‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagiqueChapitre 2 sur 16 · SERVICE DE · texte numérisé non relu

SERVICE DE

Service de 1843. Service de 1845.

Titre 1. Revenus à ferme de difiFérente nature . . . . fl. 491,438.46.

» 2. Revenus territoriaux » 210.308.56.

» 3. Droits et revenus de différente nature . » 719,565.94.

» 4. Commerce , vente de denrées etc » 497,167.45.

» 5. Revenus extraordinaire de différente nature » 60,380.58.

Totaux fl. 1,978,860.99

fl. 382,416.00.

fl. 2,400,202.0a.

DÉPENSES COMPARATIVES ENTRE l'aNNÉE 1843 ET LE BUDGET ÉTABLI POUR LE SERVICE DE 1845.

Service de 1843. Service de 1845.

Titre 1 et 2. Départetement de la justice fl. 28,195.97i.

» 3 et 4. Gouvernement et police » 502,161.60.

)» 5. Cultures , industrie, sciences et arts ...» 19,882.50J.

1) 6. Département de construction » 195,444.74}.

» 7. Finances et

commerce ...» 407,453.83^.

» 10 et 11. Pensions, tant civiles que militaires, et subsides aux princes indigènes » 142,838.86».

» 6, 8 et 12. Département de la guerre »1,969,357.60.

» 9. Département

de la marine . . » 221,41 4.82^.

fl. 31,532.00.

Totaux. . . .fl.3,486,749.95. Efl. 2,400,202.00.

Le tableau qui suit, est extrait des rapports commerciaux pour l'année 1844; il fait connaître le résultat des transactions principales qui ont eu lieu entre Java et Madura et la côte Sud-ouest de Sumatra, savoir:

Exportations des ports de la côte occidentale de Sumatra à ceux de Java et Madura.

En marchandises, valeur . . . /*1,945,358.00.

En espèces . » 102,596.00.

Total /*2,047,934.00.

Importations des ports de Java et Madura à ceux de la côte occidentale de Sumatra.

En marchandises, valeur . . . /* 1,825,495.00.

En espèces » 13,918.00.

Total /*1,859,411.00.

Nous empruntons aux rapports faits au gouvernement par quelques commandants militaires à Sumatra , le précis fort succinct des événements les plus remarquables qui ont eu lieu à la côte occidentale, dans les années écoulées entre la nouvelle occupation de l'île par la Néerlande et l'époque présente. Il se trouve des renseignements plus circonstanciés relatifs a ces événements, dans la brochure récemment publiée par M^ le Général Michiels (1).

Lorsque en 1819, la Néerlande prit de nouveau pos-

(1) JVeêrlands êouvereiniteit over de êchoonsie en rijkste ge' toeêten van Sumatra, Amsterdam 1846. Voir aussi, de Sturler Proeve eener beschrijving van het gebied van Palemhang,

session des anciens établissements qu'elle avait occupés avant l'invasion anglaise, sur les côtes occidentales de Sumatra, les peuples malais de cette ile se trouvaient en but aux dissensions religieuses suscitées par la secte fanatique des Padris (1); les premiers combattaient pour le maintien des anciennes institutions du pays; les seconds avaient en vue d'établir la théocratie et de soumettre par ce moyen les peuples malais , leurs coréli* gionnaires, ainsi que les autres peuples idolâtres de l'intérieur, à leur dogme nouveau. Le fanatisme dévastateur de ces nouveaux sectaires islamites avait allumé le brandon de la discorde et de la guerre civile, et semblait sinon menacer Sumatra d'une destruction complète, du moins devoir la priver pour longtemps des moyens de prendre part aux relations amicales et mercantiles avec les autres peuples de l'Archipel.

Sumatra était en proie à toutes les calamités compagnes de l'anarchie, lorsque la Néerlande rentrait dans la jouissance de ces anciennes factoreries commerciales du littoral de l'Ouest; car, au fait, l'on ne peut nommer difiPéremraent tous ces petits postes fortifiés, entourés seulement d'un district peu étendu, tels que la G)mpagnie des Indes en avait eu la possession dans cette ile; elle n'exerçait non plus jadis qu'une autorité peu assurée et souvent contestée sur le royaume de Palembang, et les Lampongs ne reconnaissaient sa

(1) Noos parlerons de l'origine ainsi que des vaes que se proposaient cette secte , au Chapitre II. de ce précis : Population , moeurs et coutumes.

suppréraatie qu'à titre de pouvoir suzerain, transmis par l'autorité déchue des anciens souverains de Bantam dans l'ile de Java. De son côté, la Compagnie des Indes anglaises, soit-disant maitresse de Bangkahoeloe (Benkoolen), n'occupait au fait que le bourg de ce nom protégé par le fort Marlborough , et avec un rayon assez étendu le long de la côte occidentale; mais ni l'une ni l'autre de ces compagnies, sans cesse en rivalité pour leurs intérêts commerciaux, n'exerçaient de pouvoir reconnu dans l'intérieur du pays, ni même aucune influence constante sur les peuples divers qui habitent les districts élevés du centre; des traités conclus pour peu de temps étaient aussitôt rompus, lorsque les circonstances paraissaient favorables aux chefs malais pour ne plus satisfaire aux engagements contractés. La population indigène diminuait insensiblement et végétait misérablement sur cette vaste étendue de pays, susceptible par la fécondité de ses terres, de nourrir une population huit ou dix fois plus considérable. Ces peuples idolâtres ne demandaient à ces terres productives qu'un peu de riz, du katjang et des fruits spontanés; encore, souvent la quantité de riz cultivée par eux était-elle insuffisante pour subvenir à leurs besoins. Ils devaient se contenter des ressources que pouvait leur procurer le commerce des produits naturels à leur sol. Les droits perçus sur ce commerce peu considérable joints à la culture du poivre et de quelques autres denrées dont la Compagnie se réservait le monopole, formaient à peu près les seuls revenus sur lesquels le gouvernement pût compter pour faire face aux dé-

penses. La guerre religieuse qui venait de s'allumer de toute part, menaçait de tarir promptement ces faibles ressources, insuffisantes sous tous les rapports pour couvrir les frais de l'occupation militaire et d'une lutte à soutenir contre le pouvoir envahissant des nouveaux sectaires.

Peu de temps s'était écoulé depuis la nouvelle prise de possession, lorsque les Etats malais, qui se voyaient de plus en plus menacés par les Padris, sollicitèrent l'intervention armée des autorités néerlandaises. Le gouvernement accueillit cette demande, qui devenait pour lui le seul moyen d'étendre ses relations et de s'assurer de la coopération des Malais constitués en petits Etats indépendants les uns des autres; en même temps il s'ouvrait l'entrée d'un pays montueux, de difficile accès, qui se trouvait encore vierge, et dont les ressources pouvaient offrir des débouchés encore cachés pour l'agriculture et le commerce, et devenir profitables à exploiter tant pour l'avancement des sciences que dans l'intérêt de l'industrie. Par ce moyen, l'autorité pouvait espérer aussi qu'elle contribuerait à faire naître un accord plus désirable dans les familles et dans les rapports sociaux des Malais, souvent exposés jusque là à des dissensions intestines, produites par la manière vicieuse dont leur état social se trouvait organisé; dans tous les cas, il était du devoir de l'autorité européenne de venir au secours d'une population que le fanatisme religieux s'apprêtait à subjuguer et à opprimer.

Si les moyens auxquels on eut recours au début de 2 3

la lutte, eussent pu être mieux calculés en proportion des forces de Tennemi avec lequel on allait se mesurer, il eût été probablement facile de mettre plus promptement un terme à la guerre civile. On eut à regretter dans la suite la divergence dans les opinions, ainsi que l'irrésolution et la lenteur dans l'exécution des mesures; elles contribuèrent à exciter l'audace et à augmenter le nombre des ennemis qu'on avait à combattre. A ces causes vinrent se joindre l'inexpérience de quelques commandants militaires relativement à la nature du terrain d'opération; puis Tinsuffisance des moyens mis à leur disposition: l'incident aussi imprévu que désastreux de la guerre suscitée à Java par la révolte de Dhipo Negoro, rendit nécessaire le prompt rappel du plus grand nombre des troupes présentes à Sumatra; ces causes combinées contribuèrent à donner plus de force au parti des fanatiques Padris, et à les mettre à même de se préparer à soutenir une nouvelle attaque. Les ravages qu'ils commirent de toute part dans les parties montagneuses des Etats de Padang, depuis 1826 jusqu'en 1850, attestèrent qu'ils se sentaient de force à pouvoir braver les efforts d'une armée nombreuse; il devint même difficile aux postes fortiûés qui se trouvaient échelonnés dans la contrée en insurrection, de se maintenir contre ces attaques; les Padris réussirent à s'emparer de vive force de quelques fortins; ils massacrèrent impitoyablement tous les Eu-^ ropéens, et les Malais qui tombaient en leur pouvoir éprouvèrent le même sort.

Dans le même temps, les établissements européens si-

tués le long de la côte Nord-ouest, tels que Aijerbangis et Pontjan, se virent attaqués et les environs ravagés par des bandes d'Atchinais qui, de commun accord avec les Padris, tentèrent, mais vainement, en 1830, de se rendre maîtres de Natal; ils réussirent toutefois à pénétrer jusqu'à Soengitarap dans les districts élevés de Padang, où ces bandes indisciplinées détruisirent les cultures et interceptèrent les communications entre les postes for* tifiés, tandis que les pirates d'Âtchin mettaient le blocus devant le port d'Aîjerbangis ; de prompts et efficaces secours envoyés de Padang firent lever ce blocus, et sauvèrent d'une mort certaine la brave garnison qui avait vu périr son commandant.

Tel était l'état alarmant des affaires à Sumatra en 1831, lorsque la guerre contre Dhipo Negoro se terminait de la manière la plus satisfaisante pour le maintien de notre pouvoir dans l'Archipel: on se vit alors en mesure de s'occuper du sort de Sumatra, et d'aviser aux moyens de rendre à cette contrée l'ordre et la paix qui en avaient été bannis depuis plusieurs années; il était temps d'arrêter les dépradations des Padris et de secourir efficacement les Malais qu'ils opprimaient. Dès le mois de Mai de cette année , on parvint à se rendre maître de tous les postes fortifiés de la côte , et on rétablit les communications principales avec l'intérieur du pays. Il eût peut-être été plus prudent de s'en tenir pour le moment à ces succès, et d'attendre l'arrivée de nouveaux renforts pour continuer les opérations militaires et pénétrer plus avant dans le pays; mais le commandant civil et militaire , voulant sans dou-

té profiter de la défaite des Padris et de la terreur répandue parmi leurs adhérents, s'aventura inconsidérément dans les gorges et défilés des montagnes, où il se vit obligé , en raison de sa marche rapide , de diviser ses forces et de se priver des moyens de tenir t^e aux attaques en masse de l'ennemi; cette imprudence le mit de nouveau dans la nécessité d'abandonner une partie du terrain conquis; il s'agissait toutefois de poursuivre avec énergie la destruction du pouvoir des Padris, ou bien de se résoudre à abandonner toute l'ile à leur domination. De nombreux renforts arrivèrent promptement de Java, et permirent à nos troupes de reprendre l'offensive; le Gouverneur-Général van den Bosch envoya deux commissaires sur le théâtre des opérations et il vint lui-même, en 1833, à Sumatra, afin de donner plus de régularité aux opérations militaires: il s'y rendit aussi dans le but de poser les bases d'une org^anisation administrative permanente, ainsi que pour fixer les limites qu'on jugerait nécessaires à la sûreté du pays. La guerre îal poursuivie avec énergie ; toutes les lignes et les lieux de défense de l'ennemi se trouvèrent bientôt en notre pouvoir; les contrées envahies par lui furent reconquises, et on parvint à le repousser jusque dans ses derniers retranchements des vallées de Bondjol et de Loeboe-Sikapping. Dans le premier de ces kampongs fortifiés, allait être remis au sort des armes les destinées futures de Sumatra: les Padris avaient réuni dans la forte position de Bondjol tous leurs moyens de <léfense; les nôtres ne pouvaient attendre de salut que de la victoire, toute retraite les aurait infaillible-

ment conduits à leur perte. Les Padris y subirent une défaite complète; elle fut suivie de la prise d'assaut de Bondjol, leur principale place d'armes. Cette victoire devint pour les chefs malais , le gage de leur délivrance du joug barbare sous lequel leur bien-être aurait été bientôt anéanti ; tandis que l'expérience leur avait appris à considérer désormais l'autorité du gouvernement néerlandais, comme l'unique moyen de rentrer dans^ la jouissance de leur état social, et d'assurer la> durée de leur prospérité.

Après la prise de Bondjot, il ne restait aux Padris échappés à ce désastre, qu'un dernier refuge vers les confins d'Atchin; en 1858, ils y éprouvèrent encore un échec par la prise de Daloe-daloe; il servit à déli- Trer les districts des Batakhs (1) de leur domination. Finalement, l'attaque et la prise de Baroes et de Singkel, en 1839 et 1840, mirent fin à cette guerre, et elles eurent pour but de punir l'audace des Atchinais qui avaient pris part aux opérations comme auxiliaires des Padris; ces victoires portèrent nos limites jusqu'au fleuve Singkel, au delà duquel s'étend vers le nord l'état d'At* chin , partie encore insoumise à l'autorité européenne.

Le pouvoir et l'influence morale exercés par les Padris, ayant été le résultat de la force oppressive, leur ascendant se trouvait anéanti par la prise de Bondjol et de Daloe-daloe: avec ce pouvoir se voyait en même temps comprimé celui de quelques tribus de la population malaie, qui auraient eu les moyens de s'opposer à

(1) Voir sur ce peuple le cliapitre : population et moeurs.

l'établissement du pouvoir européen; ces tribus ne formant plus de réunion homogène, reprirent les formes administratives divei^entes qui les distinguent; ces fractions ou familles se nommaient Soekoe., c'est-a-diré (lignée, race), aujourd'hui Laras; à la tête de chacune de ces familles Soekoe préside un Panghoeloe(l), (c'est-à-dire un chef); tous ces chefs Soekoe réunis forment l'administration d'un Koia (village); tandis que la réunion de ces chefs de village constitue la régence d'un district , composé alors d'un nombre plus ou moins considérable de ces villages, tels qu'il s'en trouve à Sumatra sous les noms de Tigablas-kotta (les treize villages), de Doewapoeloh kotta (les vingt villages), de Limapoeloh kotta (les cinquantes villages) etc. Ces réunions administratives se nomment elles-mêmes les vrais confédérés. Les grandes affaires d'intérêt social sont soumises à la décision de tous les Panghoeloes réunis; lorsqu'il naît quelque différend parmi les habitants d'un village {Anakh'boah)y qu'un vol ou qu'un meurtre a été commis, le Panghoeloe en informe; s'il ne peut parvenir à concilier les parties ou à découvrir la vérité, l'affaire est portée devant le Toewankoe ou chef de plusieurs villages auquel se réunissent tous les Panghoehes (2).

(1) A Java, on désigne par le nom de Pangrgoeloe ou Panghoeloe, un prêtre mahométan.

(2) L'origine du gouvernement Soekoe , et les détails sur les formes administratives en usage parmi les Malais de Menangkabo, se trouvent dans l'opuscule fort intéressant, publié par M'. S. Mâller: Bijdragen toi de kennis van Sumatra, Leiden 1846.

La victoire remportée sur les Padris offrit, entre autres résultats, celui de Toir disparaitre successivement, dans les états de la confédération malaie^ le grand nombre de petits retranchements que la crainte des attaques des Padris avait fait élever dans chaque village , et qui mettaient entrave aux communications, même entre les plus petits hameaux» De bonnes et belles routes remplacèrent ces barricades et servirent au rétablissement des rapports sociaux, ainsi qu'à lever tout obstacle entre les communications de l'intérieur avec les côtes. La preu- Te fut bientôt acquise, que le Malais n'entrevoyait plus dans l'avenir la nécessité d'avoir à défendre sa propriété , puisqu'on le vit échanger son précieux fusil contre des ustensiles de ménage. En 1834, le désarmement des Malais avait commencé , et on put se convaincre en 1841, que la pacification du pays était accomplie, lorsque à cette époque une émeute vint troubler pour peu de temps la tranquillité dans la régence de Batipo; ce soulèvement fut suscité dans cette partie du pays, pour soutenir les prétensions du régent malais, qui s'était flatté de se voir élever à la dignité de régent supérieur de tous les districts montueux de Padang; poste auquel il avait quelques droits de prétendre, dont on avait flatté son amour-propre, et qu'il méritait d'obtenir pour prix de sa fidélité et de son dévouement, lorsque Padang avait été menacé en 1850. Quoiqu'il en soit, ce soulèvement fut promptement réprimé; il servit à consolider le pouvoir et à faire respecter l'autorité, de manière qu'il ne réveilla aucune sympathie parmi les Malais des autres parties du gouvernement de Padang.

La conquête de l'ile et sa pacification avaient été accomplies dans le court espace des cinq dernières années : elles auraient probablement eu lieu dès le début des hos* tilités commencées en 1821 ; mais les succès furent alors interrompus par le manque d'unité entre la volonté et les moyens; plus tard ils dépendirent de l'inaction sys* tématique des chefs; puis ils devinrent impossibles a cause des événements qui eurent lieu à Java de 1825 à 1830. — Lorsqu'on fait attention au court espace de temps dans lequel cette soumission a eu lieu, et qu'on jette un coup d'oeil rétrospectif sur la marche fort lente de l'établissement de notre souveraineté dans l'ile de Java, on sera convaincu que l'occupation à main armée et la pacification de Sumatra n'exigeaient pas l'intervention d'une politique bien rafinée, vu que là, on n'avait à combattre qu'une partie de la population, tandis que l'autre partie pouvait en quelque sorte être comptée pour neutre, et qu'en efiet elle était auxiliaire par sympathie: tandis qu'à Java il avait fallu lutter constamment contre un pouvoir consolidé et puissant, combattre une nation entière fortement pénétrée de respect et de soumission envers ses souverains, et gagner ensuite l'affection et la confiance de cette nation, en la soumettant à des lois équitables, mises en harmonie avec ses anciens usages.

On peut admettre qu'à dater de 1840, la souverain neté de la Néerlande à été consolidée tant à l'intérieur que le long des côtes de la presque totalité de l'étendue de Sumatra : elle s'y trouve afiermie de manière à ne susciter aucune crainte d'une démonstration hostile de la

part des habitants malais; les institutions sociales des confédérés manquent complètement d'unité entre la volonté et l'action y et ce n'est que de cette unité parfaite que les soulèvements populaires peti^^nt emprunter leur for* ce, leur durée, et atteindre leur but. Le système com* munal des confédérations malaies se trouve morcelé, ainsi que leur territoire, en fractions trop nombreuses pour pouvoir offirir une résistance sérieuse; tandis que l'autorité est divisée entre autant de chefs indépendants, qu'U se trouve de familles ou castes (Soekoe) danscha* que district.

La tâche la plus diiBcile que le gouvernement aura à remplir dans cette ile, sera de réunir ces éléments epars de l'administration fédérale pour en former une tout homc^ène: c'est afin d'y pourvoir, qu'on a déjà commencé par nommer des chefs de village et de district qui seront mis en contact avec les contrôleurs et les sous-résidents, et ceux-ci avec le résident européen; de cette manière s'établira la hiérarchie qui manquait à l'administration fédérale des Malais.

Cependant, un grand nombre d'années pourront s'écouler avant que Sumatra puisse atteindre à ce haut degré de prospérité dont jouit maintenant l'ile de Java, en premier lieu, vu le manque de population en rapport avec l'étendue qu'elle occupe. La superficie de Java est de 2313 milles D géographiques; par le dénombrement fait en 1838, sa population comptait plus de 8,000,000 d'habitants; on peut admettre qu'aujourd'hui 9,000,000 d'individus y trouvent leur subsistance , et qu'elle peut nourrir facilement 10 millions d'habitants

dans ce rayon. La superficie totale de Sumatra est de 8,025 milles D, conséquemment 31 fois plus grande que celle de Java; on calcule que^ur cechifire, plus de 6,500 milles D sont des terres soumises au gouvernement de la Néerlande. Or admettons , ce qui n'est guère probable, que la population de toute l'ile puisse être évaluée à 5,000,000, et que sur ce chifire, 3,500,000 fassent partie des habitants compris dans les états dépendants, alors il est facile d'obtenir la preuve que Sumatra manque de bras pour pouvoir tirer parti de l'étonnante fécondité du sol. Secondement, la' population de Java est répartie proportionnellement à la fécondité des difierentes parties de l'île; à Sumatra, les habitants sont distribués d'une manière très-inégale; le pays élevé est assez bien peuplé; les côtes ne le sont qu'autant, qu'il s'y trouve de loin en loin quelques villages, ou bien dans les environs des villes de Palembang et de Padang; puis, quelques de milles D sont en grande partie privés d'habitants, quoique la qualité du sol soit de nature à fournir aux besoins d'un grand nombre; de vastes districts sont aujourd'hui encore déserts; quelques autres parties, telles qu'il s'en trouve à la côte orientale et dans certains districts de la pointe méridionale sont et seront encore longtemps des contrées inhabitables. — En troisième lieu, le caractère soumis des Javanais, les moeurs douces et paisibles qui distinguent cette nation et qui la portent à se conformer aux coutumes qu'elle suivait depuis des siècles, nous permettent l'exercice du pouvoir sur cette population; de tous temps, les travaux de l'agriculture

ont formé la principale occupation des habitants, et ils s'y vouent encore aujourd'hui avec patience et as^duité. Les types divers dont se compose la population de Sumatra, ont tous un caractère enclin à l'indépendance ; les Malais , qui forment le noyau de cette population et qui sont en même temps les plus nombreux et les plus répandus dans les différentes parties de l'Ile, ne reconnaissent guère d'autorité plus élevée que celle de leurs chefs de villages; les travaux agricoles n'obtiennent leurs soins assidus que pour autant qu'ils en éprouvent la nécessité, le commerce et la navigation formant leur principales occupations. — Nous pourrions indiquer encore quelques autres différences entre Java et Sumatra qui toutes seraient en faveur de la première ; mais il suffit d'avoir fait connaître brièvement les difficultés principales que le gouvernement rencontrera à Sumatra. Il y sera constamment dans la nécessité d'avoir recours à des moyens plus dispendieux pour faire respecter son autorité, au milieu d'une population dont le caractère, les moeurs et les habitudes, ainsi que l'organisation sociale, diflerent si essentiellement et sous tant de rapports du caractère des Javanais, non moins que de l'ordre social établi parmi eux.

Le général Michiels, qu'un séjour de plus de douze années à Sumatra ainsi qu'une part active dans la lutte engagée contre les Padris , ont mis à même de se former une opinion sur le sort futur réservé à la possession de cette île, assure que: V établissement de la souveraineté néerlandaise à Sumatra repose sur des bases plus solides qu^elle ne Vest même à Java, en ce qu^elle

est fondée sur Vinlérét réel et dttement apprédé par la pagulaiion de cette île.

Il serait hasardé, peut-être même téméraire, de s'en rapporter complètement à l'opinion un peu exagérée que se forme le brave militaire dont nous venons de citer les paroles. Le général parait pénétré de l'idée que Sumatra sera en état de rivaliser en prospérité et en ressources avec l'ile de Java, tandis que deux autres administrateurs civils et militaii'es, qui prirent également une part active aux événements qui eurent lieu dans cette île depuis 1820, ne partagent pas ces belles espérances, ou n'en entrevoient l'accomplissement que dans un avenir incertain et fort éloigné. — Nous venons de donner au lecteur une idée des principales difficultés que le gouvernement aura à surmonter, avant qu'il puisse se flatter d'obtenir des résultats satisfaisants de l'occupation de Sumatra^ mais il nous semble que la discussion des opinions divergentes de ces fonctionnaires , n'est pas de nature à trouver place dans cet ouvrage (1).

Consultons maintenant les matériaux que nous avons été à même de réunir et que nous ofirons au lecteur, pour lui donner un aperçu des difierents types dont la population de Sumatra se compose.

(1) Parmi le très-petit nombre d'autears étranorers qai ont fourni des renseignements historiques sur File de Sumatra, on peat citer quelques pac;es fort in( dressantes, et sous plusieurs rapports assez exactes , publiées dans la relation de la Campagne de circumnavigation de la frégate française fArtémise , par le Capitaine Laplace, Vol. 3 année 1839.

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