LE 22 SEPTEMBRE
est la relation de M. Edmond de Cazalès.
En voici le début (page 79) :
« Le 22 septembre 1840, nous arrivâmes à Kaltern ou Caldaro, bourg à trois lieues de Botzen, où habite Marie de Mœrl. Nous fûmes admis chez elle à midi et nous la vîmes dans l’état d’extase qui lui est habituel. Vêtue d’une robe blanche, elle était à genoux sur son lit ; son corps, penché en avant dans une position que personne n’aurait pu supporter deux minutes , semblait ne s’appuyer que sur la pointe des pieds... »
Aux yeux du narrateur, le merveilleux de Marie de Mœrl consiste dans la difficulté de garder quelques instants une position extrêmement pénible. A l’heure actuelle, une position de ce genre ne constitue pas un phénomène plus merveilleux que ceux qui se sont passés couramment dans les cliniques.
M. Edmond de Cazalès continue en ces termes la relation de sa visite à Marie de Mœrl. « Elle donne ordinairement à ceux qui la visitent de petites images de saints au bas desquelles se trouvent des sentences pieuses, et l'on dit que le choix de ces images est la plupart du temps dirigé par des
NOUS ARRIVAMES A KALTERN 247
lumières qui lui sont accordées sur la position de ceux auxquels elles sont destinées. Il est sûr qu’elle ne les donne pas au hasard, mais elle les choisit dans un assez gros paquet qu’on lui présente. Je dois dire que celles qu’elle m’offrit avaient des rapports assez marqués avec ma situation et les pensées qui m’occupaient : mon compagnon de voyage reçut la même impression en ce qui le concernait. »
Cela relève de ce qui est appelé par les théologiens l’esprit de discernement. Pour être appréciable scientifiquement, une faculté de ce genre doit présenter quelque chose de précis. Un fait de cette espèce a été cité (Coup d'œil sur la Magie au xix c siècle, page 164) d’après la biographie du curé d’Ars. Ici M. de Cazalès ne fournit rien de précis.
« On sait par la relation de Gœrres de quelle manière l’extatique de Kaltern assiste en esprit tous les vendredis au crucifiement et à la mort de Notre Seigneur Jésus-Christ et quels effets produit sur elle la contemplation de ces scènes douloureuses. Le temps que nous devions passer en Tyrol étant très limité, nous ne pûmes pas accepter d’assister à ce spectacle. Nous
248 CAPRIANA, PAUVRE VILLAGE
préférâmes aller observer des phénomènes analogues et plus frappants encore dans la personne de Domenica Lazzari, et nous nous arrangeâmes de manière à nous trouver le vendredi matin à Càpriana. »
En somme, cette relation est parfaitement insignifiante en ce qui concerne Marie de Mœrl. Rien de ce qui est remarqué par M. de Cazalès ne présente grand intérêt. Le narrateur fut dans un sincère enthousiasme d’avoir contemplé l’extatique dans une situation qui lui semblait défier les lois ordinaires de l’équilibre des muscles. Et voilà tout !
« Capriana est un pauvre village situé sur une des montagnes qui dominent la vallée de Fiemme, à trois lieues environ du bourg de Cavalese et à dix ou douze lieues de Trente. L’accès en est assez difficile et on ne peut s’y rendre qu’à pied ou à cheval. Le vendredi 25 septembre, étant partis de Cavalese avant le jour, nous arrivâmes vers sept heures et demie à Capriana et nous nous fîmes conduire aussitôt à la maison de Domenica Lazzari. »
La situation de Capriana, loin de la grande route, hors des ressources d’habitation qui étaient nombreuses à Kaltern,