‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagique (volume 2)Chapitre 21 sur 21 · DE JAVA · texte numérisé non relu

DE JAVA

. Plusieurs petites îles bordent le littoral de Java, ou n'en sont séparées que par des canaux peu profonds. On présume que ces îlots ont fait jadis partie de la grande terre et qu'une commotion violente du sol les en a détachés , probablement à une époque plus rculée que celle des fortes éruptions volcaniques dont Java fut le théâtre, et dont elle porte les traces sur la presque totalité de son étendue; un grand nombre de ces volcans sont encore en activité et donnent lieu à des éruptions violentes et dévastatrices. Mais comme preuve évidente de l'isolement du plus grand nombre de ces îles , antérieurement à l'époque des fortes commotions, on peut avancer que ces démembrements de la grande terre ne portent aucune trace de l'influence des feux souterrains, vu que toutes ces îles, excepté Noesa Kambangan, Baroen et.Sampoe sont de formation calcaire et madréporique.

Telles sont les îles Bavian, où se propagent quelques espèces d'animaux qui n'existent pas à Java, et ce qui mérite surtout d'être cité, c'est que, dans ces îles peu éloignées de la côte de Java , se trouve une espèce de petit cerf inconnu au reste de l'Archipel , que

nous avons désigné sous le nom de Cervus Kuhlii et qui n'est guère plus grand que le Chevreuil d'Europe (1). On peut citer encore une Roussette , Pteropu^ aterrimuSj distincte du P. edulis de Java ; puis quelques oiseaux de petite taille de l'ordre des Chanteurs. Non loin de la côte méridionale se trouve Noesa Baroen, Sampoe, et plus vers le centre Noesa Kambangan , qui sont de formation volcanique. Cette dernière offre dans la classe des mammifères le même Pteropus nouveau des îles Bavian , mais qu'on ne trouve pas à J^va; puis un rongeur, Pteromys eleganSy à robe peinte de couleurs vives et à dos tacheté de mèches blanches (2). La belle fleur gigantesque du genre Rafflesia^ qu'on ne trouve nulle-part dans l'ile de Java, s'y montre aussi vigoureuse dans sa croissance qu'à Sumatra. Il est probable que cette grande fleur parasite de Noesa Kambangan, est une espèce différente de la Rafflesia de Sumatra^ M'^. Blume a fait mention dans sa flore de Java d'une Rafflesia patma , trouvée par lui dans une petite ile voisine de Java. La Brugmansia Zippelii du même auteur paraît avoir de nombreux rapports avec cette Rafflesia; elle croit sur des hauteurs de deux cents toises au dessus du niveau de la mer.

Noesa Kambangan , littéralement île du rocher fleuri y a emprunté ce nom de la quantité remarquable d'arbustes et de plantes chargées de fleurs élégantes et suaves, dont le parfum embaume l'air dans ces

(1) Voyez pour plus de dëtails, Natuurkundige Ferhandelin^ gen etc., partie Zoôlogîque, planches 44 et 45.

(2) Voyez, Verhandelingen etc., partie ZooIo{;îqae, planclic 16.

parages. Sa formation Tolcanique fait présumer que cette île est un démembrement plus récent de la côte méridionale de Java , dont elle n'est séparée que par un canal étroit et fort peu profond. Elle est couverte de montagnes de hauteur moyenne, entrecoupées de belles vallées et de plaines fertiles , où la végétation est spontanée et vigoureuse; sa partie méridionale est fort élevée, rocheuse et abonde en falaises à pic; l'Océan indien vient se briser avec violence sur cette côte qui sert de rempart naturel aux j>lages basses de la province de Banjoemas dans l'ile de Java et les protège. Benting, Matti et Karangbollang sont les villages les plus considérables de cette ile, jusqu'ici peu peuplée comparativement à son étendue et aux ressources qu'elle peut fournir. Le pays est fertile, régulièrement pourvu d'eau douce et offrant quelques rivières navigables pour de petites embarcations.

La cire des abeilles sauvages et les nids d'oiseaux comestibles sont les principaux produits naturels connus qui peuvent servir au commerce; la mer y est fort poissonneuse; on en exporte aussi plusieurs sortes de bois de construction et d'ébénisterie , dont on ne connaît jusqu'ici que les noms que leur donnent les indigènes; la végétation y est abondante et réputée par le luxe et la diversité de ses formes. Les animaux dont les vastes forêts sont peuplées, nous sont également inconnus de nom; on sait seulement qu'elle n'est pas habitée par des animaux Carnassiers, ni par des espèces de la classe des Pachydermes. On assure que cette île, dont jusqu'ici le gouvernement paraît faire peu de cas, est pro-

pre à la culture ducafier, de la canne à sucre, de l'indigotier et du kapas ou cotonnier.

Dans le rayon de la résidence de Bantam se trouvent Poeloe Panaitan, Poeloe Merak, Poeloe Pandjang et Poeloe Kalapa ou l'île des cocos. Tous ces îlots sont madréporiques ; le premier produit des bois de teinture , et le dernier une grande abondance de fruits du cocotier. Ces îles malsaines sont désertes ou peu peuplées; elles n'offrent rien de remarquable à l'observateur de la nature. Les îles nombreuses de la baie de Bantam et du détroit de la Soende ne présentent guère plus d'intérêt.

Dans la vaste baie de Batavia sont disséminés plusieurs îlots qui portent les noms de quelques villes de' la Néerlande; parmi les plus remarquables se distingue l'île Onrust, oii se trouvaient les chantiers de la Compagnie, un fort et une église; le fort à été rasé et abandonné aux flammes, lorsqu'on 1800, les Anglais vinrent bloquer la rade de Batavia. Cette île sert aujourd'hui de chantier principal au Gouvernement, et de nombreux bâtiments, la plus part destinés aux besoins de la marine, en couvrent la surface.

Dans le détroit de la Soende, à l'endroit de la passe la moins large entre Java et Sumatra, se troiure la petite île Dwars in dm weg.

Le détroit de Madure sépare de l'île de Java un chapelet d'îles et d'îlots (plus de soixante quinze), qui sont disséminés sur une étendue de quatre degrés jusqu'au H7me de latitude. Madura, la plus grande de

cet Archipel, est de formation calcaire, hormis quelques districts qui sont bas , marécageux et couverts de forets. Cette ile est en grande partie inculte, et, quoique si peu éloignée de Java, d'une aridité qui contraste avec la force végétative du sol et les produits riches et nombreux que fournit sa voisine. Le riz, cette plante nutritive , recherchée comme aliment journalier de la population malaie, n'y croit pas en quantité suffisante pour nourrir ses habitants qu'on porte à 300,000 âmes. Cette population est très-peu nombreuse, comparativement à l'étendue de l'île qui est longue de 79 milles , sur une largeur de 31 milles, dans sa partie la plus étroite. On ne connaît pas le chiffre exact de la population des îles nombreuses comprises sous la dépendance de Madura, telles que Sapodi, Rahas, Gilliradja, Poetaran, Kangan, Gowa-gowa etc. Le recensement de 1815 donne à Madura et aux îles adjacentes une population de 218,660 âmes; depuis ce temps elle doit s'être accrue considérablement. La position géographique de Madura est entre le H2o 42' et le 114o 2' longitude, et du 6o 42' au 7o 18' latitude sud.

Le détroit de Madura, qui la sépare de Java, n'a qu'une largeur d'un mille et demi; des manuscrits malais constatent que Madura a fait jadis partie de l'île principale, dont elle a été séparée par les commotions violentes du sol ; les découpures dans les côtes opposées l'une à l'autre, ainsi que le peu de profondeur du canal qui les sépare, servent de preuves qu'elles ont été réunies, probablement avant l'époque des grands soulèvements dont Java à été le principal théâtre dans cet

Archipel: on peut également admettre cette hypothèse en raison de la formation > calcaire cpie présente toute l'île de Madura.

La réunion civile et politique de Java et de Madura date tles temps lès plus reculés dont les annales fassent mention V elle a continué d^èxister sous la pouvoir des despotes javanais, et elle se trouve sanctionnée par le gouvernement actuel. Madura a été conquise en 1467, sous le règne de Bromo Bjojo , l'un des Empereurs de Modjopahit; il y envoya son fils Harijo Lamboe pour la gouverner. Lorsque ces princes abjurèrent le culte de Bouddha et se virent soumis à celur de Mahomet ^le pourvoir était entre les mains d'un prince nommé Agoeng qui résidait àPamakassan. Depuis le démembrement de l'£m* pire indou de Modjopahit et après la- destruction de la capitale de ce nom,, les souverains isiamites de Mata^^ ram continuèrent l'exercice dii pouvoir sur Madura jus* qu'en l'année 1743^ lorsque la Compagnie des Indes entra en possession de* toute l'île moyennant le traité conclu avec \e Soesoehoenan. Usant du- droit de souve* raineté, elle partagea Madura en trois provinces; le Sultan Tjokro Diningrat (1), qui avait jusque là exeixé le pouvoir, fut déporté; Sadja Diningrat , son fils, reçut, avec le titre de Radhén Dhipati, l'autorité sur l'une des provinces; un ancien Toemoliggoen madurais, nommé Tjokro Negoro, reçut le titre de Panembahan de Suma-^ nap , et on -installa à Pamakassan le Pangeran Mas Mail;

(1) Nom probablement formé de Hadhi-ning-rat ^ c'est-à-dire VélitB ou la fleur du monde. Les villes de Soeralarta et de DjokjoLarta portent aussi ce surnom.

Les éréiiemeDts jins récents qui ont rapport k cette lie, font partie du précis que noos venons de donner sur l'histoire moderne de Jara.

L'Ile principale, ainsi que ses dépendances nombreuses font, administrativement, partie du gouTemement de JaTa. Trois princes indigènes y sont maintenant inrestis du pouvoir; nommément: le Sultan de Bangka* bn on de Madura , le Sultan de Sumanap et le Panembahan de Pamakassan ; ces princes sont tenus par les contrats de fournir des contingents à l'armée; eux et leurs fils 7 occupent des grades élevés et ont été décorés des insignes de commandeur et de chevalier des ordres du Roi. Us se sont distingués par leur courage et un dévouement sincère dans les rencontres ou leur fidélité a été mise à l'épreuve, et ils ont rendu des services importants comme auxiliaires, dans lés guerres que le Gouvernement de la Compagnie eut à soutenir dans les premières années de son pouvoir à Java, ainsi que dans celles qui suivirent la remise de nos possessions par les autorités anglaises, particulièrement dans la lutte opiniâtre contre Dhipo N^oro.

Les Madurais comptent parmi les meilleurs soldats de ligne de notre armée. Ce peuple a plus de force musculaire et endure mieux la fatigue que le Javanais, quoiqu'il ne soit guère plus élancé de taille que celui-ci : sa physionomie porte l'empreinte de l'intelligence et de la vivacité; il est plus entreprenant, plus cordial, et moins pusillanime que son voisin de Java.

L'élève du bétail est à Madura dans un état plus prospère que l'agriculture. Les produits principaux de l'Ile

sont les nids d'oiseaux dits de Salanganes^ le sel, le maïs, le katjang, le djankh, le coton et le tabac; le café et le poivre y réussissent également. Le règne animal y est aussi chétif et pauvre en espèces que le règne végétal ; des mammifères de Pordre des Chéiroptères ont' établi leur demeure dans les cavernes calcaires, tandis qu'un petit nombre d'espèces d'biseauï peuplent les bois de cette contrée^, - qui ne produit aucun animal particulièrement propre ou indigène à cette terre.

A Madura et dans les provinces de Chéribon , de Baglen et de Djokjokarta,, dans i'ile.de Java^ se recueille cette immense quantité de nids d'oiseaux,, nommés asr sez improprement nids de Salanganes, vu que le petit martinet qui porte ce nom, n'est pas la seule espèce qui construise de ces nids. C'est un comestible très recherché, qu'on exporte presque exclusivement en Chine, et dont le produit est fort lucratif pour ceux qui sont en possession de ces contrées arides. Deux espèces de très-petits martinets^ Cypsdus^ esculentvs et fudphagusy fournissent de la sorte par leur tra^ vail et au moyen des oignes sécréteurs dont ces espèces sont pourvues ,^ des revenus considérables, qui s^obtiennent sans autre travail que celui d'abattre dans ces cavernes les nids nouvellement construits par ces industrieux volatiles. Cette récolte à lieu deux fois dans, l'année, et ne laisse pas que d'être périlleuse pour les exploitateuri^. La qualité la phis recherchée est celle qu'on obtient avant les pontes; puis, comme seconde qualité,, les nids abattus après le temps de l'incubation et de la sortie des jeunes oiseaux ; on distingue encore deux sorte»

dans eette qualité ; les nids construits à la hâte par les oiseaux qoi en ont été prirés lors de la première récolte, et comme qualité inférieure les nids anciens dans lesquels les jeunes ont séjourné. La première qualité est du prix de 3000, 3500 jusqu'à 4000 piastres le pir kd; la seconde de 1400 à 1500, et la troisième de 700 à 800 piastres. On peut admettre qu'il faut 50 à 60 de ces nids pour faire le poids d'une livre. Le premier assortiment passe presque exclusivement en Chine, et une partie sert à la consommation dans le pays.

Les salines les plus productives de l'Archipel soDt à Madura '^ elles appartiennent au Gouvernement ; les principales sont à Sempang et à Tjandi.

Bali ou la petite Java , est située à la pointe orientale ; elle est séparée de l$i grande île par un canal qui offre une route sure aux vaisseaux retournant en Europe pendant la mousson d'ouest, tandis qu'à cette époque le passage du détroit de la Soende est difficile et dangereux. Sa position géographique est entre le 114<> 48' et le 115o 10' de longitude orientale, et entre le 8o20' et 9o 12' latitude sud. On lui donne une superficie dé 105 milles carrés géographiques ou 58 myriamètres D. Sr population serait de 800,000 âmes?

Nous avons déjà fait l'observation que les rites du culte de Bouddha sont encore en vigueur dans cette ile, tandis qu'à Java ce culte a été remplacé avant le quinzième siècle par la religion de Mahomet, et qu'oti ne trouve dans cette ile qu'un ou deux points fort cir^

conscrits de l'intérieur, où les habitants montagnards de* Tengger et les Badoewis conseryent encore quelques rites dénaturés de cette ancienne croyance de leurs ancé* très. Une partie des Balinais reconnaît Brahma comme le dieu suprême, le plus grand nombre suit le culte deSiwa. Ils admettent dans leur île les quatre castes indoues, savoir, des Brahmanes, des Eschatrija's , des Waisja's et des Soedra's : quoique les Brahmans jouissent d'une grande considération et qu'ils prennent rang au dessus des chefs ou rois , eux-méme sont exclus de la royauté. Les Balinais prétendent que leur origine remonte à une époque fort ancienne, et qu'ils la doivent à des géants (raksoso). Dans ces temps qu'on peut nommer fabuleux, le pouvoir dans l'Ile se serait trouvé partagé entre deux despotes. Depuis cette époque , dont la date n'est pas coiïnue, les Indous y firent prédominer les rites de leur croyance et exercèrent depuis lors une influence directe sur cette île. Un prince javanais nommé Kaboehajoe, arriva à Bali dans des vues hostiles; quoique soutenu par ses compatriotes de Blanbangan , il ne parvint pas à réaliser ses projets de conquête, mais il arriva jplus tard à son but par lé soutien qu'il trouva parmi les Indous fixés dans l'ile: circonstance de laquelle il résulte que les Balinais n'ont pas em* prunté Jeur culte non plus que leurs premières idées de civilisation à l'ile de Java; car il est positif que des Brahmans de Kosta (la côte de Coromandel) se trouvaient à Bali avant l'époque, également indétermi* née, de la venue dans l'ile d'un prince javanais de Modjopahit, nommé Ida Sapin Dalam Dewa Âgœng, qui

parvint à l'exercice du pouvoir, et qui a été le fondateur du royaume Kalongkong. Le respect religieux que les sept autres princes qui gouvernement à Bali, portent encore aujourd'hui à celui de Kalongkong, aurait lieu, dit-on, en mémoire de l'origine illustre de ce prince balinais.

La coutume empruntée à l'Inde, de vouer aux flammes la veuve, sur le bûcher destiné à consunier les restes mortels de son époux, est, de nos jours encore, suivie à Bali; l'épouse qui refuserait de s'y soumettre serait un objet d'opprobre, ou elle subirait l'esclavage.

L'île est de formation volcanique; on y trouve aussi des terrains d'allovion dont la fertilité égale celle du plus grand nombre des provinces de Java; des sources chaudes et des lacs existent dans l'intérieur. Une chaîne de hautes montagnes la traverse du- Nord*ouest au Sud-est. Des forêts impénétrables couvrent une grande partie du sol. Le riz s'y cultive en abondance et peut servir à l'exportation; on en fait la récolte deux fois dans l'année.

On ne possède pas jusqu'à présent un nombre suffisant de renseignements officiels et précis sur cette ile, peu visitée par les Européens; le naturaliste ne connaît non plus exactement ni les productions du règne animal, ni celles du règne végétal dé cette contrée; la constitution physique du pays ne nous est guère mieux connue. Nous ne saurions conséquemment nous permettre d'en tracer l'esquisse d'après les indications de quelques marins qui ont pris terre sur une partie de la côte ; une exploration mieux entendue , faite dans l'intérêt du pays

toutes ces petites Iles par des bâtiments à vapeur lé:' gers^ afin (ju'on puisse détruire complètement non seulement sur mer, mais aussi dans leurs repaires, ceshor* des de forbans dont les côtes de toutes ces petites iles se trouveùt encore peuplées. L'état prospère dont jouit l'ile de Java devrait s'étendre également sur les petites iles environnantes^ alors cette florissante métropole de nos établissements ne se trouverait plus entourée, comme elle l'est eflectivement , d'une légion d'écumeurs de mer constamment sur le qui-vive, et saisissant chaipie occasion favorable de reprendre la mer, pour se livrer impuné* ment pendant quelque temps à cet infâme métier.

En effet, plusieurs chefs des iles où des employés européens ne sont pas fixés, entretiennent des bâti« ments jHràtes, dont le rendez-vous est dans leur rési-*> dence même, ou dans d'autres iles d'un difficile accès et qui sont quelquefois inconnues à nos marins. Les pirates des Philippines, de même que ceux de Bornéo, de l'archipel de Sœloe et des Papous, viennent visiter les parties occidentales de Java a l'approche de la mousson de l'est, et les parties orientales lors de la mousson opposée; la régularité périodique de leurs dévastations peut, en quelque sorte, les faire comparera de terribles oiseaux de. passage*

On peut ranger ces écumeurs de mer en deux classes différentes: les uns sont montés sur des j>raAo6 de grande dimension, qu'ils arment d'une nombreuse artillerie et d'un équipage au grand complet; ils entreprennent des courses en mer de plusieurs mois, et vont à la recherche des vaisseaux européens et des jonques chinois

liberté parfaite d'action en tout ce t{ui est jrelatif a l'admlmstratiim intérieure du pays.

Ces princes se permirent en 1841 de £dre un usage arbitraire de cette liberté. Un navire hollandais ayant fait côte à Bali , la population pilla la car^isan , et les princes se justifièrent de cette action en s'appuyant sur leur droit. Cet exemple a servi d'indice pour faire modifier les contrats; depuis ce temps , les îles de Bali et de Lombok ont .été assujéties aux lois en vigueur ainsi qu'aux droits qui sont perçus à Java. *Le commerce peut se promettre de cette mesure préparatoire un trafic exempt de vexations, d'autant plus que ces iles ont aussi été mises a l'abri de la piraterie qui s'exerçait jadis sur leurs côtes.; elle avait lieu, le plus souvent, de connivence avec les ^adjas, auxquels revenaient de fortes parts du butin.

Il est prenable que l'expédition ordonnée fort récemment contre les xbefs insoumis de Bali, servira à met- Ite un terme à ces désordres sans cesse renaissant dans le ressort de la métropole indienne, et que cette lie, encore inconnue jusqu'ici au monde savant, jomra, dans peu de temps, d'un régime administratif qui la placera sous l'autorité plus immédiate de la métropole de nos possessions , et dont elle aurait du faire partie depuis un grand nombre d'années , pour peu que le gouvernement colonial de la Compagnie eût envisagé ses vrais intérêts.

La nécessité qui se fait sentir de plus en plus pour la navigation et pour le commerce , qu'il soit' mis un terme à la piraterie, engagera sans doute le Gouveniement de Batavia à faire surveiller plus assidûment les abords de

toutes ces petites Iles par des bâtiments à vapeur lé^ gers^ afin qu'on puisse détruire com|^ètement non seulement sur mer, mais aussi dans leurs repaires, ceshor« des de forbans dont les côtes de toutes ces petites lies se trouveùt encore peuplées. L'état prospère dont jouit l'ile de Java devrait s'étendre également sur les petites iles environnantes^ alors cette florissante métropole de nos établissements ne se trouverait plus entourée, comme elle l'est eflectivement , d'une légion d'écumeurs de mer constamment sur le qui-vive, et saisissant chaque occasion favorable de reprendre la mer, pour se livrer impunément pendant quelque temps à cet infâme métier.

En effet, plusieurs chefs des iles où des employés européens ne sont pas fixés, entretiennent des bâti« ments jurâtes, dont le rendez-vous est dans leur rési-» dence même, ou dans d'autres iles d'un difficile accès et qui sont quelquefois inconnues à nos marins. Les pirates des Philippines, de même que ceux de Bornéo, de l'archipel de Sœloe et des Papous, viennent visiter les parties occidentales de Java a l'approche de la mousson de l'est, et les parties orientales lors de la mousson opposée ; la régularité périodique de leurs dé« vastations peut, en quelque sorte, les faire comparera de terribles oiseaux de. passage*

On peut ranger ces écumeurs de mer en deux classes différentes: les uns sont montés sur des jiraAo^ de grande dimension, qu'ils arment d'une nombreuse artillerie et d'un équipage au grand complet; ils entreprennent des courses en mer de plusieurs mois, et vont à la recherche des vaisseaux européens et des jonques chinoi?

ses ; on les voit quelquefois réunis en escadre attaquer les bâtiments en croisière. Les autres ne font usage que de pra^c légers, armés de canons à pivot, avec un équipage de vingt à cinquante hommes armés ^ ces pirates savent profiter de la nature des côtes, des criques, des baies et- des bouches des fleuves, où Hs se cachent et attendent l'occasion pour s'emparer des navires commerçants surpris par les calmes fréquents dans ces parages; ils ont souvent à leur disposition des pirogues nageant avec une vitesse extrême, et qui, par letir forme et le petit nombre d'hommes dont elles sont montées, paraissent inoffensives et servent à induire en erreur le marin peu au fait de leurs ruses. - Le genre de vie de ces pirates à bord de leurs bâtiments est assez misérable ; aussi ne peut-on s'attendre à ce que ces hommes durs et grossiers éprouvent pour les autres la pitié qu'ils n'ont pas pour eux-mêmes. Les enfants et les femmes qu'ils enlèvent pendant leurs courses servent à recruter incessamment leurs rangs. Bien peu d'entre eux embrassent une vie moins aventureuse après s'être enrichis , et si quelquesuns survivent aux accidents d'une pareille vie, l'usage immodéré qu'ils font de l'opium ne leur permet guère d'atteindre un âge avancé.

Ces pirates croisent parfois jusqu'au nombre de cent bâtiments. Malgré la chasjse active qu'on leur donne, il est assez difficile pour un bâtiment à voile de les atteindre, parce qu'ils n'attendent jamais nos vais^ seaux de guerre , et que les îles sans nombre répandues dans ces mers, qu'ils connaissent mieux que nous, leur

offrent des retraites où l'on ne peut pas toujours les sui^ vre. Bu reste, ils ne demandent pas plus qu'ils ne font quartier; et quand il leur arrire de se trouver serrés de trop près, ils commencent par poignarder leurs femmes et les jeter à la mer parées de leurs plus riches habits, puis ils se battent en désespérés jusqu'au dernier souffle. Ces écumeurs de mer, qui comptent pour rien leur vie et n'attendent pas de quartier lorsqu'ils sont engagés avec des bâtiments de guerre néerlandais, seraient bien plus à craindre s'ils avaient des chefs habiles pour les commander. Nos bâtiments à vapeur qui sont maintenant stationnés dans ce3 mers , leur livrent de fréquents combats, et ils sont à même de les poursuivre jusque dan» leurs repaires, qu'on parviendra à détruire successivement. Les navigateurs français conviennent franchement que, jusqu'ici, les Hollandais seuls sont parvenus à faire respecter leur pavillon. Ce fait, dit le capitaine Lafond, est suffisamment expliqué par le voisinage de Batavia, par la présence d'une flotte de guerre bien entretenue, le supplice immédiat des forbans capturés^ et les dédommagements ou l'exil auxquels sont contraints les sultans qui ont reçu le butin des pirates, ou qui leur ont donné asile, et pourtant il arrive encore quelquefois que des bâtiments voient leurs équipages mas* sacrés sur la côte même de Java. Mais ce sont surtout les îles Karimon que les pirates malais semblent avoir choisies pour le théâtre de leurs exploits. Cachés der* rière des ilôts ou des points avancés, ils fondent à l'im^* proviste sur les embarcations hors d'état de combattre leurs prahoe redoutables, armés de plusieurs rangs

de ratnes , et qui leur permettent de manoeuvrer en tout temps. Assez souvent la perfidie ou la ruse viennent à leur aide. Une pirogue, montée par quelques Malais à l'air inoffensif, se présente et offre du poisson ou des fruits au bâtiment arrêté par le calme dans ces parages; bientôt après, des prahœ fortement armés accostent le bâtiment, dont l'équipage ne peut se défendre, dévoré qu'il est par les souffrances les plus atroces ; le poisson et les fruits étaient empoisonnés (1).

Parmi les motifs nombreux qui servent, à entretenir chez les Malais ce penchant à se vouer au métier de forban , on ne doit pas omettre de faire mention du fanatisme religieux; car cet abominable métier est considéré par les petits princes de la Malaisie comme une occupation honorable, et qui se trouve protégée par les lois du Coran. Les prêtres arabes ne se font point faute d'y tenir la main , et de persuader aux radjas que toutes les gloires célestes sont acquises à ceux qui se vouent à la piraterie , en ce qu'elle a pour but louable de piller et de massacrer les infidèles.

Lombok ou Lubok forme la limite orientale du groupe géographique de Java; elle est séparée de Bali par le détroit de Lombok. Il y a environ un siècle que les Balinais s'emparèrent de cette belle lie qu'ils nomimèrent plus tard Salemparan, tandis que les indigènes la nomment aujourd'hui Sasak. Ces insulaires professent

(1) Voyages autour du Monde y par le capitaine Lafond.

PIslamisme , tandis que les Balinais ont conservé dans leur ile le culte de Bouddha. Le dialecte de ces deux peuples est aussi différent, et chacun a conservé son idiome dans les diiâtricts de ^intérieur; mais le long des côtes et dans leurs relations commerciales, la lan* gue malaie remplace l'ancien dialecte des deux pays.

Cette ile, dont l'étendue est de 103 milles carrés où 57 myriamètres D, est située entre le IIS^ 30' et HG^ 30' longitude orientale et s'étend du 8o 20' au 9<> 30' latitude sud. Sa population est évaluée à 20,000 âmes. Deux radjas tributaires, celui de Mataram et de £arang-asam, y exercent maintenant le pouvoir.

L'élève du bétail y parait être dans un état prospère. On exporte de cette ile un grand nombre de buffles, de boeufs et de chevaux. Le sol y est élevé et couvert de montagnes en amphithéâtre, du milieu desquelles s'élance le pic de Lombok. Des plaines fertiles entre-coupées de cours d'eau, s'étendent de l'orient à l'occident. Les côtes sont hérissées de rochers qui en rendent l'abord difficile^ même souvent dangereux; ce qui est cause que le commerce de cabotage ne peut s'y faire qu'au moyen des prahoe des insulaires, et en tient éloignées les autres bâtiments de commerce. La rade d'Ampanan, la seule praticable aux navires, est peu profonde et se trouve embarassée par un récif de corail; les bâtiments ne peuvent y entrer que durant là mousson de l'est.

On attribue, peut-être fort gratuitement, aux habitants de Lombok d'être placés sur un échelon plus élevé dans la civilisation que les autres^ insulaires leurs voisins, et

d'être plus avancés qu'eux dans l'agriculture; ce qu'il y a de sûr , c'est que les vallées de cette ile offrent des terrains propres à plusieurs sortes de cultures; celle du riz y réussit pai*faitement , et donne lieu à une exportation assez considérable. Les habitants de Lombok sont' aussi' d'habiles forgerons; leurs Kris ou poignards, d'une trempe excellente, sont recherchés dans tout l'Archipel, et les fusils qu'ils fabriquent aujourd'hui sont parfaits. Le gouvernement y délègue un employé civil, chargé des seuls intérêts du commerce. Il serait à désirer, tant pour le bien-être des habitants qu'en faveur du commerce et de l'industrie, que l'autorité prit plus énergiquement à coeur le sort des peuplades de toutes ces petites lies placées dans le ressort de la métropole, et qu'un plus grand nombre d'agents instruits et zélés fussent dirigés vers ces dépendances, jusqu'ici peu visitées, pour en opérer la reconnaissance, et afin d'étudier par l'exploration scientifique, la constitution physique de ces contrées encore vierges pour nos connaissances. Eclairé par ces rapports, le Gouvernement acquerrait des renseignements positifs sur les ressources qu'elles sont à même d'offirir au commerce, à l'agriculture et aux sciences. Les moeurs et le caractère de ces peuples sont sans nul doute susceptibles d'atteindre à un degré plus élevé dans l'ordre social; leur industrie agricole et manufacturière a besoin d'encouragements pour se perfectionner et s'étendre; il est temps de mettre un terme à leurs dissensions intestines et à l'autorité que s^arrogent les chefs, et la piraterie, qui offre des entraves sans cesse renaissantes

au commerce , doit être anéantie pour toujours dans ces mers.

Enfin , la philantropie attend d'une nation éclairée et d'un gouvernement libéral qu'on mette la main à l'oeuvre, en s'occupant plus sérieusement, et avec plus d'énergie qu'on ne l'a fait jusqu'ici, du sort moral et de la prospérité matérielle de toutes ces petites peuplades de l'Archipel. Les sommes que Java et quelques autres grandes îles de nos possessions versent annuellement, comme excédant des dépenses, au trésor de la mère* patrie, sont, ce nous semble, assez importantes (1)^ pour qu'une part plus considérable de cet excédant numérique, soit raisonnablement consacrée à l'amélioration désirable et nécessaire des institutions sociales des peuples qui habitent plusieurs de ces iles, dont à peine nous avons une connaissance confuse depuis leur possession qui date de plus de deux siècles. Qu'une partie de ce revenu soit employée désormais à étendre et à consolider le bien-être des habitants, par l'influence d'une civilisation qu'ils se montrent disposés à accueillir. Leur prospérité augmentera par l'encouragement accordé à l'agriculture, au commerce et à la navigation. Que ces insulaires ne fassent plus entendre de suppliques vaines, lorsqu'ils demandent au milieu d'eux des agents européens et des instructeurs évangéliques , dont on les prive par' une économie mal . entendue et condamnable. Que, dans la Métropole

(1) Comme nous venons de le montrer, au chapitre: Adminis tration présente, finances et cultures.

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