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y L était une fois deux enfants du même âge, un petit garçon et une petite fille. Ils s’aimaient up beaucoup, ne se plaisaient qu ‘ensemble, et leurs jeux avaient quelque chose de en À cache-cache, quand la petite fille était prise, elle se laissait tomber dans les bras de son ami, elle renversait la tête, baissait les paupières, entr'ouvrait la bouche; et si les baisers ne tombaient pas, elle les réclamait, ou allait les chercher en haussant gracieusement ses lèvres vers les lèvres distraites
C'OACFLP URSS
ou timides. Ils venaient d’avoir dix ans.
Un jour qu'il faisait très chaud, ils ôtèrent leurs bas pour patauger dans le ruisseau. [ls se mouillèrent beaucoup et allèrent se sécher dans l’herbe chaude, au soleil. La vue de leurs petites jambes roses, cependant, et de leurs genoux moirés excitait leur curiosité. [ls comparèrent, et le petit garçon eut la sagesse d’avoir la peau moins lisse. « Elle est aussi moins douce» dits tettiesmainséturent d'accord avec les yeux.
Ils recommencèrent le lendemain, et chaque jour ils lisaient davantage. Leurs baisers, maintenant, s’accompagnaient de douces caresses qui leur faisaient monter le sang à la tête. Mais l’instant d’après, ils n’y pensaient plus et leur innocence éclatait de rire. Ils étaient heureux.
Venus les premiers froids et la pluie, ils transportèrent leurs jeux dans une grande chambre à moitié vide qu’on leur
C'OUIDEUERS
abandonnait. Le petit garçon, qui allait à l’école, venait passer toutes ses récréations chez son amie. La petite fille recevait ses leçons à la maison. A de certains jours très mauvais, le petit garçon les prenait avec elle. Leurs parents, qui considéraient l'avenir, voyaient avec plaisir la tendresse enfantine des deux écoliers.
Vers le mois de décembre, un curé vint à la maison, introduit par la mère dans la grande chambre où jouaient les enfants.
On lui apporta un fauteuil et un tabouret.
Il s’assit, tira sa tabatière, se moucha, aspira une bonne prise et parla du bon Dieu. Ce sujet leur était déjà connu, mais la petite fille devint attentive, quand le prêtre, se tournant vers elle, lui dit :
= Mon enfant, vous ferez bientôt, je l’espère, connaissance avec votre créateur.
Vous savez combien il vous aime, et vous l’aimez aussi. Les cœurs purs aiment toujours le bon Dieu. Mais le véritable amour
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exige plus d'intimité et plus d'abandon.
Jésus viendra vers vous et vous vous livrerez à lui avec confiance. Vous sentirez les saints embrassements de votre créateur.
En un mot, ma chère petite, nous allons vous préparer à votre première communion.
— Et moi? demanda le petit garçon.
— Écoutez, dit le prêtre, et faites votre profit de mes paroles. Vous savez, continua-t-il, en revenant à la petite fille, toute l’importance d’un pareil acte. Le catéchisme vous a instruite de la grandeur de ce sacrement. Quel mystère que l'union du créateur et de la créature! Cette union s'opère par la communion eucharistique et elleapporteaux êtres quisavent s’y préparer et s’en rendre dignes les joies ineffables de l'amour divin.
Il parla longtemps, et la froideur de son verbe contrastait avec l’exaltation des sentiments qu'il exprimait. À chaque
instant, il déployait un grand mouchoir rouge très sale, il ouvrait sa tabatière, prisait, crachait, éternuait. La petite fille ne comprenait rien aux grandes paroles d'amour débitées par ce vieillard machinal; cependant, 1l parlait d'amour et ce mot, même dans une telle bouche, la charmait et la faisait un peu tressaillir.
Son confesseur ne lui avait encore fait aucune question sur le sixième commandement, mais, à approche du grand jour, il se départit de sa réserve ou de son indifférence. Ses questions très précises, et d’ailleurs conformes aux manuels de dévotion, intéressèrent beaucoup la petite fille. A la réflexion, elle fut navrée. Ainsi tout cela, c'était des péchés. Ces jeux, ces baisers, ces frôlements, ces caresses, des péchés! Le prêtre ne lui apprit rien, d’ailleurs, sinon qu’elle avait, sans le savoir, cessé d’être innocente.
Une après-midi, elle refusa le baiser
SI
CGOULEURS
de son ami et, sans autres explications, alla s’agenouiller dans un coin de la chambre. Ensuite, elle prit un livre et lut : « Soyons fidèles à enlever tous Îles obstacles qui pourraient s’opposer à la venue de Jésus en nous. Préparons-lui un sanctuaire pur, orné, embrasé d’amour ; et quand il sera venu, nous pourrons dire, dans la ferveur de notre joie : Mon bienaimé est à moi, il a reposé sur mon cœur... »
Elle avait prononcé ces derniers mots à haute voix. Le petit garçon les entendit et demanda, tout en larmes :
= Ce n’est donc plus moi que tu aimes ?
= Tu ne peux pas comprendre ces choses-là. Je t’aime comme mon frère et comme mon petit ami; Jai beaucoup d'affection pour toi, mais mon amour appartient à Jésus.
æ À Jésus!
COURTE URRES
Il haussait les épaules, rageur dans son chagrin.
= Jésus m'aime,comment ne pas l’aimer ?
Il me fait la cour, comment lui résister ? Tu ne sais donc pas qu’il est tout puissant, et qu'il peut nous pulvériser tous les deux, à l’instant même?
= C'est vrai?
Il réfléchissait, accablé, à cet inconnu si fort et si cruel qui était venu prendre son amie, briser son cœur.
ON AEQUITIAMENtUe Ras tquiLiene emporte pas!
= Il ne m'emportera pas. Est-ce qu’il a emporté Angèle, Laure, Juliette qu’il a aimées l’année dernière et qui en sont encore tout heureuses ?
= Alors, il ne t’aimera pas toujours?
= Il m’aimera toujours, mais de loin, et moi aussi, je l’aimerai. Mais il n’y a pas que moi sur terre et il faut qu’il entre dans le cœur de toutes les petites
filles qui font leur première communion.
Entre-t-1l aussi dans le cœur des petits garçons ?
= Je ne pense pas, dit-elle d’un ton ironique. Il ne peut offrir aux petits garçons qu’une bonne et solide amitié.
= Moi, je ne l’aimerai jamais.
= Tu seras forcé de l'aimer, quand tu auras le cœur pur, tu verras.
Ah!
= Moi, j'ai le cœur pur. Jai confessé tous mes péchés |
= Quels péchés ?
= Tais-toi, et demande pardon à Dieu.
Elle recommença ses prières.
Son ami réfléchissait.
Les petits garçons, moins avancés, font généralement leur première communion un an après les petites filles de leur âge.
C'était un usage; il ne s’en sentait pas humilié. Cependant, il aurait bien voulu participer aux mystères que son amie