MACASSAR. CONCLUSION
Dans l'aperçu sur les iles les plus remarquables dont les côtes de Sumatra sont entourées, nous avons termi* né le chapitre de ce groupe géographique en faisant mention de l'archipel de Bangka, dont Bilitoen et ses dépendances forment la limite orientale. Continuant dans ce chapitre notre itinéraire des iles qui dépendent géographiquement de Bornéo, nous passons de Bilitoen au groupe des iles Karimatta; partant de ce point et prenant la direction au Nord, nous ferons brièvement mention des archipels principaux situés à l'Ouest, au Nord et à l'£st du littoral de Bornéo, ce qui nous conduira aux iles Karimon Java, situées au Sud de cette grande terre (1). Ce chapelet d'iles, d'ilôts et de
(1) Noos aYons omis de faire mention de ce petit archipel dana le chapitre 5 du premier volume; le peu que nous aurons à en dire se troure indiqué dans celui-ci.
rochers ne comprend guère moins d'une Tingtaine d'atol- Ions, et plusieurs centaines d'îles de second et de troisième rang; nous ne parlerons que de celles dont l'étendue, la position géographique ou les productions peuvent offrir quelqiK intérêt au lecteur. On trouve indiqué, pages 150 et suivantes, les noms des îles les plus remarquables qui font partie des résidences gouvernementales le long des côtes de Bornéo; nous n'en faisons pas mention spéciale.
L'archipel de Karimata comprend au delà de cent îles, dont plusieurs petits groupes ne sont pas même indiqués sur les cartes géographiques les plus réeen* tes. Il est situé entre le l^ll' et le lo46' latitude sud, et de longitude orientale entre le 108^49' et lOO^SS^ Les trois îles principales sont la grande Karimata, Panumbangan et Souroutou (1).
Le Sultan de Maian et le Panembahan de Sucadana se sont attribué l'un et l'autre, pendant plusieurs années, la possession de ces îles; il est toutefois certain que les droits du premier datent du seizième siècle. Cet archipel a été compris dans la cession faite le 26 Mars 1778, à la Compagnie par le Sultan de San tara; depuis ce temps la compagnie y exerça le droit de suzeraineté. £n 1822, l'archipel de Karimata a été cédé en toute souveraineté au Gouvernement néerlan-
(1) Consalter sur ces ile«, quelques indications fonrDies par h Rédaction de r Abeille indienne {de IndiêûAe B^^ n^ 3).
dais. Au quinzième siècle ces îles formaient un état indépendant, r^ par des princes dont la dynastie n'est pas connue, et que les traditions placent au rang des immortels.
Ces îles, situées avantageusement comme entrepôt du commerce de la Malaisie et de la Chine, sont réputées depuis des siècles pour la beauté pittoresque des sites ainsi que pour la salubrité de leur climat; le séjour enchanteur qu'elles offrent aux habitants est traditionnel parmi les Bornéens qui s'en font un el dorado de la Malaisie. Le Major G. Muller qui visita cet archipel en 1822, nous apprend que la population était autrefois fort considérable; même encore à l'époque de son séjour et dans l'état de décadence où ces îles se trouvaient réduites, elles excitent l'admiration que les indigènes portent même jusqu'à l'enthousias* me; les étrangers y goûtent tous les agréments que leur offrent une nature magnifique, sous un beau climat et un séjour salubre. La plus grande de ces iles, celle qui donne son nom à tout ce groupe, peut avoir environ huit milles géographiques de circonférence; de son milieu s'élance à 2400 pieds d'élévation le piton formant le point culminant qui sert de reconnaissance aux navigateurs, et qu'on découvre à une distance de plus de dix milles. Ce pic offre un coup-d'oeil superbe, lorsqu'en partie couvert d'un voile de nuages, il élève sa pointe au dessus de ceux-ci, et que les montagnes de moindre hauteur, couvertes d'une végétation magniû- ' que jusques à leur sommet, se trouvent éclairées par les rayons du soleil. Le littoral Nord-ouest est bordé
en partie de rochers, mais dans le Sud-est la plage est unie et le pied des montagnes offre des plaines propres aux cultures; cinq petites rivières, serpenttnt dans ces plaines, servent à entretenir la fécondité des terres et contribuent à relever la beauté du paysage.
Ces îles sont d'un moindre avantage par rapport i leurs productions, que sous le point de vue de leur position dans les mers qui conduisent a celles de la Chine ; elles peuvent servir d'entrepôt au commerce qui i lieu d'une part avec la côte occidentale de Bornéo, et d'autre part sur les îles de Riouw, ^gapore et les côtes de Malacca: depuis que le gouvernement néerlandais s'y est établi, il a fait renaître la prospérité parmi la population qui ne se composait, en 1822, que de quelques ménages apauvris par le manque de commerce, et qui se voyaient dès lors dans la nécessité d'exercer la piraterie afin de pourvoir à leur existence.
Les articles les pluS' recherchés dans cet archipel sont le sel, le tabac commun de Java et les cotonnades blanches. L'exportation se compose principalement d'or et de diamants, ainsi que du fer, de l'étain et de l'antimoine; plus des nids de salangane, des rotins et différentes espèces de bois odoriférant.
Indépendamment des lies nombreuses situées le long du littoral de Matan, de Simpang, de Pontianak, de Manpauwa et de Sambas, et qui font partie du gouvernement de la côte occidentale, mais dont nous ne fiiîsons pas mention spéciale, se trouve, à vingt milles
BiiTiron de la côte de Samhas, Tarchipel de Tambelan composé de plus de cent îlots et rochers disséminés sur une étendae de deux degrés. Les îles principales sont Tambelan, Boenoe, Wey, .Yictory, le groupe du St. Esprit et Barboras. Ces îles, très-peu fréquentées et qui probablement n'ont jamais été explorées,' font partie des possessions que s'attribue le Sultan de Lingga.
L'archipel des Ânambas est, suivant Horsbui^b, fort étendu; il forme trois groupes distincts, séparés par des canaux qui n'offrent point de dangers. Les Anambas du Sud (le groupe le plus au sud) sont situées au nord, quelque peu à l'ouest de l'ile Victory, et s'étendent selon les données du capitaine de Bongainville (conséquemment du méridien de Paris), de â^ 18' à 20 40- de latitude Nord. Elles ont dans l'ouest, par 2ol8' Nord et 103o 15' Est, un rocher blanc qui s'élève au dessus de l'eau et une petite île à quelques lieues au N. E. de cette roche. Les grandes Ânambas ou Anambas du milieu, sont des îles élevées, se touchant presque les unes les autres, dont la limite oc* cidentale est par 3o9' Nord et 103o21' Est. Quelques unes d'entre elles sont les plus grandes de toutes ces îles. Un autre petit groupe au N. E. de celles-ci, appelé les Anambas du Nord, forme la limite E. de ces lies par 3o27' Nord et 103o55' Est; l'une d'elles, surmontée d'un pic, est par 3<>10' Nord.
N'ayant pu trouver aucun indice sur ces îles dans
les documents hollandais, nous donnons les principam détails fournis sur ce groupe par le capitaine Bougainville, dans le voyage autour du globe de la frégate k Thétis.
Dans l'ouest, partout les côtes semblent acores; aucun brisant ne s'y montre et la déclivité des terres doit faire supposer qu'il n'en existe pas. Le pays, couvert de mornes, est assez régulièrement boisé, et do dehors on n'aperçoit ni défrichements, ni fumée, point de pirogues au large, rien enfin qui indique un pays habité.
L'intérieur du bassin où la Thétis jetta l'ancre, ne présente pas un coup-d'oeil plus animé, et il est à présumer qu'une grande partie de la population de ces îles habite celles qui sont situées dans l'ouest. Il est également probable que ces habitants sont peu nombreux; car une des premières conditions d'une grande réunion d'hommes est l'abondance des eaux et il ne parait pas que cet archipel en soit bien pourvu. Ces lies, en effet, quoique boisées, n'offrent partout qu'une couche de terre végétale peu épaisse; les pics, d'une élévation médiocre, ne sont séparés que par des ravins qui aboutissent à la mer, et nulle part on ne voit de plaines qui puissent servir de réservoir et de lits aux ruisseaux. Nulle part non plus on n'aperçoit de rivière, et le peu d'eau qu'on trouve provient des torrents presque entièrement desséchés, et de puits pratiqués dans le sable ou non loin du rivage.
En général, dans cet archipel, les grandes eharpentes qui soutiennent les masses principales sont des
Uocs énormes de granit, et l'on n'y rencontre en aucun endroit d'indices de feux volcaniques. Il n'a donc, saiyant toute apparence , depuis bien des siècles , éprouvé de changements que ceux résultant du travail de ces myriMes d'insectes sous-marins qui ont accummié les coraux sur différents points, et plus particulièrement dans les endroits abrités des vents du large. C'est une chose admirable que les couleurs brillantes et variées de ces madrépores éclairés par le soleil au travers d'une eau de la plus grande transparence: s'élevant progressivement par plateaux superposés et séparés les uns des autres, ils parviennent enfin à la surface des eaux; mais arrivés à ce point, la nature a mis un terme a leur accroissement, et dès qu'ils commencent à dépasser le niveau de la mer, l'air les décompose, le mouvement des eaux les brise, et de là ces plages, ces îlots d'un sable si blanc qu'on remarque le long des côtes et au milieu même des bassins. Tous les hauts-fonds que l'on rencontre dans les canaux des Anambas sont de cette espèce; mais l'eau y est si tranquille et si limpide que la navigation est peu dangereuse, pourvu qu'on ait le soin de ne conserver qu'une voilure maniable et de bien faire veiller à la tête des mâts aux changements de couleur de la mer.
Il est probable que le nom d'Anambas a été imposé à ces îles par les Portugais, car les naturels ne le connaissent pas, et tous ceux qu'on a pu interroger se sont accordés à leur donner celui de Scianthan, par lequel ils désignent plus particulièrement la grande ile, où une centaine de Chinois seraient établis. Ils donnèrent
aussi les noms des iles dont la ThélU se trourait en* iouré, appelant celles dans l'Est et le Sud-est, Doni* jang, Sagoe, Dampar, Pondrong, Poginding, Amboagambong; celles du Sud-ouest Akar, Lqngy et Sooimot; à l'Ouest, la grande Scianthan, et€ans le Nord- Nord-est un pic remarquable nommé Groenong-Trooan. Quelques naturels portent le chiffre de ces iles à qua* tre- vingt, d'autres à cinquante seulement; elles sont toutes sous la domination du Sultan de Lingga, l'une des iles du groupe de Riouw: ce prince y est représenté par un radja, chai^ spécialement de Teiller aux intérêts de son souTcrain dans le petit nombre de transactions commerciales auxquels se livrent les naturels. La plus importante dérive de la pêche des hdo* thuries, qui occupe au printemps une asseï grande quantité de bâtiments.
Ces iles sont peu fertiles et les arbres n'y atteignent en général qu'une hauteur médiocre. On y trouve le cocotier, le sagoutier et l'arecquier, le bananier, l'arbre à pain, le jacquier, des lataniers, quelques arbres aromatiques et des vaquois en grand nombre; on peut ajouter à ces productions des fruits, tels que citrons, ananas et citrouilles, ce qui offre peu de ressources dans le règne végétal. Le poisson n'y parait pas non plus abondant; la plage fournit dçs huitres, des holothuries et quelques autres espèces de mollusques. Parmi les animaux terrestres l'on ne peut citer qu'un petit nombre de singes, des chéiroptères, des rongeurs^ les chèvres et les chiens, ainsi qu'un petit nombre d'espèces d'oiseaux. Le chiffre de la population mahométane de
ces iles est porté à 2000 âmes. — Il est probable cpe le métier principal de cette population est la piraterie; car cet archipel est des mieux situés pour fournir à ces hommes dépravés les moyens d'épier les bâtiments qdi fréquentent les mers de la Chine, et de tomber à Pimproviste sur ceux qui offrent une proie facile.
Quelques années plus tard, en 1831, la reconnaissance de l'archipel des Ânambas a été complétée par le capitaine de frégate Laplace, commandant la Favorite. Cet officier français a fait le relèvement de la grande Scianthan, l'ile la plus considérable de ce groupe.
Siantan ou Scianthan , où se trouve le village du même nom, présente une surface très-irrégulière ; Pile peut avoir deux lieùes dans sa plus grande dimension; les côtes ainsi que l'intérieur ne présentent que des terres élevées, tantôt dépouillées de végétation, tantôt couvertes de forêts, et qui toutes semblent avoir été déchirées par des convulsions souterraines; près de l'aiguade se trouve, à toutes les époques de l'année, le meilleur mouillage pour les grands bâtiments.
Le village de Scianthan est formé de cases rangées sfÊt la plage presque au milieu du ressac, dont l'écume blanchit leurs faibles pilotis: elles sont séparées du pîed de la montagne par une grève sablonneuse et ressèrée; quelques torrents qui descendent des montagnes, fournissent de Peau aux habitants et alimentent celle de l'aiguade; les villageois s'y construisent des conduits en bambou, au moyen desquels l'eau abonde près de leurs habitations. Une partie de ce village est
habitée par des Chinois dont les cases annoncent l'aisanoe et la propreté; ils tissent des étoffes de seîe très-fines; à cet article, dont l'exportation est pen considérable, les insulaires joignent d'autres produits de leur industrie ou de leur sol, tels que des cocos, du poisson , des holothuries séchées au soleil , et une grande quantité de sagou, qui sont échangés contre des toiles de coton d^Europe, des porcelaines communes de la Chine, de la quincaillerie, et enfin contre du rix, dont ces iles ne produisent pas assez pour la noorriture de leur population. Celle-ci cependant est si peu nombreuse que le village de Scianthan, chef-lieu de la partie occidentale de l'archipel, ne contient pas plus de trois à quatre cents habitants, dont la plupart sont esclaves et appartiennent presque tous au Sultan de Lingga, pour lequel ils font la pèche quand la saison est favorable, et cultivent les terres pendant le reste de l'année. Le radja qui gouverne au nom de son maître , le Sultan de Lingga , est plutôt une espèce d'intendant qu'un gouverneur revêtu de l'autorité civile ou militaire. Les habitants sont doux, hospitaliers et favorablement disposés pour les européens; mais leur goût décidé pour la piraterie, commande une surveillance toujours active aux bâtiments qui visitent ces iles soumises aux races perfides, professant l'islamisme.
Dans In direction du Nord-est des Ânambas se trouve l'archipel des. Nalunas, visité et exploré par le ca-
pilaine Laplace, dans le voyage autour cki- monde de la corvette française la Favorite.
Cet archipel est divisé , comme celui des Ânambas,. en Natunas du nord, du milieu ou grande Natuna, et en Natunas du sud; ces dernières sont rapprochées de la côte de Bornéo. L'ile visitée par l'expédition française fait partie dû second groupe, dont elle forme la partie la plus méridiopale ;. elle reçut le nom d'Ile Duperré; celle où mouilla la Favorite et où l'expédi* tien prit terre, a été nommée l'ile Belle; elle est située par 3o44'40" de latitude Nord, et 105o40'36" de foDgitude Est du méridien de Paris.
La grande Natuna, nommée par les indigènes Boongorang, dont la forme présente* quelque analogie avec celle d'une poire, peut avoir treize lieues dans sa plus grande longueur du Nord au Sud et huit lieues de large. Les insulaires disent que cet archipel est assez peuplé; les esclaves forment une partie considérable de C43tte population; ils cultivent la terre et vont à la pèche, pendant que leurs maîtres se reposent ou se livrent a quelque entreprise de piraterie.
Le commerce de ces îles se borne à des échanges de peu de valeur ;^ les prahoe portent à Singapore des cocos pour faire de l'huile, du poisson salé et des holothuries séchées; ces articles sont payés avec de la quincaillerie, de l'opium, du riz et des étoffes communes de coton. Le métier principal des chefs est la piraterie , à laquelle il est d'autant plus difficile de mettre un terme que, sous le prétexte de leur propre sûreté, tous leurs prahoe sont armés, et que leséquir
pages se livrent, suivant les circonstances, an dooble métier de marchands et de forbans* Les Natunas, de même que les Anambas, forment des possessions régies par des radjas, sujets du prince de Lîngga, feudataire du Gouvernement néerlandais.
Au Sud-est des Natunas du sud, entre celles-ci et la pointe Datu, est situé l'archipel de Sarasan on Sarossou (1). Ces iles appartiennent paiement au prince de Lingga; mais plutôt de nom que comme propriété reconnue, sur laquelle il exerce le pouvoir. La pliû grande de ces îles à trois lieues et demie de long sur une largeur d'une lieue et demie. Le major G. MûUmt visita cet archipel en 1822. Cet officier insiste dans son rapport sur ce que le Gouvernement ordonne de former un établissement dans l'ile principale de ce groupe, dans le but d'y protéger les habitants contre les' brigandages des pirates du Nord de Bornéo; puis d'empêcher ceux-ci d'infester continuellement les mers sur la route directe du commerce de la Chine. Si en effet, la Néerlande avoit planté son pavillon sur l'una de ces iles, et qu'elle y eût tenu en station quelques croiseurs armés, il est présumable que PAnglais James Brooke n'aurait pas été tenté de se fixer
(1) II est présumable que le major Millier parle ici d'lle$ &isant partie des Natunas du Sud 3 nous ne les trouvons pas indiquées sur les cartes ^o^apKiques sous les noms indiqués par lui; ce sont peut-être, les îles connues sous le nom de Zeeroovert eilanden (archipel des pirates).
à Sarawak, et que roccopation de Pile de Laboeair par la marine britannique n'aurait jamais eu lieu.
Le knajor G. MûUer évalue la population de Sarossou à 1200 âmes, parmi laquelle on peut compter de 300 a 350 hommes en état de porter les armes. L'agriculture fournit aux besoins des habitants, et leur permet en outre d'exporXer des fruits et de Thuile de coco, ainsi que des nattes d'un travail délicat et fort recherchées par les insulaires. Ce commerce est entretenu par 14 à 19 prahoe du tonnage de 4 à 5 kqjang, et ces bâtiments peuvent atteindre en quelques heures l'embouchure de la rivière de Sambas. Les embarcations de ces indigènes diffèrent de toutes celles en usage par- DÛ les populations de Bornéo; la construction en est plutôt semblable à celles des prahoe de Java et de Madura. Indépendamment de Sarossou et de deux autres lies situées à l'Ouest de Tandjong-datoe , il s'en trouve encore cinq autres dans la direction Sud-est de ce cap, DonunémentMassak-iaut, Massak-darat, Haga,. Badin et Aloe.
Plusieurs autres petites lies peu connues et qui n'ont probablement jamais été explorées ^ sont situées le long de la côte septentrionale de Bornéo-propre. Dans ce nombre, la petite île de Laboean vient de devenir un point important qui captive aujourd'hui l'attention des puissances maritimes de l'Europe, et qui, sous plusieurs points de vue commerciaux et politiques,, doit intéresser vivement les maîtres de rArchipcL
L'occupation de Laboean par la marioe anglaise, doit nécessairement éveiller la sollicitude du Gouvernement < néerlandais pour ses possessions fort étendues dans Pile de Bornéo, attendu que les conséquences en sont incalculables dans l'avenir caché par an voiie sombre, qu'il serait toutefois imprudent de soulever maintenant. Il est de fait que, l'occupation de cette petite ile au nord de Bornéo, où nous avons des établissements sur la presque totalité du littoral, est un acte de force brutale portant atteinte à l'indépendance des princes souverains de la partie septentrionale, dont l'autorité devait être respectée par les deux puissances contractantes, et maintenue en vertu des conventions stipulées par le traité qu'elles conclurent en 18S4 (1). Cette indépendance que la Néerlande avait cm devoir respecter, et à laquelle nous n'avons jamais porté atteinte soit directement ou indirectement, a été violée par l'Angleterre , du moment qu'elle est intervenu au moyen de ses forces navales, et qu'elle a pris possession d'une île qui commande l'entrée de la rivière de Brauni, sur les bords de laquelle se trouve le chef-lieu où réside le prince qui gouverne cette partie de Bor-
(1) Les Ang;Iai8 semblent parfaitement convaincns de l'injnsfire de leur procède relativement k l'occupation de Laboean: dant (uns leui*8 écrits, dans la plupart des articles de joamanx, même dans les feuilles périodiques de l'Inde qui sont les plus hostiles au commerce de la Néerlande, on remarque une tendance à disculper leur gouvernement sur rillëgalité de cette occupation. Tous prennent à tâche de persuader an public qu'aucune jalousie commerciale n'a servi de motif à cet envahissement.
néo. . Il est conséquemment fort naturel que la nation néerlandaise ne voit dans l'occupation de Laboean qu'un acheminement de l'Angleterre à s'établir de plus en plus dans i'ile de Bornéo, de nature à raviver des questions qu'on jugeait complètement résolues par le traité conclu entré ces deux puissances. En dernière analyse, l'occupation de Laboean, sans violer directement ce traité du 17 Mars 1824, est un acte attentatoire au but évident et manifeste de cette convention: il rompt l'entente cordiale établie entre les deux, autorités dans l'Inde, et le droit du plus fort remplace l'équilibre des pouvoirs que ce traité avait pour but d'établir et de garantir mutuellement aux parties contractantes, dans leurs possessions indiennes.
D'après ce nouveau trait de la politique britannique, sur quoi peut-on compter? N'est-ce pas professer ouvertement la maxime odieuse : que les petits états peu* vent jouir en paix de leur droit , aussi longtemps que les grands n^ont amun intérêt à le leur ravira
En Juin 1846, une expédition navale partit de Sin^ gapore dans l'intention de se rendre à Bornéo-propre et de prendre possession de Laboean. L'escadre comman^^ dée par le contre-amiral Cochrane , était composée de qua* tre vaisseaux , de deux pyroscaphes et de quelques petits bâtiments de guerre. Conformément aui^ ordres du Gouvernement britannique, cette force navale, après avoir détruit les moyens de défense que le Sultan avait fait élever pour garantir sa capitale contre toute agrès* sion, sortit de la rivière de Brauni, et vint occuper Laboean. L'Angleterre en prit possession afin d'y établir
une station maritime, et dans le bat proclamé de protéger aa navigation et son commerce avec la Chine , d'étendre ses rapports commerciaux dans l'Archipel de l'Inde j et d'y former un entrepôt de houilles j afin de fournir aux steamers qui naviguent entre Singapore et Hong-kong, le moyen de renouveler leur prévision de charbon.
Laboean est située au 5<>18' latitude Nord et au 115^ 14' longitude Est du méridien de Greenwich; cette lie peut avoir en longueur du Nord au Sud à pea« près 2 milles géographiques et sa largeur moyenne de l'£st à l'Ouest n'est que d'un mille. Elle est distante >de Hong-Kong de 1009 milles anglaises, de Singapore 707, de Siam 984, et de BSanille 6S0 milles: Un chenal lai^e de 3 milles seulement, la sépare de l'état de Brauni dont, elle fait partie.
Cette île est élevée d'environ 50 pieds au dessus du niveau de la mer. Elle est couverte en grande partie d'arbres, parmi lesquels se trouvent d'excellents bois de construction. Quelques ruisseaux d'une bonne eau arrosent le pays durant la saison pluvieuse; mais ils tarissent dans la mousson sèche, quoique les habitants assurent qu'on n'y manque pas d'eau. La côte offire un bon ancrage, quoiqu'il ne soit pas fort étendu; l'on y est à l'abri des vents du N. E., et les vaisseaux peu<^ vent mouiller tout près du rivage. Le terrain sur le* quel il conviendrait de construire l'établissement est bas; toutefois l'on dit que l'air y est sain. Le sol est formé d'un sable entremêlé de glaise; on prétendait que des couches de houille avaient été trouvées dans le nord.
mais une exploration plus exacte faite plus tard dans cette lie , donne un démenti à cette assertion. Des cou* ches houiliières ont à la yérité été découvertes sur plu* sieurs points de la côte septentrionale de Bornéo, et il s'en trouve une de plusieurs pieds d'épaisseur à l'em* boucbure du Brauni, à la distance seulement de dix mil^ les de l'ancrage de Laboean. La défense de cet ancra* ge contre un ennemi européen est facile, car la passe est bordée des deux côtés par un tlot et par des récifst La position géagraphique de cette ile la rend propre à servir de refuge aux navires en détresse ou qui ont des avaries à réparer; elle peut servir aussi à ravitailler les bâtiments en destination pour la Gbine; sa situation en est excellente pour réprimer la piraterie, ainsi que pour étendre et protéger le commerce de l'Angleterre (1).
(I) Les DoaTeaax amis des Angflaîs dansJe Cëleste-Empire, ne font pas défant & iem* oommeroe dans l'exercise de k piraterie. » On écrit de fiong*Kong, qne lo 6 Ferrier dernier, deu navires anglais, r Onega et la Caroline ^ ont été attaqués dans la baie de Chiaien près d'Amoy par des pirates qui ont égorgé les deoz capitaines , les officiers, ainsi que la plus grande partie des équipages, et enlevé un immense butin. Sur V Onega , les fbrbans ont pris une cargai« son d'opium évaluée â 70,000 dollars (350,000 fr.) et 40,000 dollars (200,000 (r.) en espèces; la perte de la Caroline ^ en opiom et en argent, est de 300,000 francs an moins." Dee eapiuree de ceiie importance n^ont jamaie été faiiee par dee piratée , éhtne les mère de V Archipel que le pavillon néerlandaie couvre de ea protection.
Gomme preuve que la marine militaire anglaise n'est point en état de réprimer la piraterie dans le rayon de ses principaux établissements dans l'Indo-Cliine , nous citons ici quelques passages
Toutefois, dit James Brooke, ce n'est pas on paradis, et tout autre ile où l'on trouverait un bon climat, et
^a voyage en Cliiney par Mr. HaaMmann, dont le premier ¥oloine .vient de paraître en Mai 1847. — II y est dit, page 294 et suivantes : » Tons les hivers , l'enlrëe de la rivière de Canton et les environs de Hong-Kong sont infestés de pirates qui arrêtent les jon* ques , les fast-boats , les lorchas et qnelqoefois des navires ^ trois mâts, avec nne andace inonie. Le 29 Novembre 1844, nn bâtiment marchand américain de 180 tonneaux, venant de Hknille, fut pris à Tabordage par nne eentaîne de pîvates. Après le pillage, le navire fut abandonné. Cette attaque eut lieu près des Bogues. *— A la fin de 1844, un navire anglais faisant le trafic de l'opium, fut capturé par des pirates près des neuf iles , â deux kilomètres de Macao. Ils étaient en train de piller, quand survint le l>ateau à' vapeur français VArchimèdCy qui, malheureusement, n'am'va pas assez à temps pour sauver la vie à un seul homme de l'équipage. On ne trouva plus que quelques caisses que les pirates n'avaient pas eu le temps d'enlever. — Pendant le mois de Décembre 1845, un assez grand nombre de jonques et de lorchas furent prises et pillées par des brigands qui poussèrent leurs incursions jusque dans les rades de Hong-Kong, de Macao et dans la rivière de Canton, au delà des Bogues. Six bateaux qui naviguaient de conserve , furent un jour capturés par ces audacieux pirates. Il est peu de numéros des gazettes de Hong-Kong qui ne rendent compte, pendant certains mois de l'année, de l'attaque ou du pillage de quelques embarcations chinoises. — Les Européens faisant en hiver des traversées en fast-boats , sont obligés de s'armer de pied en cap et de voyager en nombre, pour être en état de repousser une agression subite. £n Décembre 1845 quelques employés attachés à la légagation francise de Mr. de Lagrené , se virent menacés d'une attaque dans les environs de Bocca-Tigris ; ils ne durent leur salut qu'à la bonne contenance des Français bien armés."
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qui serait pounrue de bois et d'eau potable, répondrait au but et serait également bonne (1).
Plus au Nord de Bornéo et dans la direction de l'Est, se trouve Balambangan ; cette ile, occupée par l'Angleterre depuis 1769 jusqu'en 1775, a été abandonnée par suite des attaques réitérées des populations sauvages des iles Soeloe. Dalrymple était parvenu à y former un établissement comprenant quelques autres îles, telles que Balabak, Banguay, Malaveli et autres qui reçurent le nom de Felicia. D'après la carte de Dalrymple, Balambangan occupe le 7ol6'13" latitude Nord et le 114<>37' longitude Est du méridien de Greenwich.
En 1775, les pirates^ des iles Soeloe et de Magindanao surprirent le fort principal , et firent maiif basse sur une grande partie de la garnison composée principalement de Bouguinais; un petit nombre d'Anglais échappés à cette boucherie , parvinrent à gagner les bâtiments qui se trouvaient dans le port, et moyennant lesquels ils purent se soustraire à leurs ennemis; ils di-
(1) A en croire les joomanx angolais sar parole, on s'imag^'nerait aisément que Laix)ean est une ile poorme de toos les dons de la natnre, et qae la prospérité et les richesses échoiront en partage an mortel fortuné qni foulera cette ten'e de promission. Le Timeê a annoncé, fort récemment, qu'on a découvert un dépdt de houille, à la distance de 334 yards des' rires d'une baie qni offre nn bon ancra^ oà les -êteamers penvent prendre leur charg^ement de charbon.
rigèrent leur cours sur l'ile de Laboean, où^ quelque temps après, un sort pareil à celui qu'avaient éprouvé leurs compatriotes à Balambangan, devint leur partage. On assure que le butin fait par les pirates k Balambangan, peut être évalué à dix millions de firancs.
En 1803 l'Angleterre prit de nouveau possession de cette lie ; elle y envoya une force navale ainsi que quelques troupes: mais deux de leurs navires échouèrent, et peu de temps après ils furent contraints d'abandon* ner une seconde fois cette ile inhospitalière.
Tous récemment encore , les maîtres de l'Inde continentale ont eu à opter entre le projet de former un élablissement à Balambangan on bien à Laboean; la dernière de ces îles a paru répondre mieux à leur intention: car, dit James Brooke, quoique envisagée sous des rapports politiques et nfercantiles , Balambangan soit mieux située, il est de fait que Laboean mérite d'obtenir la préférence, en considération de son port plus sur, de la nature du sol et de la position plus avantageuse de cette île environnée de populations amies. A Laboean nous pouvons disposer de la populatim de Brauni (Bornéo-propre), et son gouvernement est le nôtre. (//)
Puis ailleurs le même auteur s'exprime ainsi: Balambangan a pour nous une grande valeur comme station de notre commerce avec la €hine. En temps dé guerre, sa position commande les passages aboutissant à Manille et ceux qui conduisent au détroit de Macassar ; mais cette ile est environnée de repaires nombreux d'écumeurs de mer; les populations voisines sont
indomptables, guerrières et ennemies. A Balamban-» gan y l'insalubrité du climat est prouvé par la mortalité qui exerça ses ravages sur les Anglais, lors des deux occupations précédentes. Mais, dit Brooke, si nous réussissons dans V occupation de Labœan , rien ne peut nous empêcher de prendre également possession de Balamr bangan. (/)
Certes, ce ne sera pas la Néerlande qui enviera à l'Angleterre le pouvoir dans ces régions; sa marine n'est pas de force à s'opposer aux conquêtes que sa puissante rivale fera dans ces parages; les envahissements qu'elle médite, ne seront pas non plus en, contravention avec l'esprit et la tendance du traité de 1824. En éten« dant son pouvoir sur le vaste archipel de Soeloe et sur les autres grandes îles entre Bornéo et les Philippines, l'Angleterre accomplirait une oeuvre philantropique et méritoire. Puisque le besoin d'écoulement des produits de son industrie colossale, ainsi que son paupérisme me* naçant qui mine sourdement les bases de son édifice social, la pousse sans-cesse à étendre ses relations commerciales, souvent au delà des bornes de la justice et du droit; c'est dans les contrées insoumises, hostiles au commerce de toutes les nations, qu'elle devrait chercher à étendre ses conquêtes. Par l'apparition de son pavillon redoutable au centre des repaires des écumeurs de mer les plus indomptables et les mieux aguerris, l'Angleterre se montrerait fidèle à remplir la mission qu'elle s'est adjugée de réprimer la piraterie dans les mers de l'Indo- Ghine; parmi ces populations fort nombreuses des archipels de Soeloe , de Magindanao et de Palawan , elle
trouTerait à combattre, à civiliser et à conTertir des indigènes plus farouches et plus sanguinaires tque ne le sont sous ces rapports les paisibles Dajaks de l'intérieur de Bornéo! Le double but qu'elle fait sonner bien haut et feint de se proposer, par lequel elle tâche surtout de ligitimer ses envahissements dans l'Archipel, celui notamment de délivrer les mers de VInde des frrt^afub qui les infestent , ainsi que de porter la civilisation parmi les populations encore sauvages^ ne serait plus une for&nterie ou une déception; mais l'oeuvre qu'elle accomplirait par l'intervention de ses. forces navales, au centre du grand foyer de la piraterie et du trafic des esclaves, aurait dumoins un caractère légal .ainsi qu'une tendance vraiment philantropique.
La grande île de Palawan ou Paragoa s'étend, dans une longueur de 25 milles dans le Nord de B<»rnéo; sa largeur n'est que de 10 milles; elle est située entre le 134o37' et le 137o20' longitude Orientale et entre le 7o5' et le 11° 30' latitude Nord; sa superficie serait de 421 milles D. Cette ile n'est que trop réputée par les nombreux naufrages qui ont lieu sur ses c^tes, repaires des pirates et des brigands dont la population se trouve composée. Le sol est élevé, montagneux et boisé; plusieurs petites rivières l'arrosent abondamment, et l'on y trouve plusieurs baies: mais les côtes sont partout couvertes de bas-fonds et de récifs dangereux pour la navigation. Le climat. passe pour malsain, et la chaleur y est excessive. On assure que les plaines sont
très-fertiles ^t les montagnes couvertes de belles forêts; dans le nombre des arbres qui y croissent , ceux propres aux constructions , à l'ébénisterie , ainsi que les espèces d'arbres résineux y sont fort abondants; les rotaus et les nids d'oiseaux peuvent servir également à l'exportation; l'or s'y trouve aussi, mais en petite quantité; la nourriture principale des habitants est le bled de Turquie ou maïs.
Le Sultan de Soeloe s'attribue le pouvoir sur une grande partie de la côte orientale, et l'Espagne semble y exercer un simulacre d'autorité; elle aurait, assuret-on, un fortin vers l'extrémité septentrionale de l'île; mais l'autorité de l'un et de l'autre de ces gouvernements y parait méconnue, car les habitants s'adonnent complètement au brigandage et exercent la piraterie comme industrie de prédilection. Cette grande ile n'est du reste nullement connue, et les renseignements que nous venons de fournir ne reposent sur aucune relation scientifique de date récente.
Les iles de Kagayan, Caloeja, Malaveli, St. Michel, Kagajan-Soeloe , Balabak, Banguey et plusieurs autres, également situées au nord de Bornéo, n'ont point été iQLplorées dans ces derniers temps.
Le vaste archipel sur lequel le Sultan de Soeloe (1) est censé exercer le pouvoir, est composé de deux cents
(1) Les habitants de ces iles prononcent Soogy et les Espa^ols Holo. Les Hollandais écrirent Soeloe poor les distinguer de Solo^ « 29
lies environ 4 on le divise en trois groupes distincts, sous les noms de Soeloe proprement dit, de Tawi-tawi et de Basilan. Nous fournirons quelques détails sur ces trois groupes peu connus.
Le prince qui y est revêtu de l'autorité, prétend également au pouvoir sur la plus grande partie de l'ile de Palawan, sur une partie du littoral Nord de Bornéo, ainsi que sur les îles comprises entre le quatrième et le septième degré ^ il s'ensuivrait dès lors que l'archi* pel de Kagajan dans le Nord et celui de Legetan an Sud, seraient compris sous son autorité. Le géographe Bergbaus dit que la souveraineté de Soeloe s'étend sur 1996 milles D environ. Forrest (1) assure que le gouvernement Espagnol tenta, mais vainement, de soumettre cet archipel sous son sceptre, et que ces populations guerrières, avides de brigandage, parvinrent constam« ment à repousser les attaques des Espagnols: les maîtres des Philippines obtinrent nonobstant, plutôt de nom qu'en fait des droits sur les iles Tapoel, Sehassi, Balangarisan et Pangoetaran; mais jamais ils n'en prirent posses* sien. Pour mettre un terme aux brigandages des ha* bitants, le gouvernement des Philippines a dirigé plusieurs expéditions importantes sur ces iles, et s'en est plusieurs fois rendu maître; mais il a toujours été obligé de les abandonner: delà résultent probablement les
▼illag^e dans Tile de Java ; ce mot est soavent nsîtë pour désigner le palais da Soesoehoenan de Soerakarta.
(1) Voyage aux Moluqws et à la Nouvelle* Guinée , iradoctîon française.
droits qu'il s'attribue sur plusieurs des lies de cet archipel ; droits , qu'il vient de faire valoir fort récemment envers la France, relativement à l'Ile de Basilan.
Sonnerat, dans son voyage à la Nouvelle-Guinée en 1772, a dit que le Sultan de Soeloe, afin de montrer son amitié pour la nation française, avait demandé le pavillon français. Le capitaine Dumont d'Urville parait croire que depuis cette époque, le drapeau blanc n'a jamais cessé de flotter sur ces iles encore indépendantes; car, dit-il, lorsqu'en 1839 les corvettes VAS'trolabe et la Zélée séjournèrent un mois environ dans la baie de Bawan, le drapeau arboré sur la forteresse de Soeloe était blanc bordé d'un liséré noir, et portait un écusson rouge représentant les portes de la Mecque..
» La ville de Solo (Soeloe) est située à l'embouchure d'une rivière qui se jette dans la mer au fond de la baie de Bewan (Bawan). Toutes les maisons sont bâties audessus de l'eau et reposent sur des pilotis ; elles communiquent entre elles par des ponts en planches très-étroits, que l'on enlève à volonté , et qui permettent de les isoler, soit séparément, soit par quartiers. Elles sont disposées sur les deux rives de manière à laisser entre elles un grand espace libre qui forme, a proprement parler, le lit de la rivière, et qui sert à la navigation des pirogues et des barques. Do côté de l'Est et du Sud, ces maisons communiquent à la terme ferme par des ponts en bambous. On remarque encore sur la rive droite de la rivière une enceinte qui entoure la ville, et qui est formée par des palissades de dix à douze pieds d'élévation. Cette enceinte s'appuie sur deux pe-
tits forts , forraés aussi par des pieux fichés ^n terre et armés de quelques mauvais canons. Les embrasures de ces pièces sont comme des meurtrières; elles sont t^lement petites, que les canons ne peuvent tirer que dans une seule direction. A l'extrémité de ce canal il existe une autre forteresse du même genre, plus grande et dominant toutes les autres. '£Ue est isolée par les eaux de la rivière qui la baignent de tous côtés; elle ne communique avec la terre-ferme que par une chaussée très-étroite et un grand pont. C'est la résidence du Sultan, au dessus de laquelle flotte le pavillon Uanc de Solo (Soeloe)" (1).
La relâche des corvettes P Astrolabe et la Zélée k' Soeloe , avait pour but principal de répondre aux avances faites par certain Datoe-Molou au nom du Sultan, et par lesquelles celui-ci faisait connaître son désir d'entrer en relation commerciale avec la France. Toutefois , l'expédition fut reçue dans celte tle avec les marques d'une grande méfiance^ la population entière se mit en émoi et manifesta constamment son antipathie* envers les Européens: même elle en vint à des démon-* strations peu rassurantes sur ses intentions pacifiques^ lorsque le capitaine Dumont d'Urville, accompagné d'un grand nombre d'officiers ^es deux navires et d'un détachement armé , alla rendre visite au Sultan. Les ouvertures données et les demandes Ëiites à cette occasion, dans le but d'établir des relations commerciales* n'eurent pas non plus auprès du Sultan le succès de-.
(1) Foyage au Pôle Sud et dans rOcéanie, tome 7.
sîré,;et l'expédition française abandonna cette population inhospitalière^ envers laquelle il faudra eonstamnient se tenir sur ses^ gardes ' contre quelque perfide coup de main de sa part.
Quoique la mission spéciale du commandant français, n'offrit aucun résultat avantageux poiir le com- Di^rce de^ cette nation dans les mers de l'Inde, néan-moins la science en recueillit des renseignements précieux. Il faut convenir que, partout où le pavillon français s'est montré dans les mers de l'Inde et de l'Océanie, il y a toujours signalé son passage par une série de relèvements et d'observations nautiques du plu9 grand intérêt, et que les relations seiratifiques des voyages de découverte entrepris dan», ces régions par la marine française , n'ont laissé que bien peu de lacur nés dans les différentes parties confiées à l'invesl^ation de ces missions; celles-ci font le plus grand honneur au gouvernement qui les fit entreprendre dans l'intérêt des sciences, et le pavillon français s'est ao* qttis par ces travaux, un titre durable à la reconnaissance du commerce maritime de toutes les nations. N'oublions pas non plus de rendre hommage au^ dé^ vouement courageux des officiers et des savants^ chargés de l'exécution de ces travaux.
Le pouvoir du Sultan de Soeloe est héréditaire dans la ligne masculine. Toutes les décisions sont prises par le prince et son conseil; celui-ci est composé par les datoeSy au nombre de quinze. La forme du gouvernement est féodale. Les datoes commandent chacun à un district; ils perçoivent les impôts; ils ont des hom-^
mes armés à eux qui les escortent dans leurs voya* ges, et qui sont toujours prêts à faire la guerre à leur profit. Les habitants ne sont soumis à aucune loi, et la force dont peut disposer le Sultan est généralement insuffisante pour les contenir. L'expédition française en fit la triste expérience lors de son séjour sur la ra« de de Bawan, et le commerce espagnol doit souTent soufirir beaucoup du caractère fiiux et fourbe de cette population.
L'ile principale, Soeloe ou Holo, est divisée en six districts, nommément Jolo ou Holo, Panchoear, Parang, Gittong, Looke et Tandoo-gannon , et sa population est évaluée à 100,000 âmes. Bawan, que les indigènes nomment aussi Soeng ou Soeg, %n est le lieu principal, où réside le Sultan. La position géographique de Bawan , selon le relèvement de la frégate française la Cleopatrcj est par le 6o3'36" latitude Nord et le 121o2'20" longitude est du méridien de Greenwich; on évalue la population de cette capitale à 10,000 âmes.
Les relations des navigateurs du siècle précédent, ainsi que les renseignements d'une date plus récente, en faisant mention de ces iles, sont d'accord pour les louer sous le rapport de leur beauté pittoresque, de la richesse que la nature y étale et de la fertilité incomparable de leur sol. Fort peu d'iles du grand Archipel peuvent rivaliser avec Soeloe, par le luxe ainsi que par la vigueur étonnante de sa végétation (1).
(1) Dalrymple Oriental Repert, dit: There arc perhaps, (ew places in the world more agréable thao Sooloo, pariicalary in the
Ces restions qui nous font connaître [es beautés naturelles échues en partage à cette contrée^ nous apprennent . aussi à nourrir une opinion moins favorable du caractère des indigènes qui en forment la population: le naturel de cette race islamite est traître et fourbe au plus haut degré; le vol et le brigandage tant sur terre que sur mer forment leur industrie principale; ils abandonnent le plus souvent aux esclaves capturés par leurs agents dans les autres lies du grand Archipel, tous les soins de l'agriculture, ce qui est cause qu'il manque de bras pour faire valoir le sol, et qu'on se trouve toujours exposé à des disettes dans un pays où l'abondance ne manquerait pas de régner habituellement, si les indigènes s'adonnaient à cette industrie; mais le trafic des esclaves, la rapine et le brigandage les captivent au point qu'ils sont sans cesse armés et dans un état continuel de frénésie guerrière. Pour mettre un frein au caractère pervers de ces
arrangement and figore of the bills , some wher of are coTered with stately woods , otbers mùi clear gra8»-Iand , deligChfally verdant , ezoept in spots , where it bas been bomt for caltivation , and wbicb , from the Tariety it affords , conveys more tbe idea of pleasure tban of barrenes. Many of tbe bills are coltivated almost to tbeir sommits, and tbe fields, sorroanded witb clamps of woodland» aiford a deligtbful prospect to tbe eye, iivbicb only wants coontry-seats , cbarebes , and sucb décorations of a civilized peopel , to fbrm a complète landsbip, as tbe buts wbicb appear scattered over tbe coantry , are bat a poor sobstitate for tbe want of better habitations. Tbe coast is generaly woody, so tbat it is no small pleasnre to tbe eye, as it werc, to steal tbroufjb tbis barricr into tbe cultivated scènes.
insulaires à demi civilisés et pour réprimer en eux les habitudes innées de la piraterie, il serait nécessaire de réorganiser complètement l'état social qu'ils ont adop* té , en les contraignant par la force k renoncer à leurs coutumes dérastatrices.
«Le peuple de Soeloe, dit filr. Dubouzet (1), rit dans une indépendance senrile et abrutissante; il sert d'instrument aveugle à chaque datou pour satisfaire par le meurtre et la rapine ses passions et sa cupidité. Chacun de ces datous habite un quartier séparé, où il est toujours entouré de ses hommes d'ar* mes qui font la garde jour et nuit autour de sa per* sonne. Cette défiance mutuelle est pour eux le meilieur gage de sécurité, tant ils sont disposés a tomber sur leurs voisins à l'improriste. On ne saurait trop se mè* fier de la mauvaise foi que ces hommes mettait dans toutes les transactions de commerce. Ils excellent dans l'art de mêler le cuivre à l'or, et de tout falsifier. Cette manière d'agir leur parait conforme au droit commercial, et tellement naturelle qu'ils s'en vantent au besoin. L'honneur et la justice sont des idées étrangères à ce peuple presque sans religion , car ce n'en est guère une que le mahométisme sensuel et mal ôom* pris qu'ils sont censés professer. Loin de mettre un frein à la licence des moeurs, le mahométisme, tel qu'ils le suivent, porte au contraire aux plus grands désordres. Chez eux , la femme est un être complètement dégradé; elle y est plus maltraitée que chez les
(1) Voyage au Pôle Sud et dans VOcèanie^ Vol. 7.
peuples étrangers à toute civilisation. On est étonné de voir les Chinois s'établir au milieu d'un tel peuple; ces hommes industrieux font là comme partout le principal commerce, mais ils n'y jouissent d'aucune protection légale; ils iont assez misérables, sans cesse exposés aux avanies et cachant leur aisance pour éviter le pillage."
» L'ile de Soeloe, ajoute Mr. Montravel, est une des plus belles et des plus pittoresques que nous ayons vues depuis notre campagne; elle est d'une fertilité remarquable; elle produit tous les fruits et les légumes, des pays intertropicaux et nourrit quantité de boeufs et de chevaux. Il est rare de rencontrer un habitant de la campagne autrement que sur l'un de ces ani* maux; c'est le seul moyen de transport dans un pay« montagneux et privé de toute route. Dans leur accou« trement guerrier, avec leur casque en cuivre, leur cotte de mailles, leur lance et leur bodclier, ils représentent parfaitement les cavaliers du moyen âge et donnent un aspect on ne peut plus pittoresque à ce pays."
Les navires espagnols et portugais, ainsi qu'un pe* Ut nombre de trafiquants anglais, sont à peu près les seals bâtiments européens qui viennent à Soeloe dans mi but commercial; ils apportent à Bawan des armes •t de la poudre à canon, de l'opium, tous les articles d'Europe, tels qu'indiennes k grandes fleurs, mousselines, fers, quincailleries, verroteries et des articles du Bengale et des Philippines; ils en exportent des nids de salanganes, les plus estimés de tous ceux qui se récoltent dans le grand Archipel, du tripang, des per-
les, de la nacre y de Técaille de tortue^ de la cire des abeilles sauvages , du camphre et une petite quantité de poudre d'or: objets qui tous trouvent un bon débit sur les marchés chinois. Quelques jonques chinoises se hasardent aussi à trafiquer avec les Soebeniens; mais ils paraissent ne jouir d'aucun crédit au milieu de cette population guerrière; ils subissent patiemment toutes les vexations dont on les abreuve , pourvu qu'ils en tirent un profit. Tous les écumeurs de mer viennent porter le fruit de leur rapine a Bawan; c'est là [H)ur eux un arsenal où on leur fournit des armes , des munitions et même des prahoe pour continuer leur brigandage.
Un anglais nommé Windham est établi à Bawan; il s'y est acquis le monopole du commerce; c'est par lui que ces insulaires sont abondamment pourvus d'armes à feu et de munitions; il est en relation très-suivie avec Manille (1).
Le deuxième groupe du vaste archipel Soeloenien porte le nom de Tawi-lawi; il est désigné par les navigateurs sous celui d'Iles du sud. Dalrymple dit qu'il compi'end 56 îles, dont Tawi-tawi (aussi nommée par les indigènes Beca ou Siboetoe) est la plus considérable. Beca ou Siboetoe s'étend sous le 157o34' de longitude orientale et le 5<>5' de latitude nord. Celte île est
(1) Pour les deuils plus circonsUnciës ainsi que ceax concernant plusieurs autres îles du groupe de Soeloe proprement dit, on peut consulter For est ^ Foyage aux Moluques, la relation du Foyage an Pôle Sud y toitu 7 et les deux mémoires du lieutenant de marine Gregory ; Toir Tijdêchrift voor Neêrlandê Indie , Ide Jaargang.
très-élevée et TÎsible en mer à une grande distance; sa superficie est de 15 milles D. On y trouve deux lacs considérables; le plus grand porte le nom de Dongon, Tautre est moins remarquable: du premier sortent deux rivières; l'une d'elles qui a une profon^ deur de 5 à 7 brasses, coule à la mer; son embouchure est obstruée par une barre, sur laquelle à marée basse on ne trouve que quelques pieds d'eau. Ce groupe est le moins peuplé de toutes les iles de cet archipel. On y trouve différentes espèces de beaux bois de construction; il fournit également des nids de salangane j et la population s'adonne principalement à la pèche des huitres perlières, qui y sont fort nombreuses en raison de la multitude de bas fonds dont ces iles sont entourées. C'est à quoi se bornent tous les renseignements que nous pouvons fournir sur les iles Soeloe du Sud, que la marine anglaise ne manquera sans doute point de visiter dans ses courses avantureuses.
Le pouvoir éphémère du Sultan de Soeloe est censé s'étendre également sur le groupe d'iles du nord de Soeloe', désigné sous le nom de groupe de Basilan, emprunté de l'Ile principale connue sous ce nom, et qui est la plus rapprochée des possessions espagnoles des Philippines, dont Magindanao forme la partie méridionale. II parait que la couronne d'Espagne s'attribue la faculté de revendiquer, selon sa convenance, le pouvoir sur une partie des iles de ce groupe, puisqu'elle a fait valoir ses droits sur Basilan, lorsque, fort récemment, l'escadre française commandée par le contreamiral Cécille, a fait des démonstrations pour s'empa-
rer de cette tle afin de la acmmettrè à l'aiitonti^ ii» la France.
Tont ce qui . vient d'avoir lie« dans ces mers ddt faire conjecturer que l'escadre française ^ composée des fiâtes la Cléopatre et la Sirène) des corvettes la ¥«> torieusey VAlcmène et la Sabine et dv pyioscaphe 1'.^ chimèdey après avoir rempli sa mission en Chine et s'être présenté sur les côtes du Japon^ a dirigé sa course sur l'archipel de Soeloe, dans le bui d'y ponrsuîvm les travaux nautiques commencés par l'espédition sons les ordres du capitaine Dumont d'Urville, mais anssi afin de s'assurer s'il conviendrait aux intérêts du Gov** vemement français de prendre poste dans ces pavages, et d'y pénétrer pour faire participer son commerce au. développement considérable qu'on est en droit d'attendre des nouvelles relations ouvertes avec la Chine.
La France est parvenue à force de persévérance et pat des sacrifices fort onéreux a son trésor, à s'installer dans quelques iles situées à l'extrémité ^posée de rOcéanie, fort éloignées des mers ou se discutent aujourd'hui les grands intérêts du commerce maritime de rindo-Chine et de l'Australie (1). Il est conséquemment naturel et légitime qu'elle se soit présentée dans
(1) Ceé p0MeMÎ0Q8 aoqaises par la France dans i'Ooéanîe n'ont offert jusqu'ici aucun résultat marquant ni salutaire pour la marina marchande française: elles paraissent servir uniquement de auccursale à sa propa^de religieuse , qui semble Touloir exploiter à son profit l'archipel de la Société et les lies Marquises. — Le ministère a toujours dit que c'était une position acquise pour l'époque tuellc où serait percé l'isthme de Panama.
cette noayelle arène mercantile avec des forces de nature à faire respecter son pavillon, d'autant plus que le maintien de l'honneur national devait interdire à son gouvernement, d'accepter des mains de l'Angleterre le Kbre accès des ports chinois, ouverts au commerce de toutes les nations. La France usait également de son droite et aucune démarche illégale ne saurait hri être imputée, lorsque après avoir échoué dans ses tentatives toutes pacifiques pour faire ouvrir à son commerce les ports du Japon, elle jugea nécessaire aux intérêts de sa marine marchande, d'aviser au moyen le plus convenable d'occuper militairement une ile peu éloignée des parages vers lesquels se porte aujourd'hui le grand mouvement commercial, qui semble appeler l'Archipel malais à des destinées nouvelles (1). -
Comme nous n'avons à nous occuper dans cet ouvrage, que de faits accomplis ainsi que de conséquences qui en résultent, toute discussion politique ou d'intérêt mercantile, relative à l'occupation éventuellede l'ile de Basilan par la marine française, serait su-, perflue. Il est, néanmoins probable qu'au cas ou le drapeau protecteur de la France eût été arboré i Basi*.
(1) U est jaita que l'on cite an nombre des &iU historiqnes de noire temps» qae le CroaTernement néerlandais» ma par l'intdrôt qu'il porte an commerce onÎTersel» a insiste sérieosement et ayec énergie auprès de l'empereur du Japon» son allié depuis plusieurs siècles» pour qu'il ouvrit les ports de son empire au libre commerce de toutes les nations, dans l'intérêt réel et bien entendu de l'industrie mann&cturière et agricole de son pays.
lan, la situation politique ainsi que les intérêts commerciaux de la Néerlande dans les mers tropicales , en eussent éprouvés des influences salutaires. Cette occupation aurait aussi pu agir puissamment sur le perfectionnement de Pétat social des populations du vaste archipel de Soeloe, où la civilisation vicieuse, que nous y trouvons établie aujourd'hui, est plus contraire et plus hostile à toute espèce de réforme ou d'amélioration quelconque , que ne le serait eelle qu'on tenterait de faire adopter parmi des populations encore sauvages.
L'étendue de Basilan est fixée par les géographes, à 12 milles de l'occident à l'orient, et sa largeur a 3 ou 4 milles; sa latitude est par le 6^Z0" Nord et par le 120<>9f" longitude Est du méridien de Greenwich. Les îles Tamook, les Pilas, Balak-Balak ainsi que plusieurs autres font partie de ce groupe.
La population de Basilan est méchante et perfide; son caractère fourbe la porte aux plus grands excès; le meurtre et le brigandage s'y commettent lorsque quelque occasion de dépouiller un étranger se présente. Horsburgh en fit en 1793 la fatale expérience; plusieurs bâtiments y ont vu quelques hommes de leurs équipages traîtreusement asassinés; un sort pareil atteignit récemment un officier et quelques mariniers du bâtiment de guerre français, la Sabine , faisant partie de l'escadre du contre-amiral Gécille. Malosa , le bourg principal de cette ile, a été détruit par cette expédition, en réprésaille du meurtre dont il vient d'être fait mention. — Nous n'avons rien appris sur la constitution
physique non plus que sur les productions du sol de ces lies. Tout ce qui est du domaine des sciences na« turelles reste encore à explorer et à étudier, dans tous ces groupes sur lesquels nous venons de fournir quel* ques notions historiques.
Les autres iles au Sud du vaste archipel de Soeloe, sont moins connues encore que ne l'est celui-ci. Plu* sieurs de ces petits groupes sont situés à l'embouchure des principales rivières des côtes orientales de Bornéo; ils font partie des états de Berow, de Koeti et de Banjermasing; quelques autres iles isolées sont plus éloignées de ses parties du littoral, ou bien elles forment de petits atoUons dans le détroit de Macassar entre les câtes de Célèbes et celles de Bornéo. Ce passage a été jusqu'ici peu fréquenté par les bâtiments du commerce européen, et il est rarement parcouru des caboteurs indigènes, parce que la navigation sur ces mers, à l'Est de Bornéo, est sans cesse exposée aux at« taques des écumeurs de mer de Balangigni et des Illanons de Magindanao: ces pirates se trouvent les maitrea dans ces parages; ils y traûquent de marchandises et d'esclaves; puis, lorsque l'occasion leur semble favorable, ils se réunissent plusieurs dans l'attaque de quelque bâtiment marchand assez téméraire pour s'aventurer dans ces eaux, au milieu de brigands qui naviguent sous l'apparence tVompeuse de traficants paisibles.
Depuis fort longtemps le détroit de Macassar n'a été fréquenté, comme passage maritime, que par un pe-
tit nombre de baleiniers et par quelques navires allant en Chine ou qui en reviennent à contre-monsson. Ce passage, par le mouvement qm se prépare dans rArchipel, semble destiné à devenir la grande voie commerciale entre les mers de TAustralie çt celles de l'Indo- Cbine: là s'ouvrira bientôt une arène nouvelle aux spéculations mercantiles. Les événements qui viennent d'avoir lieu en Chine; ceux auxquels on peut s'atten* dre comme résultat des démonstrations récentes de h marine britannique dans le Bocca-tigris et à Canton; les tentatives et les projets des Anglais dans le nord de Bornéo ; la répression plus sérieuse et sur une échelle plus étendue de la piraterie dans les mers de Min* dore et de Soeloe; la franchise de tous droits accordée au port de Macassar; le commerce et la navigation de l'Australie qui devront nécessairement se porter vers les mers de la Chine et de la Mantchourie, voire même un jour jusqu'aux côtes du Japon et de la Corée; enfin tous ces éléments de progrès dans les rapports commerciaux des nations, doivent influer sur l'activité de la navigation qui va avoir lieu dans ce bras de mer (1).
(1) Les projets de l'Angleterre sur les Philippines, dont elle convoite la possession ou bien le patronage , ainsi qae la cession de Macao par le Portugal, s'ils venaient â se réaliser, ouvriraient one Yoie'bien plus large à ce commerce. Il est utile d'en prendre bonne note. Il y a plus: s'il est avërë que la couronne du Portugal va se trouver dans la nécessite de mettre aux enchères les débris de sa puissance au-delà des mers: on peut se flatter que cette occasion de s'assurer la possession entière de l'île de Timor, n'échappera point
Les voies nouvelles ouvertes à la navigation dans llndo-Ghine ; la part active que l'Australie va prendre ra mouvement commercial; les éléments de progrès et ie civilisation qui se manifestent de toute part dans l'Archipel soumis à la Néeriande, seront^ plus que janais^ des moyens puissants pour stimuler l'ardeur de nos commerçants. Nous ne pouvons point présumer fue, parmi 'nos compatriotes, se présentent dans Tarèoe des hommes dont les efforts hardis ^ dont l'esprit mtreprenant et les vues aventureuses, les décident à marcher sur les traces d'un Earle, d'un Brooke! Que !e commerce s'évertue donc à surpasser par le génie le ses conceptions, secondé de moyens vigoureux, mais ;oujours convenables et loyaux, les efforts incessants le sa rivale d'outre-manche à profiter des ressources pie lui offrent ses possessions de l'Inde. Qu'en An* ^leterre on ne puisse plus avancer insidieusement [ue le commerce néerlandais se résigne à une torpeur complète, et qu'il manque à notre marine militaire la brce nécessaire pour se soutenir dans cet Archipel nalais, qui fut témoin des efforts persévérants et gloieux de nos ancêtres, ainsi que des faits d'arme, de a bravoure et de la grandeur des vues de leur marine ;ommerciale et armée.
Il est, nous en convenons, regrettable que les gouernements divers qui se sont succédé dans nos pos-
notre Gouvernement Si jamais V Angleterre y prenait un ied, on peut être certain qu^elle en aurait bientôt pris quatre, !'e«t un dicton souvent employé, mai» dont personne ne contestera à propos.
sessions de l'Inde, se soient fort pea occupés d'un grand nombre d'îles, réparties dans les passes et les détnnts qui séparent les grandes îles de cet Archipel, et particulièrement de celles peu éloignées de ces grandes ter» res où nous n'avons que des établissements littoraux. Il est inconcevable qu'on n'ait jamais eu l'idée d'ordonner le relèvement nautique , non plus que l'examen des lieux dans plusieurs de ces ^tits archipels situés dans le détroit de Macasser, et qu'on ne se soit pas occupé de l'étude des ressources que peuvent offirir qudques îles isolées à l'embouchure des principaux fleuves dont les grandes terres sont arrosées. Il serait probablement peu dispendieux de former des stations maritimes sur ces points isolés où l'on aurait Ifi facilité de s'étabfir militairement. Quelques unes de ces îles offirinmt sans doute des baies sûres et commodes pour la relâche des bâtiments du commerce; ce seraient autant de nouveaux points stratégiques, lorsque les possessions de l'Etat se verraient menacées par l'ennemi. De ces stations maritimes, les repaires où se réfugient encore les écumeurs de mer, pourraient être surveillés assidûment, et leur destruction serait plus certaine; sans énumérer à tous ces avantages, les ressources qu'on pourrait obtenir du sol et des productions naturelles de ces îles.
Les Anglais viennent de nous donner l'exemple par l'occupation de Laboean. Un établissement de ce geire coûte indubitablement moins qu'une factorerie sur le littoral d'une grande lie; ces stations sont plus &ciles à défendi*e: quelques militaires et de petits bâtiments de guerre suffisent pour repousser toute agrès-
sion hostile des peuplades environnantes; tandis que, par des forces supérieures^ dont il est facile d'augmenter le nombre au besoin, on se trouve à même de dicter la loi et d'étendre son influence, en intervenant immédiatement dans un.diflerend, (quelque fut sa nature ou son motif) qui s'élèverait entre les princes voisins ou parmi des populations turbulentes. Cette influence se ferait ressentir aussi dans un rayon fort étendu des côtes d'une ile considérable, sur laquelle la métropole se propose de développer les forces civilisatrices et faire germer des principes d'ordre social.
Ces avantages, qu'on semble avoir perdus de vue depuis longtemps, ou qui ont été négligés par motifs d'économie, peut-être aussi à cause des circonstances fâcheuses des derniers temps , paraissent avoir été mieux appréciés lors de l'établissement de la Compagnie des Indes et de l'occupation des Moluques. Dans ces archipels, elle eut la prévoyance d'établir un rayon stratégique fort étendu à l'entour du centre de ses opérations: la, elle fit occuper militairement plusieurs des points principaux qui commandent les détroits, ainsi que ceux qui lui fournissaient le moyen d'exercer une surveillance constante sur quelques grandes îles , dont sa politique jugeait l'occupation superflue ; de ces petites îles son pouvoir s'étendait sur les populations environnantes, et elle pouvait interdire l'accès des grandes, à toute concurrence nuisible à son intérêt commercial. Pourquoi donc, se demande-t-on , n'avoir pas agi selon ce même principe lors qu'il fut question d'établir l'influence néerlandaise sur les principales parties du littoral de Bornéo?
On prit 9 en 1822, il est Tiai, possession des îles Karimata, parce qu'an agent anglais arait fiiit des tentatives pour entrer à leur égard en négodation secrète ayec le Sultan de Matan. Les archipels de Tam* bellan, des Anambas et des Natnnas sont placés sous le protectorat de la Néerlande , en Tertu du droit de suzeraineté qu'elle exerce sur le prince de Lingga. Nous n'avons, helas ! jamais eu de relations politiques ni mercantiles avec les Sultans de Bornéo-propre et de Soeloe; mais dans toute l'étendue du détroit de Macassar, nous n'avons pas eu soin de planter un seul jalon afin d'y faire valoir l'autorité néerlandaise, quoiqu'elle se trouvât incontestablement établie tant sur les côtes orientales de Bornéo que sur celles occidentales de Célèbes, soit par la possession de territoires, ou^ bien par des traités avec les princes tributaires de ces deux contrées. A partir des archipels de Soeloe jusqu'au 5^ Sud , pas une seule ile n'a été occupée entre ces deux grandes terres!
Aujourd'hui ces intérêts sont bien mieux surveillés. Des traités ont été conclus avec les princes de Berow et de Koeti; les clauses stipulées par ces alliances, toutes pacifiques , contiennent probablement le droit reconnu au pouvoir protecteur d'occuper les lies dans ce détroit: on peut dès lors être certain qu'elles ne tarderont pas d'attirer plus spécialement l'attention du Gouvernement de rinde, qui se hâtera sans doute d'en ordonner l'exploration et d'en faire faire l'étude.
Dans l'attente de renseignements positifs sur ces îles iiiconiuies, nous en donnons les noms portés sur les car*
tes géographiques les plus récentes, où elles se trou- Tent tracées aujourd'hui par des lignes incertaines.
Après l'ile de Legatan formant la limite Sud des Soe« loe, nous trouvons les archipels de Tieroen, de Tarak* kan ou Jakassan, de Pandjang, de Maratoea^les Boomp* jes ou Bilang-bilang , la grande île de Pamaroeang; l'archipel fort étendu de Balabalaga, comprenant plus de quarante iles ou ilôts et occupant le milieu du détroit entre Bornéo et Célèbes; puis quelques iles le long du littoral de Passir, la grande Laut ou Lauwt ainsi que ses nombreuses dépendances et les petites Lauwt, extrémité Sud des groupes dont Bornéo est entouré.
Plus au Sud se trouve SolambOy qui fait partie du groupe géographique de Java; a quelques milles à l'Ouest de celle-ci on atteint Baweauy dont nous avons fait mention dans le premier volume page 332, sous l'orthographe vicieuse d'ile Bavian. Nous terminons l'aperçu sur ces groupes par le petit archipel de Karimoth Java y omis dans le susdit volume.
Les Karimon ont été compris dans la cession des parties du littoral Nord-est de Java^ faite à la Compagnie par le Soesoehoenan de Soerakarta , mais elle ne les fit pas occuper. Les écumeurs de mer s'y étant établis, on jugea nécessaire de les chasser de leur re« paire. Le capitaine de marine Dibbitz en fit le relèvement en 1806 tant dans l'intérêt de la navigation que pour en éloigner les pirates. Lors de l'occupation anglaise un poste Y fut établi; depuis ce temps, l'auto-
rite néerlandaise en a fait une dépendance de la résidence de Japara y et un sous-résident y exerçait le pouvoir; aujourd'hui ces îles sont régies par un fonctionnaire subalterne, sous les ordres du résident de Japara.
Nous terminons ici la partie historique sur Bornéo et ses dépendances. Les événements remarquables dont les mers qui baignent cette ile ont été le théâtre depuis peu de temps, se présentant en foule sous notre plume, cette partie s'est étendue successivement au delà des limites d'un aperçu succinct; ce qui fait que Tabondance des matières ne nous a pas permis de mentionner quelques spécialités se rattachant à notre sujet; nous comprendrons celles-ci dans le troisième et dernier volume de cet ouvrage. — La partie historique que nous venons de publier sur cette ile naguère encore si peu connue, peut servir, ce nous semble, de réfutation formelle à la thèse que soutient un journal français, le Constitutionnel de Février 1847, pour nous dénier notre omnipotence sur Bornéo, ainsi que pour soutenir les droits qu'aurait la France de s'établir dans cette île. Voici la phrase a laquelle nous faisons allusion: ))Le véritable maître à^ un pays sauvage^ c^est celui qui sait s^y établir fortement y qui sait y déi>elojh per les forces civilisatrices , qui a le pouvoir de le soumettre et qui y fait respecter le droit des gens. La Hollande remplit-elle ces conditions à Bornéo.^ Evidemment IMW."
L'aperçu que nous venons de mettre aious les yeux du lecteur, démontre péremptoirement que la Néerlarh de remplit ces conditions et que les droits de son pavillon protecteur sont incontestables Puisse la nation
entière sentir vivement toute l'importance de ses possessions intertropicales, en ce qu'elles sont indispensables comme moyen d'assurer le bien-être de notre pays ! Que le Gouvernement veille sérieusement et avec énergie sur ces sources de notre prospérité nationale; que le commerce enûn ne perde pas de vue que ce bienêtre et cette prospérité dépendent principalement de ses industrieux efforts: qu'ainsi, nous ne soyons pas enclins à sommeiller sur les lauriers conquis par nos ancêtres; mais qu'à l'exemple de ces marins intrépides et de ces hardis commerçants, nous étendions de plus en plus notre prépondérance dans ces mers, sur lesquelles des destinées nouvelles nous appellent à exercer notre influence et a faire valoir notre force morale; que la marine néerlandaise, quelque faibles que soient les moyens dont elle peut disposer, commande dumoins par sa présence et par son attitude le respect aux pavillons des grandes puissances maritimes, nos concurrents dans les mers de l'Inde!