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LLE était princesse. Sœur de la reine, elle vivait près d’elle et partageait ses honneurs.
Mais sa fantaisie aussi lui
conseillait des plaisirs moins pompeux
et elle voulait bien aller parfois chez une de ses dames d'honneur dont le mari était simple garde du corps et d’ailleurs excellent gentilhomme, jeune, beau, spirituel, tendre.
La princesse était mariée dans son pays
à un prince qui pouvait devenir roi, si
plusieurs générations disparaissaient du
GCOMMAPIONRS
un cataclysme. Ils ne s'étaient jamais aimés. La princesse, d’ailleurs, qui était parfois rieuse et toujours orgueilleuse, passait pour avoir un cœur de fer. Elle avait reçu beaucoup d’hommages, et n’en avait agréé aucun. Tantôt elle se moquait, tantôt elle prenait un ton glacé.
Elle n’aimait que la toilette, le jeu et la domination. Ce qui lui plaisait chez le garde du corps, c’est que ses sourires y étaient des ordres; ensuite, elle gagnait toujours au vingt et un ; ensuite ses robes et ses diamants éclipsaient toutes les autres parures et toutes les autres robes.
Le garde du corps ne Jui avait jamais témoigné d’autre sentiment qu’un profond respect.
Comme elle était blonde, elle aimait les étoffes bleues, les fleurs bleues, les saphyrs, bleus comme ses yeux, si bien qu’on avait fini par l'appeler la Princesse Bleue. Elle s’amusait de ce nom, qui
semblait sorti d’un conte de fées. Un jour qu’elle écoutait les propos mélancoliques de sa dame d’honneur, elle se sentit quelque langueur dans la pensée et dans les membres, et elle dit : « Mon âme est un oiseau bleu. » Ce mot, qu’elle répéta plusieurs fois, lui rendit toute sa sérénité, tant il était joli. Alors elle regarda autour d'elle :
— Votre mari est donc absent, ma chère ? Il me semble qu’il n’est pas venu me saluer.
= Mon mari vous paraît absent aujourd’hui, mais ne l’est-il pas tous les jours?
— Que voulez-vous dire ?
= N'est-il pas tous les jours absent de lui-même ?
— Pauvre amie, cela signifie qu’il vous néglige.
- Il ne m'aime plus.
— Vraiment, voilà une belle conduite.
Mais ce n’est pas possible. D'ailleurs, je ne le permettrai pas. Je ne veux pas que mon amie soit malheureuse. Il va recevoir mes ordres.
= Ah! Madame, vous croyez donc que l’on commande aux cœurs ?
= Mais sans doute, M’a-t-on consultée pour me marier, moi, princesse ? On m'a dit d’aimer mon mari, et je l’ai aimé.
= Combien de temps?
= Maisje l’auraisaimé toujours, s’ilavait voulu. Il n’a pas voulu.
= Vous voyez bien.
= Il ne l’a pas voulu ou peut-être il ne l’a pas pu. Le mariage ne me causait aucun plaisir, il me reprocha ma froideur, et Je pleurai. Depuis ce moment, nous ne nous sommes Jamais revus sans témoins.
D'abord, je me sentis très humiliée, puis J'appréciai le calme des nuits solitaires.
Je suis jeune fille avec bonheur. Mais depuis mon expérience, je comprends
encore un peu moins les jeux, les drames, les comédies de amour. Alors, cela vous amuse, vous, la cérémonie conjugale?
La dame d’honneur regarda sa maitresse avec une respectueuse et triste ironie.
Puis elle dit :
= J'ai peur que mon mari n'ait quelque amour en tête, ou quelque amourette.
— Amourette? dit la princesse. Le mot est Joli. Amourette, cela ne doit pas être grave, cela?
= Grave? Non, l’amourette passe et l'amour reste. Mais je ne sais. C’est peutêtre un véritable amour qui l’éloigne de moi. J’en ai bien peur.
= Je ne comprends presque rien à tout cela, dit la princesse, mais Je voudrais vous voir heureuse comme Je le suis moi-même. À moi, pour cela, il ne faut rien que la vie qui passe et que je respire. À vous, puisqu'il vous faut l'amour,
j'essaierai, je vous le répète, de vous secourir. La parole de sa princesse touchera son cœur... Eh! ma bonneamie, c’est peut-être moi qu'il adore?
— Peut-être, hélas!
Pourquoi hélas? Si c’est moi, vous êtes sauvée.
À ce moment, le garde du corps entra et vint saluer la princesse.
= Monsieur, lui dit-elle, je vous recevrai à six heures au palais, en audience particulière.
Elle se leva et sortit.
Tout le monde imita la princesse et les deux époux restèrent face à face, fort troublés tous les deux.
Madame, dit le mari, vous avez donc déplu à la princesse? C’est encore à vous que je dois cette avanie?
— Avanie? Comment, la dame de vos pensées veut bien vous recevoir en particulier et vous vous plaignez?
ne sut d’abord que répondre, car c'était la première fois que sa femme faisait allusion à des sentiments qu’il croyait tenir bien cachés dans son cœur.
= La dame de mes pensées, dit-il brutalement, c’est ma carrière, et vous l’avez sans doute brisée par vos bavardages.
= Je ne suis pas bavarde.
- Vous êtes sotte.
= Ah! laissez-moi, vous ne méritez pas d'être aimé.
La dame s’enfuit, ressentant une colère triste. Mais, malgré toute raison, elle espérait que l'intervention de la princesse serait heureuse, et elle passa la fin de sa journée à pleurer doucement.
Le garde du corps adorait la princesse en secret et sans espérance. Timide et violent, il gardait ses timidités pour sa divinité, ses violences pour sa femme ; mais quand il avait été brutal, 1l ressentait beaucoup de honte et sa timidité le faisait
beaucoup souffrir. Il était presque toujours malheureux. Aussi, depuis quelque temps cherchait-il dans lambition un remède à ses maux. Il venait de passer l'après-midi à faire les plus humiliantes commissions pour la maîtresse du roi, inquiétée par les allures d’un amant subalterne qu’elle avait congédié. Le garde du corps devait, en échange d’un billet de trois lignes, recevoir un brevet de capitaine. I] tenait le billet dans son portefeuille et c’est à six heures exactement qu’il devait le remettre à la favorite.
L'amour, la curiosité, l’inquiétude l’emportèrent sur l’ambition. Il alla se parer, se parfumer et courut à l’audience, en se disant : « C’est peut-être un rendezvous, »
La princesse,au lieu desefaire attendre, attendait, et non sans impatience. Elle était plus Jolie, étant plus pâle, avec des