III« RECETTES DIVERSES
Droits d'entrée et de sortie « 5,171,100.
5% additionnels pour les ouvrages maritimes . . « 256,775.
Droits de consommation . « 70,332.
» sur le tabac <( 15,000.
» de port et d'ancrage ......<( 96,215.
» de timbre « 317,434.
» de succession « 55,021.
» de transcription « 178,625.
)) sur les bazars privés « 6,098.
» de passage « 20,000.
Gapitation des esclaves <( 24,768.
Droits sur chevaux et voitures de luxe . « 66,365.
Tributs des princes indigènes « 39,445.
Droits sur les ventes à l'encan « 290,143.
)) sur les jeux chinois Pho et Topho « 445,220.
Imprimerie du gouvernement « 58,000.
Postes aux chevaux et aux lettres ... « 218,722.
Monopole de l'opium <i 9,560,165.
Vente des nids d'oiseaux (Salangane), . « 221,250.
» de bois de construction etc. ... « 505,700.
Monopole sur le sel . f 4,609,908.
Vente du riz . . 516,525.
» du sucre de palmier <( 90,620.
» de sacs de Goeni « 167,860.
» d'or en poudre a 50,900.
» d'étain « 3,000,000.
» d'objets divers « 115,900.
Ces divers chiffres, qui sont extraits des comptes de 1843, ne comprennent pas le produit des denrées coloniales vendues en Europe. Nous entrerons à ce sujet dans quelques détails généraux.
Les dépenses présentées pour 1845, tant pour les Indes que dans la métropole, sont comme suit:
1<>. Gouvernement fl. 482,000. — 2^. Département de la Justice fl. 506,252. — 3^. Collèges supérieurs et inférieurs fl. 282,020. — 4<>. Administration générale et police fl. 3,460,610. — 5o. Agriculture , cultes, arts et sciences fl. 500,706. — Q^. Département des bâtiments civils fl. 463,785. — 7o. Finances et cultures fl. 38,317,112: dans ce chiffre figurent: a frais pour l'expédition des produits destinés pour la Mère-patrie faisant fl. 902,535; — h intérêts et remboursement de l'arriéré des Indes (à un restant du capital de fl.2,65è,317.51) fait fl. 400,000; —c rentes et remboursèment de l'emprunt de 1836 fl. 137,685; — intérêts et remboursement de la dette de Solo fl. 81,082; — e intérêts de la dette d'après les lois du 24 Avril 1836, 11 Mars 1837 et 27 Mars et 22 Décembre 1838, à fl. 9,800,000; — f rentes et remboursement des obligations des Indes 4f pCt. fl. 2,850; — g intérêts
et remboursement de la dette du Handelmaatschappij fl. 2,500,000. — 80. Département de la guerre fl. 8,643,834. — 9^. Département de la marine fl. 1,642,154. — 10^ Pensions et établissements de bienfaisance fl. 995,172. — 11<>. Dépenses de diverses natures fl. 2,535,367. — 12o. Dépenses Courantes imprévues fl. 500,000. — 13^. Dépenses extraordinaires et calamités publiques fl. 500,000. — 14<>. Dépenses pour Sumatra fl. 2,640,921. — Le total des dépenses pour l'administration s'élève donc à fl. 75,494,285.
Du moment que les finances de l'Inde ont pu met* tre à la disposition de la métropole européenne un excédant annuel considérable, il a fallu nécessairement résoudre le problème suivant: sous quelle forme cet excédantj composé (Tune monnaie exclusivement coloniale de papier et de cuivre , pourrait-il convenablement être transmis à sa destination.
Le système, dit des cultures ^ introduit en 1832 par le Gouverneur-Général van den Bosch, est destiné à rendre cette transmission possible. L'excédant sert, en premier lieu , à fournir des avances à des entrepreneurs tant indigènes qu'européens, avances dont le gouvernement ne demande aucun intérêt. Dans un pays où les capitaux sont rares et l'intérêt fort-élevé, ordinairement à 9 pCt., des facilités de cette nature sont d'un avaùtage immense. Ces sages mesures, et ce désintéressement peu usité de la part d'un gouvernement, portent les plus heureux fruits. Ils sont la source du développement remarquable de l'industrie agricole dans les possessions de l'Etat. Les rentrées de ces avances ont lieu
en denrées réservées par le gouvernement, et ce n'est qu'alors que l'excédant annuel existe sous une forme qui en permet l'envoi en Europe.
Dans aucun autre pays intertropical on ne saurait établir rien de semblable; la promptitude des résultats obtenus est due principalement au système d'administration, introduit dans ces domaines. Sans le concours des anciennes institutions javanaises, qu'on a prudemment maintenues et étendues, il eut été impossible (pour nous servir ici d'un exemple) à l'entrepreneur d'une sucrerie, d'obtenir la certitude que, pendant la durée de son contrat , la population environnante se serait prêtée à cultiver, à un taux raisonnable, la quantité de cannes nécessaires à la marche non interrompue de son usine. Otez lui cette garantie, et l'entreprise toute entière sera une spéculation hasardée, dans laquelle aucun homme prudent ne risquera ses capitaux. Ces garanties indispensables peuvent être données par le gouvernement, ainsi que la preuve en est fournie par ce qui suit.
Nous venons de parler succinctement de l'organisation communale de Java ; quelques lignes suffiront pour en donner une idée claire et nette, et pour faire apprécier l'utilité de cette organisation dans son application aux cultures qu'on avait le dessein d'établir.
D'après les anciens usages du pays, adaty le souverain a le droit d'exiger de chaque tjatjah soit une contribution en argent ou en produits, soit une quantité équivalente de main-d'oeuvre ; le gouvernement qui succédait à ce droit pouvait, donc exiger, dans telle ou
telle localité que les contributions foncières fussent acquitées en cannes à sucre ou en tout autre produit agricole.
L'organisation actuelle de Timpôt foncier a fait naître la possibilité de mettre cette exigence en parfaite harmonie avec le chiffre dû par les contribuables. Le prix de la main-d'oeuvre étant connu, il était facile de déterminer le nombre de journées à fournir par la commune pour se libérer de l'impôt; ou bien, pour en revenir à l'exemple précité, il était également facile de fixer l'étendue de terrain que la commune devrait planter en rejetons de cannes, afin d'obtenir par là un même résultat. Mais , du moment que le taux de ce travail dépasse la valeur de la dette exigible, le tja^ah obtient un droit acquis à l'équivalent de ce surplus de maind'oeuvre.
Ainsi , le gouvernement s'est vu à même de donner aux propriétaires des sucreries la certitude que la quantité de cannes, requise pour alimenter leurs établissements, serait cultivée régulièrement par les communes environnantes. Pour atteindre ce but, il n'a fallu que la simple manifestation du désir du gouvernement à cet égard, suivie du relevé servant à établir les bases du calcul, dont le résultat est, que le tjatjah se trouve libéré de son impôt foncier, dès qu'il a fourni une quantité équivalente de main-d'oeuvre représentée par des plantations de cannes.
Passons maintenant en revue l'état des nouvelles cultures si largement encouragées par le gouvernement, et qui ont été améliorées d'une manière remarquable. Mais
jetons d'abord un coup-d'oeil sur l'état dans lequel ces cultures se trouvaient avant et en 1830, et ce qu'elles ont produit en 1840 , toujours dans l'espoir d'une prospérité croissante, que les résultats ne démentent pas.
Par le résumé fourni dans cet écrit sur l'histoire moderne de Java, nous voyons la Compagnie des Indes passer successivement de l'état de simple trafiquant à la domination au moyen du commerce exclusif; puis, pour soutenir ce système du monopole, faire la guerre, conquérir des provinces et devenir finalement souveraine d'une vaste étendue de pays.
Si cette Compagnie, après avoir conquis de vastes provinces, avait su se placer à la hauteur des devoirs que la, souveraineté impose, elle aurait dû changer son système d'administration, et cesser de pressurer ses subordonnés pour s'enrichira leurs dépens. Il n'est que trop vrai qu'elle se souciait fort peu des populations soumises à son autorité, et il paraît aussi qu'elle n'a jamais su tirer de son commerce tout le parti qu'une administration sage et prévoyante se serait créée au moyen de vues larges et plus libérales. Il est de même . prouvé que son système n'était point basé sur un plan réglé d'une manière stable ; elle favorisait pour un temps telle ou telle culture, pour l'abandonner promptement lorsque les revenus ne répondaient pas à son attente; le prix d'une denrée augmentait-H , elle en interdisait l'exportation, et se désistait de son droit du moment que les profits ne lui semblaient plus assez considérables: mais, quoique plus constante dans la conservation du monopole sur les épiceries, elle ne s'est probable-
ment jamais rendu compte des sommes que lui coûtaient ces cultures (1).
Les terres qu'elle possédait ne rapportaient pas à beaucoup près autant que le permettait la fertilité du sol , vu qu'on ne s'occupait de ces intérêts majeurs que sous l'intendance d'employés qu'on n'avait pas le talent de choisir, et qui avaient hâte de s'enrichir aux dépens de leurs commettants, ceux-ci ne leur allouant qu'un bien mince salaire. On s'en rapportait, pour le produit de ces terres, à des contrats passés avec les régents javanais ; ces contrats ainsi que les contingents manquant de contrôle, fournissaient à l'employé déloyal le moyen de commettre des prévarications et des fraudes, et le Javanais se voyait en but à maintes vexations.
Portée, par le concours de circonstances non prévues, à une souveraineté dont elle ne pouvait remplir les devoirs ni supporter les charges; grevée de dettes, et accumulant déficit sur déficit, elle se vit réduite à emprunter chaque année de quoi distribuer à ses actionnaires un semblant de profit.
Dans cet état de crise, on sentit l'urgence d'envoyer des commissaires aux Indes afin de juger sur les lieux de l'état des afiaires. Les délégués nommés dans ce but s'embarquèrent en 1791. Après un séjour de trois années à Java, ces commissaires revinrent et soumirent, le 4 Juin 1795, leur rapport à la Compagnie, qui prit connaissance du véritable état dans lequel se
(1) Nous donnerons quelques détails sur ces cultures à l'article du groupe géographique de Banda, Vol. 2 de cet ouvrage.
trouvaient les affaires de la société ; elle vit alors con-^ firmer par ses agents , que le commerce se voyait à peuprès anéanti, que les ressources financières étaieni épuisées , et qu'au lieu de rapporter des bénéfices , les possessions de l'Inde étaient à charge au trésor; celui-ci se voyait à cette époque grevé d'une dette de 84 millions florins, dont 67 millions avaient été avancés par, la nation hollandaise.
Les Etats-Généraux des Provinces-Unies avaient acquis, dès 1790 y la conviction que la Compagnie manquait de moyens pour faire face à ses affaires;. la suppression de la charte accordée à cette association, avait été mise en délibération par le gouvernement; toutefois elle n'eut lieu qu'en 1798, sous le pouvoir de la République Batave qui annula l'octroi accordé en 1602: à cette Compagnie ; l'Etat se chargea de la régie de toutes les possessions intertropicales; l'immense dettedont elles se trouvaient grevées passa à la charge du gouvernement; depuis une vingtaine d'années, la Compagnie coûtait plus de 100 millions au pays.
A la suite du déclin de l'association et lorsqu'elle venait de faire abandon de son pouvoir, le Maréchal Daendels se vit chargé, au nom du nouveau gouvernement monarchique établi en Hollande, d'organiser les possessions de l'Etat dans l'Inde. Il débuta dans cette administration sous les auspices les plus défavorables^, ainsi qu'on peut s'en assurer par le précis que nous avons donné sur l'histoire moderne de Java.
Sous l'administration peut-être trop absolue, mais du peste intègre et ferme de ce Gouverneur-Général, la^
quelle date de 1808 à 1811 , on ne remarque pas d'amélioration dans les finances, mais un progrès rapide eut lieu dans les institutions civiles et militaires ; il affermit le pouvoir sur des bases solides , et il fit exécuter de nombreux travaux d'utilité publique; mais les circonstances fâcheuses de sa position, pendant la longue lutte contre la suprématie anglaise sur les mers, le mit dans l'impossibilité de réaliser les espérances qu'il avait conçues pour le rétablissement des finances et l'augmentation des revenus territoriaux de Java. Le résultat financier de ces trois années vint offrir un nouveau déficit fort considérablcT, ainsi que le tableau ci-joint l'indique :
Les dépenses sont portées à et les recettes à
Le déficit est de
en 1808 ,
sans compter la grande quantité de papier qu'il mit en circulation, ainsi que la vente de plusieurs domaines considérables, mesure à laquelle on dut avoir recours pour faire face aux dépenses considérables.
Lorsque l'Angleterre se rendit maître de Java, le premier soin de son gouvernement fut d'y introduire un nouveau système basé sur les anciens usages javanais du temps des souverains indous; ils furent mis en harmonie avec les ordonnances en vigueur dans l'Inde anglaise. On accorda aux chefs de village le droit de répartir l'impôt territorial; l'intervention du régent de
district en matière de finance cessa d'exister, et l'impôt foncier fut prélevé cadastralement. Cette taxe était portée à la moitié y aux deux cinquièmes ou au tiers de la récolte, selon la fertilité des terres. Comme preuve que* ce système dit hmdrent et tenement taXy ne répondit pas à l'attente , c'est que ,, pendant les trois années de l'occupation de Java par les Anglais , on éprouva une perte de plus de 21 millions de francs, ainsi que le tableau suivant en fait foi:
Dépense Roup.
Recette Roup.
de 1812 a 1813
Déficit Roup.
Lorsque l'île de Java et les autres possessions dans ces mers retournèrent,^ par le traité du 13 Août 1814,. sous le pouvoir de la NéerlandCy trois commissaires fu^ rent envoyés dans l'Inde. Le Baron van der Capellen nommé Gouverneur-Général faisait partie de cette nou-^ velle commission^ chargée de la réorganisation de toutes les parties de l'administration.
La taxe territoriale introduite par les Anglais fut d'abord maintenue ,. plus tard on la modifia. On découvrit incontinent une confusion extrême dans la direction des finances y de manière qu'on se vit dans la nécessité d'établir, à partir de 1818, une période nouvelle d'administration, et de faire des concessions sur les arrérages des trois années précédentes. Au lieu de faire la répartition de l'impôt sur chaque contribuable, çn con-
tracta avec les chefs de desa, en stipulant les sommes dont ils seraient comptables envers le trésor. On continua de suivre ce système de perception jusqu'en 1850.
Afin d'être à même de juger avec précision et d'une manière équitable la valeur des terres, le résident de chaque province comme délégué du gouvernement et les chefs de village avec les doyens représentant les contribuables, étaient chargés d'en faire le rélevé et d'en passer acte en langue hollandaise et malaise, puis chaque chef de desa, assisté des doyens procédait au partage des champs et surveillait les travaux et la récolte des différentes cultures. Une remise de 8^ pCt. sur la recette servait à indemniser le chef responsable. Les contribuables avaient la faculté de payer l'impôt en numéraire ou en produit, selon un taux établi. On laissa à l'indigène disposition libre de sa personne et de| son travail ; mais les droits du régent (Adhipati) avaient été sacrifiés, et le chef de village {Petinggi)y se trouvait en rapport direct avec le gouvernement (1).
Je m'écarterais trop de la concision adoptée comme base de cet écrit, si j'entrais dans les détails sur les différentes cultures qu'on mit alors successivement à l'épreuve (2), et s'il fallait rendre compte des difiScul-
(1) On dit que, Java et ses dépendances comptent 16,000 de ces chefs de village: je n'ai pas été à même de yérifier ce chiffre, je le juge au dessous du nombre effectif.
(2) Voyez van Hogendorp , Conp-d'oeil sur l'île de Java , Ghap. 6. Des cultures déjà établies , et de celles que Von peut introduire ou étendre à Java,
tés qui s'élevèrent de la part des indigènes contre les plans et les dispositions mieux en harmonie avec le bien-être et la liberté, qu'on se proposait de favoriser. Ce qui doit être cité, c'est qu'il est de fait que par les nouvelles ordonnances, l'aristocratie javanaise se trouvait lésée; que les mesures prises dans des vues libérales froissaient certains intérêts; qu'elles n'étaient pas basées sur les anciennes coutumes du pays, même qu'elles étaient contraires , sous certains points à Tcuia/, toujours en vénération chez les indigènes de toutes les classes; aussi le gouvernement vit-il promptement que ses nouvelles mesures ne répondaient pas au but qu'on s'était flatté d'atteindre.
La baisse des denrées coloniales sur les marchés d'Europe ; l'état mal assuré des finances ; les emprunts onéreux qu'on avait dû contracter; la guerre contre Dhipo Negoro et plusieurs autres causes, servirent à augmenter la dette d'une manière efirayante ; la rente à payer s^élevait à plus de trois millions de florins. Il en était alors , relativement à l'état des finances , comme au temps où l'ancienne Compagnie des Indes s'était vue dans la nécessité d'abdiquer le pouvoir.
Le commerce, quoique complètement libre, se traînait péniblement et éprouvait mécompte sur mécompte ; plusieurs maisons de commerce des villes principales liquidaient leurs affaires avec des pertes de 20 et de 30 . pCt. ; quelques unes se trouvaient en faillite. Les magasins du gouvernement étaient encombrés de denrées coloniales; l'arrivage des objets que l'Inde demande à l'Europe ne s'effectuait pas régulièrement ; l'Etat ne re-
tirait plus aucun bénéfice de ses possessions, et l'armateur naviguait avec perte, ou dans l'incertitude des retours toujours de moindre valeur sur nos marchés. Dans cet état de crise, on eut recours à une nouvelle association commerciale privilégiée, et la Compagnie, dite Handehnaatschapptj , fut créée en 1824.
Les théories libérales , la philantropie peuvent , sou& certains points de vue, condamner de nos jours l'établissement d'une société privilégiée. Les résultats sont là , ils servent de preuve évidente des ressources dont le gouvernement peut disposer en faveur des classes ouvrières et industrielles de la société , et pour répandre la prospérité dans le pays au moyen des ressources dont elle dispose. L'utilité en sera reconnue par ceux qui prennent part à l'industrie manufacturière, et le commerçant non prévenu, qui se place au dessus de la sphère du vulgaire , devra convenir qu'un petit Etat ne saurait choisir une mesure plus efScace pour protéger son commerce d'exportation, plus appropriée au maintien de son influence dans ses possessions d'outre-mer, et pouvant, au besoin, servir de contrepoids à l'envahissement des concurrences colossales.
Voici ce que nous apprend M^ le Comte de Hogendorp relativement à la fertilité de Java, et aux ressources qu'elle peut offrir (1).
» Le sol de Java ne présente pas de produits qui lui )) soient exclusivement propres ; mais telle est son heu- » reuse fécondité, telle est la bonté de son climat, que
(1) Coup^cP oeil sur nie de Java, publié à Bruxelles, en 1830.
)) toutes les productions que la Providence avait accor-^ » dées aux autres pays situés entre les tropiques , peuy^ vent y être transplantées et cultivées avec succès. Si » les connaissances moins étendues et les moyens limi- )) tés des Javanais ne leur ont permis jusqu'à présent )> que les cultures de riz , du café , du tabac , de la feuille » de sirie, du katjan^ du maïs et d'un peu de coton ^ » on peut espérer avec raison qu^une persuasion douce » et éclairée les mènera facilement à cultiver aussi le » poivre, le gambir, le cardamome, et de meilleures es* » pèces de tabacs et cotons, en leur procurant à cette )) fin des graines de la Virginie et du Brésil ; tandis que » la culture et la fabrication de l'indigo, du sucre, la » culture en grand du coton , des cafés , du tabac , la fa- » brication de la potasse , du rhum etc. peuvent four* » nir à l'industrie européenne de puissants moyens » d'augmenter les produits propres au commerce ex- » térieur et des sources immenses de richesse et de pro- » spérité."
Ajoutons encore que le même auteur nous apprend: » Qu'en 1830, on pouvait calculer que seulement les ^ » de Java étaient cultivées , et que les autres | pré- )> sentaient encore un vaste champ aux améliorations; » que ce judicieux observateur est d'avis: QuHl faudrait x> introduire avec discernement et sans porter atteinte ni ï> mettre entrave au système dHmpôts suivi dans cette » contrée.^^
Dans les domaines cédés par vente à des particuliers, surtout dans ceux d'une vaste étendue , on pouvait calculer en 1830, que les terres incultes se trouvaient
en proportion de celles] qui sont déjà mises en culture y comme 7 est à 1, et dans les domaines où les améliorations remarquables ont été introduites, cette propor-^ tion ne pouvait dépasser les chiffres de 7 à 2.
Nous voyons par l'aperçu donné sur l'état des finan^ces avant 1850^ que les différents systèmes sous les-^ quels nos possessions dans l'Inde ont été exploitées mercantilement^ n'ont pu fournir à la longue un bénéfice assuré au gouvernement. Le système adopté depuis cette époque a fait naître l'espoir que cette attente se réalisera, et que l'Etat peut compter sur des revenus cer^ tains, que l'industrie agricole versera annuellement au trésor de la métropole: résultat sans doute fort remarquable, peut-être unique dans l'histoire des possessions lointaines qui n'ont pas été colonisées.
Le système du monopole de la Compagnie ;. celui des corvées sous le Général Daendels; les lois cadastrales du ryot war System des Anglais ; celles mitigées et plus libérales introduites depuis l'occupation anglaise ; la stricte économie mise à l'ordre du jour par le Commissaire- Général Du Bus, n'avaient pu répondre à l'attente du Gouvernement européen.
Le Général van den Bosch, qui fut revêtu de l'autorité en 1830, jugea nécessaire d'administrer les intérêts du gouvernement, selon une manière de voir différente de celles qui avaient été suivies par ses prédécesseurs.^ Tirer tout l'avantage possible de l'étonnante fertilité du sol au moyen de l'agriculture, faire servir l'excédant des besoins au soutien du trésor de la métropole, et mettre les vues nouvelles en rapport avec les anciennes cou-
tames ou adat des Javanais, lui parurent les meilleurs moyens pour atteindre ce but.
Quelques détails sont nécessaires pour mettre le lecteur à même de prendre connaissance des bases sur lesquelles repose cette organisation nouvelle, qui a reçu le nom de système des cultures (1). •
L'administration civile des Javanais sous l'empire de Mataram, peut-être déjà sous celui de Modjopahit, admettait que les terres appartenantes à un desa sont partagées d'une manière inégale entre les habitants. Une partie de ceux-ci est exclue de toute possession et se trouve dépendante du propriétaire , qui a le droit de disposer de ses services moyennant la cession d'une portion de terre qui lui est fournie pour subvenir à ses besoins. Lorsque le subordonné n'est pas requis pour le travail agricole, il doit payer à son chef ou à son tjatjah la moitié de la récolte; s'il effectue des travaux il se trouve libéré de cet impôt.
Les anciens souverains de Java étaient maîtres de tout le sol, seulement au terme du droit reconnu, qu'ils avaient la faculté de lever sur les terres cultivées un impôt, consistant en une partie de la récolte, ou bien, ils pouvaient exiger le service personnel. Toutefois, le propriétaire jouissait de la faculté de se soustraire à cet impôt, en faisant restitution du terrain à la commune; celle-ci s'en appropriait alors le profit sous l'obligation
(1) J'emprante plusieurs détails à l'ouvrage de Mr. de Selberg: Over den voorledenen en iegentooordigen ioestand van het eiland Java 1841.
de la charge. L'impôt de même que le service obligatoire étaient réglés par Vadat, et consistaient pour le prince , dans le cinquième de la récolte , ou dans la main d'oeuvre, calculée à raison de 66 jours de travail par année. Pendant l'occupation anglaise on' avait agi con* trairement à Vadat , en exigeant la moitié , deitûo cinquièmes ou un tiers de la récolte^ au lieu d^un cinquième.
Le désoeuvrement est le suprême bonheur du Javanais, tandis qu'il partage avec tous les hommes le dé« sir d'augmenter ses jouissances au moyen du travail au« quel il se croit obligé. Selon cette base, on établit en principe qu'un desa, moyennant l'abandon de la cinquième partie de ses champs de riz, pour la faire servir à la culture d'un produit recherché sur les marchés d'Europe, serait libéré de l'impôt foncier; que le desa aurait la jouissance d'une part du bénéfice, lorsqu'il serait constaté par estimation que le produit de la culture rapportait plus que le montant de l'impôt foncier dû par le village ; qu'en cas de non^réussite de la récolte, la perte en serait supportée par le gouvernement, si toutefois le manque de soins ou d'activité du cultivateur n'étaient pas cause de la perte de la récolte.
Gomme il ne sufiSt pas de faire la récolte de ces denrées dans le but d'obtenir une masse de produits pour les marchés d'Europe, mais qu'elle doit aussi avoir lieu avec les soins nécessaires, il était indispensable d'aviser aux moyens de satisfaire à toutes les exigences du commerce. Pour y parvenir, on ne pouvait se passer de capitaux, ni de connaissances et de soins en matière de culture. Les capitaux et l'industrie des Européens et des
Chinois furent à tel point liés par l'intérêt à ces entreprises, que par leurs concours on se vit à même d'obtenir une manipulation soignée de la matière première.
Pour ne pas surcharger une partie de la population indigène d'une corvée trop lourde, on eut soin de répartir les travaux (par exemple dans la culture de la canne à sucre) de manière à ce qu'une partie des habitants du desa fût chargée de porter la canne à sa maturité; une autre devait s'occuper de la récolte, une troisième était chargée du transport; enfin, lorsqu'il serait nécessaire, une quatrième remplirait les travaux de la fabrication, et seulement dans les localités où les ouvriers libres ne se trouvaient pas en assez grand nombre, ces derniers seraient salariés en sus de la remise par une quantité déterminée de riz et de sel. GomiQe le Javanais préfère travailler sous la surveillance immédiate de ses compatriotes, on lui accorda cette faveur. On remit à la surveillance de chefs européens tous les soins que les cultures, la récolte et la fabrication demandent. Dans les districts où la culture de la canne existait anciennement, on accorda aux Javanais la permission d'exploiter leurs propres terres, sous l'obligation de payer l'impôt dont les rizières se trouvaient grevées ; dans les localités où les champs de riz ne sont pas fort-étendtis , on accorda à la population la faculté de défricher les terres dans les districts plus élevés.
Les difficultés qui s'élevèrent contre l'application de ce système chez les Javanais des provinces de l'intérieur, se trouvèrent promptement levées par la simplicité des moyens mis en oeuvre. Après avoir distrait le cinquième
de l'étendue totale des rizières d'un desa^ ou bien après le choix fait de terres élevées propres à la culture, on partagea le travail entre la population de la manière suivante. Pour faire exécuter le travail nécessaire à une étendue de terrain d'un bauw (1), le desa était obligé de livrer quatre hommes , dont deux travaillaient à tour de rôle pendant une semaine ou un mois, suivant la convention faite. Les hommes de peine avaient pour surveillants des Chinois nommés mandoor (littéralement maître valet), qui se trouvaient sous la surveillance du chef de village.
Une partie de la population employée à ces travaux en est chargée jusqu'à parfaite maturité du produit; puis elle est libérée de tout autre travail; toutes les autres charges spnt réglées sur le même pied. La manipulation est ordinairement confiée à des ouvriers libres; s'il ne s'en trouvent pas, le travail à lieu de la manière dont nous venons de faire mention.
Nous terminons ces détails par l'application de ce système à la culture du sucre, déjà prise comme exemple dans les pages précédentes.
Le produit d'un bahoe planté de canne à sucre peut être porté au minimum de 15 pikol (2). Conséquem-
(1) En javanais bahoe, CeUe mesure est égale à 71 ares ou décamètres [2'p qaatre bahùe font le djoeng. — Un pikol est le poids de 125 livres, et 27 pikol font le kojan. Cette dernière mesure contient plus ou moins de pikol selon les différentes denrées et suivant les localités 3 mais un kojan de riz est toujours de 27 pikol.
(2) Le bahoe planté de cannes fournit ordinairement de 20 à 21 pikol de sucre; il en produit, quoique rarement, jusqu'à 25.
ment un établissement qui produira 6000 pikol de sucre , doit avoir à sa disposition une étendue de terre de 400 bahoBj sur lesquels il est nécessaire d'employer journellement 400 hommes; ce qui fait que 1600 personnes, qui possèdent 2000 bahoe de champs de riz, sont libérés de l'impôt foncier.
Un homme coupe environ de 500 à 550 cannes, dont 2000 à 2200 sufSsent pour fournir un pikol de sucre , de sorte que quatre hommes sont requis pour couper la quantité de cannes donnant un pikol de sucre. Attendu que le moulin n'est que 10 mois de l'année en activité , on calcule le produit d'une journée à 20 pikol , ce qui met 80 coupeurs de cannes en fonction, de manière que pour ce travail 520 individus obtiennent exemption de l'impôt. Pour le transport des cannes au moulin on compte 140 charges, chacune de 320 pièces. Une charette {Pedati ou Kesser) fait ordinairement deux voyages par jour, ce qui porte le nombre des charettes de l'établissement à 70; chaque voiture est accompagnée d'un homme , ce qui fait 280 personnes libérées de l'impôt. Il en faut encore 40 autres pour la coupe du bois, dont on fait usage dans les fourneaux, et lorsque le fabricant, faute d'ouvriers libres, est oliligé d'employer les habitants du desa, il a besoin journellement de 50 hommes: donc encore 200 hommes libérés de l'impôt (1).
(1) Je tïie dans cet aperçu les conditions stipuMes par les premiers contrats avec les fabricants de sucre^ Ces contrats ont subi depuis 1834 quelques modifications dues au perfectionnement des
RECAPITULATION.
Pour les travaux des champs 1600 homm,
La coupe des cannes . 320 »
Transport des cannes 280 »
Coupe du bois etc. ••.... 40 - »
■^240 ~ Le fabricant employant des ouvriers fournis par le village 200 »
Total . . 2440 homm, dont seulement 610 sont occupés journellement.
Les 2240 hommes jouissent de la remise de l'impôt calculé à 7J. florins, ce qui fait fl, 18,300. Ils peuvent être requis 300 jours dans Tannée; mais, soit que le moulin demande des réparations y ou se trouve arrêté par d'autres causes ^ on peut calculer sur 250 à 260 jours ouvrables; ce qui fait 65 jours de travail par tête, calculé au prix ordinaire de la main-d'oeuvre à Java, à 12 cents de Hollande (1) par jour. Cet avantage n'est pas le seul dont jouisse le javanais voué aux travaux d'une sucrerie. D'abord il est libéré de l'impôt et conserve pleine jouissance de la récolte de ses champs de riz. S'il est propriétaire , possédant* par exemple quatre 6a-
nsines et à la facilité qu'a le fabricant de se pourvoir d'ouvriers libres ; le goût pour les travaux agricoles prend de plus en plus faveur parmi les javanais. Les anciennes charettes, pedatiy sontaus* si d'une construction plus soignée. On en ùÀi maintenant en fer.
(1) Le florin de Hollande vaut 2 francs 11 centimes, le florin argent a 100 cents, mais en cuivre 120 cents. A Java, 6 florins eUivre équivaut à 5 florins en argent.
hoe de rizières , il a la faculté de faire trayailler à l'établissement l'un des quatre hommes de peine {galiding hoewong) , qui sont à son service , les trois autres demeurant employés aux travaux dans ses champs; il cède à ceux-ci pour salaire la moitié du produit de. la récolte des 4 hahoe; tandis que l'homme de peine employé à l'établissement reçoit l'autre moitié. Le propriétaire fait de cette manière une épargne des trois quarts de l'impôt foncier qu'il doit pour ses rizières.
En somme , il est prouvé que le nouveau système permet au javanais d'exécuter moins de travail, tout en conservant la jouissance des mêmes avantages; mais, qu'à travail égal de celui qu'il est obligé de faire dans ses rizières, son profit alimente considérablement.
On a nourri quelque crainte que, par la cession du cinquième des terres à rizières au profit de cultures plus précieuses, celle du riz n'en souffrit et que le produit n'en devint moins abondant. Les résultats mon-* trent clairement que la culture de cette céréale ne diminue pas, que l'exportation en est toujours très-considérable, même qu'elle augmente annuellement.
Le calcul établi et la balance faite de toutes les dépenses, il en résulte que le ipihol de sucre coûte au fabricant fl. 7.50; le gouvernement le paie à raison de fl. 8.50 ou fl. 9 monnaie de cuivre. Nous avons déjà fait mention des avances accordées sans intérêt à ces établissements, mais sous des garanties pour le capital, qui doit rentrer en deux ou (au plus long terme) en trois années au moyen des livraisons de sucre. La Compagnie de commerce (Handelmaatschappij) reçoit ces prô-
duits, ainsi que toutes les autres denrées dont la culture est réservéa, dans les magasins établis à fcette fin dans plusieurs localités de Pile, où elles sont mises sous la surveillance de ses agents, qui ont soin du chargement des navires frétés par la compagnie; la navigation per- ^manente et régulière de ces vaisseaux offrent 4in gain assuré aux armateurs. Les denrées, à leur arrivée en Europe , sont vendues aux enchères dans les deux ports principaux et à deux époques fixes de Pannée.
Dans les pages destinées à mettre sous les yeux du lecteur quelques résultats obtenus par lés différentes cultures, il me faudra nécessairement entrer dans une partie des détails que présentent les pièces officielles et les rapports, faits au gouvernement sur l'état des cultures en 1840 et 1841.
Nous mettons en tête celle du riz, produit nutritif i]ui, depuis un fort grand nombre d'années, sert d'aliment principal (1), non seulement à Java, mais aussi dans les autres îles de la Soende. Java est le grenier d'abondance de tout l'Archipel ; aussi la Compagnie s'occupaitelle avec sollicitude de cette culture, bien persuadée qu'une disette de riz pouvait devenir fatale à son pouvoir. Des ordonnances propres à encourager et à étendre cette branche d'agriculture, ont été promulguées depuis ce temps, par une autorité appelée à veiller au bien-être matériel de plusieurs millions d'habitants.
(1) Encore du temps de la Gompag;nie, la population de Java avaitelle recours pour sa nourriture au maïs , ou à des racines dont l'usage présentait bien moins de salubrité encore.
Nous venons de dire que le produit de cette culture a toujours été en augmentant, alors même que d'autres, plus recherchés par le commerce, ont été établis aux dépens des rizières (1), et nous en donnons la preuve..
Prenant comme base de comparaison l'impôt foncier (tout incertain qu'il est pour établir le juste aperçu), on trouve qu'en 1818, le montant de l'impôt sur les terres rapportait 2 millions de florins au trésor; de 1820 à 1830 il est porté à 5 millions, en 1840 à 8, et dans le tableau des revenus pour 1843, l'impôt foncier des communes javanaises se monte à plus de 10^ millions. Comme preuve évidente que la culture du riz , dont il serait difficile de fixer la quantité produite annuellement, augmente considérablement, nous pouvons* dire que l'exportation qui s'en est faite en 1540 est de i,488,350>fto/ de 12S livres.
L'exportation précitée ne comprend pas les récoltes Ëtites dans les provinces de Batavia, de Buitenzorg,. de Soerakarta et de Djokjokarta. Les produits de ces deux dernières provinces ne font non plus partie des chiffres portés sur les tableaux suivants..
(1) La culture du. riz a lieu à Java selon trois mëthodes principales; on donne le nom de sataah, aux rizières qu'on peut inonder artificiellement; tipar ou tagaly sont des terrains éleyës, mais* en plaine, et gagah'ou ladang, sont des terres forestières défrichées ; les deux derniers ne donnent qu'une seule récolte; on peut obtenir une seconde récolte du saivah; elle consiste alors, le blus habituellement, en katjang, dont on extrait de l'huile, en kapas ou coton fin , et en obie y sorte dé pommes de tercer