‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagique (volume 3)Chapitre 18 sur 19 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ASPECT DU pays; COMMERCE ET PRODUCTIONS DE LA

NOUVELLE-GUINÉE. COUP-d'oEIL SUR l'hI-

STOIRE NATURELLE (1). — CONCLUSION.

La partie septentrionale de la Nouvelle-Guinée, depuis le 132<>80' et peut-être plus à l'Ouest encore jusque vers le 135<>30', offre une côte élevée et bordée de rochers. En quelques endroits, et surtout au fond des grandes et des petites baies qui sont nombreuses, l'on voit de petites plaines bordant la plage, tandis, que dans d'autres lieux et particulièrement dans le voisinage des caps, le pied des montagnes s'élève perpendiculairement au dessus des bords de la mer. Vers la même longitude de 135<> et dans la direction du sud, les montagnes s'éloignent insensiblement de la côte, et font place à une grève unie et spacieuse qui se prolonge jusqu'au détroit de Torrès, et ne présente à la vue qu'un immense désert. Tout-à-fait au sud, l'oeil n'aperçoit pas la moindre trace d'élévation dans le ter-

(1) La presque totalité du contena de ce chapitre, est on extrait sommaire des raf)ports et des notices fournis par les officiers de la Marine Royale et par les naturalistes, qui ont fait partie des expéditions à la Nouvelle-Guinée.

rain : mais à partir du b^ 30' de latitude , on découvre par un temps clair, fort loin dans l'intérieur du pays, une haute chaîne de montagnes qui devient de plus en plus visible à mesure qu'on avance vers le Nord à 4^30', et qui prend alors un aspect majestueux. Quelques uns de leurs sommets paraissent même s'élever au dessus de la limite des neiges étemelles, car on ne peut assigner d'autre cause à l'éclat des couches blanches et resplendissantes dont les cimes et les crêtes de ces hautes montagnes sont couvertes. Au reste, pendant le jour, la vue de ces montagnes n'est pas distincte, parce qu'elles sont environnées de nuages; mais le matin, immédiatement avant ou après le lever du soleil, on les voit se prolonger jusqu'à une grande distance, et elles offrent alors une masse imposante.

L'aspect que présentent ces chaînes de montagnes est aussi remarquable que varié; celle qui se développe au loin dans l'intérieur du pays, n'offre en général à la vue que des ondulations assez douces. Parmi les montagnes les plus hautes, il s'en trouve un certain nombre dont les larges sommets forment des plateaux étendus. Â en juger par leur élévation, il doit régner sur les unes une température froide, tandis que d'autres jouissent d'une atmosphère tempérée. Les hauteurs qui bordent la côte plus au nord sont d'un aspect âpre et sauvage, et les rochers qui en forment la masse élancent assez souvent dans les airs leurs aiguilles semblables à des clochers, ou étalent aux regards leurs flancs profondément déchirées.

Tout-à-fait au Sud, vers le 6o40', où les terres sont

basses et marécageuses, le rivage est bordé d'un lai^e banc de vase qui limite de chaque côté l'entrée du détroit de la Princesse-Marianne et se prolonge dans la direction du midi en contournant le Vakche Kaap.

Les îles situées le long de la côte offrent générale^ ment le même aspect physique que les terres dans le voisinage desquelles elles se trouvent: là où celles-ci sont basses 9 les îles le sont également, et lorsque le sol de la côte est élevé, celui des iles l'est aussi: C'est dans le voisinage des côtes élevées que se trouve le plus grand nombre d'iles et d^ilots, séparés du littoral par des canaux ou des détroits.

Le calme qui règne presque toujours dans ces lieux, qui doivent leur existence aux convulsions aussi violentes que subites de la nature; la vue de ces nombreux rochers aux formes variées et aiguës, dont les masses contrastent avec la verdure des forêts et des broussailles; la lutte incessante de cette végétation vigoureuse contre le sol compact et pierreux de la côte, en dépit duquel elle s'étend de plus en plus; ces vastes nappes d'eau d'un bleu foncé, dont la surface légèrement agitée, mais le plus souvent unie comme une glace, est débarassée de toute impureté par l'éternel mouvement du flux et du reflux, et dont la limpidité permet à l'oeil de plonger à d'immenses profondeurs, tout cela produit sur le spectateur une impression ravissante. Mais lorsque le soleil, à son lever ou à son déclin, lance obliquement ses rayons étincelants sur les pentes abruptes des montagnes voisines, qu'il en éclaire quelques unes d'une lumière ardente, tandis que d'autres sont

presque encore plongées dans les ténèbres, il en résulte des effets que la parole ne peut décrire, et que tous les moyens de l'art ne sauraient représenter (1).

Parmi les nombreuses embouchures des rivières que l'on aperçoit en rangeant la côte, il en est quelques unes d'une largeur considérable. Les sources de ces grands cours d'eau sont vraisemblablement situées à une grande distance dans l'intérieur des terres, puisque, dans la partie méridionale de la Nouvelle-Guinée, la ligne de partage des eaux est fort éloignée de la côte occidentale.

L'entrée septentrionale du détroit de la Princesse-Marianne, dont le lieutenant de marine Langenberg Eool vérifia l'existence, a près de deux milles géographiques de laideur. Â partir de là, et à mesure qu'on avance, il se rétrécit, de manière à n'avoir plus qu'un quart de mille vers le milieu de sa longueur, et, même un peu plus au sud, il n'a plus guère qu'un sixième de mille; vers l'extrémité méridionale il a près d'un demi-mille. L'eau a de 4 à 10 brasses de profondeur à la marée basse; dans toute l'étendue du détroit, les rives sont basses et marécageuses; mais en quelques lieux, le sol s'élève un peu au dessus de la surface des eaux et il est assez sec. Partout, l'oeil n'aperçoit que des forêts d'un aspect uniforme; le long du rivage, elles sont dépourvues de grands arbres. Sur quelques

(1) Poar les détails de l'aspect de la côte Est, oa havre de Dorey, voir la Relation du Voyage autour du Monde de la Coquille y par le Capitaine Da|)€rrey, Zoologie ^ Fol, 1. p. 430.

points, ce désert est bordé d'une lisière de glaise molle. Presque partout on peut accoster les rives du détroit, avec d'autant plus de sûreté que la profondeur augmente et diminue avec une grande régularité. Des deux côtés du rivage, le détroit reçoit un grand nombre de petites rivières; quelques unes d'est re elles fournissent de fort bonne eau pendant le jusant; mais elle devient saumâtre, aussitôt que le reflux se déclare à leur embouchure; elles sont assez profondes pour qu'une chaloupe chargée puisse y entrer à la marée la plus basse, et les bâtiments peuvent mouiller tout près du rivage dans le détroit.

Les montagnes qui forment la côté, en remontant vers le Nord, se distinguent par la rudesse et l'âpreté de leurs contours. Ici, l'oeil n'aperçoit de toutes parts que des rochers aigus aux formes anguleuses, aux flancs escarpés et nus, crevassés et à cavernes profondes, tandis que tous les endroits ou le sol a pu retenir le détritus d'autres substances, ces montagnes sont couvertes d'une couche d'humus plus ou moins épaisse. Plus loin , dans le pays , il doit exister des montagnes qui renferment des couches d'argile fort étendues, car cette substance compose principalement le lit des rivières, ainsi que le fond de la mer près des difierentes embouchures.

Dans aucunes des parties du littoral visitées par les bâtiments envoyés en reconnaissance à la Nouvelle-Guinée on n'a trouvé ni marché ni bazar. Les marchands étrangers qui arrivent sur ces côtes vont, pour trafiquer, d'une baie à l'autre ou de village en village , pour re-

thércher les articles de commerce qui leur conviennent et faire des échanges avec les habitants. Il existe de* puis un temps immémorial, parmi les insulaires des Mo* luques qui se rendent dans ces parages pour y trafiquer, des conventions en vertu desquelles les habitants de certaines îles ont exclusivement le droit de faire le com* merce avec quelques uns des points du littoral de la Papouasie. Qu'un prahoe des Moluqués aborde pour la première fois, par hasard, à quelque partie de la côte, il n'en faut pas d'avantage pour acquérir ce privilège; dès lors les trafiquants la regardent comme leur propriété, et tâchent d'en éloigner toute concurrence: ils vont même jusqu'à confisquer une partie des cargaisons de ceux qui dépassent les limites des districts qu'ils se sont arrogé.

Indépendamment du commerce en armes à feu, en munitions de guerre, en étoffes, en denrées et en produits du sol, il se vend aussi des esclaves que les commerçants débarquent secrètement, et dont ils tâchent de se défaire dans les îles de l'Archipel où les autorités européennes ne sont point établies, principalement à Bali.

La Nouvelle-Guinée est trop peu connue, pour qu'il soit possible d'énumérer toutes les richesses que ce sol, couvert d'une végétation puissante et active, est à même de fournir au commerce d'exportation. Les arbres de haute futaie y sont immenses, par la circonférence de leurs troncs et par leur élévation de 150 à 180 pieds de hauteur; les plantes affectent des formes colossales semblables, et des lianes vigoureuses enlacent forte-

ment de leurs tiges robustes, les rameaux des grands arbres jusqu'au faite de leur couronne, formant de la sorte un réseau de troncs, de tiges et de verdure qui rendent ces voûtes de feuillage presque impénétrables aux rayons du soleil. Aussi, dans toutes localités où les indigènes ne sont point encore parvenu à se frayer des sentiers, le voyageur ne saurait s'aventurer pour y pénétrer; tous ses efforts pour se frayer un passage seraient vains et demeureraient sans succès, dans ces forêts que des siècles ont respectés.

Tout ce que nous savons sur cette terre de promission, se borne aux indications recueillies par le petit nombre de voyageurs qui y ont attérie. Quoique plusieurs des productions que le règne végétal et animal peuvent fournir spontanément, soient complètement négligées par les naturels, il n'en est pas moins certain qu'on en peut énumérer, dès à présent, un grand nombre. Comme substances alimentaires se présentent en premier lieu non seulement le sagoutier et le cocotier, mais aussi le maïs et le riz, le chou caraïbe, la canne à sucre, les ignames, l'aubergine et trois espèces de bananiers. L'écorce du Poelasarie et du Massoy est recueillie en grande abondance par les indigènes qui en forment des paquets, et qui vendent cette écorce d'un goût amer, aux trafiquants chinois et céramais; l'une et l'autre sont fort recherchées comme médicament: on dit même que le massoy est un fébrifuge excellent, et qu'il peut être administré aux mêmes fins que l'écorce du quinquina; on s'en sert aussi en Chine et dans l'Archipel pour faire des frictions; il échauffe et fortifie les par-

lies du corps attaquées de paralysie. Deux espèces de muscadiers sont fort communes: la noix de l'espèce sauvage est très-petite, sans odeur aromatique, et de forme allongée et pointue; l'autre est la vraie muscade ronde, susceptible d'acquérir les qualités de la mus« cade cultivée; puis viennent les citronniers, les orangers, les cotonniers, le gingembre, les piments, etc. Les naturels cultivent le tabac pour l'exportation ; ils soignent aussi la culture de quelques plantes farineuses du genre des haricots, dont ils font usage comme aliment. Ils s'occupent plus ou moins de la pèche du poisson, du caret ou tortue , du tripahg ou bêche de mer , des perles et des huîtres nacrées, articles qui leur servent d'objets d'échange avec les trafiquants céramais et chinois. Plusieurs espèces de grands arbres, dont le nombre est fort considérable, mais dont on ne connait point encore les propriétés, pourraient être utilisées dans Tes arts ou servir aux constructions: en somme, cette vaste contrée offre un champ illimité à explorer, dans toutes les parties des trots règnes de la Nature.

On n'a connaissance que d'un petit nombre d'objets d'histoire naturelle de cette contrée: ceux-ci ont été recueillis par nos naturalistes voyageurs sur un trèspetit nombre de points de la côte occidentale, ainsi que pendant une station de peu de jours faite par l'expédition française de la corvette la Coquille^ au havre de Dorery, côte orientale; aussi la Faune de Tintérieur de cette vaste contrée nous est-elle complètement inconnue.

Les mammifères qui ont été trouvés sur les côtes où on a atterri, offrent, à un petit nombre d'exceptions près, les caractères remarquables des animaux à bourse ou Marsupiaux de la Nouvelle-Hollande. Des Kangu* ros (1) semblables par leurs formes, mais qui diffèrent spécifiquement, y vivent par troupes, et on y a découvert aussi, dans cette famille, un genre nouveau dont les espèces vivent habituellement sur les arbres; ceux-ci ont été indiqués par nos naturalistes sous le nom de Dendrolagus (2): puis des espèces nouvelles des genres Phalangista et Perameles; enfin une fort petite espèce de Petaurus (Belidea), mentionnée par les naturalistes anglais sous le nom de Belidea ariely et que M. MûUer avait désigné erronément comme le jeune âge de Belidu sciurea, espèce qu'on trouve à la Nouvelle-Hollande. L'intérieur et les plateaux élevés desquels découlent les rivières nombreuses qui baignent cette vaste contrée, récèlent sans doute plusieurs grandes espèces que nous ne connaissons point encore.

La Nouvelle-Guinée paraît être fort* riche en oiseaux; elle semble même pouvoir rivaliser, sous ce rapport, avec les iles de l'Archipel les mieux partagées. Ceux qu'on connaît viennent prendre rang dans plus de 60 genres de la série ornithologique , et parmi ceux-ci se trouvent des représentants du plus grand nombre des genres d'oiseaux admis dans nos systèmes de nomencla-

(1) Hypsiprymnus Brunit. Verhandelingen etc. p. 21.

(2) Voyez Dendrolagus urainua et inustus, Vcrliandclingcn clc, partie Zoologique, pU 19 et 20.

tore. La classe des Rapaces y est fort peu nombreuse en espèces ; par contre , celle des Perroquets offre une multitude de genres et d'espèces remarquables par leur grande taille, ou par les dimensions excessives du bec. C'est la patrie des Cacatoès (1), des Macroglosses (2), des

(1) Cacatua triton. Cette espèce, que H. Huiler avait jogé identique de celle connue sons le nom de Pêitiacus galeritus de la Noavelle-Hollande , se trouve être une espèce distincte, inédite.

Pour les proportions du corps elle est moins grande que le P, gaierttuêf mais les pieds et le bec sont beaucoup plus forts et plus vigoureux; les mandibules sont grandes et bombées. La région ophtalmique est plus étendue du côté de l'orifice de l'ouic. Les ailes sont fort courtes, et l'extrémité de celles-ci ne dépasse point la moitié de la longueur de la queue. Le plumage de ces deux espèces n'oi&e presque point de dissemblance. Sa patrie est la Nouvelle-Guinée.

Cacitua aiquatoruus. Cette espèce nouvelle ressemble beaucoup au PstUacuê sulphureus des méthodes; elle est un peu plus grande; le bec est d'un fiers plus fort, il est aussi plus bombé; la nudité ophtalmique est plus étendue et les plumes qui recouvrent l'orifice de l'ouie sont d'un jaune vif; tout le reste du plumage est absolument semblable à celui du P, sulphureus. Ce der- 'nier est répandu dans toutes les contrées situées au sud de l'Equateur; tandis que l'espèce nouvelle qoe nous venons d'indiquer n'habite que les contrées au nord de la ligne, depuis la partie septentrionale de Célèbes et de Halmahera jusqu'aux Iles du nord de la Nouvelle-Guinée.

(2) Macroglossum alecio. Cette espèce a déjà été indiquée par nous. Elle est d'un tiers moindre dans toutes se» dimensions que ' P. gigas des catalogues méthodiques.

Une troisième espèce de Macroglosse^ que nos naturalistes n'ont pu se procurer à la Nouvelle-Guinée, mais que les naturels leur ont désigné comme étant beaucoup plus grande que le P. gigas y

grands Loris qui se distinguent de leurs congénères par le noir intense de leur plumage, comme les Vasa; ou bien ce noir est marqué et relevé par des teintes d'un rouge cramoisi, comme dans le Perroquet de Pictet: on y trouve aussi ces pygmées de la famille nombreuse des Psittacidae^ dont la taille est moindre que celle de notre moineau d'Europe, et que l'oeil ne saurait distinguer parmi le feuillage des arbres touffus et de hautefutaie où ils se tiennent habituellement (1). Plusieurs oiseaux de la grande famille des Corvidaey dont l'Australie fournit les types, s'y montrent sous des formes différentes. Les bruyants Calaos couvrent de leurs troupes nombreuses , les cimes des figuiers d'espèces différentes dont le nombre est fort considérable dans cette région. Le vol lourd de ces oiseaux, joint à l'action de l'air qui s'engouffre dans les cavités de la mandibule inférieure du bec, de même que dans les tissus cellulaires de la mandibule supérieure, suscitent un bruit retentissant comme le souffle précurseur de l'ouragan. Sur cette terre, ainsi que dans plusieurs lies plus ou moins distantes des côtes de l'île principale, vivent non seulement toutes ces espèces déjà connues et indiquées comme types des sous-genres des i^o-

est , selon leur dire , pourva d'une qneae fort lonj^ae et conique , et les deux pennes du milieu dépassent des latérales de quelques pouces; ils assurent que son plumag^e est noir. Ce sont là tous les renseignements qu'on a pu obtenir concernant cette espèce remarquable.

(1) Voyez Nasiterna pygmea, Voyag. de l'Astrolabe , atl^s pi. 21.

radisiersy mais aussi plusieurs espèces inédites^ découvertes récemment, et dont le brillant plumage ainsi que la nouveauté et l'élégance des parures, offrent des échantillons du luxe que la Nature s'est plu à répandre sur la livrée de cette famille d'oiseaux. Quoique les immenses forêts de la Nouvelle-Guinée manquent de graminées et de petits insectes, on y trouve cependant un grand nombre d'espèces de la famille des Muscicapidae: mais elles appartiennent toutes, soit à des genres de grande taille déjà connus, soit à des groupes nouveaux, également d'une forte structure rostrale, tandis que des insectivores très-petits ne s'y présentent point, et que le genre Sylvia n'y est, à ce que je sache, pas représenté. On n'y voit non plus aucun Picj au« eune espèce de Barbu ni de Pie-grièche. Par contre, ce sont les contrées les plus riches de tout l'Archipel en espèces des grandes familles des Cohmbidae et des Gallinae. Les Gouras {Lophyrus)j Pigeons couronnés d'une grande taille, ainsi que les MégapodeSy dont les oeufs déposés sous des monticules de matières fermen tescibles éclosent par l'action du chalorique, peuplent la lisière de ces vastes forêts séculaires. On ne voit nulle part, dans l'Archipel malais, des Pociar^ue^ d'une taille aussi grande que dans la Papouasie; elle est particulièrement très-riche en espèces de la grande famille des Mellù phagidae, ainsi que de tous ces oiseaux qui se nourrissent du nectar des fleurs ou qui vivent des petits insectes cachés dans leur calice. En somme, l'ornithologiste

trouvera dans l'intérieur de cette grande île un champ d'exploration riche et complètement nouveau à étudier.

Un grand nombre de Sauriens ^ A^ Ophidiens ^ de ChéUmiens et de Batraciens nouveaux, ou la plupart d'espèces inédites, peuplent ces coatrées, et ont été rapportées de quelques points du littoral visités par nos naturalistes. Les mers, mais surtout les baies nombreuses des côtes, sont aussi très-riches en poissons; toutes les bouches des fleuves oflrent aux indigènes une quantité prodigieuse d'espèces propres à servir d'aliment^ et que ces peuples font sécher pour leurs besoins, ainsi que pour leur servir d'objet de trafic.

Des papillons décorés de couleurs fraîches et vives, couvrent partout les plantes et les buissons. Des insectes aux formes diversifiées, souvent bisarres, ou qui s'oflrent à la vue, ici comme des prolongements branchus, là comme immitant à s'y méprendre des feuilles vertes, ou bien un feuillage pâle et terne, gercé par les rayons d'un soleil ardent; des coléoptères dont la Nature s'est plu à peindre les élitres de teintes brillantes, imitant l'éclat radieux des pierres précieuses^ ou les reflets variés des difierentes sortes de métaux; des coquilles terrestres et fluviatiles, parmi lesquelles un fort grand nombre sont inédites: tout cela abonde dans cette contrée, et cette partie des régions intertropicales, ou les mers sjont échaufiees par une température toujours intense, récèle en outre une multitude d'espèces rares de testacés. Par cet aperçu, quoique sommaire et rapide, on peut toutefois concevoir de quel haut intérêt pour les sciences naturelles serait une exploration régulière et scrupuleuse de laNouvclle-Guincc, ainsi que des arc|)ipels nombreux dont cette grande terre est entourée.

En terminant cet ouvrage, qu'il me soit permis d'ajouter quelques réflexions.

Il est, ce nous semble, désirable que le Gouvernemenl ne tarde pas plus longtemps à établir des postes militaires et des factoreries pour le commerce, dans les parties de ses possessions qui sont comprises dans le rayon de la Nouvelle-Guinée, dont les archipels orientaux forment une dépendance naturelle; que ces mers soient par lui purgées et mises à l'abri du brigandage et du pillage des écumeurs fainéants, aux déprédations desquels elles sont sans cesse exposées; enûn, qu'il assure aux habitants des petites iles les moyens d'exercer leur trafic et leur industrie sans entraves, et que ceux-ci soient protégés contre les vexations qu'ils subissent de la part des caboteurs malais, attirés vers ces iles plus souvent dans des intentions malveillantes qu'avec le dessein de s'y livrer à un commerce honnête et intègre. Que, par un motif d'économie dont les conséquences sont souvent désastreuses, et qui trop souvent déjà ont exercé leur influence fatale, l'autorité coloniale ne laisse point échapper l'occasion opportune qui lui est ofierte, pour organiser son pouvoir dans ces parages sur des bases solides et durables, car, l'exécution de tout cela est encore facile aujourd'hui, secondée qu'elle se verra par la sympathie des populations indigènes à se ranger volontairement sous l'égide de son protectorat, attendu que les bonnes dispositions, émises à cet égard par tous les habitants des archipels orientaux, ne laissent

rien à désirer. Parmi ces populations, comme nous Te* nous de le voir, les voeux sont unanimes dans la demande quHls adressent au Gouvernement ^ pour obtenir Pas* sistance et la protection du pouvoir européen y et pour se mettre complètement sous sa dépendance.

En tardant plus longtemps de répondre à ces voeux, ainsi qu'en différant d'étendre et de consolider le pouvoir acquis et incontestable de la Néerlande sur cette vaste étendue des mers orientales et de la Nouvelle- Guinée, des difficultés graves pourraient surgir inopinément, et présenter à Inoccupation de fait des entraves de nature à en rendre l'exécution plus difficile, peut-être même impossible. Ce qui jadis eut lieu lors de la prise de possession de Singapore, les faits qui viennent de s'accomplir à l'égard de Laboean et de Serawak, méritent assurément que l'autorité fixe toute son attention et porte toute sa sollicitude sur ces parties si intéressantes de nos possessions dans les parages orientaux, car celles-ci, sans aucun doute, sont appelées à exercer par la suite une fort grande influence sur les transactions commerciales dans ces mers, lorsque, comme nous venons d'en faire la remarque^ une voie maritime plus directe et un commerce plus étendu auront établi des rapports nombreux ainsi que des relations suivies, entre les vastes terres de l'extrême Orient et de l'Australie, et les contrées populeuses au nord de l'Equateur; rapports commerciaux qui déjà ont acquis un certain degré d'importance, et qui dès à présent méritent qu'on leur accorde la protection à laquelle ils ont droit de prétendre.

El lors même que les empiétements d'un commerce rival seraient mis au rang des dangers sans motif apparent, ou bien si l'on voulait qualifier nos réflexions^ d'idées chimériques, il n'en est pas moins à craindre, qu'en remettant indéfiniment à d'autres temps pour s^en occuper, et qu'en passant à l'ordre du jour sur l'établissement de fait et permanent dans les contrées, jusqu'ici encore abandonnées et négligées de nos possessions dans les mers de l'Inde, le Gouvernement ne perde beaucoup dans l'opinion favorable que ces peuples ont de sa puissance.

Une occupation permanente de ces contrées serait aussi recommandable sous le point de vue d'une économie prudente j attendu , qu'aujourd'hui , cette occupation de fait ne requièrerait que des dépenses modérées, et que la surveillance du pavillon protecteur ne nécessiterait point le déploiement d'une force militaire considérable. Mais lorsque la piraterie deviendra menaçante dans ces parages; qu'elle lèvera insolemment la tête comme à Géram; qu'elle deviendra inquiétante pour le grand commerce, comme à Bali; lorsque des radja insoumis lèveront l'étendart de la révolte; lorsqu'ils se rendront les maîtres de l'une des grandes îles de cette partie de l'Archipel, et que la foi musulmane leur prêtera un grand ascendant sur les vrais croyants: alors le commerce de cabotage se verra anéanti, et le grand commerce éprouvera des pertes sensibles par la destruction de ses vaisseaux et le pillage de ses cargaisons: le vil trafic des esclaves s'ouvrira un nouveau marché, où seront exposés en vente chrétiens et musulmans, ravis à leurs familles.

Pour lors, il faudra bien nécessairement que le Grou- Ternement s'en occupe, et qu'il fasse une démonstra* tion hostile, toujours coûteuse, mais qui pourrait bien, étant matériellement insuffisante, courir la chance de n'obtenir guère plus de succjès que celle tentée la première fois à Saparoea, et fort récemment encore sur Bali, repaires d'un brigandage commis et souffert trop longtemps, aux portes de là riche métropole de l'Archipel.

Au reste, qu'on ne se fasse point illusion sur les faits qui Tiennent de se passer à Bali, et qu'on prenne exemple sur ce qui a eu lieu dans cette ile, sur les pertes éprouvées par le commerce et des dépenses faites par l'Etat, avant que justice ait été faite de l'insolence toujours croissante des radja malais, et avant qu'on les ait punis sévèrement des rapines par eux commises.

Pour mettre un terme à ces déprédations et vaincre la résistance des princes balinais, il n'a fallu rien moins que trois expéditions armées; la dernière, pour que sa réussite fut jugée à peu près certaine, nécessita l'envoi de renforts nombreux de troupes et de bâtiments de guerre fournis par la métropole européenne; par ces moyens qui viennent de coûter des sommes fort considérables, la défaite et la soumission de ces chefs ont été complètes. Ceux-ci se voyaient soutenus dans leur résistance par une population fanatique, aguerrie par eux, et paraissant suivre aveuglement l'impulsion qu'ils avaient eu tout le temps de leur inculquer: des fortifications redoutables, telles que celles de Bleling et de Djaga-ragay construites avec tout l'art

^ratégique, et munis d'une artillerie nombreuse, ha« bilement servie, avaient été préparées par eux de longue main; aussi la victoire a-t-elle été achetée chèrement, et au prix du sang versé par notre brave armée coloniale et par nos intrépides marins, lesquels sont parvenus, nonobstant le nombre des ennemis, à réduire et enlever ces positions formidables. Il s^agissait cette fois d'obtenir sur la résistance des radjas de Bali un triomphe éclatant, conquis à tout prix, afin de ne point risquer plus longtemps que notre autorité dans l'Archipel fût réduite à un simulacre de pouvoir, ou bien anéantie complètement (1).

Toutefois, en jettant un coup-d'oeil rétrospectif sur le passé, ne faudra-t-il pas convenir qu'il s'est présenté plus d'une occasion favorable, peu dispendieuse aux maîtres de l'Archipel, pour établir leur prépondérance à Bali sur des bases solides et durables, et sans qu'il en coûtât le sang de nos braves? — Mais terminons ici nos réflexions: en les continuant, nous nous verrions entrainés à discuter des questions soumises en ce moment à l'étude et au jugement de nos hommes d'Etat; dès lors elles ne sont point encore du ressort de ce coup-iToeil historique.

(1) Le Gouvernement dans l'Inde vient de perdre an des plua illustres soutiens de son pouvoir. Le Grénéral en chef de l'expédition de Bali, Michiels, a perdu la vie dans le dernier combat qui eut lieu après la prise de Kasoemba. Le souvenir de ses exploits militaires ainsi que de ses talents comme administrateur, demeure* runt en honneur dans les annales de l'Inde néerlandaise, et son nom sera transmis avec rcconnaifsan^ k la iiostcritc.

Si la carrière déjà longue que je Tiens de parcourir , ne m'imposait point le devoir de me tenir éloigné des affaires publiques et de la politique, mon penchant prédominant pour l'étude de l'histoire naturelle et les jouissances inappréciables qu'elle me procure continuel* lement, me porteraient à me Touer entièrement aux travaux de cette science, par lesquels je puis me flat« ter d'être encore utile à mon pays. Guidé par ces idées dans l'ouvrage que je livre au jugement du pu* blic, mes voeux seront satisfaits, si mes compatriotes me savent quelque gré de leur avoir fait apprécier l'importance de nos possessions intertropicales de l'Inde pour la mère-patrie, ainsi que les ressources qu'elles offrent aux sciences, à la navigation, à l'industrie et au commerce: mines riches et fécondes de bien-être et de prospérité pour une nation qui, comme la nôtre ^ dans ces temps orageux pour les peuples, s'est montrée partisan sincère et dévoué de l'ordre, et religieux observateur des lois qui la régissent sous l'autorité révérée de la dynastie d'Orange.

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