‹ CouleursChapitre 12 sur 50 · GOUT EURE · texte numérisé non relu

GOUT EURE

allait connaître. Il ressentait à la fois de la jalousie et de la peur.

« Pourvu, songeait-il, qu’il ne lui fasse point de mal! »

Le grand jour arriva.

Il vit sa petite amie pâle et jolie dans un nuage de mousseline. Ces deux candeurs étaient charmantes. S’approchant d'elle, il murmura :

= Comme je t’aime |

Elle baissa les yeux et fit rouler entre ses mains gantées de blanc les grains de son chapelet de nacre. Elle passa sans lui répondre, sans le regarder. Il fut triste pendant toute la cérémonie. La récitation des actes le réveilla un peu, mais il eut le cœur brisé, quand il entendit la voix de son amie :

« O mon unique bien, mon trésor, ma vie, mon paradis, mon amour, mon tout, je veux vous recevoir le cœur brûlant d'amour... O mon trésor, je veux vivre et

COMME MRNIRS

mourir dans une union continuelle avec vous! Mon bien-aimé s’est donné tout à moi, je me donne aussi toute à lui. O mon Jésus, je ne veux plus m’appartenir, je veux être à vous. Que mes sens soient à vous et qu'ils ne servent plus qu’à vous faire plaisir. »

« Ingrate! » songeait-1il. Il eut un mouvement de colère. Puis il se remémora les charmantes heures passées avec son amie, leursjeux, leurs rires, ceslents baisers qui les mettaient hors d’haleine, ces étreintes dont ils sortaient rougissants, la peau brûlante, les yeux humides.

« Tous ces plaisirs, c’est un autre qui va les lui donner! Et moi je suis seul...

Elle ne m’aime plus... »

La petite fille eut l'honneur de parler encore après la communion. Elle revint à sa place, la première de la blanche théorie, s’'agenouilla la tête dans ses mains, resta longtemps absorbée. Un sentiment

puissant l’écrasait. Elle se sentait dolente CHHNEMENSCN

« Il est en moi, je le sens dans mon cœur... Mon cœur se gonfle. J’étoufte, mais c’est de bonheur... je suis aimée, Je suis aimée... C’est toi, mon amour ? Oh!

reste dans mes bras, serre-moi bien fort encore, encore! Ah! je me trouve mal...

Papterehmertonne Msn NQuelle émotion | Je vais maintenant lui déclarer encore tout haut mon amour, je suis bien contente et bien fière... Tu m'aimes, dis ?

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Elle se leva et parla :

« O Sauveur tout aimable, je me suis donnée à vous et vous vous êtes donné à moi, je veux vous sacrifier tous les plaisirs de la terre, je vous sacrifñie mon corps, mon âme, ma volonté. Je n’ai que cela à vous offrir, hélas! Si j'avais davantage, je vous donnerais davantage, je voudrais mourir pour vous. Enflammez-moi de

votre amour | Mais je ne me contente pas d’une étincelle, je veux une flamme, j'en veux mille, je veux un incendie qui détruise à l'instant en moi toute attache aux créatures. Vaines créatures, laissezmoi, vous ne me verrez plus. Ne me demandez plus aucune affection. Mon cœur appartient tout entier à mon bienot

aimé... »

« Elle ne m'aime plus, songeait-il, elle ne m’aimera plus jamais. »

Il pleura. Ses voisins croyaient que c'était par pieuse émotion.

Cependant la messe s'’accomplissait et on entendait déjà remuer les chaises dans le bas de l’église. La petite fille rénovée par l’amour se sentit également dévorée par la faim. Alors, elle pensa à sa maison, à ses parents, à son ami, à la belle table de cérémonie, brillante de fleurs, de cristaux, d’argenterie; elle pensa à la cuisine, à la cuisinière. Bien sûr

qu'une bonneassiette depotage refroidissait déjà pour elle.

« Après, je mangerai un petit pâté...

Mon ami va être là, attentif à me servir.

Je l'aime bien... Nous nous promènerons en attendant les vêpres, nous cueillerons des fleurs, rien que les blanches, blanches comme mon voile, comme mon cœur.

Je suis contente | »

Le petit garçon avait couru à la maison de son amie, où sa famille ce jour-là déjeunait, il était allé prévenir la cuisinière, et, à l’office, sur un coin de table, on avait préparé deux potages, et deux bouchées dlatrementetdeuxiWenestdenvin.

Quand la petite fille arriva, il lui prit lama etellense laissatentranert À l’aspect de la dinette préparée, son petit cœur de femme fondit de tendresse.

Elle se jeta au cou du petit garçon et l’embrassa de toutes ses forces, disant :

= Tusais, Jésus est mon époux mystique,

mais cela ne va pas durer longtemps. Pendant qu’il m'aime, dis-moi ce que tu veux, il n’a rien à refuser à sa petite épouse.

— Je veux quetu m'aimes comme avant.

— Tiens, dit-elle.

Elle lui donnait ses lèvres.

— Es-tu content? Mangeons, maintenant, J'ai bien faim.

BAPE AU

La demoiselle bleue aux bords frais de la source.

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