‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagique (volume 2)Chapitre 20 sur 21 · ET ANIMAL · texte numérisé non relu

ET ANIMAL

Le coap-d'oeil que présentent les rivages de Java est^ selon les relations de plusieurs témoins auxquels j'emprunte mes tableaux y d'une beauté grandiose et en même temps pittoresque.

De loin, lorsque le navire, poussé par une brise légère, entre dans le détroit de la Soende et cotoye le rivage de Java, on découvre les cimes élevées des palmiers qui bordent la côte dans presque toute son étendue; derrière ces parasols de verdure , le sol de la plaine monte par un plan doucement incliné, jusqu'au pied de la chaîne des montagnes dont est couronné le centre de l'île. Ces campagnes sont parfaitement cultivées et embellies de villages javanais, dont les maisons, construites en bambou et en rotang, sont entourées d'une haie et ombragées de bouquets d'arbres fruitiers, étalant leur sombre verdure; ces teintes présentent un contraste agréable avec la végétation vive et gaie des vastes champs de riz, distribués en amphithéâtre sur les flancs des collines: de celles-ci s'échappent par intervalles des cours d'eau et des cascades, auxquels les terres doivent leur étonnante fécondité qui va jusqu'à produire par an trois récoltes

de riz; la consommation intérieure de cette denrée est immense et fournit ensuite à l'exportation une source de prospérité qui forme la principale richesse de Java. Partout où Poeil s'arrête, le sol fournit la preuve de l'industrie du cultivateur; lorsque du haut de ces cpllines on jette ses regards vers la plage, la vue ne découvre en aucun endroit une portion de terre inculte; les grands chemins et les sentiers qui circulent autour des riantes habitations sont les seuls points où le sol se montre à nu et d'une teinte d'un gris rougeâtre; des torrents, dont les eaux viennent d'abreuver les sawas ou champs dé riz artificiellement arrosés , contribuent à former dans ces groupes , différemment nuancés , des points de vue enchanteurs. Plus avant et toujours en montant, on arrive à la limite du rayon des grandes cultures où se trouvent les végétaux arbustes, coloriés de teintes d'un verd sombre et lustré; ils forment la transition du sol exploité par la main de l'homme qui le rendit tributaire à ses besoins, à celui sur lequel la nature a conservé tous ses droits, et où l'homme n'a jusqu'à présent rien entrepris pour y entraver cette belle nature, dans la reproduction des végétaux qui continuent à s'y développer sous leurs formes primitives.

Mais, lorsqu'on envisage Java sous le point de vue des réformes que la civilisation y introduisit et continue encore à mettre en oeuvre sur ce sol d'une fertilité étonnante, on demeure agréablement surpris par la contemplation de la profusion de ces riches cultures auxquelles des millions d'indigènes consacrent leurs soins assidus. Partout des ressources pour l'industrie ont

été créées, s'étendent ou se perfectionnent. La main de l'homme asservit de plus en plus le sol à ses besoins ou à ses jouissances. Des. travaux hydrauliques, hardis et ingénieux, répandent la fertilité sur des terres jadis incultes; des rivières détournées de leur cours naturel ou réunies par des canaux, rendent les communications et le transport des produits plus faciles. L'ile se trouve coupée, dans toutes les directions principales, par un réseau de belles et larges routes, parfaitement entretenues; la voie principale traverse Java dans toute sa longueur; elle part d'Anjer et aboutit à Soerabaya en passant par Samarang. On parcourt les marais, et on traverse les cbaines des montagnes basaltiques, sur les* quels elle est traoée, au moyen d'une poste aux chevaux parfaitement organisée et par courtes étapes; dans les localités difficiles, des attelages de buffles seéondent ou remplacent les chevaux.

Jadis, on se plaisait à débiter sur ce beau pays des rapports exagérés sur l'insulabrité du climat, comme sur la mortalité précoce des Européens qui viennent s'y fixer; ces contes sont démentis par l'expérience. Excepté un petit nombre de districts marécageux de la côte nord, et dans quelques parties vers le sud, le climat de Java est sain; les districts élevés sont même d'une salubrité remarquable dans ces régions. Des eaux thermales réparties en un grand nombre de localités, sont des moyens hygiéniques dont les vertus médicales n'ont pas encore été suffisamment appréciées.

La température, dans les plaines, se maintient entre 85o et 940 Fahrenheit , et pendant la nuit de 73o à 80.

A une élévation de 6000 pieds , le thermomètre descend à 60^; tandis que la cime des pitons élevés se trouve quelquefois couverte de glace.

Nous allons jeter un coup-d'oeil sur la botanique de cette contrée: quelques fragments^ empruntés à des discours prononcés par mon savant ami^ M*", le Professeur Reinwardt, ijae serviront à cette fin.

En entrant sous les voûtes formées par ces géants de la création qui couvrent le pied des montagnes basaltiques, où le sol se trouve couvert d'une épaisse couche de terreau noir d'une fécondité étonnante, on parvient dans la région des figuiers ; parce qu'en effet les vastes forêts dont la base .de ces montagnes sont couvertes, se trouvent principalement composées de différentes espèces de ces arbres, remarquables et caractérisés par leur grande hauteur, par leur croissance vigoureuse, ainsi que par la nature laiteuse de leur suc et la nature spongieuse de leur bois, par la grande étendue de leur ramification et la croissance de leur fruit sur la partie ligneuse du tronc et des branches. Seulement un fort petit nombre de cette grande variété d'espèces de figuiers se retrouve dans des stations plus élevées, tel que le Ficus heterophylla qu'on rencontre à de hautes élévations. Les grands arbres qui croissent également dans cette même région, sont de la famille des Méliacées, tels que le Pinhoe, le Suren, le PinangOj le Lengsar et autres espèces, aussi peu con- 'nues des botanistes que le sont le plus grand nombre dçs figuiers, ainsi que ceux des genres Dysoxylon,

Aglaia^ Epicharis^ puis l^ Artocarpus papilosa et clastica, StercuUaey Sapindus^ Caryota etc.

Les troncs de ces arbres donnent la vie à d'autres plantes arborescentes, telles que VAralia^ Poly scias, Fagraea, Cissus, Uvaria\ dont les troncs sont branchus et couverts de feuillage, ainsi qu'à plusieurs autres parasites, telles que Piper y Cyrtandra^ Pothos, Loranthm, Viscum etc. qui s'élancent jusqu'à la ci* me des grandes couronnes des figuiers et forment, par l'enlacement avec des lianes, une masse compacte de verdure^ sous l'ombre de laquelle croissent, dans l'espace ouverte entre les troncs de ces arbres, plusieurs espèces de broussailtes et d'arbustes, comme ArdisiaCj Grewia, Eloeocarpus, PhyllanthuSy Calliearpa, Celtisj Sauraja, certaines Urticées, puis les Pisangs sauvages y Heliconiaindica y Pandanus et une mu^ titude de Sdtaminées ; tandis que la surface de ce sol déjà si abondamment couvert, nourrit encore une riche végétation des genres Justicia, Bégonia , Ruellia , RhynchocarpuSy Solanum, Arum et Orchidées.

Dans une zone un peu plus élevée, se trouvent les forêts de Rasamala du groupe Liquidambar; les différentes espèces de figuiers s^y montrent plus rarement, quoiqu'une grande quantité des autres plantes énumérées ci-dessus, continuent à s'y rencontrer. On distingue de loin les bois de Rasamala à leur tronc droit , blanchâtre et couvert d'un nombre moins grand de parasites; quelques autres plantes telles que plusieurs espèces de rottangs et de rubiacéed se montrent en plus grand nombre. Cette famille des rubiacées est

très-multipliée sous diffërenfes espèces dans les forêts de Java ; plusieurs sont remarquables par l'odeur infecte qu'elles exhalent, comme par la fragilité de leur partie ligneuse.

Lorsqu'on est parvenu à la limite supérieure des forets de Rdsamalay la hauteur peut être calculée à cinq mille pieds au dessus du niveau de la mer; nonobstant cette élévation, les arbres de haute futaie n'ont point encore diminué en force ni en nombre; on découvre même à cette hauteur les premiers représentants d'un arbre magnifique, le Kimarak des indigènes, sorte de Cyprès {Podocarpus cypressinus) remarquable par l'élévation verticale de son tronc; on y trouve aussi le Pinus dammara , les premiers Rhododendron {R. Javanicum)j le singulier Nepenthes phyllamphora et la fougère bifeuillée Dipteris, qui n'existe que dans cette région ; elle fournit aussi VOphiopteris verticillata et Sonerila maculata.

La région dans laquelle on monte en sortant des bois de Rasamala, est celle des Lauriers; non que ces végétaux ne soient également répandus dans des dis* tricts plus bas, mais on ne les trouve guère dans les vallées et jamais en plaine. Java présente non seulement une diversité remarquable de figuiers, mais aussi une grande variété d'espèces de lauriers; à ceux-ci se joignent une multitude d'espèces de chênes, peu ou point connus des botanistes; ceux qu'on connaît de longue date sont le Quercus molucca et concentrica; plusieurs autres, décrits et figurés récemment, font partie du beau travail de M^ le Professeur Blume, sur les chênes de

Java , de même que plusiem*s espèces nouvelles de Bornéo acquises à la science par les découvertes de M^ le D"^. Korthals (1). A cette éleva tiqn se trouve le Schù ma Noronhae, arbre dont les belles fleurs jonchent abondamment le sol. On y voit aussi plusieurs espèces de Mélastomes, dont quelques unes s'élèvent en arbres à une hauteur remarquable; puis quelques Eugenia^ l'aromatique Magnolia odoratissima j Myrtusj Yibumumj Rubm et plusieurs Rubiacées, qui s'élèvent rarement en arbre, mais croissent en buisson. Une multitude d'espèces d'Orchidées est propre à cette région des Lauriers, non seulement celles qui croissent sur le sol, telles que le Limodorumj Orchisy Malaxis y mais encore celles qui viennent en parasite sur les troncs des arbres, telles que le Cymbidium, Dendrobium et plusieurs autres.

Finalement, à une élévation de sept mille pieds, lorsque les flancs des montagnes commencent à se resserrer, que l'air devient plus rare , que les plantes ne s'offrent plus les unes aux autres un mutuel abri, que la pente des montagnes s'oppose à ce que la terre végétale puisse s'y maintenir solidement, alors la végétation commence à changer d'aspect; elle devient plus rabougrie, moins robustes les troncs s'y couvrent de nombreuses espèces 'de Mousses; de longues barbules d^ Usnées pendent des branches jusque vers le sol; toutes les plantes s'y montrent sous des formes différentes de cel-

(1) Voyez. Flora Javae et Natuurkundige Ferhandelingen etc. Partie botanique, planches.

les qu'on vient d'observer dans les régions moins élevées, et le tableau qui se déroule aux yeux de l'observateur rappelle à la mémoire une de ces vues de nos Alpes européennes. Des troncs courbés et des rameaux entortillés; un feuillage nain, raide, plus rare et sec caractérisent la nature des arbres et des buissons de cette haute région.

La famille des Ericées, particulièrement les Vacciniées, forment la principale végétation des grandes élévations. Parmi ces arbustes croissent encore le beau Rhododendron retusum, un Leptospemum et une illj^rica. Ces plantes, le seul Vaccinium serratum excepté, sont toutes arborescentes et sont faciles à reconnaître à la pesanteur de leur bois qui est aussi fort dur. Dans la famille des figuiers on ne trouve que la seule espèce de Ficus heterophylla, qui croît en broussaille et porte des feuilles, partie de forme très-obtuse , partie à pointe acuminée; elle se retrouve jusque sur les hauteurs de sept à huit mille pieds. Entre ces arbres et ces arbrisseaux viennent encore des plantes et des fougères peu différentes de celles qui se trouvent en Europe. Autour et à la cime du mont Gedé, à plus de neuf mille pieds d'élévation, croît abondamment un chèvre-feuille Lonir cera; un Hypericum peu différent de VH. patulum du Japon; une Bellis sur tige; un blanc* Gnaphalium en arbuste; une Valériane , une Renoncule , une Swertia; jusques dans les cendres volcaniques du Gedé une petite Gentiana: formes, qu'on ne s'attendrait pas à rencontrer dans l'Iilde à une latitude de six degrés. Quoiqu'on reconnaisse à toutes ces plantes les formes propres

aux régions tempérées et froides, il n'en est pas moins certain qu'elles difiEèrent comme espèces, de toutes celles connues. Les cryptogames sont les seules qui fassent exception, yu que le plus grand nombre de cellesci ne différent pas des cryptogames d'Europe; lorsqu'on foule les pelouses formées par le Sphagnum^ sur la cime du Patoeha , on se croirait transporté dans les tourbières de la Néerlande.

Quelques arbustes dont nous venons de faire mention , particulièrement le Vaccinium varingaefolium , Andromeda punctata et leucocarpa, Myrica Javanica et quelques autres offrent une croissance vigoureuse même jusqu'aux bords des cratères, où le sol blanchâtre laisse échapper des vapeurs sulfureuses dont ils sont sans cesse entourés. Quelques fougères, telles que le Blechnum pyrophilunij Pteris aurita^ couvrent de leurs frondes les bords des gouffres, dans lesquels les matières boueuses sont sans-cesse en ébuUition , comme il s'en trouve- sur le mont Kiamis. Les mêmes plantes servent de bordure aux mares sulftireuses, et leurs racines croissent dans ces eaux acides.

Une végétation à tel point abondante et vigoureuse, jointe à la qualité de la terre dans une contrée couverte de nombreux volcans, contribue à rendre la fécondité permanente. Cette fertilité tient en effet du prodige. A peine le Javanais connait-il l'emploi du fumier; la charrue et les irrigations lui sufiSsent pour seconder le jeu bienfaisant des influences mutuelles de l'air et de la terre, et pour donner à la dernière la plus grande fertilité possible. C'est dans la terre toute

naturelle que, depuis des siècles, il cultive ses rizières productives; c'est elle qui lui fait cueillir dans i^s vergers, les fruits les plus savoureux, les plus succulents. Il se joint à ces avantages qu'entre les tropiques, le ciel , toujours en harmonie avec les autres conditions physiques, déverse sur cette contrée des faveurs continuelles, qui se réunissent aux dispositions heureuses d'un sol dont la fertilité naturelle est déjà si remarquable , même dans les régions froides ; combien les forces productives de ce sol ne doivent-elles pas être augmentées par la chaleur constante qui le pénètre, qui dissout ces substances nutritives, les atténue et le rend plus susceptible de l'influence extérieure , lorsqu'encore , ce sol reçoit abondamment les vapeurs exhalées sans cesse par la mer qui l'environne de tous les côtés, et que les forêts des montagnes, en produisant la pluie, lui envoyent avec profusion de l'eau et avec elle du terreau et des substances fertilisantes.

Tel est l'aspect général du pays , à partir du rivage de la mer jusqu'à la cime des plus hautes montagnes de l'intérieur; telle se montre sa flore dans ses formes grandioses et dans sa parure virginale.

Cette belle terre , ou la végétation étale toutes ses formes élégantes et variées, a aussi été en but aux catastrophes les plus violentes, suscitées par les commotions du sol et par la dévastation provenant des matières ignées lancées de ses nombreux volcans. Ces élévations i*eposent sur une formation trachytique ; elles sont le produit de cette substance et ne doivent pas leur origine aux laves basaltiques, comme jadis on s'en était formé l'idée

erronée ; les détritus trachytiques couvrent la superficie du sol , et l'influence de l'air et celle des eaux , opérant constamment sur cette masse , la met en décomposition , en change plus ou moins les formes et semble contribuer à l'étonnante fécondité dont Java ofifre partout la richesse inépuisable.

Dans cet Archipel, mieux que partout ailleurs, on se forme une idée nette et exacte de la force des agents qui ont prêté leur influence à la formation de cet échafaudage volcanique , ^et qui ont produit ces soulèvements auxquels Java doit son aspect- présent, que de nouvelles commotions peuvent altérer ou changer. Les chaînes des montagnes, du milieu desquelles s'élancent les pitons isolés, sont toutes couvertes d'une végétation forestière aussi variée que puissante; elles offrent une série de volcans éteints et une multitude de cratères en pleine activité, dont l'élévation varie de cinq mille à douze mille pieds. De ces chaînes montueuses coulent au nord comme au midi une multitude de cours d'eaux, dont les filets limpides répandent dans toutes les directions la fertilité; cette source de fécondité a été multipliée à l'infini par les irrigations artificielles. Ces eaux, après avoir serpenté dans toutes les directions, viennent se réunir en des courants rapides, peu profonds et coupés par des bancs qui entravent la navigation de l'intérieur; aussi ne trouve-t-on à Java que quatre fleuves navigables jusque fort au loin dans les terres, les autres ne pouvant porter que de petits prahoé's d'un tirant d'eau peu considérable. Les seuls fleuves de Solo, de Kediri, de Tjimanoek et de Tjita-

roem foarnissent au commerce maritime les moyens de transport dans l'intérieur; des canaux unissant les rivières de Tangoelangoe et Demak, le Tjidani et le canal de Tangerang, servent de voies de communication. Les grandes routes et les chemins vicinaux, tra^ ces dans toutes les directions, et desservies par la poste aux chevaux du gouvernement, rendent les rapports faciles entre toutes les parties de l'ile. La magnifique route qui s'étend de l'occident. à l'orient, est un travail gigantesque dont Java a été doté par les soins du Gouverneur-Général Daendels. Cette lai^e route est, dit-on, comparable par la hardiesse du tracé, à celle du Simplon à travers les Alpes helvétiennes.

Nous faisons suivre les noms que portent les principaux volcans en activité, qui lancent de temps en temps de leurs cratères des matières ignées plus ou moins abondantes; leur gissement est indiqué par le nom des provinces ou résidences dans lesquelles on les trouve. Les volcans éteints sont bien plus nombreux que ceux aujourd'hui en activité, dans cette île.

Bantam. — Poelosari et Goenoeng Karang.

Preanger. — Gedé, Tankoeban-prahoe , Patoeha, Ta-

lagabodas, Goentoer, Papandajang, Galoenggoeng. Gheriron. ' — Tjerimai.

Tagal. — Slamat.

Bagelen

et ^ — Soedoro et Soembing.

Kepoe.

Marbaboe et Merapi.

SOERAKARTA.

Kediri. — Kloet.

Madion. — Lawoe.

SoERABATA, *j — Laïuongan, Bromoou Dasar, Ardjoe- Passaroean / no, Walierang, Idjeng et Semeroe. Le et ( piton de ce volcan forme le point le Besoeki. J plus élevé de Pile.

On trouve de nombreux détails relatifs à l'histoire des principaux volcans de l'Inde archipélagique, dans le journal qui paraît à Batavia , sous le nom de Tijdschrift voor Neêrlands Indie, année 1842 et suivantes; ils ont été fournis par M'. Junghun, membre de la Commission scientifique de l'Inde.

Java est hérissé, dans toute sa longueur, de deux chai* nés de hautes montagnes qui tantôt se réunissent, tantôt s'éloignent en formant des embranchements; leurs sommets s'inclinent en pente douce vers le rivage: ces chaînes de dix à quatorze mille pieds d'élévation au dessus du niveau de la mer sont parsemées de volcans et de cratères éteints, dont la hauteur est de deux à trois mille mètres; quelques-uns élancent leur sommet jusqu'à quatre mille mètres, et sont visibles à une très grande distance en mer, où ils servent de points de re* connaissance au navigateur. Ces montagnes sont entrecoupées de larges et belles vallées, arrosées par des rivières et des torrents , et se trouvent couvertes d'épaisses forêts où, selon les relations de nos voyageurs, on trouve à peine un arbre au dessous de cent pieds de

hauteur. Quoique le sol soit plus ou moins élevé, il renferme cependant des terrains d'alluvion; mais sa formation est essentiellement trachytique ; tandis que le diorite, le calcaire, le grès et d'autres pieiTes de formation mélangée , y sont répartis en masses à la vérité peu étendues, ou simplement bornées à certaines localités.

Sur les pentes des montagnes et dans les ravins on ne trouve que des laves du produit des éruptions volcaniques et des conglomérats; sur les crêtes existent différentes espèces de basaltes et le dolérite ; il paraît que sur les élévations d'une moindre hauteur la masse pierreuse est composée d'un calcaire celluleux, et dans d'autres, d'un grès-calcaire assez semblable à la pierre litho^ graphique; tandis qu'un grand nombre d'autres élévations sont composées de tuf-calcaire. Vers la côte méridionale on trouve parmi le calcaii*e, des porphyres, entre autres celui à grand cristaux de Noesa Kambangan, tandis que les pierres roulées, chariées par les rivières, offrent du Jaspe et différentes sortes de quartz. Plus bas on trouve le schiste argilleux et le grès bigarré. Le littoral et le fond de la mer sont parsemés, en beaucoup d'endroits, de Zoôlithes très variés.

Java n'offre pas de gangues métalliques propres à l'exploitation. Les mines de charbon à Bantam n'offrent que du lignite. La naphte et l'asphalte y sont parcontre fort abondants et se trouvent dans plusieurs localités. Les salines naturelles de Koewoe, au sud-est de Samarang, fournissent une assez grande quantité de sel.

Il est difficile de se faire une idée de la fécondité du

sol de cette île, comme aussi de la profusion des végétaux groupés et entassés, en quelque sorte, les uns sur les autres. Ces masses de plantes gigantesques se disputent l'espace; l'abondance en est telle, qu'on ne saurait faire un pas hors des sentiers tracés, sans se frayer, à l'aide de la hache , une route à travers les broussailles et les lianes qui obstruent l'espace entre les troncs des arbres. Les plantes y croissent sur les plantes; des milliers de parasites se disputent les troncs de ces géants des bois, s'entrelacent, descendent vers le sol, remontent à la cime et fournissent a leur tour des moyens de nutrition à une multitude de lianes, dont les tiges se croisant dans tous les sens, entourent les branches, s'élancent vers le faite des arbres de haute futaie, en couronnent les cimes, et forment de leur feuillage épais une masse compacte, à travers laquelle les rayons du soleil ne lancent qu'une clarté douteuse. Mais il est ridicule de dire, comme l'ont fait quelques ^auteurs, que le voyageur qui parcourt ces forets, est obligé en plein jour, de guider ses pas à l'aide de la clarté des torches qu'on fait porter de* vaut soi.

On voit sur cette terre jTéconde , des tiges de graminées parvenir à des dimensions qui permettent d'en employer les troncs à la confection des conduits d'eau, et qui peuvent servir à façonner des seaux et autres ustensiles de ménage. Là , les fougères parviennent à la * hauteur des arbres de nos forêts ; les plantes rampantes enlacent et serrent vigoureusement les troncs de leurs tiges d'une grosseur extraordinaire, et les végétaux

qu*en Europe chaque printemps voit renaître, se présentent, sur ce sol, en forêts que des siècles ont respectées. C'est sous ce beau ciel que la pelouse s'orne des fleurs les plus élégantes et que figure dans toute sa majesté, une flore dont nos serres chaudes de l'Europe ne peuvent parvenir à transmettre à l'imagination que . des rejetons rabougris , ou une floraison obtenue péniblement, et qui est loin d'égaler en splendeur les couleurs vives et tranchées de leur souche primordiale, décorée de toute la fraîcheur de leurs teintes vii^inales. A ce luxe de croissance, à ce grandiose de la végétation primitive des' tropiques vient se joindre l'abondance produite par de nombreuses cultures bien enten-

^ dues, conduite avec persévérance et exploitées par des millions de bras. Des rizières immenses s'étendent à perte de vue; des plantations de cafiers couvrent, ça et là, les flancs des montagnes; la canne à sucre, l'in-' digotier, le muscadier, le giroflier, le cannellier, le poivrier, même le thé, cet arbuste si renomtaié de la Chine, fournissent d'abondantes récoltes. Les céréales de l'Europe et de l'Asie; des fruits en grand nombre

. et des plus savoureux; le tabac, le kapok ou coton grossier, et le kapas ou duvet fin, la pistache, et le cacao y sont cultivés avec un égal succès. Cette force végétative se montre dans toute sa vigueur, non seulement dans les plaines où serpentent de belles rivières, mais aussi sur les pentes des montagnes couvertes d'excellents bois de construction et d'ébénisterie , de pa^ miers , de cocotiers , surtout de figuiers , dont on compte plusieurs espèces. Le cocotier , ce trésor des contrées

iûtertropicales , fournit à une multitude de besoins. Los fruits servent à la fabrication de l'huile, employée dans la nouvelle fabrication des chandelles, imitant celles de cire. Le liquide contenu au centre forme une bois* son agréable et rafraîchissante. L'enveloppe filamcn* teuse est recherchée pour la confection des cordages. Les feuilles servent à couvrir le toit des chaumières. La liqueur, qu'au moyen de plusieurs incisions laissent échapper les branches, sert à composer plusieurs sortes de boissons très-estimées des indigènes , ou bien s'emploie dans l'assaisonnement des mets. Enfin, lorsque l'arbre épuisé par tant de sacrifices, cesse de produire des fruits, son tronc, transformé en poutre ou en colonne , sert à la construction des maisons et de soutien aux galeries élégantes dont elles sont entourées. Les espèces de figuiers, géants de cette végétation, occupent un rang important parmi les arbres forestiers, vu que c'est principalement des fruits de leurs nombreuses variétés, que se nourrissent les mammifères et les oiseaux frugivores de ces contrées.

La fertilité incomparable de l'ile de Java; le caractère doux, hospitalier et soumis de ses habitants; sa position géc^raphique et ses rades sûres, y attirent sur tous les points le commerce, l'un des principaux agents de la civilisation des peuples et la source de cette prospérité étonnante dont jouit la contrée. Java est par conséquent rile la mieux connue^ la plus explorée et la mieux cultivée, non seulement des Iles de la Soende, mais aussi de toute cette grande partie de l'Inde archipélagique converte par le pavillon néerlandais. En rftpport avec les

progrès rapides que la civilisation et l'agriculture y ont faits, un nombre sans cesse croissant d'individus est venu augmenter la population de cette belle terre. Des animaux de toutes les classes ont fixé leur séjour sous les voûtes profondes des antiques et solitaires forêts, dont quelques districts sont encore couverts. Les habitants de la lisière du bois viennent participer à l'abondance fournie par les produits d'une culture active, partout et dans toutes les saisons animée. Les plages maritimes sont couvertes de mollusques. Les rivières nombreuses et les rades poissonneuses y attirent une foule d'oiseaux aquatiques; tandis que le sol et les plantes qui fourmillent d'insectes, y font, en quelque sorte, vibrer l'air de leurs essaims tumultueux; ils y servent à leur tour de pâture au nombre fort remarquable des animaux insectivores; ceux-ci et l'abondance du gibier provoquent à la curée toutes ces troupes voraces d'oiseaux de rapine et ce nombre remarquable d'espèces différentes de mammifères carnassiers, réunis dans une circonférence aussi limitée.

Dans la classe des mammifères, la volcanique Java ne possède pas et n'a pu nourrir en des temps plus éloignés de nous, l'Orang-outan , qui vit à Bornéo et à Sumatra, dans les immenses deltas boisés dont ces îles sont couvertes. Une seule espèce d'Hylobate, HyUh bâtes leuciscus est propre à cette île, deux Semnopithèques, Semnopithecus maurus et mitratus (1), et le cos-

(1) Le Df. Horsficld indique et donne la figure d'un S, pyrrhuê comme espèce propre à Tilc de Java. Celte citation doit être cla«-

mopolite Cercopiihectês cynomolgusy sont, dans ta classe des singes, les seuls représentants connus (1). Le SU*nops kukang ou Javanicus des calal<^ues méthodiques, diffère constamment , par son masque peint de plusieurs bandes blanches, du S. iardigradm de Sumatra et de Bornéo. Ces deux races distinctes ont le même genre de vie nocturne; ils inspirent aux habitants soendanais de ces îles, une crainte superstitieuse qui doit son origine à l'aspect étrange de ces animaux, et provient do l'idée qu'ils se forment de leur mystérieuse existence pendant les ténèbres. Java est la vraie patrie de la plus grande des Roussettes , Pteropus edulis ou Javanicus , dont les plus forts individus ont jusqu'à près de cinq pieds d'envergure, qui dévaste les vergers, exhale à l'en tour de son repaire une odeur fétide, mais dont la chair est réputée comme d'assez bon goût.

Le grand Tigre royal de la race soendanaise et la Panthère abondent encore de nos jours dans les forêts de plusieurs provinces, où ils continuent d'exercer leurs déprédations, nonobstant les progrès du défriche-

sëe dans la synonimîc du S, mauruê, dont elle est une varïéié ronsse. Le S, auratus des naturalistes français est aussi une citation en double emploi de la même yariëlë.

(1) On ne connaît à Java qne ces quatre espèces de quadrumanes de la classe des s'idqc», quoique les ouvra(];es des naturaliitti»s français en indiquent erronëment un bien plus grand nombre romum originaires de cette \\o, l'Ouvrage de F. Cuvier sur Ivn ttmnmÏÏhvn et celui de Bélanger, Voyages dans les Indcê OrimtnltfM, donnent aux singes indiens une patrie, le plus souvent fmi rmformt^ k la Terité.

ment et de la culture des terres. Ces redoutables carnassiers sont encore fort nombreux dans la sous-résidence de Grissé et surtout dans les immenses déserts marécageux de la partie sud de Bantam. Le gouyemement accorde une prime pour chaque peau de tigre royal; mais. le Javanais se montre peu empressé à seconder cette mesure, persuadé qu'il est, selon ses idées superstitieuses, que plus on tue de ces animaux, plus l'espèce augmente en nombre.

Les Javanais comptent encore parmi les grands carnassiers de leur ile, une seconde espèce de Panthère que le naturaliste ne saurait admettre pour le présent, et au sujet de laquelle il est plus prudent de laisser subsister le doute, vu qu'il est nécessaire d'établir une comparaison plus minutieuse des espèces et de voir un plus grand nombre d'individus de celle-ci, pour juger la question. Cette Panthère, leur Meong kroetj qu'on dit être assez rare, serait plus petite que l'espèce bien connue^ elle aurait la robe plus abondamment tachetée; la queue serait plus longue, et son rugissement différent de son congénère. JL'erreur qui fesait admettre jadis une Panthère noire , F, mêlas ^ ne peut plus exister de nos jours que dans la pensée du naturaliste compilateur. Java est encore la patrie de Felis minuta j à pe< tites taches pleines, en goutelettes rondes et pâles. On y voit aussi, quoique très-rarement, le carnassier anomal, décrit par M^ Horsfield sous le nom de Linsang gracilisy semblable par sa robe, aune très-petite espèce de panthère , mais dont le genre de vie tient des Viverrins et des Ichneumons, et qu'on trouve aussi à-Bor-

néo et à Sumatra. Le Lierre Lepus nwlanoMUchen (1), paraît ne pas yiyre ailleurs qu'à Java. Les Ecureuils ne comptent pas un aussi grand nombre d'espèces qu'à Sumatra. Les grands animaux que Java nourrit sont le Rhinocéros, à petite corne unique, désigné sous le nom de Javanicus. Le Cervus russa n'est nulle-part aussi abondant que dans cette île , qu'on peut regarder comme sa patrie primordiale ; elle paraît être également le berceau des deux espèces de Sangliers, Sus verrucosus et vittatus; ces trois animaux forment le grand gibier de cette contrée (2). C'est également dans cette partie de l'archipel que vit à l'état saurage la belle espèce do Boeuf bantheng, Bos sondaicm (3), le plus remarquable animal de ce genre , tant par ses formes gracieuses que par l'élégance de la coloration de son pelage, mais dont le naturel est indomptable. Il se refuse à toutes les tentatives qui ont été faites et souvent renouvelées, pour tâcher de soumettre la race à l'état de domesticité et en faire la conquête pour les besoins de l'agriculture ; tandis que le Karbo des Malais, Bos bubalus ami (4), ou buf&e domestique de ces îles, dont la terre primor-

(1) Plus petit que le lièvre d'Europe, ou de taille moyenne entre celui-ci et ïe lapin; il" est caractc^risé par la couleur noire de la nuque, qui est rousse dans l'espèce européenne. #

(2) Voyez les figures coloriées de ces aninurax dans les Natuurkundige Verhandelingen etc. partie zoôlogique , planches 43 et 45.

(3) Voyez Natuurkundige Verhandelingen, partie Zoologiquc: planches 35 à 39.

(4) Voyez l'ouvrage précité , planches 40 et 41, sous le nom de Bos bubaluê rar. Sondmca,

diale nous semble être l'Inde continentale y remplit avec une docilité égale à celle de nos boeufs domestiques , tous les travaux, et se prête parfaitement au joug. Toutefois, ses formes extérieures ne servent point d'indices aux qualités dont il est doué pour remplir les travaux de l'agriculture : son port est lourd et disgracieux , son regard est farouche, et sa grande tête se trouve munie de larges et massives cornes de forte dimension.

L'époque exacte à laquelle le Buffle domestique, le Kebo des Javanais, a été introduit dans les îles de la Soende , ne repose sur aucune donnée ou date certaine v il est toutefois probable que l'acquisition de cet animal indispensable à la culture des terres sous cette zone tropicale, date du temps de la fondation de l'empire de Modjopahit. Chez un peuple où l'agriculteur occupe le premier rang dans la société, et qui a fait, de tous temps, des travaux des champs la principale branche de son industrie, le besoin a dû se manifester, dès l'origine de son état social, de posséder un animal doué des moyens nécessaires pour lui prêter assistance dans ses travaux pénibles, et lui rendre sa tâche plus facile. Le boeuf JBawfAewgf , espèce sauvage des forêts considérables dont l'île de Java est couverte, ne pouvant offrir par son naturel indomptable quelque espoir de le soumettre au joug de la domesticité , les habitants de cette contrée ont du aviser au moyen d'obtenir des nations voisines, l'animal soumis, docile et vigoureux dont ils ne pouvaient désormais se passer comme auxiliaire dans leur principale branche d'industrie. Le Buffle, que les sectateurs de Brahma introduisirent sans doute de l'Inde

continentale à Java, en apportant dans cette contrée lenr religion, leurs moeurs et leur industrie, s'est naturalisé depuis ce temps sur cette terre , où il rend depuis des siècles les plus grands services à l'agriculture.

Selon les légendes javanaises, sur la véracité desquelles on ne saurait s'en rapporter avec toute sécurité , la possession du Buffle réduit à la domesticité daterait du temps du premier des souverains de Padjadjaran, désigné sous le nom de Koeda Lalean. Ce prince a régné vers la fin du onzième siècle de l'ère javanaise, environ l'an 1182 de notre ère. Il est cité comme ayant introduit la culture du riz dans les parties occidentales de Djawa (Java). Il répandit et encouragea par tous les moyens la culture de cette plante nutritive parmi les Javanais, et fut, dit-on, le premier qui leur apprit » utiliser le Buffle comme animai domestique: aussi ce prince a-t-il porté depuis ce temps le surnom de Mahc" 8a j nom du Buffle en dialecte javanais de cour; ses successeurs au pouvoir , qui s^établirent depuis dans la partie occidentale de l'île et y fondèrent le gouvernement Soende, prirent le titre de Moeadingy nom sous lequel le Buffle est désigné dans la langue de ce pays. Leur premier monarque nommé Praboe Moending Sari, littéralement traduit Roi du buffle orné, était le fils de Koeda Lalean Mahesa ou Maheso, noms du Buffle en javanais de cour. Voyez pour plus de détails, ce qu'en dit Mr. Mûller dans les Verhandelingeny partie zooiogique, à l'article Bos.

Quoique l'île de Java ne soit séparée de celle de Sumatra que par le détroit de la Soende, elle n'a jamais uoui*-

ri sur son sol ni le Tapir ni PEIéphant, qui abondent dans les vastes forêts de cette dernière. L'éléphant, qu'on trouve en grand nombre dans le pays des Lampongs à la pointe méridionale, ainsi que dans les parties montagneuses des résidences de Padang et de Palembang, a été considéré jusqu'ici par les naturalistes comme formant une même espèce avec l'Eléphant de l'Inde, Elephas indicus. Nous avons également présenté cette identité comme très-admissible et probable (1), eu égard surtout à la proximité de Sumatra du continent de l'Inde, particulièrement de la presqu'île de Malacca, peu distante de la côte orientale de cette île. Toute vraisemblable qu'ait pu paraître cette supposition , nous venons d'obtenir fort récemment la preuve certaine (2) que l'Eléphant de Sumatra diffère autant de l'Eléphant de l'Inde, que ce dernier diffère de celui d'Afrique, et qu'il doit prendre rang, dans ce genre des pachidermes, comme troisième et nouvelle espèce de ce groupe. On s'accordera probablement à désigner ce nouvel éléphant sous le nom de Sumatranus. Je me propose d'en faire plus ample mention sous ce nom, dans la partie de cet écrit qui traite de l'histoire naturelle du groupe géographique de Sumatra.

L'ornithologie y est riche et variée en genres comme

(1) Voyez Coup-éPoetl sur la faune des îles de la Sonde et de V Empire du Japon,

(2) Elle se trouve basëe sur l'acquisition de trois squelettes de V Eléphant de Sumatra: un très-vieux mâle de g^rande taille, une femelle adulte , et un mile parvenu à l'âge-moycn.

en espèces. Il serait fastidieux d'en offrir ici le dénombrement; le plus grand nombre des espèces qui habitent cette ile^ ont été figurées et décrites dans mes planches coloriées, suite aux planches enluminées de Buffon; dans l'ouYrage du D^ Horsfield, et dans celui que nos naturalistes publient sur les recherches faites récemment. Nous voulons en limiter l'aperçu dans ce coup d'oeil, à l'énumeration des principaux genres et des espèces les plus marquantes qui sont répandues dans cette île.

Dans la classe des rapaces , on compte des espèces de tous les petits groupes génériques connus; le nombre de ces grands et petits oiseaux de rapine est fort considérable. Les omnivores y comptent un bon nombre de représentants: les Calaos, des espèces du lunatus^ du plicatuSy du malabaricus et du convexus se trouvent ici, sans que les autres espèces de Bornéo et de Sumatra y aient été observées. Les genres Bucco, Ixos et Miyothera y sont très nombreux et représentés par un fort grand nombre d'espèces différentes. Dans les régions élevées habite une grande espèce de Grive, Tur^ dus variusj voisine, peut-être identique du Turdus Whitel qui se trouve en Europe. Dans le voisinage des cratères des principaux volcans vit une espèce de Merle, Turdus fumiduSy qui ne s'éloigne pas de ces lieux sans cesse exposés aux éruptions des matières ignées. Le Pavo spicifer, espèce différente du Paon indien, souche de notre espèce domestique, étale dans les bois son brillant plumage; mais les lieux les plus fréquentés par ce bel oiseau récèlent souvent le redoutable Tigre royal

qui recherche cette proie. V Argus giganteus ne vit pas à Java, comme l'avancent quelques auteurs. Sumatra et Malacca sont les seules parties où on le trouve : Java possède ces heaux coqs Bankiva et Ayam-alaSy dont le premier peut être considéré comme espèce-type de nos volailles de basse-cour. Vayamhan ou Perdix Javanica, paraît ne pas avoir franchi les limites de cette île: on ne l'a point encore trouvé à Sumatra ni à Bornéo. Java fournit aussi très abondamment trois espèces de gallinacées de fort petite taille : ce sont deux Turdix et une très-petite Caille, Turnix pugnax et piigar et Coturnix chinends, dont on est parvenu à mettre à profit l'antipathie innée entre les femelles, qui vers l'époque des amours se livrent des combats meurtriers. Ces espèces, dont le corps n'a pas plus de volume que n'a celui du Sansonnet , avec la race malaie des coqs , fournissent aux peuplades de l'archipel les moyens de satisfaire une passion dominante chez ces insulaires, celle du jeii et des paris qui en sont la suite: après y avoir vu disparaître leur petit avoir, quelques uns vont même jusqu'à jouer leurs femmes ,, leurs enfants et leurs mères. Toutefois la passion de ces jeux et des paris ruineux qui en sont la conséquence funeste , n'est pas aussi commune parmi les Javanais , que chez les Malais des autres îles. Parmi les échassiers se trouve , le long des rivages de la mer et sur les bords des lacs et des rivières , un nombre remarquable d'espèces observées également dans les régions tempérées de l'Europe. Chez les palmipèdes, le genre Larus n'y compte aucun représentant, mais celui du Sterna y est nombreux en espèces.

Les poissons de mer et d'eau-douce offrent une grande variété de genres et d'espèces; les plus récherchés sur les tables des Européens sont V Ikan-soesoe et babij le Goeramiy hKaalkop, le Jacob-Evertsen^ Vlkan radja et Vlkan-proet ou poisson-ventre y qui ne se trouve que dans la baie de Toeban. .

Parmi les crustacés on compte comme espèces bonnes à manger , celles des genres Palinurus y Palemon et Portunus.

£n insectes, qui se pressent et s'entre-détruisent , et dont *les essaims tumultueux couvrent le sol et les plantes , on ne distingue pas un grand nombre d'espèces étalant des couleurs brillantes et variées, de même qu'on en voit fort peu qui présentent des formes remarqua* blés. Parmi cette classe d'animaux, le Malais amateur des joutes et porté à faire des paris en faveur de l'un ou de l'autre des combattants, a aussi su mettre à profit l'humeur belliqueuse de quelques espèces d'insectes: l'on voit des enfants assister à ce genre de spectacle, tandis que leurs aines ou leurs parents risquent de fortes sommes, et passent leur temps à faire battre des Cailles ou des Coqs.

Il nous reste encore quelques observations à commu* niquer sur les iles du groupe géographique de Java.

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