaujon avait reçu par Berlin, ministre, Tordre d'acquitter les dépenses, à vue des bons de la répondante, et que tous les mois il lui fournissait un état des payements ; qu'elle a aussi touché quelques sommes sur ses bons particuliers.
D. Si elle n'a pas usé de sa position pour solliciter et faire accorder à ses protégés les emplois les plus importants del'Ëtat?
R. Qu'elle a influencé et déterminé quelquefois le roi dans les choix qu'il a faits,
D. Si elle n'a pas sollicité et obtenu pour certains de ses protégés des pensions et gratifications ?
R. Quelquefois, et ne s'en rappelant pas assez pour en donner des détails.
D. Si depuis 1774 elle a eu des rapports avec la cour de Louis XVI ?
R. Qu'elle n'a eu aucun rapport immédiat; qu'à cette époque, devant une somme de deux millions sept cent mille livres, elle en avait formé la demande au roi, demande qui resta sans réponse ; ce qui la détermina à demander que des contrats à elle appartenant fussent, à concurrence d'un million, échangés contre dés espèces, ce qui lui fut accordé; qu'avec ce million et le produit de bijoux,
elle l'espoir, en se rajeunissant ainsi de huit ans, d'attendrir et dMnfluencerses juges ?
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vaisselle et tableaux par elle vendus au roi, elle a acquitté une partie de ses dettes , dont il reste encore environ deux cent cinquante mille livres à payer.
D. Puisqu'elle n'a pu acquitter ses dettes en épuisant ses ressources, quelles ont été les ressources par lesquelles elle a suffi aux dépenses considérables qu'elle a faites dès lors ?
R. Que ses dépenses n'ont pas été considérables; qu'il lui est resté quatre-vingt-dix mille livres de rentes viagères placées sur l'hôtel de ville de Paris; que les capitaux de ces rentes et que celles énoncées dans ses réponses précédentes provenaient des largesses de Louis XV.
D. Quelle était, à l'époque de 1774, la valeur de son mobilier en bijoux, diamants, tableaux et meubles ?
R. Qu'elle n'en sait rien ; qu'elle a évalué dans le temps à quinze cent mille livres les diamants qui lui ont été vqlés, ce qui ne faisait que partie de ceux qu'elle avait possédés.
D. Si, depuis la Révolution, elle n'a pas conservé des rapports avec les personnes qui étaient attachées à la cidevant cour ?
R. Qu'elle a vu chez elle quelques-unes des personnes qui étaient attachées à cette cour, notamment Brissac, Beauvau et autres.
D. Si elle n'a pas reçU chez elle des émigrés rentrés ?
R. Que non.
D. Si elle n'a pas eu des correspondances avec Galonné, sa femme, ou d'autres femmes à gages ?
R. Que non ; qu'elle croit avoir reçu de la femme Galonné une seule lettre, à laquelle elle n'a pas répondu.
D. Si elle n'a pas fait plusieurs voy;^ges en Angleterre ; quelles ont été les causes et les époques de ses retours en France ?
R. Qu'elle a fait quatre voyages en Angleterre pour y
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suivre des procès relatifs au vol de diamants qui lui avait été fait.
p. Si elle n'a pas eu connaissance des lois rendues contre les émigrés ; pourquoi elle ne s'y est pas conformée ?
R. Qu'elle en a eu connaissance par les papiers publics et par une lettre de son banquier; qu'elle a cru qu'étant partie avec des passe-ports, pour des affaires, ces lois ne lui étaient pas applicables.
D. Si elle a fréquenté à Londres les émigrés français^ et quels sont ceux qu'elle y a vus particulièrement ?
R. Qu'elle a vu quelquefois Crussol et sa femme, de Poix, d'Aiguillon, Galonné et sa femme, et Frondeville, qui était ci-devant président au parlement de Rouen.
D. Si elle n'a pas remis différentes sommes à des émigrés français ?
R. Qu'elle a remis à Frondeville vingt-deux guinées pour jouer pour elle, et qu'il les lui a rendues dans les vingt-quatre heures.
D. Qui lui a fourni de l'argent pour ses différents voyages à Londres ?
R. Que c'est Vandenyver, son banquier.
D. Quelles sont les sommes qu'il lui a remises ?
R Une lettre de crédit de six mille livres sterling lors de son premier vdyage, et plus tard une lettre de change de cinquante mille livres sterling; ajoute que la première lettre était pour les trois premiers voyages, et la seconde pour le» dernier ; que Vandenyver avait en main des sommes à elle équivalentes aux avances qu'il faisait.
D. Si elle n'a pas eu le dessein, étant à Londres, de placer une somme de deux cent mille livres?
R. Qu'au mois de janvier dernier, étant à Londres, elle
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a placé deux cent mille livres à la disposition de Roh an- Chabot, moyennant des hypothèques.
D. Pourquoi elle a entretenu des correspondances avec les ennemis de la Révolution ?
R. Qu'elle n'en a point entretenu avec de telles personnes.
D. A elle observé qu'il existe d'elle des correspondances avec des émigrés qui sont les ennemis déclarés du peuple français et avec les conspirateurs à l'intérieur ?
R. Qu'elle a reçu quelques lettres et qu'elle n'en a écrit aucune aux émigrés.
D. Si elle n'a pas été chargée de faire parvenir à des personnes qu'elle connaissait des lettres sans adresses?
R. Qu'elle a été chargée par d'Angervilliers, lors de son second voyage à Londres, de remettre à la femme de Galonné une lettre qu'elle a oubliée et qui est restée dans ses papiers.
D. A elle observé que le prétendu procès qu'elle a dit avoir déterminé ses voyages en Angleterre n'en était que le prétexte ; qu'il paraît qu'elle a été chargée d'intelligences avec les ennemis de la République, et qu'elle y a coopéré dans ses voyages ; que ces intelligences, manifestées dans toutes ses correspondances, le sont particulièrement dans une lettre du 3 avril 1791, qu'elle a dit lui avoir été écrite par Brissac.
R. Qu'elle n'a eu aucune intelligence de cette nature.
D. Interpellée de déclarer avec vérité si ses voyages à Londres n'avaient pas pour objet une mission secrète et des intelligences avec les ennemis ou ta cour de Londres; si, notamment dans son dernier voyage, elle n'a pas su que son séjour à Londres avait le caractère de l'émigration ; si elle
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n'a pas entretenu des correspondances avec les ennemis de la liberté ; si enfin elle ne leur a pas prêté des secours d'argent et autres ?
R. Que non, sur le tout.
D.' Si elle a un défenseur ?
R. Qu'elle a fait choix des citoyens de Lainville et Lafeutrie.
Après cet interrogatoire préliminaire, M'"^ Du Barry était transférée de Sainte-Pélagie à la Conciergerie, où elle était enfermée dans la chambre même que deux mois auparavant avait occupée Marie- Antoinette, « comme s'il eût été dans ses destins d'usurper jusque dans l'agonie la place et le lit d'une reine ! (i) »
Enfin le 16 frimaire an II (6 décembre 1793), à neuf heures du matin, la maîtresse de Louis XV com-
(1) C'est à Textrémité de la grande galerie qui fait suite au greffe du palais de justice, et au bout d*un étroit couloir, que Ton rencontre à gauche la porte d'entrée de la cellule où la reine Marie- Antoinette passa les derniers jours de sa vie. Cette porte et Ténorme venou qui la ferme sont les mêmes qui existaient lors(}ue la reine et Madame Elisabeth étaient prisonnières à la Conciergerie. * La cellule de Marie- Antoinette peut avoir une superficie de huit mètres canes environ. Elle est éclairée par une fenêtre étroite donnant sur,un préau. Sur l'espace occupé par la couchette de la reine est élevé un autel. Sur la table de l'autel est un christ en ivoire. Ce christ était attaché au chevet de Marie-Antoinette. La voûte en arête de la cellule est peinte couleur d'azur. Le pavé est de briques. Sur la muraille de gauche est un tableau à l'huile représenunt Us Adieux de la reine à sa famille dans la prison du Temple^ signé
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parut devant le tribunal révolutionnaire. Il était ainsi composé :
Président : Le vice-président Dumas ;
Juges : Les citoyens Denisot, David et Bravet ;
Accusateur public : Fouquier-Tinville ;
Greffier : Robert Wolf ;
Jurés : Les citoyens Trinchard, Prieur, Billion, Mercier, Klispis, Meyer, Martin, Topino-Lebrun, Lohier, Sambat> Vilatte, Payan.
M"« Du Barry fut introduite en même temps que ses deux défenseurs, et les trois coaccusés, Baptiste, Jean et Augustin Vandenyver. Elle était entièrement
Cajon; sur le mur de droite, la Reine recevant la communion dans sa cellttle, signé Droliing. C'est là tout ce qui rappelle cet épisode douloureux. L'ameublement de sa cellule se bornait d'ailleurs à un lit de sangle et à un fauteuil grossier. Une insaiption latine, composée par Louis XVI II, gravée sur une plaque de marbre noir, audessus (^ Tautel, consacre le souvenir de la détention de Marie- Antoinette, dont la durée fut de soixante-seize jours. L'inscription porte la date de 1816.
On pénètre de la cellule de la reine dans celle de Madame Elisabeth par une ouverture pratiquée depuis dans le mur qui les séparait. Cette cellule sert aujourd'hui de sacristie à la Conciergerie. On y voit un tableau à l'huile représentant la Reine dans sa prison^ en prière devant son crucifix,
La chapelle des détenus, voisine de cette cellule, est l'ancienne salle des Girondins. ((//zioa, janvier 1867.)
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vêtue de noir et mise avec goût, mais sans aucune recherche.
Après les questions d'usage, le greffier donna lecture de l'acte d'accusation^ curieux morceau de l'éloquence furieuse des assassins de la Terreur, et qui mérite d'être conservé comme un monument de leurs extravagances I
En voici les principaux passages :
Antoine-Quentin Fouquier expose... que les plaies mortelles et profondes qui avaient mis la France à deux doigts de sa perte avaient été faites à son corps politique bien des années avant ia glorieuse et impérissable révolution qui doit nous faire réjouir des maux cuisants qui Tont précédée, puisqu'elle nous a délivrés pour jamais des monstres barbares et fanatiques qui nous tenaient enchaînés sur Théritage de nos pères ; que pour prendre une juste idée de Pimmoralité de 1 accusée Du Barry, il faut jeter un coup tl'œil sur les dernières années pendant lesquelles le tyran français Louiâ, quinzième du nom, a scandalisé l'univers en donnant la surintendance de ses débauches à cette célèbre courtisane ; qu'en 1 769, ce Sardanapale moderne, se trouvant blasé sur toutes les jouissances qu'il avait poussées à Texcès dans le Parcaux-Cerfs(i), sérajl infâme où fut consommé le déshonneur
(i) Selon M.Capefigue, qui a une façon toute spéciale d'écrire •l'histoire, le Parc aux Cerfs « n'a jamais existé! » Voyez sa M^^ de Pompadour. M. Le Roi~ prouve, au contraire, dans ses Curiosités historiques^ son inéfutable existence.
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d'une foule de familles honnêtes, s'abandonna lâchement aux vils complaisants qui Tentouraient pour éveiller ses feux mal éteints ; qu'un de ses odieux complaisants, ayant fait la connaissance d'un ci-devant comte Du Barry, noyé de dettes et Iç plus crapuleux libertin, èu| occasion de voir chez lui la nommée Vaubernier, sa maîtresse, qui n'était passée dans ses bras qu'après avoir fait un cours de prostitution ;^ue le ci-devant comte Du Barry proposa à ce complaisant de lui céder la' Vaubernier, s'il parvenait à la faire admettre au nombre' des sultanes du crime couronné; que cette créature déhontée lui fut en effet présentée ; qu'en peu de temps elle parvint, par ses rares talents, à prendre l'empire le plus absolu sur le faible et débile despote. Bientôt des fleuves d or roulèrent à ses pieds, les pierreries les plus précieuses lui furent données avec profusion, les artistes les plus célèbres furent occupés aux chefs-d'œuvre les plus dispendieux; les ministres, les généraux, et les ci-devant princes de l'Église furent nommés ou ciilbutéspar cette nouvelle Aspasie, et tous venaient bassement faire fumer l'encens à ses genoux ; le faste le plus insolent et les débordements de tous genres furent affichés par elle. Le scandale était à son comble ; elle puisait à pleines mains dans les coffres de la nation pour enrichir sa famille et combler l'abîme de dettes du ci-devant comte Du Barry, qui avait poussé l'infamie et le déshonneur jusqu'à devenir son époux. Son imbécile amant ne rougit pas lui-même d'insulter au peuple en se plaçant à côté d'elle dans les chars les plus brillants et la promenant ainsi dajis différents lieux ; que, pour ne pas effaroucher la pudeur, l'accusateur public ne soulèvera pas le voile qui doit couvrir à jamais les vices effroyables de la cour jusqu'en 1774, époque à laquelle celui à qui des esclaves avaient donné te nom de Bien-Aimé disparut de dessus la terre, emportant dans ses veines le
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poison infect du libertinage et couvert du mépris des Français; que îa Du Barry fut reléguée à Rethei-Mazarin, et de là à M eaux, dans la ci-devant abbaye du Pont-aux- Dames ; que. dans cette retraite salutaire, elle aurait dû faire les plus sérieuses réflexions sur le néant des grandeurs et sur les désordres de sa conduite, qui avaient entraîné la ruine de son pays; mais qu'ayant été rendue à la liberté par le dernier tyran' des Français, il lui conserva non-seulement les dépouilles du peuple, mais encore la combla de nouvelles prodigalités et lui conserva le château de Luciennes, où elle forma bientôt une nouvelle cour à laquelle se présentèrent en foule les vils courtisans qui avaient profité de sa faveur pour dilapider les finances avec elle ; qu'elle les tint tous enchaînés à son char jusqu'à Tépoque mémorable où le peuple français, fatigué de ses chaînes, se leva, brisa ses fers et en frappa la tête des despotes. Tous les soi-disant grands d'alors, se voyant prêts à être écrasés par la vengeance nationale, s'enfuirent épouvantés, abandonnèrent un sol qu'ils avaient souillé depuis longtemps, furent implorer l'assistance des tyrans de l'Europe pour venir égorger un peuple qui avait eu le courage de reconquérir sa liberté; mais ce peuple saura leur faire mordre la poussière, ainsi qu'à ceux qui ont épousé leurs projets sanguinaires, etc. (i).
Après cette lecture, on entend les témoins :
jo Georges Greive, âgé de quarante-cinq ans, né à Newcastle, homme de lettres, accusant la comtesse d'accaparement et « d'avoir inventé le vol de ses bijoux » ;
2» Xavier Audouin^ racontant l'arrestation et le meurtre de Maussabré;
(i) Archives de l'Empire.
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30 BlaclUy commissaire du comité de sûreté générale^ avait va la Du Barry à Londres a portant le deuil de Capet» et assistant à des services célébrés pour lui ;
4* Bernard d'Escourt, qui avait servi d^intermédiaire entre la comtesse et ses banquiers (1) ;
50 Les Vandenyvcr, interrogés à la fois comme témoins et comme accusés : « Le gouvernement, disent-ils avec raison, ayant accordé un passe-port à M»ne Du Barry, nous avons dû nous croire en droit de ne la point regarder comme émigrée, et de lui fournir les fonds qu'elle demandait. »
Puis venaient les domestiques chassés par la Du Barry, et plus que tous les autres témoins animés et excités contre elle:
|0 SaUnave, détaillant la liste des aristocrates qui fréquentaient Luciennes ;
2^" Fournier, déclarant avoir reconnu parmi les objets trouvés au château plusieurs de ceux annoncés comme volés en Ï791 ;
30 Jean Thénot, devenu instituteur à Luciennes : « A la mort de Foulon et de Berthier, j'ai entendu l'accusée déclarer que le peuple était un tas de misérables et de scélérats 1 9
4« Henriette Picard^ femme de chambre^ entendue sur les faits passés pendant le voyage à Londres ;
5» Marie Potety tapissière, entre dans des détails intimes sur la vie de la comtesse à Luciennes ;
60 Louis Zamore, a âgé de trente et un ans, né au Bengale employé au Comité de salut public, à Versailles. »
(i) Il fiit pour ce fait, et séance tenante, décrété d'arrestation, puis condamné à mort et exécuté quelques jours après.
Zamert : Le vol ne m'a pas paru naturel ; j'avais conseillé à l'accusée de donner une partie de ses biens à la nation ; loin de là, elle a continué à recevoir des aristocrates et in'a chassé parce que je fréquentais de bons patriotes, amis de Marat et *de Franklin.
La comtesse : C'est fauxl Je n'avais pas à recevoir d'avis du témoin, mais je l'ai chassé pour ce qu'il dit quant au reste.
Zamore insista, continuai accabler son ancienne maltresse qui ne lui répondit plus, se bornant à le regarder de l'air le plus hautain et le plus méprisant (i).
Après cet înterrogatoirey rapidement fait, le défenseur Lafeutrie prononce quelques paroles peu intelli- ^bles, sans grande conviction, et à la façon d'un homme qui sent très-bien qu'une défense trop énergique peut lui coûter cher sans sauver sa cliente, condamnée à l'avance. Fouquier reprend ensuite la parole et résume l'accusation en ces termes :
Citoyens jurés,
Vous voyez devant vous cette Laîs célèbre par la dîsso^ lution de ses mœurs, la publicité et l'éclat de sa débauche,
(i) Un jeune et sympathique écrivain, M. Jules Claretie, rendant \
compte de la Reine Cotillon, dramt soi-disant histori«p/s de l
MM . Féval et A. Bourgeois, représenté au théâtre de la'Portc-Saint- )
Martin, écrivait dans l'Illustration, le i j décembre 1866 : « Zamore )
survécut au drame révolutionnaire. On l'a vu, dans les premières )
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à qui le libertinage seul a fait partager les destinées du despote qui a sacrifié les trésors et le sang des peuples à ses honteux plaisirs; mais le scandale et l'opprobre de son élévation, la turpitude et la honte de son infâme prostitution, ne sont pas ce qui doit fixer votre attention ; vous aurez à décider si cette Messaline, née parmi le peuple, enrichie ou couverte des dépouilles du peuple qui payait Popprobre de ses mœurs, descendue par la mort du tyran du rang où le crime seul Pavait placée, a conspiré contre la liberté et la souveraineté du peuple; si, après avoir été la complice et l'instrument du libertinage des rois, elle est devenue l'agente des conspirations des tyrans, des nobles et des prêtres contre la République française. Les débats, citoyens jurés, ont déjà jeté sur cette conspiration le plus grand jour; vous avez dû saisir ces traits de lumière que les dépositions des témoins et les pièces ont fournis sur ce vaste complot, sur cette conjuration excécrable dont les annales des peuples ne fournissent pas d'exemples, et certes jamais affaire plus importante ne s'est présentée à votre décision, puisqu'elle vous ojre en quelque sorte le. nœud principal des trames de Pittet de tous ses complices contre la France. Il convient donc de vous remettre sous les yeux les détails de cette conspiration et de la part qu'y ont prise la courtisane des despotes et ses complices.
{L'accusateur public retrace ici avec commentaires le détail des faits qui viennent d^étre dénoncés au tribunal.)
Tel est, citoyens jurés, le résultat des débats qui ont eu lieu : c'est à vous à les peser dans votre sagesse.
années du règne de Louis-Philippe, promener au Palais-Royal sa têie ridée et sa tignasse devenue toute blanche. Quelqu'un qui Ta connu me disait que le nègre a laissé des Mémoires. Mais où sont -ils ? »
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Linfâme conspiratrice qui est devant vous pouvait, au sein de sa honteuse opulence, vivre heureuse dans sa patrie, qui paraissait avoir enseveli, avec le tyran dont elle avait été la digne compagne, le souvenir de sa prostitution et du scandale de son élévation ; mais la liberté du peuple a été un crime à ses yeux ; il fallait qu'il fût esclave, qu'il rampât sous des maîtres, et que le plus pur de la substance du peuple fût consacré à payer ses plaisirs. Cet exemple, ajouté à tant d'autres, prouve de plus en plus que le libertinage et les mauvaises mœurs sont les plus grands ennemis de la liberté et du bonheur des peuples. En frappant du glaive de la loi une Messaline coupable d'une conspiration contre sa patrie, non-seulement vous vengerez la République de ses attentats, mais vous arracherez un scandale public et vous affermirez l'empire des mœurs, qui est la première base de la liberté des peuples.
Après que Fouquier eut conclu à la peine de mort, le président Dumas prononça son résumé, et les questions furent posées au jury en ces termes :
« \^ Est-il constant qu'il a été pratiqué des machinations et entretenu des intelligences avec les ennemis de l'État et leurs agents, pour les engager à commettre des hostilités, leur indiquer et favoriser les moyens de les entreprendre et diriger contre* la France, notamment en faisant à l'étranger, sous des prétextes préparés, divers voyages pour concerter ces plans hostiles avec les ennemis et en leur fournissant, à eux ou à leurs agents, des secours en argent ?
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a 2° Jeanne Vaubernier, femme Du Barry, demeurant â Luciennes, ci-devant courtisane, a-t-elle été auteur ou complice de ces machinations et intelligences ? »
Il était onze heures du soir lorsque le jury rentra dans la salle d'audience, rapportant un verdict afifirmatif sur toutes les questions (i).
En conséquence, le tribunal condamna à la peine de mort, pour crime de trahison contre l'Etat, et de machinations avec ses ennemis et leurs agents :
10 Jean-Baptiste, Edme- Jean-Baptiste et Antoine- Augustin Vandenyver, tous trois banquiers à Paris;
2» Jeanne Vaubernier, femme Du Barry ;
Déclarant en outre leurs biens acquis au profit de la République (2), et ordonnant que l'exécution du présent jugement aurait lieu dans les vingt-quatre heures, sur la place de la Révolution.
(i) Le Tribunal révolutionnaire de E. Campardon, t. !«'.
(2) Après la mort de la Du Barry, on fit chez elle une perquisition minutieuse qui amena la découverte de tous ses bijoux cachés, et fut suivie d'une vente générale de tous ses biens. On conser\'a cependant pour les musées, où ils se trouvent encore aujourd'hui au nombre de cinquante-cinq, les objets d'art les plus dignes d'être gardés. L'appréciation complète des objets dont il fut tiré partie monta au chiffre de 1,246,956 livres, qui se détaillent comme suit: p> bijoux, diamants, cristaux: 400,000 livres; 2 matières d'or,
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En entendant prononcer sa condamnation, M^^ Du Barry poussa des cris de terreur qui attendrirent presque cette foule haineuse et pleine de rage qui avait suivi avec tant de joie les péripéties de son rapide procès. Puis, au milieu de véritables huriements, elle tomba tout à coup évanouie^ et on fut obligée de la ramener presque mourante à la Conciergerie, où elle passa une nuit terrible, — effroyable et longue agonie, — ^ dans les gémissements et le désespoir.
Le lendemain, 17 frimaire (7 décembre), à dix heures du matin, le bourreau et ses aides vinrent à la Conciergerie chercher la condamnée et procéder à la toilette funèbre qui devait inaugurer son supplice. Elle était alors enfermée avec le juge Denizot, le substitut
d'argent et de vermeil : 129,405 livres ; j» galons d*or et d'argent : 6,)ôo livres; 4" cuivre, fer, étain, etc. : 4,000 livres; 5*» divers objets mobiliers : 707,251 livres. — Après cette estimation et cette vente, les créanciers de la succession se présentèrent en foule ; leurs mémoires s'élevaient à la somme de956, 124 livres. Le gouvernement d'alors les fit vérifier et contrôler, mais ne les paya point, et c'est seulement à l'issue du procès survenu plus tard entre les héritiers que ces mémoires furent à peu près soldés. Quant au château de Louveciennes, il fut acheté, moyennant six millions de francs, en assignats, par le sieur Delapalme, ancien perruquier, de Vaux de Cemay. (Résumé des opérations des commissaires nommés pour l'inventaire de Luciennes. Archives de Seine-et-Oise.)
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de Taccusateur, Royer, et le commis-grefFierTaveraier, qui« enregistraient des révélations qu'elle avait cru devoir faire, dans l'espérance de sauver sa vie ou au moins de gagner du temps. Le procès-verbal de cette déclaration in extremis nous a été conservé ; c'est le pendant de cette cfurieuse affiche où figurait la nombreuse nomenclature de bijoux et d'objets précieux de diverses valeurs qui lui avaient été volés en 1791. La pauvre femme, au seuil de la mort, se rappelle , avec une mémoire bien lucide en un pareil moment, les trésors qu'elle a cachés dans sa demeure, et les endroits précis où elle a cru les mettre à l'abri des recherches ; mais il lui importe, et c'est son dernier espoir, de faire flamboyer aux regards avides de ses accusateurs et de ses juges cette nouvelle pluie d'or et de jbijoux, suffisante peut-être à les satisfaire; car — oubliant que sa mort donnera bien mieux ses richesses à la Révolution, qui hérite d'elle, — elle suppose qu'on en veut beaucoup plus à ses trésors qu'à elle-même, et c'est sousrsa dictée que le greffier Tavemier écrit la déclaration suivante :
. a I ° Que dans la resserre en face de la glacière , et où on resserré les instruments de jardinage, se trouve enterré un nécessaire d'or composé d'un plateau de porcelaine,
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monté en or, une tayère d'or, un bouloire, un réchaud à esprit de vin, un pot au lait, une petite cafetière, une grande cafetière à chocolat, une écuelle, son couvercle et son assiette, trois petites cuillères, une petite passoire à tayère, cent jetons d'or à ses armes et au chiffre D. B., le tout d'or et d'un travail très-précieux.
« 2° Dans une boîte ou corbeille, enterrée dans le même endroit, quinze cei|t trente et un louis d'or de vingt-quatre livres chacun, une chaîne de diamants avec ses deux glands et la clef montée à jour, deux chaînes d'oreilles, composées chacune de neuf ou dix pierres, celles de devant fort grosses ; trois anneaux, un diamant blanc, un en rubis et diamant blanc, un en émeraude et diamant blanc, une très-belle pierre gravée, montée avec chaîne d'or pour collier, deux colliers de corail, dont l'un monté en or (observant que les manches des objets portés au premier article sont en jaspe sanguin et montés en or) ; toujours dans le même endroit, un collier de perles fines, des chaînes doubles aussi en perles, un collier de perles d'or et deux ou trois chaînes d'or pour col, un portrait de Louis XV entouré d'un cadre d'or.
ce 30 Dans une petite boîte de sapin remise à la femme Déliant, femme du frotteur demeurant à Luciennes, une montre à répétition enrichie de diamants , un petit paquet de petits rubis, deux petits diamants plats pour monter en bague, un autre portrait de Louis XV dans un laboratoire, monté et plaqué en or, un petit enfant en forme de tirelire, en or émaillé bleu, seize demi-guinées neuves, et deux guinées enveloppées dans du papier, une paire d'éperons d'or avec des chiffres, appartenant à Brissac, une petite boîte de carton renfermée dans celle ci-dessus, dans laquelle est une
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chaîne en émeraude et diamants, dont un gros pesant cm^ quante grains, les glands de laquelle chaîne se trouvent dans la boîte énoncée au deuxième article.
ce Observant que dans Particle deuxième ou troisième se trouve un crayon d'or enrichi de diamants.
4" Une boîte pareillement remise à la femme Déliant, renfermant un moutardier d*or, un petit plateau et deux gobelets d'or, et plusieurs autres objets qui ne reviennent point à sa mémoire ; deux caves remplies de flacons de cristal de roche, dont une lui appartient et Tautre appartient à Brissac, lesdits flacons garnis en or ; un autre gobelet de cristal avec un cercle d'or appartenant audit Brissac^ une petite écuelle de vermeil avec son plateau-.
a 5» Un coffre de velours bleu garni, en argent doré, placé sous un escalier, dans une chambre formant garderobe, à côté de celle qu'elle occupait, dans lequel coffre il y a une douzaine de couverts d'or armoriés, quatre cuillers à sucre, deux cuillers à olives, une cuiller à punch, le tout d'or; un étui renfermant douze cuillers à café, en or; plusieurs portraits de femmes, deux cachets d'or, dont un de bureau et un petit , trois médailles d'or, une représentant le pont de Neuilly, l'autre l'École de chirurgie, et l'autre la Monnoye ; deux médailles représentant le mariage des cidevant princes, aussi en or; une très-grande médaille d'or appartenant à Brissac, et quelques autres objets qu'elle ne peut pas désigner ; plus deux poignards turcs montés en rubis et autres pierres.
« 6» Dans la chambre à côté de celle à coucher et servant de passage : dans la commode, une paire de boucles en or garnies en perles, une petite boîte d'or unie, une boîte d'écaillé blonde montée eu or, avec le portrait d'une reli-
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gieuse, un bouchon de flacon émaillé en bleu, avec un gros diamant au bout.
« 70 Dans une commode, dans la chambre à coucher, un pot à Teau et sa cuvette en cristal de roche garnis en or, un bracelet antique monté en or, composé de différentes pierres; un gobelet de cristal de roche et deux carafes et le plateau, le tout en or; vingt et une ou vingt-<leux bagues de différentes pierres gravées en or ; une boîte montée en cage d'or, avec le portrait de Fépouse de Brissac, un portrait de la fille de ce dernier, en or, un portrait de son fils (Brissac), aussi monté en or, un portrait de la mère du même, un autre de son frère, une boîte d*écaille blonde montée en or avec une pierre blanche gravée, très-belle, où est le portrait de Brissac et de la déclarante ; une boîte de jade montée en or émaillé, une autre boîte en nacre taontée en or, un portrait en émail d'une grand'mère de Brissac, deux tasses d'or avec leurs manches de corail, et quelques autres objets appartenant à Brissac.
« 8® Dans la cave à Tusage ordinaire : un grand seau^ neuf douzaines et sept assiettes, dix-huit flambeaux , dont trois à deux branches, une douzaine de casseroles, une grande et une petite marmite, le tout en argent , dix-neuf grandes cloches d'argent, soixante et tant de plats d'argent et autres objets d'argenterie dont l'état est chez elle.
« 90 Plusieurs figures de différentes espèces et en matière de bronze ; une partie doit être dans un des bosquets près le pavillon, une autre au-dessous du pavillon, le tout couvert légèrement de terre.
a 1 0*» Dans le jardin de Morin, valet de chambre, se trouvent cachés onze sacs de douze cents livres, quarante dou-
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bles louis en or, rapportés de Londres à son dernier voyage, une boîte d'écaillé montée en or, sur laquelle est le portrait de Marie-Antoinette fait par Sauvage, dans laquelle se trouve une médaille d'or et quelques autres objets qui sont à la connaissance de Morin , qui a été chargé par elle de cacher tous les objets en Tartide 9 ci-dessus (i).
« 1 lo Observe qu'elle a en dépôt chez Morlan-Amocelet et Ramson et C^^, banquiers à Palmer, à Londres, tous les articles relatifs au vol, excepté ceux soulignés en marge, et portés en Fimprimé de la récompense promise pour la découverte du vol en général , lequel a été paraphé par elle et par nous, ainsi que par le citoyen Dangé, et annexé au pré« sent.
« 1 2» Qu'elle a confié au citoyen Montrouy : une seringue d'argent et trois canons aussi en argent, une petite demi-aune pliante, en or ; une bague nommée astroïde, un portrait de Brissac, deux couteaux, dont un à ôter la poudre, à lame- d'or avec deux petits cercles de diamants au manche noir ; un autre couteau émaillé en or, une montre d'or et un petit cachet avec une émeraude, aussi en or ; observant qu'elle a reçu dudit Montrouy deux cent cinquante ou trois cents livres à titre de prêt, ainsi que le coucher dont elle a fait usage pendant sa détention jusqu'à ce jour.
<r Lecture à elle faite des déclarations ci-dessus, a dit icelles contenir vérité, et n'avoir autre chose à déclarer, ajoutant que si c'est le bon plaisir du tribunal, elle écrira à Londres, et que sans difficulté elle recouvrera les objets concernant son vol, en payant toutefois les frais qu'a occa-
(i) Il fut pour ce motif condamné à mort et exécuté quelques jours après sa maîtresse, « comme complice de ses crimes »
sionnés son procès ; et a signé avec nous : « Jeanne Vaubernier Du Barry; Denizot, juge; Royer, substitut, accusateur public ; Dangé, administrateur de police; Tavernierj commis greffier. »
Après cette déclaration, qui lui fit gagner tout au plus quelques instants, M""® Du Barry fut conduite dans l'avant-greffe. Elle s'illusionnait encore, croyant sinon à sa mise en liberté immédiate, au moins à un sursis, peut-être même à un emprisonnement plus ou moins long; mais quand elle aperçut le bourreau, quand elle vit les aides qui préparaient pour la toilette de la mort les cinq malheureux qui allaient partager son supplice, elle jeta des cris de terreur et, tombant sur ses genoux, elle mit ses deux mains sur ses yeux en criant de toutes les forces de son désespoir :
« Non ! je ne veux pas ! je ne veux pas !.. . »
On la releva avec beaucoup de peine et on la fit asseoir sur une chaise, anéantie, défaillante, presque sans vie ; un aide s'approcha d'elle et se mit en devoir de lui couper les cheveux. Mais quand elle entendit le grincement des ciseaux qui fauchaient en quelque sorte sa luxuriante chevelure, elle parut retrouver des forces surhumaines et engagea avec l'aide une lutte désespérée. On dut la lier sur la chaise ; trois aides l'entourèrent et continrent ses efforts furieux, pen-
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dam qu'un quatrième procédait à la lugubre opération. Après quelques coups de ciseaux, ses cheveux jonchaient les dalles de pierre de la salle, et Pinfortunée, épuisée, hébétée, l'œil hagard, le regard éteint, semblait presque morte déjà, avant qu'eût commencé son supplice. On dut la porter dans la fatale charrette, où se trouvaient déjà les trois Vandenyver et deux faussaires condamnés à être exécutés en même temps qu'elle, les sieurs Bonnard et Joseph Bruniot.
Une foule immense remplissait les rues, les fenêtres des maisons étaient garnies de monde comme s'il se fût agi d'un condamné de la plus haute importance. Car le peuple commençait à se blaser sur ce répugnant spectacle de la charrette sanglante emportant les victimes et traversant triomphalement les voies les plus populeuses et les mieux situées. Souvent les%3agasins restaient fermés jusqu'après le passage du cortège, et la horde de Sanson n'avait pas toujours une masse de spectateurs aussi compacte et aussi nombreuse que ce jour-là, pour assister à son iiinèbre défilé.
Le mouvement de la voiture, les cris de la foule, le froid d'un jourbrumeux et gris, « sentant la neige », rappelèrent à la réalité effroyable de sa situation la condamnée déjà à moitié expirante. Alors elle se répandit en cris et en plaintes déchirants, appelant le peuple à son secours :
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«c Bons citoyens, délivrez-moi! je suis innocente! » criait-elle de sa voix la plus forte.
« Moi aussi, je suis du peuple, disait-elle un peu plus loin ; j'en suis sortie comme vous ! ne me laissez pas mourir!... »
Elle ne pouvait plus se soutenir; comme elle haranguait debout la populace des rues, les cahots de la charrette la faisaient à chaque instant tomber soit à gauche, soit à droite, sur les aides^ sur les autres condamnés et ^ur le bourreau lui-même. Elle chercha alors à attendrir l'exécuteur des hautes œuvres, comme si elle eût pu attendre son salut de celui qui, n'étant pour rien dans sa mort, allait cependant forcément la lui donner.
« N'est-ce pas, lui disait-elle, que vous ne me ferez pas mourir? »
Sa voix s'enrouait à force de cris ; elle devenait rauque et voilée, et comme le serait celle d^une femme avinée ; son visage passait en un moment du blanc au violet et du violet au blanc, et ses larmes ne cessaient pas de couler ; elle se tordait parterre, dans l'immonde charrette, et ne voulait écouter aucune consolation. « Priez I... » lui disait l'un de ses anciens banquiers; mais, comme si sa mémoire lui eût fait défaut à cette heure suprême, oi n'entendait sortir de sa bouche que des mots sans suite, à peine balbutiés, et les cris mille
fois répétés au milieu de ses larmes: « Mon Dieu! .. mon Dieu!... mon Dieu!...» Quand on fut arrivé devant l'échafaud, elle détourna la tête et eut un moment de défaillance. Par un raffinement de cruauté bien digne de ses assassins, il avait été ordonné que la pauvre femme serait exécutée la dernière^ et qu'elle verrait ainsi d'abord tomber successivement les cinq têtes de ses compagnons de supplice. Mais au dernier moment, en présence de ce désespoir épouvantable, l'huissier chargé de surveiller l'exécution autorisa le bourreau. à commencer par elle. On la hissa avec la plus grande peine sur la plate-forme, car elle était liée de tous ses membres, ce qui ne l'empêcha pas de se rouler par terre, aux pieds du bourreau, en hurlant d'une manière affreuse :
« Pas encore, monsieur le bourreau ! pas tout de suite ! encore un moment, je vous en prie ! »
Les aides l'entraînèrent vers la machine, mais elle se débattit comme une furieuse et voulut les mordre, et ils furent plus de cinq minutes avant d'arriver à la boucler sur la bascule. Et avant que le couteau tombât et séparât sa têtç de son corps, on entendit encore ses cris et ses supplications :
c< Encore un moment, monsieur le bourreau!... »
La foule accourue était toute changée en sa faveur
par le spectacle atroce de sa douleur ; on cria pour demander sa vie, et beaucoup, atterrés par l'horreur de son supplice, s'enfuirent consternés, pour n'en pas voir la fin.
C'est ainsi qu'elle mourut. Avait-elle assez expié par cette fin horrible les légèretés, les étourderies et les scandales de sa vie, et ceux qui lui ont reproché de n'avoir point su mourir avec dignité ont-ils fait preuve d'une bien grande logique en exigeant que la courtisane fût morte comme était morte la reine? ^^and on voit combien cher elle a payé ses folies et ses grandeurs, on est tenté non de les excuser un peu, mais de les pardonner beaucoup. En somme, étaitelle une grande dame de la cour ayant livré à son roi Phonneur de sa famille et le sien propre ? Avait-elle, en vendant au prince ses faveurs les plus secrètes, fait marché du nom et delà gloire dé ses ancêtres? Non! c'était une grisette, fille d'une autre griselte^^.*«rnïui avait vécu dans les tripot^Uiiml profit -rfelle-mème, comme ces pauvre^^es marchandes de leur propre corps, et qui eif^nt journellement le déplorable et honteux trirfic. Elle se vendait; un roi Tacheta! Elle accepta, avec une joie facile à comprendre, la place que beaucoup de grandes dames n'avaient pas dédai-
gné d'occuper avant elle ; et s'il y eut rage et dépit de la part de celles-ci, ce fut simplement parce qu'elles étaient supplantées par elle 1
Elle eut certainement dans la politique et dans les affaires les plus graves de l'Ëtat un rôle fatal, bien que passif; mais elle ne comprit jamais la portée des actes . funestes que son influence provoqua ; c'est là sa seule et sa meilleure excuse ! Ce n'est pas elle qu'il en faut accuser : grisette parvenue^ grisette couronnée, elle fut toujours dans son rôle et à sa place! C'était là son métier; elle le faisait consciencieusement et naturellement^ Ceux qui l'ont attaquée, accablée, conspuée, l'ont considérée sous un tout autre aspect, lui donnant une importance qu'elle n'avait pas, la jugeant comme si elle fût issue d'une souche glorieuse, et lui voulant une distinction, un esprit, des qualités, des vertus même qu'elle ne pouvait avoir, qu'elle était incapable d'avoir jamais eus! Non, ce n'est pas elle qu'il faut accuser! ce sont ces ministres ambitieux qui se servirent de cette folle créature comme d'un instrument utile à leurs coupables passions et à leurs criminels désirs 1 c'est ce roi surtout, ce roi crapuleux et blasé, devenu assez vil peur ramasser dans le ruisseau cette fille qui avant d'être à lui avait été à tant d'autres ! ce roi introduisant à Versailles, au milieu de sa cour dégénérée et complaisante, cette vulgaire maîtresse qui
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prenait presque à ses côtés la place de la reine de France, et qui humiliait de sa faveur toute-puissante la famille royale elle-même, obligée de se taire ou même de se courber devant elle.
Voilà ceux qu'il faut avant tout accuser! La boue qu'on a jetée sur cette fille a rejailli sur eux tous, et ils ont mieux et plus justement mérité la honte, le mépris et l'abjection que l'histoire a plus volontiers déversés entièrement sur elle.
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