‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagique (volume 2)Chapitre 3 sur 21 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

(jreorges Cuvier, mon maître et depuis lors mon ami^ a dit dans la préface du Mègne-Animal : »la méthode, une fois qiCon » la possède bien, s^applique avec un avan- » tage injini aux études les plus étrangères » à V histoire naturelle. Toute discussion qui » suppose un classement de faits , toute re- >> cherche qui exige une distribution de ma- » tières, se fait d'après les mêmes lois^

J'ai pu me convaincre de l'exactitude de cette pensée du naturaliste célèbre et de l'homme d'état distingué^ lorque après m'être occupé, pendant un grand nombre d'années, de l'étude de l'histoire naturelle, ainsi que de la publication de plusieurs ouvrages relatifs à cette science, je me suis voué presque en même temps à l'étude de l'histoire des peu-

ples^ et que je me suis occupé récemment de rassembler les matériaux destinés à la composition du présent Coup-d^ocil sur les possessions Néerlandaises dans V Archipel Indien.

Avant d'entrer en matière^ il est nécessaire que je rende compte au lecteur des motifs qui m'ont déterminé à ne plus me consacrer exclusivement aux publications qui font partie du domaine des sciences naturelles, mais à vouer une partie de mes heures de loisir à des travaux en quelque sorte étrangers à mes études favorites.

Le Musée National d'histoire naturelle établi à Leide , dont j e puis avec satisfaction me nommer le fondateur, n'a pas cessé, depuis plus de vingt-cinq ans, de former l'objet de mes soins les plus assidus. Parmi ceux qui y sont attachés, j'éprouve le plaisir de compter quelques naturalistes qui ont consacré leur jeunesse à l'étude pratique des différentes parties de la science, et qui m'ont secondé avec un talent au dessus de tout éloge, ainsi qu'avec le zèle le plus persévérant; quelques autres, désireux de suivre une carrière plus active, mais aussi plus aventureuse, quoicjue non moins utile pour les progrès de la science, après avoir été tempo-

rairemenf employés dans cet établissement^ ont préféré d'aller étudier la nature là où elle se montre dans toute sa splendeur vitale. Ces Naturali^es^voyageurs ont rempli ou remplissent encore en ce moment avec succès des missions scientifiques dans nos belles possessions intertropicales. Quelques uns de ceux qui s'étaient voués pendant plusieurs années à ces voyages scientifiques^ sont revenus en Europe^ et ont enrichi le Musée des objets aussi intéressants que variés qu'ils étaient allés recueillir dans ces lointaines contrées. Ces' estimables collaborateurs s'étant acquis des droits à mai reconnaissance^ pour la part qu'ils ont prise aux travaux et aux récherches qui dépendent de cet établissement, il est juste qu'à leur tour ils jouissent aussi de l'honneur de faire connaître eux-mêmes au monde savant les fruits de leurs découvertes, et qu'ils prennent une part plus directe aux publications scientifiques (1).

Xeur coopération aux travaux du Musée m'a donné plus de loisirs pour rassembler des matériaux historiques et statistiques sur les

(1) Quant à moi, je continue la publication d'une partie de la Faune du Japon , et je prépare en outre un troisième volume qui complétera mes Monographies de Mammalogie,

possessions néerlandaises dans l'Inde. La rë* union de ces matériaux en un corps d'ouvrage fera connaître nos possessions équatoriales d'une manière plus générale et plus exacte qu'elles ne l'ont été jusqu'ici à l'étranger. J'ose espérer que l'on me saura gré d'avoir traité avec quelque étendue un sujet d'un si grand intérêt; car après tant d'autres écrits sur le même objet, il s'^n faut encore bien que l'on connaisse parfaitement en Europe l'état et les ressources de ces riches contrées, dont la possession importe si fort au maintien de notre prospérité nationale, et qui donnent en quelque sorte la vie à notre commerce et à notre navigation.

Je me suis borné, dans cet aperçu, à l'exposé sommaire des événements les plus remarquables qu'offrent les annales de la nation javanaise ainsi que quelques traditions malaies, surtout en tant que ces événements se rattachent à ceux auxquels les Européens ont pris une part active. Je donne des détails sur l'origine du pouvoir exercé par la ISéerlande, sur les causes de son influence toujours croissante dans ces contrées, sur ses accroissements successifs de territoire dans toute l'étendue de l'Archipel , et enfin sur l'organisation la plus récemment

adoptée dans toutes les parties de Tadmir nîstration civile^ judiciaire et militaire^ ainsi que dans le régime des cultures ; les données géographiques^ ainsi que les faits statistiques^ se bornent à des aperçus nouveaux ou fort intéressants. Je mets ensuite sous les yeux du lecteur le tableau des moeurs et des usages des divers peuples qui habitent les îles principales oii l'autorité de la Néerlande exerce son influence; des progrès que ces peuples ont faits en agriculture et en civilisation; de l'état de leur commerce, ainsi que des produits qui en font l'objet, ou de ceux que le Gouvernement exploite pour son propre compte. Quelques notions sur la constitution physique de ces contrées complètent les aperçus relatifs aux trois règnes de la nature, lesquels renferment aussi des considérations sur la distribution géographique des plantes et des animaux: enfin, un petit nombre de citations des espèces les plus marquantes terminent ces esquisses sur l'histoire naturelle.

Le cadre adopté pour cet écrit n'admettait ni la critique ni l'analyse des opinions opposées des écrivains nationaux qui m'ont* précédé; car il existe au sujet des diverses théories administratives ou commerciales ap-

plicables à ces contrées^ des opinions consignées dans de nombreux écrits^ reproduits par la presse nationale. Je ne m'occupe que des faits ^ tels qu'ils nous ont été transmis par les écrivains les plus recommandables à raison de leur exactitude et de leur impartialité. J'ai puisé principalement dans les documents officiels des Archives et dans les rapports les plus récents adressés au Gouvernement^ tels qu'ils m'ont été communiqués^ de la manière la plus libérale^ sur l'autorisation de son Excellence M^ le Ministre des Colonies (1).

L'ordre que j'ai suivi est celui de la division en Groupes géographiques. Chaque division comprend l'une des iles principales avec celles d'une moindre étendue qui semblent s'y rattacher. C'est ainsi que je fais mention de Java et de ses dépendances; de Sumatra; de Bornéo; de Célèbes; de Halmaheiraou Gilolo; de Timor; des Moluques subdivisées en deux sous-groupes^ Amboine et Banda; des Archipels orientaux et enfin du groupe de la Papouasie.

(1) Mr. Krabbe, attaché aa bureau de statistique, m'a facilité les moyens de faire usage de ces documents ; il- voudra bien me permettre de lui témoigner ici toute ma reconnaissance pour les secours ^ue je lui dois et les senrices qu'il m'a rendus.

La première partie de cet ouvrage est en^ tièrement consacrée à Jaya^ point central du Gouvernement et foyer de la civilisation pour TArchipel indien. La seconde partie^ sous-divisée en groupes, comprend toutes les autres iles ci-dessus nommées.

En publiant ce précis, je n'ai point la prétention de faire connaître à mes compatriotes des faits ou des événements nouveaux; ils les auront sans doute déjà vu mention-»

nés dans les écrits nombreux publiés sur les différentes parties de nos possessions dans rinde. Lé seul mérite auquel ce livre puisse raisonnablement prétendre auprès de ceux qui s'occupent dans notre pays des intérêts coloniaux, c'est qu'ils y trouvent un sommaire chronologique des annales historiques des peuples de l'Archipel, un précis des institutions qui les régissent, ainsi que des données certaines sur les faits de la statistique de ces contrées,- notions qui ne peuvent être acquises que par la lecture de nombreux écrits et d^ouvrages volumineux.

Je désire ardemment que ce Coup^^àPoeil puisse être de quelque utilité à ceux qui, par leurs études, se préparent à aller remplir des fonctions dans l'Inde; et j'ose croire qu'il sera reçu aTec faveur, non seulement

par ceux de mes compatriotes qui attachent quelque prix à la connaissance^ même superficielle^ de cette intéressante région du globe ^ mais encore par les nombreuses familles de toutes les classes de la société y qui ont dans Flnde ou des parents ou des amis auxquels elles s'intéressent. Quant aux naturalistes^ ils y trouveront quelques vues sur les différentes parties de l'histoire niaturelle^ ce cjui les dispensera de consulter^ pour ces matières^ certains ouvrages hollandais souvent fort inexacts.

Les étrangers me sauront gré d'avoir publié en français^ et dans un cadre aussi resserré que le comportaient les matières^ des détails qui^ j^ 1^ répète^ sont de nature à répandre une plus grande lumière sur les parties de l'Archipel indien que le pavillon néerlandais couvre de sa protection. — On a souvent blâmé la nation hollandaise ainsi que son gouvernement^ de leur jorétendue réserve en tout ce qui concerne nos possessions d'outre-mer. J'avais à coeur de prouver que cette imputation n'avait pas le moindre fondement^ car les nombreux écrits qu'il m'a fallu consulter pour composer ces pages ^ donnent un démenti formel à de pareilles assertions. J'ai cru pouvoir me dis-

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pensei^ de citer ces ouvrages, car comment espérer que le lecteur étranger se donnera la peine de consulter des documents originaux écrits.en hollandais! Au reste, j'en cite quelques uns dans les notes qui accompagnent le texte.

Il m'a paru sans utilité de relever et de réfuter, dans cet écrit, les critiques amères ou malveillantes , les accusations absurdes auxquelles Raffles, Crawfurd et (juelques autres écrivains se sont livrés, soit à l'égard de la nation hollandaise , soit à l'égard de l'administration adoptée par notre Gouvernement dans l'Inde. Je me suis contenté de présenter les faits, tels qu'on les trouve consignés dans les documents officiels cités par plusieurs écrivains. D'ailleurs, que répondre aux assertions calomnieuses dont Raffles à souillé les magnifiques pages de ses savantes productions, à celles-ci par exemple, choisies entre plusieurs autres dans le même goût:

» Désolation and ruin would seem to hâve y^tracked the steps ofthe Dutchpowery wher" never it has eœtended; après quoi il ajou- » të : individual prosperity and national ri^ » cheshave accumulatedunder the English. •^— » European power in Java y previously to » the . occupation of thé island hy the En^

ïiglishy appears to hâve heen exercised oU'- » ly to invade and to destroy the prosperity nof the natives.^^ Diatribes bien dignes de figurer à côté de tant d'autres^ dont Crawfurd a entaché ses écrits, sans compter celles dont les colonnes des feuilles périodiques de Sincapore sont remplies.

N'est-il pas regrettable ^ que des auteurs anglais, français et allemands, d'ailleurs fort recommandables par leurs productions littéraires, en lisant ces ouvrages, plus répandus que les nôtres, s'inspirent du même esprit dans les pages qu'ils consacrent à nos possessions indiennes, et que dans plusieurs publications récentes on nous impute par exemple, de gouverner les nations de VAr^ chipel cPune manière arbitraire; de leur imposer des corvées vexantes ; de faire joeser sur elles un sceptre lourd et terne comme le plomb!..... A toutes ces déclamations malveillantes nous nous bornons à opposer l'évidence des faits, et si nous venons de faire vibrer la corde irritable des rivalités nationales, nous ne l'avons fait qu'autant qu'il était nécessaire pour la réfutation des calomnies que la presse étrangère répand contre nous.

Quelques auteurs français, prescpie toujours sans aucune idée de malveillance, ont

consigné dans leurs écrits certaines particu-*larités fort amusantes sans doute^ et de nature à exciter l'hilarité de leurs lecteurs, ou des histoires inventées à plaisir et qu'ils donnent cependant pour des faits historié ques. Nous ne croyons pas devoir mettre le lecteur sérieux en garde contre de sembla-* blés autorités. Dans tous les cas, nous pensons cpie ce ton railleur sied mal à des officiers chargés par leur Gouvernement d'une mission scientifique, et qui, de leur propre aveu, ont été comblés d'égards, de soins et d'attentions par les autorités hollandaises, dans tous les lieux où le pavillon français s'est montré (1).

Quand à l'orthographe des noms propres, il est nécessaire que le lecteur soit prévenu que l'orthographe hollandaise à été con-

(1) Je m'abstiendrai de tonte obsenration au mijet des dëtaîk et des rensei^ements pea exacts publiés sur Jara par le capitaine Domont-d'nrTille, dans la relation da Fotfoge au pôle Sud: mais je croû de mon devoir de rétablir la rëpatation d'an Français , IL Diaid, à cette époqne an senrioe des Pays-Bas dans Flnde^ et que H. H. les oflficiers des corvettes VAêirolahe et la Zélée semblent aroir pris à tâehe de dëni^er, en lui imputant une oondnite ëquivoqne, lors dn sëjoor que fit l'expédition française dans l'Archipel. Tont ce qne ces Messieurs disent des antécédents de M. Diard, est de la dernière malTeillance et de la pins complète fiiosseté. Pendant plus de vingt années, M. IKard a rempli avec talent et avec zèle divers

servée dans les citations de nom de pays y de villes, de personnages et de titres, tels qu'ils sont en usage chez les Javanais et les Malais : car, en suivant l'orthographe propre aux différentes langues de l'Europe, on courrait souvent le risque de dénaturer le sens emblématique de tous ces noms, ce dont nous allons donner quelques exemples.

Si, vous adressant à un Javanais, vous

emplois où missions au service da GoaYememait , et toutes ses actions ont été marquées au coin de l'honneur, de la probité et du désintéressement le plus parfait. Telle a été en tous temps la conduite de cet. estimable fonctionnaire, Honteusement calomnié cependant par ses compatriotes, qui le représentent comme un induS" triel sans aveu, et qui à force de êouplesse et de.,.,, serait par-venu à obtenir des émolumens considérables, une position scientifique officielle , et une position secrète auprès du Goutemeur-Général !,».,. Quelques autres propos du même genre se trouvent dans cet ouvrage!

Sans entrer ici dans tous les détails des services rendus par M. Diard , je ne citerai qu'une preuve de sa loyauté et de son désintéressement; c'est que, pendant les huit années qu'il a rempli les fonctions de membre dirigeant de la Commission scientifique de nos naturalistes-voyageurs dans V Archipel^ M. Diard a constamment refusé d'en toucher les émoluments , fixées à 1200 francs par mois; donnant pour motif que se trouvant sédentaire à Java, et ne partageant pas les travaux , les fatigues et les dangers que bravaient %e» collègues , il ne pouvait comme eux accepter des honoraires. S'il est de fait qne pendant les dernières années de son séjour dans l'Inde, M. Diard est parvenu à se créer une petite fortune, les nombreux amis qu'il compte parmi les hauts-fonctionnaires du Gou* Témement s'en sont réjouis sincèrement avec nous.

voulez lui parler du chef de l'Etat de Soerakarta^ il ne comprendra rien aux noms de SusuhunUy Stesutuiy Sounan ou Souçounan employés par plusieurs auteurs; le nom de Soesoehoenan (objet d'adoration) est le seul qu'il connaisse^ de même; Dippo Nogorro y Duppo Nogor y Iconogor y Icogorro y ne sera pour lui qu'un personnage inconnu^ tandis que Dhipo Negoro (flambeau de la contrée) lui rappelle immédiatement le chef de la révolte de 1825. — Bancomana ne lui semblera pas le même village que Pangkoeme^ nang (lieu ou l'on se prépare pour vaincre). — Poeloe Boeroe signifie en malais l'Ile du chasseur^ et Poeloe Boerong l'île de l'oiseau ; mais l'indigène ne les confond pas sous le nom de BouroUy quoique en hollandais oe ait le même son que ou en français. Au reste ^ je dois au D'. S. MûUer l'orthographe exacte des noms javanais et malais que j'ai cités dans cet écrit.

Quoique n'ayant point visité par moimême les contrées dont j 'oflfre ici l'esquisse^ je n'ai pas cru devoir reculer devant les difficultés d'en tracer le tableau général.

Eussè-je même séjourné longtemps sur quelques uns des points de ce vaste archipel, ou dans l'intérieur de l'une de ces grandesiles.

presc[ue les plus vastes du globe ^ jamais je ne me serais tu en état de réunir tous les matériaux nécessaires pour une description historique^ géographique et statistique de toute rinde archipélagicjue. La contemplation de cette riche nature des tropiques aurait bien pu m'inspirer plus heureusement; mon aperçu en aurait été plus intéressant peut-être, et surtout plus varié; mais pour le compléter) j'aurais également dû avoir recours aux sources écrites ainsi qu'au travail du cabinet Il reste encore de belles

et intéressantes pages à écrire sur cet inépuisable sujet: mais j'abandonne cette tà-^ che à ceux qu'un long séjour et de fréquents voyages dans les différentes parties de nos possessions, auront mis à même de s'occuper plus spécialement de l'histoire de ce beau pays. Puisse cet écrit leur servir de guide sur une route encore aussi peu parcourue !

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