‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagiqueChapitre 1 sur 16 · DU POUVOIR NÉERLANDAIS DANS CETTE CONTREE · texte numérisé non relu

DU POUVOIR NÉERLANDAIS DANS CETTE CONTREE

La position géographique de Sumatra est , pour ainsi dire, tangente au continent de l'Inde par sa partie Nord-Ouest; elle forme au Sud-Est, avec Java, Bali, Lombok, Sumbawa, Flores, Ombai et Timor, une chaîne non interrompue d'îles de premier et de second rang, dont l'immense étendue embrasse vers le Sud la plus grande partie du vaste Océan austral. Cette suite d'iles sert de rempart contre les lames du large à tous ces archipels et aux nombreuses iles isolées, situées dans ces parages sous la Zone équatoriale.

Cette lie, du premier rang, est remarquable par l'étendue qu'elle occupe dans les mers de l'Inde. Elle est située entre le 90<> 40' et le 106<> 5' longitude orientale du méridien de Greenwich, et s'étend du «^<^ 55' latitude Sud au 5<> 45' latitude Nord. On lui donne 1004 lieues anglaises de longueur, sur une largeur moyenne de 142 lieues. Sa superficie est estimée à 136,800 milles, ce qui fait qu'elle est de 95,056 milles plus grande que Java. Suivant les données du lieutenant de marine Melvill de Carnbée , Sumatra aurait une superficie de 8,025 milles géographiques carrés, ou 4,403 myriamètres D. Le même officier donne à Java 2,313 milles D géographiques, ou 1,269 myriamètres D.

Le chiffre donné par estimation de sa population , serait de 7,000,000 d'habitants (?) il est toutefois certain que la population des parties soumises aujourd'hui à la Néerlande, ne s'élevait en 1840 qu'au chiffre approximatif de 3,500,000 âmes.

Les documents officiels de 1837 fournissent des indications sur l'état d'un dénombrement approximatif, comme suit:

Habitants atchinais, depuis Baroes jusqu'à Siac, 600,000 âmes.

Les Batakhs, à partir d'Atchin jusqu'à Rauw, 1,200,000 âmes.

Les Malais du littoral et de l'intérieur, de Baroes à Indrapoera sur la côte occidentale, et de Siac à Palembang sur la côte orientale , 2,000,000.

Les Redjangs et les Pasoemans des Etats de Palembang et le littoral de Bangkaboeloe à Cawor, 600,000 âmes.

Les Lampongs des parties du Sud-est, 150,000 âmes. — Faisant un total de 4,500,000 habitants.

L'ile de Sumatra est habitée aujourd'hui par des peuples qui semblent ne pas avoir une origine commune. Les dissemblances entre ces peuples sont tranchées et plus nombreuses que dans l'ile de Java; mais la civilisation y a fait plus de progrès qu'à Bornéo, où les aborigènes (les Dajaks), paraissent issus d'une souche commune, et continuent encore de nos jours à vivre dans l'état d'abrutissement qui est le partage de toutes les peuplades primitives, dans les iles nombreuses du grand Océan austral. Les dogmes de l'islamisme répan* dus jusque dans quelques parties de l'intérieur, ont fait germer parmi les habitants de Sumatra des idées d'ordre social, et ses rivages visités depuis des siècles par les nations maritimes de l'Inde, attirèrent plus tard les commerçants d'Europe; ceux-ci y ont formé depuis un grand nombre d'années des établissements littoraux, avant que la concurrence commerciale des Chinois, qui se sont fixés en masse à Bornéo, ait pu trouver le moyen de s'emparer à Sumatra des principales ressources que fournit le pays, ainsi que de l'exploitation des mines dont ils se sont rendus maîtres au détriment des chefs malais, dans l'Ile de Bornéo.

Nous sommes à même de fournir quelques notions nouvelles et intéressantes sur cette ile, connue du monde savant par l'histoire qu'en a publiée Marsden et par plusieurs documents de Sir Stamford Rafiles; écrits qu'il serait superflu de commenter dans ce Coup-d'oeil, vu que les nombreux détails scientifiques et commerciaux

qu^ils renferment sont généralement connus, et se trouvent à la disposition de ceux qui prennent bitérét à ce genre de recherches.

Nous ne ferons point non plus mention des noms divers sous lesquels les différentes parties de cette lie ont été •désignées depuis Ptolémée, du temps des Grecs et des Romains, ou par les navigateurs arabes et persans; M^ Mûller a consacré plusieurs pages de ses notices sur Sumatra à cette recherche scientifique, et nous renvoyons le lecteur à ses données (1). Avant d'indiquer les noms plus récents sous lesquels Pile de Sumatra est connue, il est nécessaire d'observer que les anciens navigateurs indiens, de méipe que les peuples indigènes des différentes parties de l'Archipel, n'ont que des idées fort imparfaites des premiers éléments de la géographie; ils ont, par exemple, l'habitude de donner à toutes les petites lies (à celles dont l'oeil peut embrasser la forme totale), le nom de poeloe ou nocso^ une ile; mais pour les grandes, celles dont ils ne sont pas en état de calculer l'étendue, ils les désignent sous le nom de tanah ou nagri^ c'est-à-dire terre ou contrée; ils ajoutent ordinairement à ce nom, celui d'un nom propre emprunté d'un ou de plusieurs districts, ou bien des peuplades avec lesquels ils entretiennent des relations commerciales. C'est probablement à des interprétations de cette nature que l'ile de Sumatra doit les noms divers sous lesquels on la trouve désignée , tels que Fantsoer , Indales ou AndalaSy Al-rami ou Lameri, SunuÀtra^ Samatra^

(1) S. Hâller, Btjdragen toi de hennis van Sumatra ^ 1846.

SammUra et Sumatra. Il est d'ailleurs reconnu maintenant, que les aborigènes n'ont jamais connu ni adopté de nom spécial par lequel ils auraient désigné toutel'étendue de là grande île qu'ils habitent.

Les Portugais, guidés par Alvaro Talesso, firent la découverte de Sumatra en l'année 1506. En 1599, l'intrépide navigateur hollandais Uoutman y fut assassiné; mais ce ne fut qu^'apres 1600 que la Compagnie des Indes Orientales prit possession, au détriment des Portugais, de quelques parties du territoire dont Poeloe Tjingko fut d'abord lé point central. En 1666 la Compagnie s'établit à Padang; elle agrandit son domaine en 1669 par un traité avec le Sultan d'Atchin. Depuis cette époque jusqu'à nos jours, des conquêtes partielles faites sur les princes du pays, des traités conclus avec les souverains, et un échange de territoire avec l'Angleterre, ont assuré la possession presque entière de l'ile au gouvernement de la Néerlande. Nous ferons plus ample mention de ces agrandissements de territoire dans la suite de cet article.

Les destmées de cette vaste partie de l'archipel Soendanais ont été jadis plus ou moins dépendantes de celles de Java; il est du moins sûr que, durant le règne des derniers puissants monarques de Modjopahit, dont l'immense pouvoir s'étendait aussi sur une partie de Bornéo , le vaste royaume de Palembang, formant la partie Sud- Est de Sumatra, avait été conquis par leurs armes. Cette conquête doit avoir eu lieu en 1432, sous le règne d'Angko Widjojo, dernier prince indou du grand empire de Modjopahit. Ce monarque y envoya son fils

llarijo Damar. C'est sous le règne de ce prince que le culte de l'Islamisme à été introduit dans le royaume de Palembang par l'Arabe Rachmat, que les traditions désignent comme l'apôtre et le propagateur zélé de la foi musulmane dans les iles du Grand Archipel.

Les Lampongs , provinces limitrophes du détroit de la Soende, reconnaissaient le pouvoir des Princes soendanais de Padjajaran, et étaient tributaires des Sultans de Bantam.

Tout ce qui est relatif à l'histoire des premiers habitants de cette île, participe au sort commun des traditions orales ou écrites sur l'origine de toutes les différentes populations du Globe. En effet , soit qu'on veuille consulter les souvenirs transmis de générations en générations, soit que l'on ouvre les annales et les légendes écrites sur l'origine des peuples, on y verra toujours que l'existence primitive des nations, quelqu'en puisse être la date, se trouve constamment couverte d'un voile mystérieux, sur lequel chacune d'elle s'est plu à rappeler des actions ou à retracer des souvenirs qui tiennent du merveilleux, ou qui tirent leur source de faits contraires aux lois de la nature. Toujours quelque origine surnaturelle ou quelque fable, plus ou moins vraisemblable, a servi de base à la vérité qui parait se perdre dans la nuit des temps. L'histoire ancienne de Sumatra nous demeure cachée sous un semblable voile, qui de nos jours est devenu impénétrable: dumoins, les renseignements empruntés aux traditions populaires relatées par Mardsen et par quelques autres écrivains, ne sauraient conduire qu'à des conjectures. Parmi celles qui

sont le plos probables, on suppose que les aborigènes de Menangkabo^ état situé dans les parties les plus montueuses de Tintérieur, doivent être considérés comme types de la population actuellement existante : cette origine serait basée sur l'existence d'habitants de race malaie pure^ qu'on trouve encore actuellement dans cette province du centre ainsi que dans la partie la plus élevée de l'ile; tandis que dans tout l'Archipel^ les conquérants malais ont envahi le littoral^ et se sont contentés de refouler vers l'intérieur les populations aborigènes vaincues par leurs armes» On présume également que le Royaume d'Atchin, partie septentrionale de Sumatra^ a été peuplé par des colonies d'Indous venues de Malacca, qui se seraient répandues successivement sur une grande partie de l'Ile. La puissance colossale des anciens Sultans d'Atchin semblerait plaider en faveur de cette origine. Il parait toutefois certain que les populations actuellement répandues sur plusieurs parties de l'ile ne doivent par leur origine à une souche commune; mais que plusieurs races d'Indous et de Malais, peut-être aussi d'Arabes et de Chinois, s'y sont fixées jadis, et que le mélange de tous ces peuples divers rend de plus en plus difficile toute recherche relative à l'origine de ses premiers habitants: à moins qu'on ne veuille retrouver les aborigènes dans les Batakhs, grande peuplade vivant dans les districts du nord de Menangkabo, et à laquelle on attribue quelque ressemblance, quant aux moeurs et aux habitudes, avec les insulaires de l'Australie (1). On

(1) Voir SUT les Orang Batakh , notre chapitre Population , wioeurs et cultures.

prétend encore, mais à tort, que les habitants de la partie méridionale ont la même origine que les Javanais; mais ces derniers, comme nous venons de le dire, n'ont exercé leur influence à Sumatra que par le droit de conquête; ils ne s'y sont établis que vers le déclin de la grandeur des monarques indous et soendanais, qui ont fondé, à Java, ces monuments et ces temples aujourd'hui les seuls témoins de leur puissance dans cette île. On ne trouve à Sumatra que quelques débris de statues et de bas-reliefs enfouis dans le sol, et que les sectateurs javanais du Bouddhisme y ont probablement transportés comme objets d'adoration, lorsqu'ils sont venus s'établir dans cette contrée.

S'il est difficile de démontrer l'origine des habitants qui peuplent aujourd'hui l'ile de Sumatra, il n'est guère moins embarassant de répondre à la question suivante: laquelle des contrées de V Archipel doit être considérée comme berceau des nombreuses peuplades de Malais , répandues maintenant dans le plus grand nombre des iles de VOcéanie? — L'origine des Malais, les causes probables qui ont pu donner lieu à leur migration et les motifs qui les ont déterminés à se fixer sur toutes les parties du littoral des iles nombreuses de l'Archipel , ne reposent probablement pas sur des documents écrits par eux; on ne saurait les trouver que dans les légendes des nations maritimes et commerçantes avec lesquelles ces peuplades nomades ont pu entretenir des rapports plus ou moins assidus; ou bien on doit les chercher dans des traditions orales , ravies plus tard à l'oubli par des peuples tout aussi peu civilisés que l'étaient ces

Blalais nomades. Pour remplir cette tâche avec quelque chance de. succès, il faudrait consulter les annales des Arabes et des Chinois , et savoir jusqu'à quel point on doit ajouter foi à ce qu'ils avancent sur le compte des peuples et des contrées avec lesquels ils ont été en relation commerciale: ces légendes et ces traditions, où les récits exagérés et fabuleux abondent, doivent aussi être consultées avec circonspection. En définitif, nous ne saurions émettre une opinion déterminée sur cette question agitée et controversée par des savants distingués et des orientalistes célèbres; après avoir parcouru quel* ques uns des écrits de ces auteurs , nous serions portés à adopter comme assez probable que la population malaie répandue dans les Archipels de l'Asie, est en effet originaire des parties de l'intérieur de l'ile de Sumatra: car il parait que depuis plusieurs siècles, les Malais portaient le nom de Monacaboa , probablement un dérivé de Menangkabo, et que plus tard ils ont été désignés sous le nom de Orang Malajoe (hommes errants) (1).

(1) On peut consulter sur ces matières l'écrit public dans le courant de cette annëe par Mr. S. Millier, Bijdragen toi de hennis tan Sumatra. Over de MaUijers en eenige hunner oude instellingen, pag. 11 : opuscule dans lequel cet auteur fournit quelques détails nouveaux, et rapporte une ancienne légende des habitants des districts monlueux de Padanjj. Pour les lé^^endes du royaume de Palembang, voir Proeve eener heschrijving van het gebied van Palembang , par le Majorde Sturicr; Groningue 1843, et Tijdschrifi voor Neérlands Indië, tweede Jaargang,

Nous avons vu qu'en 1600 les Hollandais avaient pris pied à Sumatra; dans ce temps le royaume de Palembang et les Lampongs reconnaissaient le pouvoir du Sultan de Bantam, souverain de cette partie de File de Java qui est séparée de Sumatra par le détroit de la Soende. En 1620 ils se trouvaient établies sur cette partie de la côte , el un chef de factorerie résidait à Palembang.

A la côte occidentale, les Atchinais avaient étendu leur influence et agrandi successivement leur territoire. En 1621, ils exerçaient leur pouvoir sur les districts de Singkel , de Tikœ , de Priaman , de Padang et sur plusieurs autres Kampùng (villages). En 1642, leur domination était reconnue jusqu'à Indrapoera. En 1659, la Compagnie envoya un de ses agents à Atcliin, où régnait alors, non sans quelque splendeur, une femme revêtue de l'autorité souveraine. En 1662, cet agent revint à Batavia accompagné de quelques députés des principaux kampmg du littoral; la Compagnie conclut avec eux une alliance, ayant pour but de placer à l'avenir les habitants de la côte Sud- Ouest sous la protection de cette Société, qui s'engageait à protéger ces peuples contre toutes les attaques sur mer de leurs ennemis, se réservant toutefois le droit exclusif d'entretenir des relations commerciales avec cette côte. A la demande des indigènes, la Compagnie prit, en 1664, le parti de s'emparer de vive force d'Indrapoera, de Salida et de plusieurs hampong^ dont elle chassa les Atchinais; deux années après on leur enleva Padang, et pendant quel-

ques années consécutives encore , des hostilités, souvent aussi des combats meurtriers, eurent lieu contre les forces d'Atchin^ celles-ci se virent enfin réduites à abandonner leurs conquêtes. On profita de ces événements pour étendre la domination de la Compagnie sur cette côte; elle abandonna son ancienne factorerie de Poeloe Tjinko et se fixa à Padang , qui devint plus tard le cheflieu de son commerce et qui est aujourd'hui le point central du Gouvernement de Sumatra. Lorsque cette association de marchands se vit maîtresse du littoral , elle dut nécessairement aviser aux moyens de s'y maintenir contre l'agression des peuples de l'intérieur, d'autant plus que les points occupés et conquis par elle sur les Atchinais , avaient été enlevés antérieurement par ceuxci aux Sultans de Menangkabo. A ces fins, ainsi que dans le but de se concilier l'amitié des confédérations malaies ) la Compagnie conclut un traité avec le Sultan de Menangkabo, par lequel elle confiait l'exercice de l'autorité sur ses districts du littoral à ce prince malais, y mettant pour condition, qu'il reconnaitrait les droits acquis à la Compagnie sur ces districts, par la ratification des traités conclus avec les chefs indigènes, et enfin, que le Toewankoe ou chef de Padang installé par elle, obtiendrait auprès du Sultan le titre de premier Panglima (c'est-à-dire intendant ou gouverneur).

Le gouvernement de Padang était anciennement formé par la réunion de trois districts, soumis au souverain d'Atchin qui y nommait un Wakil (administrateur ou chargé d'affaires) résident à Padang. Depuis la prise de possession par la Compagnie, celle-ci avait place à la

tête de l'administration et pour régler les affaires avec les indigènes , un Toewankoe Panglima (chef ou gouverneur), ayant sous ses ordres un Pangluycloe Bandhara (c'est-à-dire un chef trésorier), qu'il est interdit d'élire dans la même caste ou Laras d'où le Panglima a été choisi; puis il est encore assisté dans ses fonctions par onze autres Panghoeloes. La nomination et l'installation du Toewankoe Panglima ainsi que du Panghoeloe Bandhara se faisaient par ordre du résident européen; aujourd'hui, le Gouverneur de Sumatra en est chargé. La cérémonie de l'installation a lieu avec pompe et au bruit du canon; le premier reçoit un salut de treize coups et le second de neuf coups de canon.

Quelques autres coutumes suivies dans les districts élevés de Padang, les fêtes qui ont lieu après le Ramadlan, les cérémonies en usage avant et pendant la culture du riz , etc. se trouvent relatées par M^ Mûller dans l'opuscule que je viens de citer.

La Compagnie, dans les premiers temps de son occupation du littoral de Sumatra , parait n'avoir pas entretenu des relations suivies avec les habitants de l'intérieur; si en effet elles eurent lieu, il est certain que les résultats n'en ont pas été portés à la connaissance du public. La Compagnie anglaise, maîtresse d'une partie de la côte Sud-Ouest, s'est tout aussi peu occupée du sort des indigènes; celle-ci et la Compagnie hollandaise, rivales par l'intérêt mercantile, s'y partageaient une autorité usurpée; elles n'avaient d'autre but, dans leurs rapports commerciaux avec ces peuples, que de parvenir à s'assurer le monopole, et ces deux associa-

lions se nuisaient mutuellement dans leurs transactions commerciales.

Des négociations diplomatiques ouvertes à Londres, dans le but de stipuler l'échange de Malacca et de quelques autres points du continent de l'Inde contre le territoire occupé par l'Angleterre à Sumatra, mirent fin en 1824, aux nombreuses contestations entre les deux gouvernements: elles garantissent à celui de la Néerlande, la possession exclusive des archipels de Rio et deKarimon, et l'Angleterre renonce à ses prétentions sur Bilitoen; par l'article 6 de ce traité il est convenu: Que les agents aux Indes j des parties contractantes^ ne pourront former de nouveaux établissements dans aucune des îles des mers orientales y sans V autorisation préalable de leurs gouvernements respectifs en Europe.

Mais, avant cette époque, on s'était trouvé engagé dans une guerre avec le Sultan de Palembang qui, se reposant sans doute sur. les secours qu'il pouvait se flatter d'obtenir des Anglais de Benkoolen , parait avoir cru qu'il lui serait aussi facile de Renouveler impunément une levée de boucliers, comme il l'avait fait en 1811, par l'assassinat des employés hollandais et de la garnison du fort de Palembang; acte de trahison lâchement combiné, dont il crut se disculper plus tard en produisant une lettre, à ce qu'on assure authentique, et imputée à Sir Thomas Stamford Raffles, alors chargé par le Gouvernement britannique de préparer sourdement la conquête des possessions hollandaises: lettre que nous aimons à croire supposée, mais par laquelle le Sultan de Palembang est invité à se débarasscr des Hollandais.

Quoiqu'il en soit, le Sultan reçut la juste punition de sa double trahison, par la perte de ses Etats et de sa liberté. Cette lutte sanglante, à laquelle le brave Général de Kockmit un terme, en domptant les rebelles et en forçant le Sultan à souscrire aux conditions dietées par le vainqueur, eut lieu en 1821 (1).

Depuis cette époque, le Gouvernement eut encore à soutenir en 1835, une guerre meurtrière contre les fanatiques Padris^ secte dont il sera fait plus ample mention dans cet écrit. Cette guerre fut suscitée par trois Hadjis (pèlerins), revenus du pèlerinage à la Mecque. Us débutèrent par la conversion des habitants de leur village aux croyances religieuses adoptées par eux; les nombreux sectateurs dont ils se virent environnés, envahirent une grande partie de l'ancien Etat de Menangkabo, dont les chefs implorèrent le secours de l'autorité coloniale. Le Gouvernement voyant ses possesions de Padang menacées par ces nouveaux sectaires, dut se préparer à la guerre ; il la soutint quelque temps avec des avantages balancés de part et d'autre. Cette lutte opiniâtre fut enfin terminée à la gloire de nos armes. Nous fournirons des détails plus circonstanciés sur ces événements qui vinrent mettre un terme à l'existence politique des Sultans de Menangkabo, chefs d'une confédération de petites républiques démocratiques. L'autorité des chefs de ces Etats se bornait à remplir cer-

(1) On peut coDiJuUer pour ce qui est relatif à ce sujet : Proere eener beschrtjving van hei gebied van Palemhang , door W. L. de Sturler. Groningen 1843, et Tijdschrift voar Neérlands Indien, Kronijken,

laines formalités que la constitution traditionnelle de cette confédération exigeait, dans quelques afifaires d'intérêt local.

Tous ces Etats soumis sont maintenant régis par des employés civils portant le titre de résident ou de sous-résident. On a fait récemment de grands travaux pour assurer la défense des places de la côte; des routes parfaites, des forts ou bentings et des postes militaires convenablement échelonnés, garantissent les provinces de l'intérieur, contre toutes les tentatives hostiles que les fanatiques Padris pourraient entreprendre, dans le but d'exciter de nouveau à la révolte les paisibles habitants qui ont tant souffert de leurs déprédations, et qui sont maintenant dévoués à la cause d'une administration éminemment protectrice. En effet, celle-ci ne s'immisce pas dans les affaires intérieures des petites républiques que ce vaste territoire renferme; elle borne son influence à améliorer les moyens de communication, à protéger les personnes et les biens, à empêcher les collisions entre ces petits Etats qui terminaient jadis leurs différends les armes à la main , enfin à remplir, sous le point de vue administratif, les fonctions d'arbitre. Ce système gouvernemental ne réussirait probablement pas dans les autres parties de la Malaisie, mais il produit dans les Etats de Menangkabo les effets les plus salutaires ; le commerce y prend plus de vie; le bien-être de toutes les classes augmente sous les auspices d'une paix durable; de bonnes routes remplacent les sentiers tracés au hasard, et les dissensions religieuses paraissent étouffées chez les ha-

bilan ts. La prospérité de Sumatra a progressivement augmenté depuis que l'influence néerlandaise s'y est de plus en plus afiermie; son pouvoir s'étend maintenant sur la presque totalité de l'ile.

La partie soumise comprend toute la côte occidentale, depuis le lai^e fleuve Singkel, formant la frontière de l'Etat d'Atchin jusqu'au détroit de la Soende; puis tout le littoral de ce détroit; les côtes de Palembang, Djambi et Indragiri, et quelques points isolés sur la côte orientale, tels que Pani, Biela et autres qui font partie de la résidence des Batakhs.

Ce territoire est divisé administrativement de la manière suivante:

lo. Le gouvernement de la côte occidentale, dont le chef porte le titre de Gouverneur civil et militaire de Sumatra; ce gouverneur réside à Padang. Le rayon administratif de Padang comprend les divisions suivantes.

a. Le pays des Batakhs, formé de la partie de la côte occidentale située entre Singkel et Tapanœli, et qui s'étend en laideur jusqu'aux districts de Kota-Pinang, Kwaloe, Kandang-Lawas, Tamboesi, Pani et Biela, situés en partie le long de la côte orientale. Cette division comprend aussi les Iles Nias, Pontjan, Monselars, Pandjang, Batoe-Boerong, Babiraham, Gosong-Talaga et quelques autres moins grandes et inhabitées. Elle est placée sous la gestion spéciale d'un commissaire , et Tapanoulie en est le chef-lieu. Nous donnerons quelques détails sur le peuple Batakh, au chapitre Population y meeurs et cultures.

6. Aijerbangis. Cette division s'étend sur la côte occidentale depuis Tapanoelie jusqu'à la rivière Masang, et comprend les districts au pied du mont Ophir, Pasaman, Mandheling, Angkola, Rakou et Natal. Le fonctionnaire qui dirige cette province a le titre de résident. Aijerbangis en est le chef-lieu.

c. Les parties de l'intérieur de la résidence de Padang sont formées des districts de Limapœloh Kota, Toedjoh-Kota, Allaban, Lintau, Agam, Tanadatar, Tigablas-Kota, Priaman et Batipo. Le résident de cette division est établi au fort Van der Capellen.

d. Bangkahoeloe (Benkoolen des Anglais) comprend les districts d'Indrapoera , Mocco-mocco, Manacroe, Seloema, Lais et Sœngi-lamau. Le résident est établi au fort Marlborough.

^^. La résidence du pays des Lampongs, dont Tarabangi est le chef-lieu, occupe les districts de Telokbetong, Mangola, Siringnibo, Boemi, Agon et Borné. Cette vaste partie de Sumatra est placée sous l'autorité d'un chef civil et militaire.

30. La Résidence de Palembang, dont la ville de ce nom est le chef-lieu, comprend non seulement l'ancien royaume de Palembang, mais aussi celui de Djambi dont les princes, ci-devant vassaux de la Compagnie des Indes, après avoir joui d'une indépendance illimitée pendant un grand nombre d'années, se sont de nouveau soumis au gouvernement en 1835.

Les états sur lesquels la Néerlande n'étend pas directement son pouvoir sont les suivants.

Le Royaume d'Atchin ou Achim (plus correctement

Atjih), formant l'extrémité nord-ouest de Tile, était jadis l'état le plus puissant; le Sultan étendait son autorité sur la plus grande moitié de l'ile; il était considéré comme le prince le plus redoutable de la Malaisie. A cette époque de splendeur et de gloire, la marine des sultans d'Atchin comptait plus de cinq cents voiles. De toutes ces grandeurs il ne reste aujourd'hui que l'ombre; le pouvoir éphémère du monarque régnant est à peine respecté au delà d'un rayon peu étendu autour de sa capitale.

Atchin a été visité par les Hollandais depuis 1599. Le souverain envoya en 1602 une députa tion à la Compagnie , chaînée du soin de régler les transactions corn* merciales entre les deux états. Ces rapports purement mercantiles et peu importants ont continué jusqu'en 1669, date du premier traité stipulant la cession d'une partie du territoire en faveur de la Compagnie, et fixant comme limite entre les deux états, le cours sinueux de la rivière Singkel. La ville principale de ce royaume est Atchin, bâtie sur pilotis; elle entretient un commerce de cabotage avec les autres parties de la côte, et quelques prahoe trafiquent à Pœlœ Pinang, à Malacca et à Singapore. Nous n'avons que des notions fort imparfaites sur cette partie de l'ile , qu'aucun Européen n'a parcourue.

Selon les traditions populaires, il est constaté que le Sultan aujourd'hui régnant est le dixième de sa race. La tradition ancienne rapporte qu'un Arabe nommé Djoemal Alam est le fondateur de cet état; il aurait converti à la foi islamite les sectateurs de Brahma et se

serait déclaré dépendant du Sultan des Turcs ; le Grand- Seigneur, en récompense de cet acte de soumission, lui titrait fait cadeau de plusieurs pièces d'artillerie pour servir à la défense dePasir, jadis capitale florissante de cet état, aujourd'hui complètement déchu de son ancienne splendeur. Maintenant le Sultan réside à Âtchin, misérable village garni de cinq ou six canons presque enfouis sur les remparts de terre, et qui ne sont susceptibles d'aucune résistance même contre l'attaque des hordes sauvages. Le kraUm délabré du Sultan est entouré d'une muraille qui tombe en ruine , et dont le toit est couvert en feuilles de palmier (atap). Pour le défendre , deux ou trois eents esclaves qui s'enivrent d'opium , sont tout ce que ce prince, dont les ancêtres étaient les plus puissants despotes de la Malaisie , pourrait opposer à une attaque sérieuse. Pour tout revenu, reste de cette grandeur déchue, le Sultan perçoit S^/o de droit d'entrée de tous les bâtiments étrangers, ce qui peut lui valoir de 15 à 18 mille piastres. Sur les 125 livres (le pikol) de poivre exporté il lui est dû une demie-piastre, mais ce droit auquel il est facile de se soustraire est un revenu dont jouissent les frères du Sultan.

La rivière d'Atchin a trois embouclfures ; elles sont encombrées par des bancs qui rendent les entrées difficiles et dangereuses; un petit fort en terre, couvert d'un toit en atap et garni de quatre ou cinq mauvais canons protège, le débarcadère de Gedong. La rade d'Atchin est peu sûre; les bords de la rivière sont couvierts à plus d'une lieue de masses toufiues du palmier Nipa ; les villages situés dans l'intérieur sont chétifs et les

voies de communications se bornent à des sentiers étroits. Les districts d'Analabœ, deMukky,Soesoe,KwaIa^ Batœ, Assahan etc. ne respectent plus Tautorité du Sultan et lui payent des droits selon leur convenance. Tout Malais entreprenant, qui sait se faire un parti et réunir quelques vagabonds autour de lui, est sûr de se soustraire au pouvoir et ne paye plus aucun impôt, en un root, l'anarchie la plus complète règne dans cette partie de Sumatra.

L'état de Siak compte aussi parmi les parties jusque ici indépendantes: il est situé sur la côte orientale; mais l'anarchie qui règne parmi les chefs et le pouvoir méconnu du Sultan, dépourvu d'énei^ie ainsi que de moyens pour faire respecter son autorité, menacent cette province d'une ruine prochaine. I/Angleterre fait valoir des prétentions à la garantie de l'indépendance de Siak ; ce patronage douteux reposerait, dit-on, sur un contrat fait en 1816 avec un fonctionnaire anglais, agissant sans l'autorisation préalable de son gouvernement.

Quelques autres points de la côte orientale ne sont soumis à aucune autorité; ces terres, sont faiblement peuplées et presque inhabitables par l'étendue considérable des terrains d'alluvion entrecoupés de nombreux cours d'eau, qui y forment des deltas fort étendus.

Dans l'intérieur se trouve encore une partie du pays des Batakhs et les districts de Korintjie et de Limœn qui n'ont pas de fonctionnaires néerlandais; mais cernés de toute part par les contrées soumises, il leur sera impossible de se soustraire à l'influence des progrès de l'ordre social et de la civilisation.

Padang est une ville de médiocre étendue,, mais importante par son commerce. Quelques maisons hollan* daises s'y sont établies depuis 1816; elles ont imprimé une grande activité aux transactions commerciales; celles-ci et la vie animée d'une capitale contribuent à son état florissant. C'est la résidence du Gouverneur de Sumatra, et l'administration centrale, tant civile que militaire de toute la côte occidentale y est établie; il s'y trouve une cour supérieure de justice, une chambre des orphelins et quelques autres établissements d'utilité publique. La population est de 10,000 âmes. Les ressources matérielles j sont abondantes et variées, et l'air y est sain.

La ville de Bangkahoeloe (Benkoolen) est la seconde en importance sur la. côte occidentale; elle est protégée par le fort Marlborough. C'était, du temps de l'occupation anglaise, le chef-lieu de toutes leurs possessions à Sumatra. Elle a été acquise de cette puissance en échange de la ville de Malacca avec ses dépendances, et de quelques points et factoreries que la Néerlande possédait anciennement sur le continent de l'Inde. Bangkahoeloe n'est pas situé avantageusement pour le commerce; sa rade est peu spacieuse et incommode, l'intérieur du pays est faiblement peuplé, et l'ancienne prospérité de cette ville semble tenir presque exclusivement aux dépenses qu'y fesait la Compagnie anglaise ainsi qu'à l'énerçie du Gouverneur Radies, dont l'activité et le zèle pour sa patrie ne connaissaient pas de bornes. Depuis le traité de 1824 la ville de Padang a totalement éclipsé la prospérité de Bangkahoeloe; sa population est de- 6,000 âmes.

Les Anglais ont été pendant environ un siècle et demi possesseurs de l'établissement de Bangkahoeloe ; ils y ont dépensé dans les dernières années plus de deux millions de francs d'entretien annuel. Pendant tout ce temps les cultures n'y ont pu prospérer; dans les dernières années de leur occupation , un petit nombre d'habitants européens, encouragés par le gouvernement, se sont voués à la culture du muscadier et du giroflier ; ces arbres à épiceries desMoluques y ont assez bien réussi, mais la culture du riz avait toujours été négligée au point qu'année commune , on se voyait obligé d'importer de l'étranger 2000 tonneaux de riz pour la consommation du pays. Depuis 1828 , conséquemment 4 années après que Bangkahoeloe a été incorporé aux autres possessions de la Néerlande à Sumatra , on a exporté annuellement une quantité considérable de riz de cette résidence à Padang. Le produit des girofles est d'environ Z^Opikol et le macisde 100 à 115 pikol. L'Angleterre avait à Bangkahoeloe une garnison forte de 900 hommes; aujourd'hui un petit nombre d'employés civils et 50 à 60 militaires maintiennent l'ordre et suffisent pour y faire la police.

Le pays des Lampongs, jadis tributaire des Sultans javanais de Bantam, ne renferme point de villes. Ses villages mêmes sont de peu d'apparence. C'est l'une des parties les moins peuplées de la Malaisie; une vaste étendue de pays est en grande partie envahie par les deltas et les savannes couverts de forêts ; on y trouve toutefois de bonnes terres productives; ses bois et ses produits spontanés servent à alimenter un commerce assez étendu.

Le royaume de Palembang, qui fait aujourd'hui partie du gouYemement de Sumatra, est une vaste contrée située sur la côte Sud-est; il a pour limite au Sudest le détroit de Bangka; au Nord l'état de Djambi; au Sud les LampoDgs; à l'Ouest la grande chaîne des monts Boekit Barisan, qui forme la limite naturelle entre cet état et celui de Bangkahoeloe et qui divise l'ile *dans toute son étendue depuis la pointe d'Âtchin jus- (p'aux Lampongs ; au Nord-ouest Palembang a pour limites les pays de Limoen et de Batang-asaji, contrées indépendantes.

La ville de JPalembang a été fondée par une ancienne colonie javanaise, et doit son origine aux derniers souverains de Modjopahit. Cette ville est située sur la rivière Moesie , à seize lieues de son embouchure ; le nom qu'elle portait anciennement est Lebar dawon {large comme une feuille); elle est bâtie en grande partie sur des radeaux {rackit). Une multitude de gondoles aux formes élégantes, et de penjalangs ou barques légères couvrent continuellement le fleuve qui divise la ville en deux parties. Ces esquifs nageant avec rapidité, joint à la vie animée sur les radeaux et la navigation commerciale du fleuve , contribuent à rendre le séjour de Palembang aussi varié qu'intéressant. Le kraton ou l'ancien palais des Sultans, les mausolés de ces princes , la prineipale mosquée, et la demeure du résident sont les seuls édifices remarquables, construits en pierre, que la ville renferme. La population est évaluée à 25,000 âmes; dans ce nombre se trouvent compris 1500 Chinois et 500 Arabes.

Le commerce de Palembang est considérable, surtout avec Java, Bornéo, la Chine, Riouw, Singapore et Malacca. Les habitants sont heureux de se trouver affranchis du tibang-toekong y impôt ou tribu vexatoire, dévolu jadis au Sultan, et qu'il prélevait sur toutes les transactions commerciales de l'intérieur.

Les parties de l'intérieur sont vastes mais peu peuplées ; on porte à 1030 milles géographiques la superficie* de cette province, et sa population à 270,000 âmes; celles-ci sont reparties en 1,529 kampongs ou villages. Le district montagneux de Passoumah et les pays des Redjangs et des Ko€j)oes situés sur les confins du territoire de Bangkahoeloe , offrent des sites d'une beauté ravissante. Nous aurons quelques données nouvelles à faire connaître sur les habitants de ces districts.

Les possessions nouvelles qui datent de l'expulsion des troupes d'Atchin et de la prise de Baroes et de Singkel, ainsi que celles plus récentes obtenues en 1840 par la soumission du pays des Batakhs, sont provisoirement occupées militairement; le gouvernement s'occupe de l'organisation civile et de l'administration financière, qu'on vient d'étendre aussi aux grandes îles du littoral occidental, tels que Pontjan, les Nias, les Batoes et autres dont il sera fait mention spéciale dans cet écrit. Ces postes militaires communiquent régulièrement entre-eux ; les principaux, commandés par des officiers sont à Biela, Peterbi, Patjan, Baroes, Singkel et Goenoeng-Setoelie dans l'ile Nias; ceux confiés à des sous-officiers sont Kota-Pinang, Aijer-Nabara , Padang-Benoengang ,

Mahoepang, Daloe-Daloe, Sioengam, Batang-Oenang , Hoeraba, Tappolang et Loemoet.

Les produits agricoles et manufacturiers de Sumatra , dont nous ferons mention dans la suite, sont aussi variés que riches; on peut même poser en fait que les produits naturels sont plus nombreux et plus recherchés a Sumatra que dans Pile de Java. Lorsque la civilisation plus avancée de ses habitants permettra au gouvernement d'y introduire des cultures plus productives et mieux dirigées, alorâ cette grande et belle partie des possessions de l'Etat, pourra atteindre le même degré de prospérité dont jouit maintenant sa voisine, rile de Java.

Sumatra parait être plus favorablement située pour le commerce que Java ; sa proximité des côtes de Malacca et du grand continent de l'Inde lui assure des débouchés plus faciles; ses baies sont plus nombreuses et les rades plus sûres; peu de contrées maritimes possèdent , proportionnellement à leur étendue , un aussi grand nombre de rivières; plusieurs de ses fleuves sont navigables et peuvent être remontés par les navires du commerce, même par des frégates, jusque fort loin dans l'intérieur. Ses principaux ports sont, sur la côte occidentale, Padang, Bangkahoeloe, Tapanoelie, baie assez vaste pour contenir une flotte nombreuse ; elle est abritée de tous les cotés, et ofire des ancrages magnifiques ainsi qu'un port où plusieurs centaines de vaisseaux de guerre peuvent mouiller; puis les baies deNa-

lai, Baroeset Nalaboe; sur la côte orientale Pedir, Pasie, Dell, Siak, Indragiri, Djambi et Palembang; au nord le port d'Atchin.

La Compagnie des Indes , dans les premières années de son établissement dans cette ile, trouvait à peine le moyen d'y entretenir un commerce peu étendu. Aussi voit-on dans les comptes des dépenses et des recettes de cette association, les premières excéder de beaucoup les revenues. Sous l'autorité qui succéda à celle de la Compagnie, on voit que l'établissement seul de Padang ofiPrait quelques bénéfices, mais les autres,, alors peu étendus, ne donnaient que des pertes. En 1822, avant la réunion avecBangkahoeloe, on comptait que le rayon de Padang rapportait florins 375,180, tandis que les dépenses montaient à florins 566,982,, l'excédant ne pouvant couvrir les frais d'entretien des autres parties occupées dans cette ile. Depuis ce temps des guerres longues et fort coûteuses, puis les dépenses indispensables à l'organisation d'un grand nombre de nouvelles possessions, ont mis le gouvernement dans la nécessité de faire pendant plusieurs années des avances considérables; de sorte que les politiques à vues étroites ainsi que ceux qui n'admettent que le côté positif des dépenses, y ont trouvé un motif pour mettre en doute la possibilité de maintenir à la longue notre pouvoir dans cette île, sans avoir recours à des sacrifices fort onéreux pour le trésor.

Toutefois on est parvenu, au moyen d'une administration prudente et par des mesures fermes mais conciliantes, à rétablir la paix et à faire renaître l'ordre

et la confiance parmi les habitants; plusieurs états indépendants se sont soumis aux nouvelles lois; les abus introduits dans l'administration par les employés de la Compagnie ont donné lieu à des reformes utiles; le pouvoir du Sultan de Palembang et l'autorité des chefs in< digènes ont été réduits; le commerce^ la navigation et l'industrie encouragés par le gouvernement ouvrent des ressources nouvelles pour le bien-être des habitants, et le nouveau système des cultures éprouve aujourd'hui moins de contrariété de la part des indigènes. Depuis ce temps, Sumatra jouit d'une prospérité naguère inconnue, de manière que les avances faites par l'Etat offrent, dès-a-présent, des résultats sous tous les rapports fort satisfaisants.

Les comptes établis pour le service de 1845, portent un chiffre de florins 2,400,202 (francs 5,800,000) en recettes, et une somme égale pour les dépenses, résultat financier qu'on n'avait pu obtenir depuis l'occupation de l'ile. Le tableau ci-joint donne un aperçu sommaire de ces recettes, dont le chiffre ne saurait manquer d'offrir par la suite des résultats plus considérables; tandis que les dépensés, surtout celles qui ont eu lieu jusqu'ici pour les départements de la marine, delà guerre et des constructions, promettent des diminutions remarquables, si, comme tout concourt à le faire conjecturer, la tranquillité n'est pas de nouveau compromise dans cette ile.

TABLEAU DES RECETTES COMPARATIVES ENTRE l'aN- NEE 1843 ET LE BUDGET ETABLI POUR LEr

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