PALMA ÉTENDIT LE BRAS GAUCHE
disaient le docteur Imbert de sa crédulité.
« Etant à Oria, je voulus en avoir le cœur net, et comme je savais que Palma était en communication spirituelle avec nombre d’âmes d’élite éparses par le monde, je lui dis dans le courant de notre conversation :
Dites-moi , Palma , connaissez-vous M...
de X.. , en nommant la dévote en question par son nom de baptême ? — Non, monsieur ! me répondit-elle. Je racontai alors toute mon histoire, en détail, à Palma, me gardant bien de lui demander d’avance son opinion : mais j’avais l’arrière-pensée que, peut-être, elle s’expliquerait. Elle écoutait avec la plus grande attention madame la supérieure, qui lui traduisait mes paroles, et lorsque la mère Becaud en vint à raconter que la dévote avait eu une vision au sujet de mon fils et qu’il était en paradis, Palma étendit tout a coup le bras gauche d'un air solennel , en signe de négation, et se mit à dire : il est sauvé, mais il est encore en Purgatoire. »
Certes, le bras gauche de Palma étendu d’un air solennel est pour faire effet sur une personne déjà disposée à croire, mais cela ne suffit pas au lecteur un tantinet in-
d’un air solennel
crédule. Tout contrôle du Purgatoire et du Paradis aurait été confié à Palma, qu’elle n’eût pas parlé avec plus d’assurance et traité avec plus de sans façon la fille jouissant d’un si grand renom de piété. « Est-ce possible? Palma! m’écriai-je alors profondément ému. Puisque vous m'apprenez une telle nouvelle, vous êtes obligée en conscience de le tirer, au plus tôt , du lieu d'expiation et je le recommande instamment à vos prières. » Un pareil dialogue ne s’invente pas. Il est assez difficile de l’apprécier au point de vue scientifique, car tout y est affaire de sentiment.
« Oui, monsieur, je prierai pour lui, et quand je serai sûre de sa délivrance, je vous le ferai savoir par le père de Pace. »
La promesse de Palma alla au cœur du docteur Imbert. L’amour paternel lui faisait chérir cette promesse. C’est ce qu’il ne faut pas oublier. « Le lendemain, dans ma visite du jeudi, je recommandai de nouveau ce pauvre enfant à Palma. Le vendredi soir, en prenant congé d’elle, en présence de la mère Becaud, je lui demandai si elle avait prié le matin pour mon fils. — Non, monsieur, me dit-elle, ce sera seulement pour le jour delà Toussaint. »