‹ CouleursChapitre 14 sur 50 · GORE EURS · texte numérisé non relu

GORE EURS

yeux brillants. Sa figure avait la douceur d’une hampe de lilas blanc cachés sous les feuilles, mais les feuilles étaient blondes : sa coiffure, défaite avec beaucoup d’art, laissait pendre jusqu’à ses épaules quelques boucles de cheveux.

= Approchez-vous, dit-elle d’une voix dolente, approchez. Mettez-vous ici, près de moi. Je suis souffrante et ne puis parler que très bas. Et puis, c’est l’amie, l’amie de votre femme qui vous reçoit, et non la princesse. Voici donc : je me suis aperçue que vous n’aimiez plus Elisabeth et cela me fait de la peine. Est-ce vrai que vous ne l’aimez plus?

= Hélas!

- Et le sentiment de votre devoir, de votre honneur ?

— Mon honneur ?

= Oui, vous lui avez juré, outre la fidélité conjugale, une tendresse ronatelliese

GO D'EEC'RIS

= Elle l’a cru... je l’ai cru peut-être aussi...

— C’est mal de la délaisser, de la tourmenter.. Elle pleure en ce moment, j'en suis sûre...

= Je ne suis pas méchant pour elle.

= Eh bien, promettez-moi de ne plus lui faire de PE |

= Je ne lui ferai pas de chagrin volontairement.

Bien, mais promettez-moi davantage, promettez-mol.…

Elle sembla oppressée, et sa voix devint si basse que, pour la percevoir, le garde du Corps qu se pencher vers la princesse, jusqu’à presque effeurer ses cheveux. Cet homme, quoique habitué à toutes les dissimulations du courtisan, souffrait affreusement. Aimer la princesse de loin, cela lui avait paru un doux supplice, en comparaison de la torture que lui faisait, en ce moment, subir le désir.

CHONCPIARAUMRUS

Avec toute autre femme, ou il fût tombé à genoux, ou 1l eût pris la fuite; avec la princesse, 1l fallait rester, se taire et maintenir l'attitude d’un soldat qui reçoit des ordres,

= Promettez-moi, reprit la princesse, d’être bon pour elle, d’être très bon, de l'aimer encore.

Le garde du corps resta muet.

Vous le promettez?

Il se taisait toujours.

= Cela n’est donc plus possible ? Tout est donc fini entre vous? Vous avez une faute grave à lui reprocher?

= Je n'ai rien à lui reprocher, je ne l’aime plus, voilà tout.

= Qu'elle ne s’en aperçoive pas, au moins!

= J’espérais qu’elle ne s’en serait jamais aperçue.

On peut donc cesser d’aimer une femme sans qu’elle s’en aperçoive ?

= C’est difhcile, je n’ai pas eu l’adresse nécessaire. Ce qui est très facile, hélas!

c’est d’aimer une femme sans qu elle s’en aperçolve.

= Oh! croyez-vous?

= J’en suis sûr... Celle que j'aime ne s’est jamais doutée de mon amour et nes’en doutera jamais.

= Monsieur le garde du corps, dit la princesse, monsieur le militaire, vous êtes un enfant. Celle que vous aimez connaît votre amour...

= Hélas! dit-il, incrédule.

- et elle vous aime, ajouta-t-elle, en lui tendant ses deux mains.

Il se jeta sur l’offrande, mais encore indécis, si troublé qu’il haletait.

= Embrasse-les, enfant, dit la princesse, embrasse-moi, toi qui m'aimes, toi qui m'as désirée si longtemps dans le secret de ton cœur, embrasse ta princesse bleue, embrasse ton amour.

Le lendemain matin, la femme de chambre disait à sa maîtresse :

= Oh!... Madame a un bleu sur la gorge.

= Cela ne m'étonne pas. C’est un signe.

Mais si singulier! Il est ici, il est là. Il se montre, il disparaît. Sur la gorge, c’est vrai, sur le cœur...

= C’est peut-être pour cela qu’on appelle Madame la princesse bleue? continua l’innocente.

— Va voir si ma dame d'honneur est là.

La princesse, demeuréeun instantseule, considéra avec émotion son signe bleu.

« Dieu ! que je suis heureuse! songeaitelle. Et comme je suis adroitel Et que mon amie est bête! Faire des confidences d'AMOoUMAMSPaurenATANeN NSANSLOL je n'aurais peut-être jamais rien su. Ces regards, que je prenais pour les marques d’un attachement ardent et respectueux, c'était de l'amour! Mais la voilà... »

qu,

La dame d’honneur entrait tout agitée.

= Ah! princesse! Il m'a fallu attendre jusqu’à quatre heures du matin! Je suis folle! Tout est perdu.

= Làl Vous ne pouvez donc jamais être raisonnable? Tout est arrangé, au contraire.

- Ah! Merci!

— Écoutez-moi, Je l’ai confessé, Cela a été diffcile, cela a été long. Enfin, je sais la vérité. C’est une amourette. La personne qui a fait tourner la tête à votre mari est une petite actrice sans conséquence. On les prend, on les laisse, on les reprend.

Celle-là a déjà passé par bien des mains, et entre autres par celles de mon mari...

Vous voyez, nous sommes en famille.

Or voici. Une actrice n’est presque jamais libre dans la journée. Sa liberté commence à l'heure où finit celle des autres femmes, à minuit. J'ai donc décidé que votre mari prendrait son service à mon palais tous les

jours de minuit à quatre heures du matin...

Naturellement, il aura des compensations, car cela est pénible. Son avenir est assuré et son bonheur... Il est ambitieux? Oui.

Très bien. Un titre lui plairait ? Une décoration ? D’abord je l’attache à ma personne.

Dès qu’il aura un grade possible, dans six mois, dans trois mois, 1l sera mon aide de camp, mon secrétaire. Il ne me quittera que pour aller vous faire la cour, heureuse épouse. Nous le surveillerons à nous deux...

= Que vous êtes bonne!

= N'est-ce pas?

- Vous êtes la bonté même.

Vous êtes belle, vous, et cela vaut mieux.

= Belle! Qui est plus belle que vous?

- Flatteuse! J'ai trente ans et vous en avez vingt-cinq. Hélas! J’ai renoncé à tout. Vous m’aimerez au moins?

— Je vous ai toujours aimée. Je vous

adorerai. Ma vie vous appartient. Je vous serai dévouée jusqu’à la mort, et mon mari aussi, je l'espère bien.

= Je l'espère aussi. Je l’ai peut-être sauvé d’un grand péril, d’un amour malheureux, car quelles joies trouver dans l’aventure où il s’'engageait ?

= Quand il sera revenu à lui-même, il vous aura bien de la reconnaissance...

Hier soir, c’est-à-dire ce matin, il était bien troublé... Quand il est entré, je l’ai cru ivre. Il me regardait avec des yeux égarés. Sitôt entré dans sa chambre, il a verrouillé la porte, puis je lai entendu crier : Ah! Ah! Ahl!...

= Il n’a pas dit autre chose?

+ Je ne crois pas. Il n’est pas expansif.

Précieuse qualité. Que diriez-vous d’un mari qui vous ferait d’humiliantes confidences? Il ÿ En a qui sont ainsi...

Le mien, par exemple.

æ Vous avez été bien malheureuse!

CONS BIUNRES

= Oui et non. Je ne pense plus à cela. Le présent exalte mon cœur... Faire le bonheur de ceux que l’on aime et qui vous aiment, est-il rien de pareil au monde ?

— Vous êtes adorable!

— Eté susiadorée,

= Oh! oui.

= Chère amie!

Elle laissa prendre sa main, que la dame d'honneur couvrit de baisers.

« Ils se superposent, pensait-elle, mais les derniers n’effacent pas les premiers.

Vos lèvres, pauvre couple, se rencontrent encore avec ferveur, mais sur ma peau.

MÉSMDIÉTICUReUX

= Ah! reprit-elle tout haut, maintenant que vous êtes certaine de retrouver votre bonheur un jour ou l’autre, j'espère que vous serez prudente. D’après les confidences que j'ai reçues, les joies conjugales ont un peu lassé votre mari. Les

hommes n’aiment pas qu’on leur fasse des ANANCeS

— Oh! entre mari et femme ! N’importe, je serai prudente, généreuse amie.

= Plus généreuse encore que vous ne croyez! Car, enfin, votre mari est séduisant. Il est jeune, plus jeune que moi, beau, ardent, passionné.

— [lle fut.

«= Jllest encore, soyez-en sûre, et vous ne tarderez pas à vous en apercevoir. Si Je n'avais pas renoncé à tout, si Je n'étais pas princesse. À votre place, je serais jalouse.

= Ah! Dieu, je connais trop votre Cœur.

— Alors vous allez rentrer chez vous pleine de confiance ?.. Encore un peu triste ?

æ Encore un peu.

= Mais les nuages se dissipent, le ciel commence à redevenir bleu?

- Oui.

C'ONCRIEETATUERSS

Bleu comme mon âme, ma tendre amie, bleu comme mon cœur.

Et elle enfonçait son doigt dans son sein, à l’endroit de la meurtrissure bleue qui enchantait sa chair amoureuse,

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