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LLE revenait déjà, les bras tendus par les seaux de lait; ses sabotsétaient mouillés de rosée, et le bas de son jupon lui faisait
froid. Quand le soleil fut visible, rouge dans
la brume du matin, elle songea :
« La journée va être belle. »
Elle songea cela longtemps, évitant les cailloux du sentier, pour ne pas répandre son lait, et les hautes herbes penchées et pleurantes, car ses jambes nues avaient vraiment froid.
« La journée va être belle. »
Elle allait toujours, traversant maintenant un champ d’ajoncs, où la sente, plus large, s’allongeait toute droite, faite exprès par les gens de la ferme. La brume avait disparu, enchantée par le soleil, remontée là-haut, sans doute, d’où elle retomberait doucement, rosée sereine, manteau de fraîcheur que les étoiles jettent fraternellement sur les épaules de la terre altérée.
Elle songea encore : « Il va faire très chaud. »
Puis une tige de sarrasin, perdue là par un oiseau, lui suggéra :
&\Le sarrasiniséra bontadbattre My
Cette idée lui fit plaisir, ensuite la tourmenta, car la saison avait été mouillée, et si le sarrasin était bon à battre, sûrement on le battrait. Alors il fallait rentrer vite, vite passer le lait, donner à manger aux poules, et bien des choses, tant de choses qu'elle en eut un serrement de cœur.
Comme elle marchait trop vite, une goutte de lait sauta du seau et tomba sur son sabot. Elle s'arrêta, posa les seaux, contente de se reposer un peu, bien qu’elle en eût des remords, levant tout haut, pour les défatiguer, ses beaux bras roses, dorés aussi par le feu du soleil.
Soudain, elle sursauta, devenant presque pâle, portant la main à sa poitrine. Elle n'avait pas eu peur. Elle avait seulement été surprise par le premier coup de fusil de l’année,
Au même instant, elle vit un flocon de fumée ; une plume vola près d’elle ; une perdrix blessée tomba au milieu des ajOncs.
æ Allons... Toml!... disait une voix.
Cherche ! Apporte.
Le chien sautait le long du sentier, allait, revenait, affairé, inquiet, mais bien décidé à ne pas pénétrer dans la forêt dangereuse.
Comme la voix, plus impérieuse, plus
GO UWL EURE
colère, plus rapprochée aussi, répétait le commandement, Tom, la queue basse, vint se réfugier dans les jupes de la jeune fille, qui se baissa pour le caresser, pour l’encourager.
= Ne le caressez pas, battez-le! cria la VOIX.
était celle d’un jeune homme qui se montrait maintenant, debout dans la haie, parmi les branches.
La servante se redressa, regarda, rougit.
Elle n’avait pas reconnu, à la voix, si c'était le père ou le fils. Elle croyait que c'était le père; elle le désirait, parce que le mépris du grand jeune homme, qui ne lui avait jamais adressé la parole, lui était très pénible.
Elle rougit et se troubla, mais sans pouvoir baisser les yeux. Elle admirait,
elle se sentait prête à tomber à genoux.
Le commandement fut répété, le chien fit le mort.
Alors, nu-jambes et nu-bras, elle entra dans les ajoncs et elle saigna. Elle marchait sans presque chercher son chemin, très vite, retenant ses larmes.
Ayant rapporté la perdrix, elle la jeta dans la gueule de Tom.
Le jeune homme, toujours debout entre les arbres, au-dessus de la mer des ajoncs cruels, lui fit un signe amical, puis sauta, allant au devant de son chien.
Elle, sans répondre, sans avoir vu, peut-être le signe amical qui remerciait la pauvre servante, tendit encore une fois sous le bât ses jeunes épaules, et les seaux de lait, bien en équilibre pendaient à ses mains TOULES.
Elle allait, sans plus songer à rien qu’à des choses si obscures et si profondes que son esprit ne pouvait les atteindre.
Ses jambes saignaient, sa main saignait, elle avait autour du bras droit une large