DE LA PÉNINSULE SUD
JLlans le nombre des possessions néerlandaises de l'Archipel malais, Pile de Gélèbes, dont l'esquisse succincte Ta nous occuper, mérite de fixer notre attention; d'abord relativement à son étonnante fertilité et à sa fécondité en productions spontanées,- puis à raison de la richesse du sol qui promet à l'agriculture des ressources
nombreuses et variées de prospérité, et le rend propre 8 1
à un développement fort considérable de l'industrie rurale, surtout quant à l'élève du bétail. Son beau ciel ainsi que sa constitution physique, assurent aux habitants un séjour salubre, exempt de ces miasmes délétères si communs sous les climats équatoriaux, et surtout dans les vastes districts cdtiers, périodiquement inondés par les bouches nombreuses des fleuves, qui s'y répandent en deltas boisés de plusieurs centaines de lieues, tels qu'il s'en trouve à Bornéo sur une grande étendue du littoral, de même que dans quelques districts côtiers de l'ile de Sumatra. Ces masses épaisses de jungles et de bois de hautefutaie, qui couvrent d'un réseau impénétrable une grande partie de Bornéo ainsi que quelques districts dans l'île de Sumatra , et s'étendent partout le long du cours des fleuves, même jusque sur le rivage de la mer, ne se rencontrent point à Gélèbes. De vastes plaines unies ou légèrement accidentées, couvertes d'herbes ou d'éricées occupent l'espace entre la mer et la limite des régions montueuses et boisées de l'intérieur du pays. L'état de la civilisation, parmi les indigènes, se trouve à peu près stationnaire au même degré que l'était l'ordre social chez les Javanais vers la fin du 18^ siècle; mais l'industrie agricole et manufacturière y ont fait, sous tous les rapports , moins de progrès que dans l'ile de Java: aussi le commerce de Gélèbes se trouve-t-il réduit à un état à peu près insignifiant, vu que les habitants sont privés de la connaissance des ressources que les arts offrent à l'industrie agricole. Ils préfèrent à toutes les autres les chances du trafic ma-
ritime, consistant le plus souvent en échanges des productions du sol, et qui, sous cette apparence de trafiquants paisibles, leur permet bien mieux de se livrer impunément à leur penchant dominant, celui d'errer sur mer, dans le but d'y exercer la piraterie quand l'occasion leur parait favorable.
La puissance des armes des conquérants malais contraignit les habitants de Célèbes à adopter le culte de l'Islamisme; il fut introduit en 1616, dans toutes les parties sur lesquelles s'étendait alors le pouvoir redouté des despotes de Goa (Makassar). L'état de Boni, qui préludait déjà à la prépondérance conquise plus tard, accepta par voie de convention quelques dogmes de ce culte, et des prêtres malais, aussi fanatiques qu'ignorants, en devinrent les propagateurs parmi les aborigènes de la race Âlfoere, refoulée par les Malais, dans l'intérieur de l'île. Les préceptes du Coran sont par conséquent nonchalamment suivis, et l'esprit de ses ordonnances et de ses lois est méconnu par les sectateurs célèbiens.
Toute la population obéit jusqu'à un certain point à l'autorité du Gouvernement néerlandais, et le commerce maritime se fait sous son pavillon, attendu que, depuis l'établissement de la Compagnie des Indes et de l'expulsion des Portugais en 1660, la presque tqtalité des côtes a été soumise à son autorité, ou reconnaît sa suzeraineté.
Cette île, dont le gouvernement colonial semble apprécier aujourd'hui toute l'importance, est sans contredit appelée à devenir bientôt l'une des possessions
les plus florissantes de l'Etat. Elle ne le cède point à l'ile de Java* par la beauté et la salubrité du climat, non plus que par la richesse et l'abondance des productions que peut fournir le sol; elle est on ne peut mieux située pour le développement du commerce et de l'industrie, tandis que les habitants des côtés par leur penchant naturel et leur goût dominant se livrent exclusivement à la navigation; ce qui fait que tous les éléments de bien-être et toutes les sources de prospérité se trouvent réunis dans son sein*
€élèbes est située au centre de la zone tropicale; elle occupe un très-vaste espace dans la mer des Moluques, et s'étend du 1^45' latitude Nord au 5<>45' latitude Sud, et du II50IO' au 116o45' longitude orientale du méridien de Greenwich. On donne à cette île de premier rang, une longueur de 192 lieues françaises du Nord au Sud, et 25 de largeur moyenne. Selon Crawfiîrd, sa superficie serait seulement de 2558 milles D géographiques; les calculs plus récents, dus au Lieutenant de marine Melvill de Garnbée, portent cette superficie à 3578 milles D, ou 1963 myriamètres D; ce qui fait que Gélèbes est de 694 myriamètres plus grande que Java.
On évalue le total de sa population à 3,000,000 âmes, ce qui nous parait bien supérieur au chifire réel, vu que le recensement approximatif, fait en 1838, porte la population soumise immédiatement au pouvoir de la Néerlande à 410,000 âmes seulement. M^ Melvill
de Garnbée. donne pour total de la' population le chiffre de 1,104,000, nombre approximatif plus probable.
Cette île, non plus que Sumatra, Bornéo et quelques autres moins considérables, n'a reçu ni des indigènes ni des peuples malais des autres lies, un nom propre sous lequel toute son étendue est comprise: les populations des parties méridionales désignent Gélèbes sous le nom de Tanahrboegis (le pays des Boeguinais), ou Tanah-manffkesser (le pays des Mangkessères), dont on a fait par contraction Makassar; nom reçu et adopté généralement , et que porte depuis la conquête de Tille par les Européens en 1617, la ville principale ou se trouve aujourd'hui la résidence du gouverneur de cette partie des possessions de l'Etat. Serait-ce d'après Pigafetta, qui en fait mention dans ses écrits sous le nom de Gélèbi, que cette ile est appelée ainsi?
La forme toute particulière, qu'offrent les terres de cette partie de PArchipel , est due à l'irrégularité de ses côtes, dont le littoral découpé ou comme bizarrement anfractué, présente un grand nombre de baies, de golfes et de caps. Trois vastes baies ou bras de mer s'étendent de l'orient à l'occident jusque fort avant dans cette ile, elles en déterminent la forme singulière en quatre péninsules peu larges. Nous traiterons séparément de chacune de ces péninsules, et nous ferons mention des iles voisines du littoral de ces langues de terre.
Avant de passer à l'aperçu topographtque et physique de cette contrée, jetons d'abord un coup-d'oeil sur les principaux événements qui ont eu lieu dans
la péninsule Sud depuis l'apparition des Européens jusqu'à nos jours.
Le pavillon portugais, jadis redouté sur toutes les mers de l'Inde, envahit aussi en 1540, une partie de Gélèbes. Le Gouverneur de Ternate, Antonio Galvano, vint fonder une factorerie à Menado dans la partie septentrionale de l'ile. On sait qu'en 1660 le Portugal avait un chef du commerce à Makassar du nom de Francisco Yiera, que l'on suppose avoir été le dernier des gouverneurs de cette nation.
Les Anglais et les Danois se sont aussi établis sur quelques parties des côtes; mais leurs comptoirs ne s'y sont pas maintenus longtemps.
La première arrivée des Hollandais n'est pas connue exactement; on sait qu'en 1607, l'amiral Matelief (qui plus tard fut élevé au rang de Gouverneur*Général) aborda dans la baie de Tello, où se trouvait alors, au village Rakeka, un chef du commerce de la Compagnie. Au retour de l'amiral à Amboine, cheflieu des premières opérations mercantiles, la Compagnie envoya deux commissaires à Makassar, mais elle supprima cette factorerie en l'année 1635, et l'on se fixa temporairement sur plusieurs points différents des côtes de l'île; ce n'est qu'à partir de 1657, que le Gouverneur-Général van Diemen conclut le premier traité avec le roi de Makassar.
Le prince avec lequel ce traité fut conclu, était un despote barbare; l'un de ses favoris l'assassina. Des deux fils qu'il laissa, l'ainé, krain (prince) Sambanake lui succéda: celui-ci d'une humeur belliqueuse.
soumit en peu de temps à son pouvoir les peuples de Mandhar, de Boni et de plusieurs autres proyinces. Hassan oed-Din régna après lui; des démêlés avec les agents de la Compagnie, des menées secrètes qu'il entretenait avec les Portugais de Goa, ainsi que les actes arbitraires qu'il se permit envers les agents hollandais, firent prendre au gouvernement de Batavia la résolution d'exiger le redressement de touà ces griefs par la force des armes. En 1660, la Compagnie fit équiper à Amboine une flotte de vingt-deux bâtiments de guerre et de onze autres bâtiments de transport; cette expédition comptait 1200 soldats européens et 400 indigènes, indépendam* ment des 1100 hommes formant les équipages de ces bâtiments. Cet armement fut mis sous les ordres de J» van Dam et de J. Truitmans. La flotte étant venue en vue de la côte de Célèbes, deux navires eurent ordre de se rendre à Makassar pour sommer le prince de donner satisfaction ; ils rallièrent la flotte à la tombée du jour, donnant connaissance au commandant que six navires portugais armés se trouvaient à l'ancre sous le canon des forts. Le lendemain toute la flotte se porta vers Makassar, deux des vaisseaux principaux s'en détachèrent et se dirigèrent sur la division portugaise; leur feu détruisit en peu de temps les bâtiments venus au secours de Makassar; celui de leur commandant sauta, deux prirent feu, deux autres échouèrent et le sixième fut pris à l'abordage.
Après cette leçon sévère donnée aux Portugais, les Makassares n'ayant aucun secours à espérer, eurent toutefois le courage de se défendre vaillamment; ils
arborèrent le drapeau rouge en signe d'une résistance opiniâtre. La nuit fut utilisée par le commandant de l'escadre pour se mettre en mesure de punir sévèrement Taudace des Makassares. Le 12 Juin, au jour naissant, les yaisseaux arrivèrent à portée du premier fort, sur lequel onze bâtiments déchargèrent leur bordée; de là ils cinglèrent vers Samboepo, forteresse principale, dans laquelle les Portugais échappés la Teille au combat naval avaient pris leur refuge. Tandis qu'on ouvrait un feu bien nourri sur ce fok't, une partie des troupes prit terre et emporta d'assaut le fort de Pannakoke, où tous les combattants furent passés au fil de l'épée. Ce fort fut aussitôt mis en état de défense et un corps considérable se porta à la rencontre de l'ennemi qui se disposait à l'investir ; les bandes de Makassares furent promptement di^ersées et les assaillants les repoussèrent jusque dans la ville, dont une partie devint la proie des flammes; après quoi le vainqueur se retira en bon ordre dans le fort de Pannakoke, devant lequel toute la flotte vint ancrer.
Le jour suivant, une députation se rendit de la part du roi auprès du commandant de. l'escadre afin de solliciter une suspension d'armes; mais on répondit ne vouloir entrer en négociation , que lorsque tous les forts ainsi que la ville seraient au pouvoir du vainqueur. Toutefois, une trêve de deux fois vingt-quatre heures fut accordée; dans ce temps de délai, il était enjoint au roi de livrer comme otages quelques-uns des grands de sa cour, qui seraient en même temps chargés de ses pleins pouvoirs, et qu'on dirigerait au gouvernement
à Batavia sur l'un des bâtiments en rade, afin d'y stipuler les conditions d'un traité. Contraint de céder à cette injonction, le krain Papoewa, accompagné de plusieurs grands de la cour, partirent pour Batavia: le traité qui s'ensuivit fut ratifié par le roi le 16 Novembre 1660; après quoi les relations commerciales furent de nouveau rétablies.
Mais le caractère faux *et . fourbe du roi ne tint , en 1665, aucun compte de ce traité, auquel il porta atteinte par le pillage d'un navire de la Compagnie qui avait fait côte, ainsi que par la tentative de se rendre ms^tre , par surprise , du fort hollandais dans l'ile de Boeton.
Les projets sinistres du despote furent déjoués, grâces aux mesures énefrgiques ainsi qu'au dévouement du radjah Palakka, qui avait pris fait et cause pour la Compagnie. Ce prince portait une haine invétérée au tyran Hassan oed*Din , dont l'un des ancêtres avait condamné son grand*père à être pilé vif dans un mortier, et en outre son père avait été poignardé par ordre du souverain régnant.
Les desseins du radjah Palakka de faire cause commune avec les Hollandais et de se ranger de leur parti, s'étant promptement répandu dans le palais, il se vit dans la nécessité de se soustraire aux poursuites, et il vint chercher appui auprès du Sultan de l'ile de Boeton, l'allié de la Compagnie; mais le roi de Makassar le fit poursuivre par des prahoe armés, au moyen desquels 25,000 hommes de ses troupes débarquèrent successivement dans cette ile. En 1666, l'amiral Speel-
man arriva fort à propos en rade de Boeton avec quatorze bâtiments de guerre; il attaqua incontinent les Makassares et les poursuivit de manière qu'un petit nombre seulement échappa à ce combat sanglant; de là l'amiral vint investir Makassar, où le rpi, pour se soustraire à une ruine complète, consentit à payer 1400 Bijksdaalders , environ 7200 francs , en dédommagement de la spoliation commise sur deux navires naufragés sur les côtes de Gélèbes; de plus 1000 mas (1) d'or ou environ 6800 francs furent comptés par lui, pour couvrir les frais de l'expédition.
Mais le brandon de la guerre ne tarda pas à être allumé de nouveau : plusieurs combats tant sur mer que sur terre, eurent lieu; ils eurent pour effet de porter un coup décisif et funeste à l'autorité du roi de cette partie de Gélèbes. Voyant ses domaines envahis, ses villages incendiés et la défection grossir les rangs ennemis, il consentit enfin, en 1668, à faire cession à la Compagnie du fort principal, nommé Oedjong-pandang, dominant la ville de Makassar, et auquel l'amiral Speelman donna dès lors le nom de fort Rotterdam , qu'il porte encore aujourd'hui.
Par le traité du 18 Novembre 1667, si glorieux pour les armes hollandaises, le prince de Makassar, Sultan Hassan oed-Din, céda la propriété de Bonthain
(1) Le fnàs d'or était en 1650, une monnaie ayant cours à Makassar 3 on le portait en compte sur les livres de la Compa^ie, à raison de francs 5. 50 cent, argent , ou en monnaie de l'Inde francs 6. 35 centimes.
à la Compagnie. Celle-ci assujettit ce pays sous la domination de son adhérant radjah Palakka. Mais ce prince étant décédé en 1696, sans laisser d'héritiers mâles, la Compagnie reprit Bonthain et la conserva sous son administration immédiate.
Dans le nombre des traités qui furent conclus jus* qu'a cette époque, nous n'en citerons que deux, tu que ces actes, désignés sous le nom de concordat de Bongaay j constatent les droits de la Néerlande sur l'ile de Célèbes ainsi que sur une partie des Moluques, toutes ces îles n'étant point alors au pouvoir de la Compagnie. Le premier de ces documents porte la date du 18 Novembre 1667; il est conçu dans ces termes:
lo. Tous les traités antérieurs, et notamment ceux du 19 Août et 2 Décembre 1660, sont confirmés et maintenus par la convention actuelle, pour autant qu'il n'y est pas dérogé par les présentes stipulations.
2o. Tous les Européens, sujets néerlandais, qui se trouveraient actuellement à Makassar, seront immédiatement livrés au commandant en chef.
3^. Seront restitués à l'administration néerlandaise toutes les marchandises, agrès, apparaux etc. provenant du naufrage des navires le Walvkchj et la Leeuwitiy et qui ont été sauvés.
4^. Le gouvernement de Makassar recherchera avec le plus grand soin tous ceux qui ont pris part au meurtre commis sur quelques sujets néerlandais, et les coupables seront livrés au Résident néerlandais pour être mis en jugement et recevoir le châtiment de leur crime.
5^ Le gouTernement de Makassar s'employera auprès des débiteurs de la Compagnie hollandaise pour les engager et au besoin pour les contraindre an paiement de leurs dettes.
6<>. Tous les Portugais et leurs adhérents sans exception seront éloignés du territoire de Makassar, et attendu que les Anglais doivent être spécialement considérés comme ayant fomenté la révoke et poussé les peuples de Makassar à rompre les conventions existantes (1), le gouvernement de Makassar expulsera également ces étrangers de son territoire, et interdira tout commerce et même tout séjour sur les terres de sa dépendance, non seulement à ces deux peuples, mais encore à tous les Européens en général.
7^. La Compagnie pourra librement commercer dans toute l'étendue du territoire de Makassar, et ce à l'ex- ' elusion de toute autre nation de l'Europe ou des Indes.
8^. La Compagnie sera exempte du paiement de tout droit d'entrée et de sortie.
9<>. Les régents et sujets du royaume de Makassar ne pourront entretenir des communications par mer qu'avec Balij la côte de Java y Jambiy Palembang, Djohor et Bornéo: ils seront tenus à cet effet de se munir de passe-ports délivrés par le commandant néer-
(1) L'on Toit, par ces termes qui se trouTent littëralement dans la convention, que le négociateur ne dissimulait guère sa pensée, et que si alors nous regardions les Anglais conune étant de nos amis en Europe, nous les considérions aussi comme nous ayant été souirent hostiles dans les Indes.
— islandais à Makassar, et quiconque ne sera point muni de ce passeport sera considéré comme ennemi et traité comme tel. En conséquence, il leur est interdit de venir avec leurs navires à Bimaj à Solor^ à Timor ^ de naviguer à l'Est de la pointe de Lasem à Java, ou dans les parages du Nord et de l'Est de Bornéo; il leur est également défendu de se rendre à Mindanao ou dans les iles avoisinnantes, le tout sous peine de la vie et de confiscation de leurs marchandises.
10^. Tous les forts et bentings situés le long de la • côte de Makassar seront rasés, et spécialement ceux de Borambofiy Panakoke^ GressCy MarissoUy Borrebos et autres. Est seul excepté de cette mesure le grand fort de Samboepo dont la propriété reste au roi de Ma« kassar: de plus, la construction de toute autre fortification est interdite pour l'avenir sur quelque point que ce soit du territoire, si ce n'est avec l'autorisation de l'administration hollandaise.
llo. Immédiatement après la ratification de la présente convention, le fort septentrional ou Oedjongpandang (1) sera évacué par la garnison makassaraise, et remis en bon état à l'administration néerlandaise qui le fera occuper par ses troupes. Le village et les terres environnantes continuent d'être annexés au fort, et leurs habitants cessent de dépendre du gouvernement de Makassar.
(1) Par saite d'ane corraption de nom, ce fort s'est scorent ap« pelé anssî Soepandang et Sompandang, II en est Êiit mention sous ces deux noms dans diverses relations de Toyage.
12o. Les monnaies hollandaises seront reçues à Makassar sur le même pied qu'à Batavia.
13o* Le roi de Makassar ainsi que les grands du royaume livreront à l'administration néerlandaise, à titre d'amende pour la rupture de la dernière convention , mille jeunes esclaves adultes , sains et bien conformés, ou des valeurs équivalentes en or, aident ou matériel d'artillerie.
14^. Le gouvernement de Makassar s'abstiendra de toute intervention dans l'affaire de Bima et des contrées voisines.
15. Le roi de Bima ainsi que tous ceux qui ont pris part aux meurtres commis sur des Néerlandais établis dans le pays, seront autant que possible recherchés par le roi de Makassar et livrés à l'administration néerlandaise.
16o. Le roi de Makassar fera à celui de Boeton restitution pleine et entière de tous les individus, biens ou marchandises enlevés à Boeton pendant le cours de la guerre, et renoncera pour l'avenir à tout droit ou prétention qu'il aurait sur ce pays.
17o. Pareille restitution sera faite par le roi de Makassar à celui de Temate^ et le premier renoncera pour toujours à toute prétention sur les terres situées à Gélèbes ou pays voisins, et qui depuis longtemps font partie du domaine de Ternate, c'est-à-dire les lies de Salejer et Pantsiana^ la côte orientale de Gélèbes toute entière, y compris les îles de Bangaay, Gapi et autres situées le long de cette côte; et en outre les pays de Lambagij Kaudipan, Booly Tontoliy Dampelas^ Ba-
laisangj Silensak et Kajeli^ situés entre Mandhar et Menado , et que le gouvernement de Makassar cède par les présentes à perpétuité à celui de Ternate.
18<>. Le gouyernement de Makassar renonce à tout droit ou prétention à la souveraineté des terres de Boegis et Loeboe; il reconnait en conséquence et promet de respecter l'indépendance des princes qui gouvernent ces deux pays. Par suite, le gouvernement de Makassar s'engage à remettre immédiatement en liberté le vieux roi de Soping, et à lui restituer toutes ses terres et biens. Il rendra également la liberté aux grands et sujets de Boegis qu'il tient en prison, ainsi qu'a leurs femmes, leurs enfants et tous leurs adhérents.
lO^'. Le gouvernement de Makassar reconnait la souveraineté libre et indépendante des rois et des états de Lajo et de Bankala^ ainsi que des pays de leur dépendance qui, dans le cours de la guerre, se sont soumis à l'administration néerlandaise.
20<>. Tous les pays conquis par les Néerlandais et leurs alliés, à partir de Boeloe-boeloe jusqu'à Toeratea^ et dépuis ce lieu jusqu'à Bongaay^ leur sont attribués par le droit de la guerre, en sorte que le roi de Makassar n'aura plus aucune prétention sur les pays susdits, et qu'il sera libre à l'administration néerlandaise d'en disposer à sa guise; il est entendu en outre qu'aussitôt après l'arrivée des rois de Panna et de Bakay il sera déterminé quelles seront les terres situées au Nord de Makassar qui , en vertu de ce même droit de la guerre , devront être cédées aux Hollandais.
21o. Attendu que les contrées de WadjOy Boeloe-
boeloe et Mandhar ont également des comptes à régler avec l'administration néerlandaise ou ses alliés, le gou^ yemement de Makassar s'engage à abandonner ces pays à eux-mêmes et à ne leur donner absolument aucun secours contre les Hollandais.
22^. Les indigènes de Boni et de Toeratea qui ont épousé des femmes de Makassar, aussi bien que. les indigènes de Makassar qui se sont alliés avec des femmes de Toeratea et de Boni, emmèneront leurs fem* mes, et à l'avenir aucune des parties contractantes ne permettra que des individus sujets de l'une des autres parties viennent s'établir sur son territoire, si ce n'est avec l'autorisation de leur légitime souverain.
25^ Le gouvernement de Makassar s'engage, conformément à l'art. 6 ci-dessus, à fermer son territoire à toutes les autres nations, et même à employer, pour les en expulser, tous les moyens dont il dispose. Si ses propres forces ne suffisaient point à cet effet, il invoquerait le secours de l'administration Néerlandaise sous la protection de laquelle il se place , et à laquelle il est en conséquence tenu de donner à son tour toute l'aide et l'assistance requise , sans qu'il lui soit jamais permis de conclure un traité de paix ou de négocier avec les ennemis de la Compagnie.
24^ Dans le présent traité d'alliance, d'amitié et de paix perpétuelles sont également compris les rois de Temate^ Ttdor, BatjaUy Boetouj ceux de Boniy Soping^LoeboCj Toeratea y LajOy Badjing, avec tous leurs territoires et sujets, ainsi que Bima et tous les autres souverains et princes qui dans la suite désireraient faire partie de l'alliance.
25^. Dans le cas où quelque contestation viendrait à s'élever entre deux ou un plus grand nombre des alliés^ ceux-ci ne pourront d'abord avoir recours aux armes, mais ils informeront le commandant néerlandais de la nature du différend, afin de le mettre autant que possible en état de le terminer à l'amiable: et si l'une des parties refusait de se rendre aux représentations raisonnables qui lui seront faites, tous les autres alliés seront tenus de prêter collectivement leur assis* tance à la partie adverse.
26^. Aussitôt la conclusion et la confirmation de la présente convention , le roi et les grands de Makassar enverront à Batavia par le vaisseau amiral, deux des principaux rois faisant partie de son conseil, afin de présenter cette convention au Gouverneur-Général et au conseil des Indes et d'en solliciter la ratification. Le retour est garanti à ces députés quand ils le jugeront convenable; mais il sera loisible au Gouverneur-Général de retenir auprès de lui comme otages, et pour aussi longtemps qu'il le trouvera bon, deux des fils du roi. De son côté le roi de Makassar pourra, après l'expiration d'une année, remplacer ces otages par deux autres, et l'administration hollandaise s'engage à faire rendre à ces otages tous les honneurs qui leur sont dus et à ce qu'ils ne soient nullement molestés.
27o. Il sera loisible au Gouvernement néerlandais de faire transporter à Batavia les Anglais établis dans le pays aussi bien que lés marchandises qui leur appartiennent , sans que le roi de Makassar puisse s'opposer en rien à l'exécution de cette mesure.
28^. Si dans le délai de dix jours les rois de Bima et de Monte-marano n'avaient pas été recherchés et livrés morts ou vifs, les fils de ces deux princes seront livrés à l'administration néerlandaise par le roi de Makassar.
29^. Pour indemniser l'administration néerlandaise des frais de la guerre, le roi de Makassar sera tenu de payer en cinq moussons consécutives une somme de 25,000 Rijksdaalders en matériel d'artillerie, denrées, or, argent ou pierreries, suivant leur valeur.
30o. Et pour assurer le maintien scrupuleux des stipulations ci-dessus, le roi et les grands de Ternate d'une part, et l'Amiral au nom de l'administration néerlandaise de l'autre, aussi bien que les différents rois et princes compris dans l'alliance, tous rassemblés le 18 Novembre dans une tente dressée dans le voisinage de Borombony sur le terrain de la Compagnie, ont d'abord invoqué le saint nom du seigneur, après quoi ils ont signé et scellé le présent traité dont ils ont juré l'observation, chacun selon son rit.
Telle est l'essence de ce traité que l'on peut considérer à bon droit comme ayant posé les fondements les plus solides de la domination néerlandaise dans les îles Moluques, et en même temps comme un impérissable monument élevé à la gloire des armes néerlandaises.
Dans le courant du mois de Mars de l'année suivan* te, quelques autres conventions furent encore conclues
avec les rois de Tello et de Linkes. Le style de ces actes ajoute encore beaucoup à leur importance au point de vue historique , surtout si l'on se reporte à l'époque où les stipulations qu'ils renferment furent imposées aux fiers et belliqueux souverains de Célèbes. Cependant nous n'en rapporterons ici que les clauses telles qu'elles furent adoptées et confirmées par ces princes.
«Moi soussigné, Padoeka Sri Sultan Aroeng alrRa- ))8chid, roi de Tello, devenu par le dernier traité de paix )) conclu avec Makassar, l'ami et l'allié du gouvernement » néerlandais, et me rappelant la fidélité et la sollicitude ^paternelle dont ce gouvernement a toujours fait preuve »enyers ses amis et alliés: déclare par les présentes, » qu'après avoir pris l'avis des grands de l'Etat, celui de »raes frères et de mes sujets, j'ai résolu de resserrer »plus étroitement encore les liens qui m'unissent, )>moi, les miens et mon royaume entier, avec le Gou- Dvernement néerlandais, et de le prier de me prendre »sous sa protection, non seulement moi, mais encore »mes enfants et mes descendants, afin qu'ils puissent ))étre considérés et reconnus, durant ma vie et après »ma mort, comme les alliés et les amis du Gouverne- »ment néerlandais aux Indes-Orientales, lequel nous » prend sous sa paternelle protection afin que nul ne » puisse nous offenser ou molester.
»Et attendu que le seigneur Amiral Gornelis Speel- »man, dans la clémence et la sincérité de son coeur, »a bien voulu accéder à la supplique que je lui ai fait » adresser par les rois de Ternate et de Linkes, je » m'engage par la présente, pour moi et les miens, à
jila plus entière fidélité envers le Gouverment néerlan- » dais y nous confiant totalement en sa haute sollicitude DCt protection^ et comme ses amis et ses ennemis sont légalement les nôtres, nous serons prêts en tout D temps à combattre avec lui partout et aussi souvent »que notre assistance sera par lui requise. Lorsque je D viendrai à mourir , mes enfants et petits-enfants reste- »ront sous la tutelle paternelle du dit Gouvernement » néerlandais, et dans le cas où moi ou eux nous ne » laisserions point d'héritiers, mes frères ou autres pa- Drents non plus que les grands du royaume ne pour- »ront élire un roi pour nous succéder, si ce n'est avec » l'assentiment préalable du Gouvernement néerlandais. i>De plus, si l'un de mes descendants ne se conduisait » point conformément à son rang, je reconnais par la » présente au susdit Gouvernement le droit et la faculté »de mettre en sa place un autre de ses alliés par le »sang, m'en rapportant à cet égard, avec une pleine D confiance et dans toute la sincérité de mon coeur, à » l'équité du Gouvernement néerlandais.
»La stricte observation des clauses de la présente ^convention à été solennellement jurée sur le Coran, »en présence des commissaires néerlandais, par moi et )>nies témoins les rois deTernateet deLinkes,et con- Dfirmée par l'apposition du sceau de l'Etat et de celui » des dits rois, et enfin par notre signature et celle des D commissaires susdits.
»Ainsi fait à Telle, le 9 Mars 1668." L'histoire des princes souverains de Célèbes nous offre plusieurs épisodes qui furent favorables au pou-
Toir de la Compagnie des Indes, et que celle-ci sut mettre à profit pour étendre de plus en plus sa domination sur cette contrée. Cette association mercantile, souveraine de possessions fort étendues, eut aussi ses temps de revers; elle se vit plusieurs fois dans la nécessité d'avoir recours à toutes les forces disponibles , pour s'assurer du maintien de ce pouvoir si vaillamment conquis par ses armes, dans la guerre opiniâtre soutenue contre les pavillons de l'Espagne et du Portugal. Mais, après avoir consolidé ce pouvoir à Céièbes sur des bases solides, au moyen du coneordat de Bongaay , dont il vient d'être fait mention , elle eut encore de fortes et sanglantes luttes à soutenir avec quelquesuns des princes de la confédération: ces levées de boucliers de ses vassaux lui furent plus d'une fois fatales, et menacèrent sérieusement la suprématie qu'elle s'était acquise, particulièrement de 1724 à 1739, années durant lesquelles un prince Makassare, qui s'était enfui de Goa pour cause de meurtre commis sur une des filles du roi de cette contrée, parvint à subjuguer quelques princes de la confédération , et sut se faire un parti nombreux. Ce Krain (prince)^ du nom de Bantalankas, réussit à mettre le pouvoir de la Compagnie à deux doigts de sa perte; mais la résistance courageuse de la garnison du fort de Rotterdam permit, encore en temps opportun, l'arrivée des forces nécessaires pour reprendre l'offensive et remettre de nouveau tout le pays sous sa domination.
Depuis ce temps jusqu'en 1816, époque de la restitution des possessions, dans les deux Indes, au nou-
veau pouvoir établi dans les Pays-Bas, la Compagnie a constamment fait valoir sa suprématie sur les princes qui avaient donné leur adhésion au pacte fédératif; elle en abusa trop souvent, même au détriment de l'industrie et de la prospérité des indigènes. Elle faisait usage de ce pouvoir selon les intérêts de sa politique et selon le système du monopole commercial, base et cheville ouvrière de toutes ses transactions diplomatiques. Pour mieux exercer cet ascendant sur les princes de l'Inde soumis à l'influence de sa politique, elle ne se faisait pas scrupule d'entretenir parmi eux ces mésintelligences et cette jalousie, lesquelles, de tous temps, furent les causes principales des discordes et des guerres meurtrières, qui décimèrent jadis les populations de l'Ârcbipel malais.
La Compagnie profitait de la haine invétérée que quelques princes célèbiens se portaient, et exploitait à son profit la mésintelligence entre l'état de Boni et celui de Goa (Makassar); mais les démêlés incessante entre les Boeguinais et les Makassares en étaient ve nus au point de susciter quelque crainte au pouvoii européen, particulièrement en raison de la suprématie que le souverain de Boni s'arrogeait. Il prétendait à la préséance, et voulait que dans les réunions solennelles, les envoyés de Boni eussent le droit de présenter les délégués des autres cours au gouverneur européen de Célèbes, ayant sa résidence à Makassar.
Depuis plusieurs années la froideur qu'afiectait le souverain de Boni ou radjahrboegis , avait éveillé l'attention des employés de la Compagnie, lorsqu'en 1825,
le roi de cet état, Aroeng Palakka, mourut. Après les jours consacrés au deuil d'usage, les grands et ie peuple élurent au trône vacant ia soeur du roi défunt,, nommée Aroeng Datoe. Les envoyés se présentèrent chez le gouverneur, pour l'inviter à faire part de cette élection à la Haute-régence, et pour demander ia sanction du Gouverneur-Général. Par cet acte de soumission, on se flattait de voir renaître les anciens rapports de bonne entente et de vasselage.
Toutefois, le nouveau pouvoir de Boni ne se dessaisit pas de ses prétentions; celles-ci ne tardèrent point à se manifester à l'occasion du voyage que le chef du Gouvernement, le Baron van der Capétien, fit en 1824 à Célèbes et aux Moluques. Lors de son arrivée à Makassar, le Gouverneur-Général recevant en audience solennelle l'hommage des chefs dont les ancêtres avaient pris part au pacte de Bongaay, le Baron van der Capellen fit part aux envoyés des cours respectives,, que, s'étant rendu de sa personne au milieu d'eux pour prendre connaissance des intérêts des habitants des Moluques, ainsi que pour renouveler les anciens traités, il avait l'intention de modifier ceux-ci selon les besoins des indigènes^ afin d'améliorer leur état et pour veiller à leur bien-être. Les envoyés accueillirent avec les démonstrations de soumission usitées ces paroles bienveillantes, et prirent les ordres du Gouver^ .neur-Général pour le temps qu'il fixerait afin d'accepter l'hommage de leurs souverains. La reine de Boni avait envoyé complimenter son Excellence par AroeLompo, son frère, qui était accompagné d'une suite nombreuse de
grands et de nobles de sa cour. Il déclara ne pas être autorisé par sa souveraine d'accepter les clauses du nouveau traité. Sur quoi on lui donna, a sa demande, quinze jours pour apporter à Makassar, avant l'expiration du dit terme, l'assentiment de la reine; lui faisant comprendre en même temps que le gouvernement ne pouvait tolérer en aucune manière les procédés de Boni envers les autres princes, ni permettre que certains districts appartenant au gouvernement fussent occupés plus longtemps par des délégués de cet Etat; enfin ^ qu'il se proposait de punir sévèrement les princes de Tanette et de Soepa de ne pas s'être fait représenter à l'audience, et d'avoir manifesté l'intention de faire cause commune avec les Boegis. Tous les au* très princes ainsi que les radjah des iles voisines, vinrent en personne présenter leurs hommages et jurer fidélité au gouvernement néerlandais.
Pendant l'occupation britannique à Célèbes en 1814 et 1815, l'Etat de Boni ayant pour auxiliaires les forces des états de Tanette et de Soepa avaient combattus les Anglais ; ils occupaient depuis ce temps les provinces de Segerie, de Labakkan et de Pankadjene, possédées jadis par la Compagnie des Indes. Lorsqu'on 1816 le gouvernement néerlandais rentra dans ses droits, il en exigea la restitution; mais les princes éludèrent sous divers prétextes d'y satisfaire, et les commissaires envoyés aux fins de régler ces intérêts n'avaient pu parvenir à applanir les difficultés. Le désir de maintenir la paix parmi les princes célèbiens avait fait ajourner l'emploi des mesures répressives contre ces petits états ;
le temps était venu de mettre un terme à cette réserve envers des chefs vaniteux, qui attribuaient cette inaction à l'insuffisance de nos moyens. Avant de quitter Makassar, le Gouverneur-Général envoya la flotille qui se trouvait sous ses ordres, sommer le prince de Tanette d'effecteur la restitution des contrées occupées par lui et de rentrer dans le devoir. Sur son refus de satisfaire aux clauses du traité on en vint aux voies de fait. Dès que les bâtiments eurent ouvert leur feu contre la forteresse de Tanette, on vit la population de la capitale accourir en foule et se soumettre; elle venait de détrôner le roi qui s'était enfui et elle avait élu sa soeur comme reine à sa place. L'expédition continuant sa marche, soumit successivement quelques autres chefs et s'empara d'une partie de la contrée usurpée par le roi de Tanette. Les succès qu'on . venait d'obtenir firent prendre au commandant des troupes la résolution d'attaquer également les lignes de défense ellevées par le roi de Soepa ; mais la chance des combats fut moins propice à l'expédition devant le chef-lieu de cet état, où les assaillants éprouvèrent une résistance opiniâtre; ils se trouvèrent même forcés à la retraite après avoir été repoussés deux fois avec des pertes nombreuses d'officiers et de soldats. Les Bœgulnais, jusqu'alors demeurés dans l'inaction, profitèrent de ce désastre, se rendirent maîtres des positions occupées par nos troupes et forcèrent celles-ci à se tenir sur la défensive. La marche des renforts envoyés de Makassar, les auxilliaires de cet état auxquels se joignirent ceux de Sindering, tinrent les troupes
de Boni en échec, et donnèrent au gouvernement le temps de diriger une expédition plus formidable sjir Pile de Célèbes.
Après la soumission de Tanette, le Gouverneur-Général était parti de Makassar sur la frégate VEuridycey pour retourner à Batavia. Peu de jours après le départ de ce bâtiment, eurent lieu les événements que nous venons de mentionner sommairement. L'échec qu'on venait d'éprouver rendit nécessaire l'envoi de nouveaux renforts: une flotille et des troupes partirent du cheflieu: le Général van Geen, comniandant de cette expédition, débarqua dans les premiers jours de 1825 à Makassar, où son arrivée permit la reprise des hostilités. La bravoure des troupes de terre et de mer fit changer promptement l'état des s^ffaires dans ce pays: les districts envahis par l'ennemi ne tardèrent pas à être de nouveau occupés par. les troupes néerlandaises; celles des princes célèbiens furent défaites sur tous les points; on s'empara de leurs retranchements, le cheflieu de Boni tomba au pouvoir du vainqueur, et cet état se vit privé pour longtemps des moyens de susciter de nouveau quelque crainte pour une levée de boucliers de sa part.
A peine cette expédition se trouvait-elle conduite à bonne fin par le rétablissement de notre pouvoir à Célèbes, que déjà se préparait une lutte bien plus opiniâtre dans les résidences princières de Java. Le corps d'armée du général van Geen qui s'était couvert de gloire à Célèbes fut appelé à se rembarquer et vint porter des secours efficaces à la ville de Sâmarang^
menacée par les rebelles, à la tête desquels se trouvait le prince Dhipo Negoro. Nous avons fait mention de cette guerre longue et meurtrière dans notre coup-d'oeil sur l'îlç de Java: volume Irpage 170.
Depuis ce temps la paix et la tranquillité n'ont plus été troublées entre les princes confédérés de cette partie de Célèbes, et le Gouvernement a pu introduire dans l'administration de cette contrée toutes les améliorations dictées par une politique mieux en rapport avec ses vrais intérêts , que ne l'était celle suivie jadis par la Compagnie des Indes. Les lois promulguées depuis ce temps répondent aussi complètement aux besoins des populations malaises sur lesquelles s'étend son pouvoir; car ces ordonnances viennent d'abolir successivement toutes les entraves qui pesaient d'une manière fiscale autant qu'inhumaine, sur les tribus commerçantes et agricoles du vaste Archipel des Moluques.
A la« suite des modifications apportées dans les contrats dits de Bongaay, le Gouverneur-Général van der Gapellen , ayant visité le plus grand nombre des iles à épiceries, acquit la conviction que l'ancien système devait subir des réformes; il y apporta en effet des modifications importantes, par l'abolition entre autres des lois relatives à la destruction des arbres à épices. L'importation et l'exportation par les indigènes furent soumises à des droits, et le résultat de ce nouveau système suffit pour quintupler en cinq années les revenus de ces possessions. On trouve dans le Bulletin des lois de 1824, le détail de toutes les institutions libérales qui furent octroyées aux habitants de Célèbes
et des Moluques, durant le séjour du Gouvenieur-Genéral dans ces parties de l'Archipel.
Depuis 1816, époque à jamais mémorable pour ces contrées, tourmentées depuis plus de deux siècles par des lois oppressives, les gouverneurs qui succédèrent au Baron van der Gapellen, abrogèrent successivement dans les contrats de Bongaay, toutes les conditions contraires au bien-être des peuples de ces contrées.
L'ouverture en 1846, du port de Makassar aux pavillons du commerce de toutes les notions , est l'une des conséquences principales de ce nouveau système. Le Gouverneur-Général Rochussen , actuellement investi du pouvoir dans l'Inde néerlandaise, en est le promoteur. Par sa publication du 9 Septembre 1846 (1), le port
(1) Nous donnons ici les considérants et la teneur des articles relatifs à cette franchise de port
Son £xc. le GouYemeur des Indes-néerlandaises , afin de conconrir an développement du commerce et de l'indnstrie dans les îles appartenant au gouvernement des Indes-néerlandaises par l'établissement d'un point central propre au commerce d'échange, considérant qne Makassar semble par son excellente position , la sûreté de son port et les relations de ses habitants, plus convenable que tout autre lieu des Indes-néerlandaises pour un semblable établissement , et, poor écarter toutes les difficultés qui pourraient s'opposer à la complète jouissance des avantages que pr^ente la situation de Hakassar et arrêter les progrès de la navigation et du commerce, a fait publier le 9 Septembre l'arrêté suivant, portant:
1^. Qu'à dater du 1^ Janvier 1847, Makassar sera déclaré port libre, où toutes les marchandises, sous quelque dénomination et sons quelque pavillon que ce soit, pourront être librement importées et exportées I sans être soumises à aucun paiement, eeit de droits
de Makassar a été ouvert dès le 1er Janvier 1847 au libre commerce de toutes les nations, et le gouverneur de Gélèbes peut accorder aux étrangers la faculté de se fixer à Makassar pour y exercer le commerce. Une des dispositions de cet arrêté porte, entr'autres, que la libre
de charge , soit de droits de tonnage , de port ou d'ancrage , et tans que les négociants soient assujettis à aucune formalitë relative aux droits d'entrëe et de sortie;
2^. Qu'en conséquence les règlements sur l'importation , la vente et la possession d'armes à feu et de poudre à canon, prescrits par arrêté du 8 août 1828 n°. 26 {Journal officiel n^". 58) cessent d'être en vigueur pour le port et la ville de Makassar et que la libre importation et exportation des munitions de guerre y sont en même temps accordées;
3°. Que l'importation et l'exportation de l'opium n'y seront soumises à aucuns droits ou dispositions restrictives, sous la réserve toutefois que les négociants qui font le trafic de l'opium devront se conformer aux ordonnances instituées sur les lieux dans l'intérêt de la ferme de l'opium;
4^« Qu'on n'exigera plus des jonques chinoises qui seront déchargées à Makassar, les droits de récognition désignés à l'article 20 de la publication du 28 août 1818 {Journal officiel n°, 58) et dans l'arrêté du 4 Octobre 1819 {Journal officiel n°. 76), ni l'impAt établi au profit de l'hôpital chinois , suivant la résolution du 5 Mars 1832 n° 1 {Journal officiel n° 11); •
5^. Que dans les autres lieux situés dans le district du gouvernement de Makassar, on me percevra plus de droits d'entrée et de sortie sur les marchandises qui seront importées ou exportées de Makassar par des bâtiments indigènes; aucuns navires équipés à la manière européenne n'y pourront être admis; et
6^. Que le gouverneur de Makassar pourra accerder aux étrangers la fiiculté de se fixer dans la ville pour y exercer le commerce» jusqu'à ce que l'autorisation leur en soit retirée.
importation et exportation des armes à feu et des munitions de guerre y sont aussi accordées; il en est de même de l'opium, sauf aux négociants dans cet article, à se conformer aux ordonnances instituées sur les lieux dans l'intérêt de la ferme de l'opium. Des dispositions semblables viennent d'être adoptées fort récemment pour la franchise du port de Ménado, partie septentrionale de Célèbes.
Cette liberté pleine et sans aucune réserve sur des articles d'une importance majeure pour le commerce illicite des contrebandiers de Singapore, n'a conduit jusqu'ici et n'a eu pour résultat que d'envenimer de plus en plus les diatribes que se permettent les pamphlétaires de cette ville; c'est que depuis qu'on a permis l'introduction des articles mentionnés, aux pavillons de toutes les nations dans les deux ports ouverts à Célèbes, les armes à feu et les munitions de guerre sont considérées comme objets de libre commerce pour tous les bâtiments qui se rendent dans l'Archipel ; ce qui fait que , les bénéfices sur ces marchandises jadis prohibées, échappent comme trafic illicite aux spéculations très-lucratives des contrebandiers de Singapore.
Il n'est, nous regrettons d'être obligé de le dire, que trop bien avéré, que le commerçant anglais est rarement satisfait; notre gouvernement, quelques soient lès sacrifices qu'il puisse faire aux prétentions du commerce de la Grande-Bretagne dans nos Indes, ne parviendra point à contenter le désir immodéré de l'industrie anglaise à étendre de plus en plus les débou-
chés qu'il lui faut nécessairement au produit colossal de ses fabriques; cette nécessité d'exporter l'excédant énormément disproportionné aux besoins de la consommation, et dont le chiffre s'accumule de jour en jour d'une manière effrayante, pousse le commerce à insister sans-cesse auprès du pouvoir, pour que des débouchés nouveaux lui soient ouverts. Ces clameurs incessantes conduisent le gouvernement britannique à abuseï' de la suprématie qu'il exerce sur les mers, par l'emploi de moyens contraires aux droits des nations, seulement dans le but de satisfaire aux exigences du commerce anglais.
Bientôt ses prétentions ne se borneront plus à l'admission de son pavillon dans les ports qui lui sont ouverts dans les îles principales de nos archipels, où déjà il exerce la suprématie; il faudra au commerce des concessions plus étendues pour satisfaire son ambition démesurée (1). Il insistera sur une possession britannique au centre de nos archipels ; peut-être la politique anglaise en nourrit-elle le désir, par l'espoir éqiis et dont déjà, il a été fait mention par la presse périodique, notamment, de former une ligne de bâtiments à vapeur entre Singapore et la partie septentrionale de l'Australie; à cette fin on médite peut-être une violation renouvellée aux traités, semblable à celle de la prise de Laboean et de l'établissement à Singa-
(1) A Bornëo, les ports de PoDtianak et de Sambas joaîssaient do libre concoars onfert à toas les pavillons^ nonobstant, l'Angleterre s'empara de la petite île de Laboean.
pore. Mais y nous avons l'espoir que la Néerlande se tiendra pour avertie par les leçons de l'expérience chèrement achetées par elle; sa marine dans l'Archipel sera dorénavant assez nombreuse pour que, par sa présence et par ses démonstrations, elle puisse rendre moins facile toute spoliation quelconque au centre de nos possessions intertropicales, que le premier des devoirs du pavillon néerlandais est de garantir contre toute atteinte; en ce qu'il est appelé à protéger l'héritage le plus précieux et le plus nécessaire au bienêtre de la nation , héritage transmis par nos ancêtres , et dont ceux-ci ont acquis la possession par leur persévérance, ainsi qu'au prix de leur dévouement courageux.
La situation de Makassar est, on ne saurait mieux choisie pour l'établissement d'un port-franc; placé presque à ^extrémité Sud-Ouest d'une péninsule allongée qui se projette dans la mer de Java, à environ 250 milles du point le plus près de Bornéo, et à 500 milles environ de la pointe Nord-est de Java , il se trouve directement sur la ligne de navigation du détroit de Makassar, des ports principaux de Java et des iles des Moluques; il est placé dans la direction maritime à suivre au Sud, vers l'Australie, contrée vers laquelle la navigation et le commerce se porteront de plus en plus; puis au Nord, vers les ports que la Chine vient d'ouvrir à tous les pavillons; il est enfin, admirablement situé pour favoriser et pour étendre le commerce de cabotage. Si, en 1816, le système du monopole adopté et rigoureusement maintenu par la Compagnie,
avait été abandonné sans aucune réserve, et que le nouveau gouvernement colonial eût eu l'idée heureuse et salutaire de ne pas admettre de restriction au libre commerce dans les Moluques; que dès lors Makassar eût été déclaré port franc, il est probable que Singapore n'aurait jamais atteint le degré de prospérité dont ce port libre a joui jusqu'à présent*
Makassar est situé à l'Ouest de la péninsule, près de la mer, et les abords de la ville sont protégés par le fort Rotterdam.
Cette ville offre encore, en partie, une image fidèle de la manière de bâtir des premiers Européens qui habitèrent ce pays. A la vue de ces murs épais , de ces petites portes voûtées, de ces maisons basses et construites en pierres, on se rappelle involontairement les dangers qui, dans les commencements, menaçaient les Européens.' En considérant là hardiesse qui règnedans la construction de ces voûtes remarquables, le voyageur est frappé d'étonnement, et leur sombre architecture, qui les fait ressembler à autant de prisons, excite dans son âme une sorte de terreur. Celte impression devient plus vive encore, lorsqu'il compare ces demeures massives, évidemment construites dans des vues de sécurité et de défense, avec les habitations riantes et pleines de goût que l'on a élevées dans les derniers temps, et qui sont mieux appropriées au climat de ces régions. La rade de Makassar est aussi belle qub sûre.
Les environs de ce chef-lieu sont plats, de sorte que l'oeil n'aperçoit que dans l'éloignement, les mon- 3 3
tagnes fort élevées qui font partie de la chaîne s'étendant.dn Nord au Sud: elles sont couvertes de forêts; la plaine, au contraire, offre une succession de champs de riz et de villages nombreux, tout y atteste la fertilité du sol et y annonce le bien-être dont jouissent les habitants.
La plage voisine de Makassar se compose d'un sable blanc, et elle présente une faible inclinaison: elle offre ça et là, sous l'ombrage des arbres, de petits villages de pécheurs d'un aspect pittoresque. Non loin de la ville vers le Sud, la rivière de Goa se décharge dans la mer. C'est l'une des plus considérables de la partie occidentale de l'ile; les bords en sont bien cultivés, trèspeuplés et ils présentent également de beaux points de vue. Sur la rive droite, à une lieue environ au dessus de son embouchure, se trouve Goa, la capitale et la résidence du Roi de Makassar. La ville ancienne fut détruite dans la guerre de 1778; on n'aperçoit plus en ce lieu que quelques tombeaux construits en bri- ' ques, qui contiennent les restes de l'ancienne dynastie royale de Goa. En se dirigeant vers le Sud on parvient sur le domaine de Toeratte, puis se présente la principauté dé Gelissong. A quelques lieues au nord de Makassar se trouvent les principautés de Telle et de Mares, d'où se découvre la belle chaîne des montagnes qui vont aboutir au grand lac Tempe. Plus loin, à six milles de distance, on atteint la limite du royaume de Tanette: la vaste baie de Badjoekike située sur cette cête, offre un ancrage facile où une centaine de navires peuvent trouver un abri; à dix milles vers le nord,
on parvient à la vaste étendue de pays encore peu connu, ou royaume de Mandhar, dont la limite nord aboutit au golfe de Cajeli , situé vers les confins de la péninsule qui forme la partie nord de Célèbes. Dans les parties du centre se trouvent les principautés de Soping et de Lamaeroe; dans le premier de ces royaumes se forme la mer intérieure ou vaste lac de Tempe, situé à plusieurs centaines de pieds au dessus du niveau de la mer, et d'où coule la rivière Tjindrana qui a son embouchure dans le royaume de Boni. La capitale de cet état de la côte orientale est Boni, mais le prince ou radja qui le gouverne tient sa résidence à Tjindrana.
Des rivières navigables jusqu'à une grande distance dans les terres, ne se trouvent point dans cette partie de Célèbes: le peu d'étendue en largeur de la péninsule (de trente lieues seulement), est cause que les rivières des deux versants de la chaîne montueuse qui s'étend du sud au nord, ne reçoivent point d'affluents qui viennent augmenter leur' cours vers leur embouchure ; de plus, ces rivières, par leur pente rapide, forment des cataractes et sont obstruées par des bancs qui entravent la navigation.
Les états sur lesquels le Gouvernement exerce une influence moins directe , quoique reconnue par des traités, sont situés au Nord des royaumes de Soping et de Boni-Wadjo; Wadjo est une province fort étendue qui forme le littoral de la baie de Boni ; son gouvernement est démocratique; quarante princes ou régents ont droit de vote et prennent part au pouvoir. Ces princes sont par-
tagés en trois catégories, ou sont réunis sous trois drapeaux.* le premier est désigné sous le nom de drapeau multiculore , le second est jaune et le troisième orange; ces trois drapeaux sont sousdivisés en treize sections; le premier en compte quatorze; ces sections désignent un nombre égal d'individus, au sein desquels on élit un chef supérieur qui, de commun accord avec les trois chefs de drapeau, dirige les affaires en se conformant aux lois de la république, quoique sens sa responsabilité. Le roi deMakassar, redoutant l'influence de cet Etat, se rendit maître de toute la contrée; plus tard, en 1670, ce pays conclut un traité avec la Compagnie.
Le second Etat, situé au nord, forme la partie occidentale de la péninsule; Sidering, aussi nommé Âdjatamparang, est un Etat aristocratique qui se rangea, dès 1677, sous la protection de la Compagnie des Indes, et sur lequel le gouvernement néerlandais continue d'exercer son influence (1). Ces deux Etats, ainsi que les parties montue^ises de l'intérieur de l'ile, sont de nos jours encore trop peu connus, pour qu'on puisse compter sur la véracité des légendes et des relations fournies parles malais qui fréquentent les câtes, ou qui occupent des charges subalternes dans ces contrés; au-
(1) La soprëmatie que la Nëerlande exerce sur les provinces dépendantes , ainsi qae sar les Etats qiii respectent son autorite oa qni sont soumis à son influence , lui est acquise indëpendamment des contrats avec l'ancienne Connpag[nie , par le traite dit d'Adja-lamparang, conclu le 7 Août 1824, avec tons les princes cclëbiens et les radja des iles environnantes.
cun Européen doué des connaissances requises n'^a eu occasion àd les visiter, ne fut ce que dans le but de fournir au gouvernement quelques notions positives sur la constitution physique des parties intérieures de i'ile, ou bien sur le caractère moral des indigènes: notions importantes, qu'on n'a que trop longtemps négligé de recueillir dans nos possessions intertropicales, et au moyen desquelles on parviendrait à connaitre les riches^ ses qu'elles peuvent oiTrir à la métropole, ainsi que les ressources dont le commerce serait à n^éme de profiter.
Ceux qui désirent consulter les données fournies par les légendes et les traditions populaires des Malais de Célèbes, les trouveront relatées par Mr. Buddingh, dans le Journal des Indes-orientales (Tijdschrift voor Neêrlands Indie^ Vijfde joargang^ N®. 4, 5 en 6). On lira avec non moins d'intérêt l'article publié par Mr. Toe Watcr, dans ce même Journal, (Derde jaargang, N^. 6) sur l'état présent des peuples de Célèbes, comparé avec celui des Européens dans le moyen-âge.
L'autorité civile a été exercée jusqu'ici par un gouverneur qui réside à Makassar; il a sous ses ordres cinq résidents, placés dans les divers districts. Pour l'administration de la justice, il se trouve à Makassar un conseil, une magistrature et des juges de circuit; pour les finances, un receveur général, un collecteur des douanes, une direction des magasins et une chambre des orphelins. Toutefois, plusieurs changements sont attendus sous peu dans la direction civile ainsi que dans l'administration de la justice à Célèbes.
Les îles qui font géographiquement partie de la péninsule Sud de Célèbes, sont Tanakeke ou la Terre des sorciers, redoutée par ce motif de tous les navigateurs indigènes; néanmoins elle est peuplée de ces' hardis marins qui passent leur vie à la pèche du Tripançj et dont l'habitude est de s'adonner à la piraterie lorsque l'occasion leur parait favorable pour tenter un coup de main; l'ile est environnée de plusieurs ilôts qui forment autant de rochers isolés. Le groupe de Tonin, Noesa Keras, Noesa Komba, Rotterdam, Medemblik et les iles fort nombreuses de ce petit archipel; le groupe de la poule et de ses poussins; l'archipel du Hartebeest ou du Cerf; les SpermondCy les Noord'^ Wachter du Sud, et plusieurs autres iles, petites et désertes, qui viennent se joindre à l'Archipel fort étendu de Balabalaga , dont nous avons fait mention dans l'énuroération des iles situées sur la côte de Bornéo et dans te détroit de Makassar. Dans la baie de Bonthain se trouvent les iles St. André et St« George ; le groupe de Salajer. La grande île de ce nom est fort importante et mérite de fixer l'attention du gouvernement; nous en* trerons dans quelques détails à ce sujet. Puis dans le détroit de Salajer, les iles Boeseroen, les iles du sud^ du nord et du milieu qui forment les deux passes ou chenaux entre Salajer et Célèbes; le long de la côte Est, les petits groupes de Balaranga, de Singaj, et de Kol-Pieterse.
Salajer (1) est l'ile la plus remarquable de la partie
(1) En malais Salajar, et mieux Sa oa Satoe-làjar, {une voile).
Sud de Gélèbes; celles qui en dépendent sont: Tamtk)^ langan, Polasse, Boelo^ng, l'ile des porcs, Pani et Loeekang; celle-ci fait partie du groupe des Boegeroens.
Jadis Salajer était réputée comme inculte ou du moins^ ne pouvant suffire par ses productions à la nourriture de ses habitants ; elle était considéré comme possession à charge au trésor de la Compagnie qui se voyait dans la nécessité de pourvoir aux besoins des habitants, par des approvisionnements de riz. D'une enquête faite sur les lieux en 1824,- il résulta que, bien loin d'être une possession onéreuse, cette île se trouvait à méme^ de^ nourrir non seulement sa population nombreuse des produits du sol, mais encore que, sous une administration mieux entendue, surtout plus libérale, ell& pouvait offrir des bénéfices à la métropole. Ces résultats ont été obtenus non seulement par l'annulation du monopole, mais aussi par la répression énergique et assidue de la piraterie. Ce fléau destructeur qui décimait sans cesse les populations paisibles de l'Archipel malais, joint à celui non moins dévastateur du monopole des épiceries, a toujours mis obstacle au développement de l'industrie agricole des insulaires de toutes ces iles peu étendues et faiblement peuplées, disséminées en si grand nombre dans ces mers. Lorsque les habitants ne prenaient point part à l'infâme métier de pirate, ils voyaient leur île en but aux incursions de ces écumeurs de mer réduisant au plus dur esclavage la population industrieuse des côtes, et anéantissant partout les fruits de leurs travaux ^ tandis que les tour^
nées annuelles, entreprises dans le but d'extirper dans ces contrées les arbres à épices et connues, de honteuse mémoire, sous le nom de tournées du hongi y concouraient à la ruine du commerce, et tartissaient les sources du Uen-étre de ces insulaires laborieux, dignes d'un meilleur sort.
La superficie de Salajer est de 45 milles D ou de 24,7 myriamèlres D. Sa population, y comprises celles des iles adjacentes, était en 1824 de 30,525 âmes; elle est répartie en 14 districts ou régences, dont Bontobangon est la principale, la plus peuplée, et cdleoùle Sultan tient sa résidence. Un résident européen , assisté de quelques employés subalternes , y exerce le pouvoir . civil ; il relève du gouverneur de Makassar. Du temps de la Compagnie, Salajer était placée sous la jurisdiction de Makassar pour tout ce qui était du ressort de la justice et de la police; aujourd'hui, des employés du gouvernement y sont spécialement chargés de qette partie administrative. Les corvées et les droits vexatoires qui pesaient sur les habitants ont été abolis; de ce service obligatoire on n'a conservé que celui nécessaire à l'entretien des forts, ainsi que ceux que requièrent les plantations et l'entretien des forêts de bois de Djati, sauf une rétribution fixée pour ce genre de service. Jadis or importait de Java le Djati nécessaire aux constructions à Makassar: ce bois forme aujourd'hui un objet d'exportation de Salajer. On y prélève un droit de 2^ sous (vingt-cinq centimes de France), sur chaque cocotier portant des fruits, attendu que, sauf un très-petit nombre d'individus, tous les habitants possèdent des plan-
tations de ce palmier dont ils vendent les fruits y ou bien qu'ils s'en servent comme objet d'échange afin de pourvoir à quelqu'autre de leurs besoins. On cultive aussi à Salajer le maïs, le millet et un peu de coton; cette dernière culture serait, dit-on, susceptible d'un développement plus considérable. La culture du café et du poivre éprouve moins d'opposition de la part des habitants, et le gouvernement prend des mesures efficaces pour l'encourager. Des idées superstitieuses, accréditées parmi la population , paraissent l'avoir détournée de s'adonner jusqu'ici à la culture du riz^ bien plus que la supposition erronnée qu'ils ne planteraient pas de riz, parce que le sol de leur île n'est point propre à cette culture; car on sait par expérience que le riz de Célèbes l'emporte, pour la qualité, sur celui de Java; mais il se conserve moins longtemps.
Le détroit de Salajer est le passage le plus fréquenté par tous les navires allant des lies de la Soende aux Moluques ou qui reviennent de ces îles. Dans ces parages, vers le 120^30' de longitude orientale, se fait ressentir l'influence des deux moussons opposées. Lorsque la saison pluvieuse règne depuis les îles de la Soende jusqu'à Sumbawa et sur la côte occidentale de Célèbes, l'atmiosphère des Moluques, d'Âmboine, de Géram et de toute la côte orientale de Célèbes jouit de la belle saison où de la mousson sèche ; ce phénomène du renversement des moussons a lieu dans ce détroit.