SUPPLÉMENT
AUX ARTICLES, PAGE 151, SUR LES IlES DE TIDOa ET DE BATJAN.
Tidor est comme Ternate, couverte dans sa partie -septentrionale de hautes montagnes; le sol est d'une grande fécondité et il est convenablement arrosé. Les habitants savent apprécier les dons que la nature leur a départis, car l'industrie agricole a fait de plus grands progrès dans cette île que dans celle de Ternate, le goût du travail, surtout celui de l'agriculture, distinguant le Tidorien des autres insulaires. Cette disposition favorable et leur activité dans tout ce qu'ils exécutent, pourraient bien, ainsi qu'on le présume avec quelque apparence de vérité, tenir à des habitudes prises sous le règne de l'un de leurs rois ou chefs, du nom de Saifoed-din, prince qui doit avoir vécu vers le milieu du dix-septième siècle. Ce despote est cité dans les tradilions, comme ayant imposé à ses sujets l'obligation de se livrer assidûment à la culture du sol; il menaçait même tous ceux qui ne remplissaient point strictement leurs devoirs d'agriculteur, de les punir en leur faisant
couper la main gauche. Cette loi barbare, digne d^un souverain asiatique, parait avoir répondu parfaitement aux intentions du prince, car depuis ce temps le sol de Tidor a toujours été bien cultivé par ses habitants, et l'on peut dire qu'aujourd'hui encore, il règne dans cette lie une activité remarquable parmi toutes les classes de la population, jusqu'aux femmes et aux enfants qui se distinguent, sous ce rapport, des autres insulaires régis par des chefs malais.
Ces insulaires donnent au prince qui les gouverne le nom de Ki-ma-kolando (roi des montagnes), à ce que l'on présume parce que jadis les chefs de Tidor rési* daient dans les districts montueux de Halmahera ou Gilolo. C'est depuis ces temps, dont la date n'est pas connue, que les sultans de Tidor sont censés exercer le pouvoir sur la partie orientale de cette grande île; tandis que la partie occidentale est soumise au chef de Ternate.
A une distance peu considérable de Tidor et sous sa dépendance se trouve Poeloe koewali (l'île des potiers), remarquable par. l'industrie de ses habitants, qui se livrent entièrement à la confection de la poterie commune, et qui fabriquent le plus grand nombre des ustensiles de ce genre, dont on fait usage dans toutes ces parties de l'Archipel.
Quoique le sultan de Tidor paraisse actuellement se contenter de la partie septentrionale de la Papouasie, comme étant celle dont la position est la plus avantageuse pour le commerce de ses sujets, il n'en a pas moins des droits légitimes sur toute la côte, en vertu
de la domination qu'il exerçait autrefois sur la Nourelie-6uincc et sur les îles qui en dépendent.
Batjan est la plus grande des iles du groupe de Halmahera; on peut admettre que sa circonférence est de vingt milles. Le sol est aussi fécond que celui de Ti* dor, mais il est plus négligé par la population qui s'adonne complètement à l'indolence innée chez la race malaise.
Celte lie de formation plutonnieune, a, comme Ternale et Tidor, un volcan très-actif; des sources sulfureuses, dont on ne connaît point encore les propriétés hygièni« ' ques, s'y trouvent dans quelques localités fort pittores* ques. Des sentiers bien entretenus, conduisant à des kampong ou villages nombreux , servent à les réunir entre eux, de manière que l'ile peut être parcourue presque dans toutes les directions. Le sort de ces insulaires, d'un caractère doux et prévenant, serait sans doute meilleur, s'ils savaient mettre à profit les ressources que leur offre la fertilité du sol, ainsi que les produits nombreux qui y croissent spontanément; mais en cela les Malais chrétiens, fort nombreux à Batjan, devraient donner l'exemple de l'activité aux autres indigènes mahométans, ce qui malheureusement n'est point le cas. La partie de cette population qui embrassa le christianisme donne au contraire l'exemple de l'insouciance et de la paresse; aussi n'a-t-elle comme guide pour l'instruction de la jeunesse qu'un maître d'école, amboinais d'origine, et qui remplit en même temps les fonctions de ministre du culte! Le fort Barncveld destiné à proléger l'île est en bon état, et il occupe une 3 27
position favorable dans une contre fertile assez bien cultivée. Les sites y sont* enchanteurs; le climat ne laisse rien à désirer; toutes les choses nécessaires à la vie y abondent et y sont à des prii très-modiques ; aussi l'ile pourrait eRe nourrir un nombre triple et quadruple d'habitants de ce qu'elle n'en compte main« tenant.
Le chef malais de celle île, de même que ceux de Makian, de Mortier et de Tawali, sont soumis à Ternate. Makian comptait jadis une population de 9,000 âmes; ce chiffre n'est aujourd'hui que de 5,680, con* séquence funeste de la piraterie qui a réduit le nombre des habitants, de manière que les 14 hameaux répandus dans cette île, sont mal peuplés, tandis qu'on prétend qu'elle pourrait nourrir de 12 à 14 mille âmes. Les trois petits forts construits par la Compagnie tombent en ruines, et l'ile n'est plus occupée militairement. Mortier était défendue jadis par le fort Nassau; maintenant tes habitants sont sans cesse en but aux invasions des pirates; ils voyent leurs propriétés dévastées par ces forbans et leurs familles exposées à subir l'esclavage!