CETTE BONNE AME M’A ASSURÉ
(c Alors, dis-je à Palma, voulez-vous que madame la supérieure vienne prendre la réponse elle-même? — Bien volontiers!
dit la voyante. — Le 7 novembre, je recevais à Nice une lettre ainsi conçue... » Il est difficile de conter avec un accent plus sincère et plus naïf une histoire qui déridera maint lecteur de ce livre. Voici cette lettre telle que la rapporte le docteur.
Monsieur,
Je viens remplir la promesse que je vous ai faite suivant vos désirs, d’aller chez la Palma, le jour de la Toussaint, afin de savoir si vos vœux seraient exaucés relativement à votre cher fils. Cette bonne âme m ’a assuré par deux fois qu'il était allé au ciel le matin même. Que le bon Dieu en soit mille fois béni ! Voilà, monsieur, ce que je devais vous dire pour votre consolation.
J’ai l’honneur d’être...
Sœur Marie Becaud.
Le docteur Imbert formule ici une réflexion : « Cette lettre était timbrée d’Oria du 2 novembre ». Un amateur de bons mots serait tenté de conclure par une généra-
qu’il était allé au ciel le matin même 47
lisation trop facile si la gravité du sujet n’excluait la plaisanterie. La réflexion du docteur apprend tout bonnement qu’en 1871 une lettre mettait cinq jours pour aller d’Oria à Nice, ce qui est un peu long. Le délai n’a d’ailleurs rien d'invraisemblable pour qui connaît les négligences de la poste italienne.
Après cette parenthèse sur la révélation extraordinaire que Palma fit au docteur Imbert, le docteur reprend son récit (page 41) : « Le lendemain je retournai à la môme heure chez Palma. Madame la supérieure m’y avait précédé avec deux jeunes sœurs ; la voyante était en conférence, dans son oratoire, avec l’une d’elles. Je trouvai dans l’antichambre M. le Prætor judicii, sa femme, toute la famille Marzella et une grande fille très modeste revêtue d’un cordon bleu avec médaille. Je la pris pour une dévote de Palma... » Les détails fournis par le docteur Imbert sont fort intéressants. Il résulte de ces détails une connaissance assez précise du cadre au milieu duquel se déroulait l'existence de Palma. « Séance tenante, je fis connaissance du maître de la maison, il signor Federico Marzella. C’est un excellent homme employé à la préture d’Oria.
48 IL A BIEN ÉTÉ FORCÉ D’y AVOIR FOI
Il me fit le plus grand éloge de Palma. — Elle a un bon caractère, me disait-il, elle est pleine de charité : di buona indole , piena di carita. Il a le bonheur de la posséder chez lui depuis nombre d’années. Il signor Federico a recueilli aussi la mère de Palma ; c’est une vieille femme de quatrevingts ans, très verte, mais un peu irascible à ce qu’il dit. »
Le maître de la maison où habitait la stigmatisée est un témoin important. Sa parole est de grand poids pour établir la réalité de phénomènes extraordinaires, tels que ceux qui constituent l’existence de Palma. Voici ce que rapporte le docteur Imbert au sujet d'il signor Federico Marzella : « Il a vu souvent la communion miraculeuse et la plupart des autres prodiges. Au commencement ,, il ne voulait pas y croire ; mais, à la longue, il a bien été forcé d’y avoir foi. » Cette évolution de l’incrédulité à la foi est instructive. Rien de plus favorable à Palma qu’un pareil témoin dans de semblables conditions. Quoi qu’il en soit de cette conversation, le docteur Imbert ne dissimule pas son impatience d’en finir avec ce lever de rideau. « Cependant le temps me durait de voir Palma et je trouvais que la