‹ Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde archipélagiqueChapitre 15 sur 16 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

PRÉCIS SUR l'histoire NATURELLE.

Tout ce que nous avons été à même de réunir, concernant les recherches scientifiques faites à Bornéo, se trouve résumé dans les indications suivantes.

Bornéo occupe une plus grande étendue territoriale que la France. Le sol y est très-varié, mais il offre partout l'aspect d'une nature primitive et sauvage à* laquelle la main de l'homme n'a rien changé, si ce n'est sur quelques parties du littoral occupées depuis plusieurssiècles par les farouches Malais, et parmi lesquels les Chinois et les Européens sont venus se fixer.

La moitié septentrionale de l'ile présente, dans quelques parties de l'intérieur, des masses étendues de montagnes, formant dans plusieurs directions des chaînes plus ou moins élevées : elles se dirigent généralement du Sud-est au Sud-ouest, dans quelques localités vers l'Ouest, mais particulièrement vers le Nord et l'Est de la contrée,, et se prolongent en partie jusqu'aux bords de la mer, renfermant dans toutes ces directions les sources d'un grand nombre de rivières assez profondes à leur embouchure; quelques-unes sont navigables à une grande distance. Entre ces chaînes se trouvent des plaines spacieuses , formées par des dépôts successifs de matières

vaseuses, qui ont coulé entre les longues vallées sinueuses de ces montagnes; la plus forte élévation de celles-ci serait, selon l'opinion de nos voyageurs, de 1200 mètres de hauteur. Le diorite, la serpentine, le syénite et autres roches quartzeuses en forment la masse. Le reste du sol, sur presque toute la surface , est couvert d'immenses forêts qui s'étendent depuis les côtes méridionales jusqu'à celles qui touchent aux mers de la Chine, et depuis ses rivages occidentaui jusqu'à ceux qui leur sont opposés à l'orient. Les parties basses de ces forêts sont sillonnées d'une multitude de cours d'eau et de lacs dont les débordements forment de ces forêts une suite continue de marais et d'immenses deltas, occupant des centaines de lieues, et qui rendent l'accès de l'intérieur impraticable pendant la saison des pluies tropicales.

Le Doeson ou Banjer ainsi que ses nombreux affluents traversent, dans leur cours sinueux, un vaste delta couvert d'une masse compacte de végétation de haute futaie, dont la plus grande étendue se trouve submergée périodiquement et à plusieurs centaines de lieues à la ronde, de quelques pieds d'eau. Le voyage de ^six semaines que les naturalistes précités ont fait sur ce fleuve solitaire, prouve que cette par* tie méridionale de Bornéo forme un désert fort étendu, tellement couvert d'immenses forêts viciées, et entrecoupé de deltas, de marais, d'anses, de grands lacs et de rivières, que les eaux seules ont pu se frayer des passages à travers cette végétation gigantesque : l'indigène, presque toujours errant, se sert

dans ses expéditions ragabondes, du cours sinueux de ces eaux, comme de la seule voie de communication qui puisse exister dans cette contrée où la nature se trouve encore invariablement la même, telle que l'a laissée la dernière catastrophe qui bouleversa ces régions.

Dans ces forêts humides, dans ces retraités inaccessibles où le feuillage touffu intercepte les rayons du soleil, vivent les Orang-outans (1), qui parcourent lentement le faite majestueux de ces vastes domaines, et se nourrissent des fruits nombreux que produisent les forêts aquatiques. Il arrive rarement qu'on les surprenne à terre, où ils font preuve de leur peu de moyens pour la défense et la retraite, tandis qu'ils deve-

(1) Nous avons maintenant la certitude de l'identité spécifique de Simia satyruâ et da prétenda Pongo Wurmbii des méthodes. Plosiewv dépouilles d'Orang et des squelettes, hauts de plus de quatre pieds et faisant partie des objets d'histoire naturelle, rassemblés par Mr. Diard à Pontianak et par Mr. BIr. Henrici et Millier dans leur Toyage sur le Doeson, ne laissent plus aucun doute sur les moeurs et la manière de vivre du seul Orang; connu d'ancienne date et jusqu'à l'époque présente de nos connaissances sur Bornéa Un autre sujet également adulte et plusieurs crânes envoyés de Sumatra \ prouvent , que V Orang-outan , tel que l'espèce nous est connue maintenant , est propre à ces deux îles , et que, s'il en existe une ou plusieurs autres, ce seront des acquisitions nouvelles pour la science. Voir les détails nouveaux sur rOrang-ouian dans le second volume de mes Monographies de Mammalogie, page 113 et 364, et Natuurlijke geschiedcm's éer Nederlandeche Ovcrsccsche besiitingeHy Partie Zooloçicpie , planche 1 à 7 bis..

loppent au contraire des facultés supérieures, lorsqu'ils parcourent les branches des arbres , ou qu'ils profitent de leurs cimes réunies en une masse de verdure , pour fbir le danger et se transporter plus loin. Dans ces mêmes régions vivent encore deux autres quadrumanes : leSem* nopithèque nasique et huppé [s.nasicus et cristatus)^ mais ils établissent leur séjour à la lisière des forêts, ie long des fleuves et des lacs, où ils se cachent dans la fourche que forment les plus grosses branches des arbres, ou bien ils cherchent un refuge dans les halliers les plus sombres des broussailles épineuses des rotins et des bois de Nipa fruticans. Dans ces bois continus, mais en des localités diflerentes, plus accidenté par l'élévation du sol, vivent le Semnopithecus rubicundusy frontatus et chrysomelusj dus aux recherches de Mr. MûUer. Le seul Gibbon connu dans cette ile , Hylobates concolar , vit dans les bois de figuiers sur les pentes des montagnes, où se trouvent aussi les Tupaies des trois espèces déjà connues; plus, une quatrième Hylogale murinay découverte sur la côte occidentale. On trouve aussi dans les parties plus montagneuses de l'île, le Tigre langibande {Felis macroœlis) , carnassier de forme moyenne, inférieur de taille, en force et en voracité à la Panthère {Felis pardm)^ qui parait ne pas exister à Bornéo, de même qu'on ne trouve pas non plus d'indices du sé^ jour du grand Tigre royal dans cette vaste ile. La peau de ce Tigre longibande sert aux Dajaks comme vêtement de guerre et lorsque, dans leurs expéditions sanguinaires, ils se mettent en campagne, dans le but de rassembler quelques têtes humaines, dont chaque fa-

mille se croit obligée d'étaler les hideux trophées. Bornéo est encore la patrie de quelques carnassiers qu'on ne trouve point dans les autres iles de la Soende ; tel est entre autres la Viverra Boieij dont Mr. Jourdan a fait un genre sous le nom de Hemigale. Après VOrangy le mam« mifere le plus remarquable de cette ile est un carnas* sier, qui par ses caractères et par son genre de vie forme la transition des Paradoxures aux Loutres; Mr. S. MûUer l'a fait connaître sous le nom de Potamophilug borbatus (1): en effet, c'est un animal velu et barbu d'une manière extraordinaire; sa tête à museau déprimé , ombragé par d'énormes soies surcilières et par des * moustaches touffues et longues le caractérisent parfaitement. Le seul Ours archipélagique qui vit dans les deux grandes iles de ce groupe Soendaïque est VOurs des coœtiers {Ursus malayanus); sa taille est moindre que celle de YVrsus thibetanus du continent. Quoiqu'on se soit donné la peine d'en former un genre distinct, ses caractères extérieurs et sa manière de vivre exactement les mêmes que dans les autres espèces, ont fait justice de cette tendance des naturalistes à augmenter sans nécessité le nombre des coupes méthodiques. Le gite le plus habituel de cette espèce est le tronc de quelque vieux arbre ou la fente d'un rocher; à l'instar de l'Orang, il se construit des aires de feuillage et de branches; il monte aux arbres pour se nourrir du fruit des cocotiers; comme tous les Ours il est friand de miel; il détruit souvent, dans ces contrées, l'espérance du

(1) Voyez Ferhandelingen etc, partie Zoologiqtie pi. 17.

cultivateur par les dégâts que sa voracité occasion* ne dans les plantations de cannes de sucre. Quelques Sciurus nouveaux , parmi lesquels . on en distingue un, le Sciurus laticaudatus ^ de forme particulière, qui probablement formera le type d'un genre; puis d'un petit nombre d'espèces des autres groupes admis, forment les conquêtes de nos voyageurs dans la classe des rongeurs. Parmi ceux-ci on peut citer encore VHystrix fasciata^ également propre aux deux autres grandes iles de la Soende, mais dont les Bornéens font un cas tout particulier comme un mets qui flatte leur appétit; ea même temps il donne parmi eux matière à ce singu* lier préjugé, que c'est le seul animal qui puisse se nourrir impunément du fruit de VIpoe {Strichnas tien^ te)^ avec le suc duquel ils ont l'habitude de composer le poison si reilommé pour la mort subite, qu'il occasionne, et dont ils se servent pour enduire leurs redoutables flèches.

Il n'est pas encore clairement démontré que Bornéo ne nourrit point d^ Eléphant ni de Rhinocéros^ vu que les parties montueuses de l'intérieur et du nord n'ont jamais été parcourues; mais partout où des voyageurs dignes de confiance ont pu se rendre, ou ont été à même d'interroger sur ce point les indigènes, il n'existe nulle part quelque indice de l'existence de ces deux grands pachydermes dans cette île. Jusqu'ici Sumatra est la seule île de l'archipel où vit une espèce d'£léphant, diflerente de l'espèce du continent de l'Inde; tandis que Sumatra et Java nourrissent chacune une espèce diflerente de Rhinocéros, et que l'une

et l'autre différent beaucoup du Rhinocéros du continent indien.

De tous les pachydermes dont les genres nous sont connus, il n'en est point qui laissent un aussi grand nombre de lacunes à remplir et de confusion à débrouiller que le genre Sus: c'est au point qu'on en est réduit à créer complètement l'historique du genre Cochon tel qu'il parait exister, en espèces distinctes, non seulement sur le continent asiatique, mais aussi dans tous les archipels de cette vaste partie du monde. Les quatre espèces nouvelles dues aux recherches de nos voyageurs, et la connaissance plus parfaite de deux autres espèces plutôt inscrites comme existantes dans les catalogues de nomenclature, que comme bien étudiées et reconnues authentiquement par les natura* listes, prouvent qu'il reste encore plusieurs découvertes à faire dans le genre Sus.

Deux causes, très différentes dans leur origine, paraissent avoir contribué à répandre si peu de notions exactes sur ce genre de grands mammifères. La première trouve son origine dans la superstition des secta* teurs de l'Islamisme, dont l'horreur de la chair de porc ne se borne pas uniquement à l'aversion qu'ils en ont comme aliment strictement interdit par les lois du Prophète; mais leur dégoût pour le porc, réputé immonde même chez des sectateurs de beaucoup plus anciens qu'eux, leur fait redouter tout contact avec cet animal ; cette aversion est souvent exagérée au point qu'aucune menace ni quelque soit la récompense promise , ne sont capables de les décider à

prêter leur office pour disséquer ou dépouiller un animal de cette espèce. La seconde cause est probablement due aux notions erronnées dont le vulgaire de nos Européens se trouve imbu, à la vue d'un animal à tout prendre semblable au sanglier, si commun dans ton* tes nos grandes forêts, et nonobstant les caractères distinctifs, mais à la vérité peu apparents, qu'ot frent, aux yeux du naturaliste, la disparité spécifique de ces sangliers arcbipélagiques. En effet, indépendamment du peu de soin et d'attention consacrés jusqu'ici à l'étude de ces animaux, on peut citer encore l'erreur émise par des savants du dernier siècle, qui ont affirmé que le Sus scrofa de nos contrées se serait répandu comme le chat et le chien dans toute l'Asie, même jusque dans les archipels. Cette erreur accréditée par quelques voyageurs, peu soucieux d'approfondir l'hypothèse, et qui n'ont trouvé auprès des indigènes mahométans qu'antipathie à les seconder dans leur recherches, sont les causes des lacunes que nos voyageurs ont pu remplir par la connaissance plus exacte des espèces, citées maintenant pour la première fois comme distinctes du sanglier d'Europe.

Bornéo possède dans ce genre une espèce propre seulement à cette ile. Le Babi puti (Cochon blanc), Sta barbatus a une tête très allongée, ombragée latéralement, d'énormes bouquets de soies, longues et recourbées, de façon à rendre son masque grotesque et hideux (1).

(1) Voyez Verhandelingen ovei' de Nederlandsche beMiHttigen, partie Zoologiqiic , planches 30 et 31.

Le Tapir, plus traitable et plus doux par son natu* rel que le sanglier, tit aussi à Bornéo, mais l'espèce est exactement la même qu'à Sumatra et à Malacca, et il habite, dans toutes ces contrées, les grandes forêts, d<mt les montagnes sont si abondamment couvertes; il ne les quitte guère, ce qui fait qu'il n'est nullement préjudiciable aux cultures; il va rarement en quête et séjourne longtemps dans le même canton.

A Bornéo, où les progrès de la civilisation n'ont pu jusqu'ici exercer leur influence sur ce sol primordial; où l'étendue immense des forêts n^a jamais retentie d'autres bruits que de ceux suscités par les éléments et par les clameurs de ses hôtes sauvages, la classe des ruminants a du nécessairement se multiplier considérablement. Le Bo8 banteng des Malais, Bos soth daicus des nomenclateurs modernes (1) , grand et bel animal à la culotte et aux pieds d'un blanc pur, y vit dans quelques localités montagneuses en troupeaux plus ou moins considérables: on le trouve aussi à Ja- Ta, mais il est étranger à la grande ile de Sumatra, à moins qu'il n'habite exclusivement, la côte peu visitée de sa partie orientale. Ce bufile Banteng difiere essentiellement du Gaour ou Jungly-gau du continent de l'Inde, le Bos silhetanus de nos méthodes; non seulement par les formes de la tête et des cornes, mais aussi par ce caractère, très-facile à constater que ce dernier n'a de blanc pur, qu'à la partie inférieure des pieds. Le genre Moschus aux formes sveltes y est

(1) Voyez Fêrhandelingen etc. partie Zoologiqne^ pi. 35 k M.

représenté par le Napu qui se tient habituellement k U lisière des bois. Quant aux Cerfs, on en trouve trois espèces distinctes ; la plus forte de taille VEquinuSy ou le cerf d'eau des bornéens, est d'une taille élancée , et son bois est sillonné de rugosités nombreuses; il vit solitairement dans l'épaisseur des humides forêts, et ce n'est qu'a» temps Sa rut qu'on le trouve par couple. Le Cermu russOj bien plus abondant, a aussi des moeurs plus sociales; on en voit quelquefois des bandes de cinquante à cent individus; ils vivent dans les broussailles en plaines, et à la lisière des forêts de haute futaie. Le moyen le plus sûr pour distinguer les femelles de ces deux espèces et les jeunes mâles dans toutes les périodes de l'âge, peut s'emprunter de la forme différente de la queue: VEquinus a la queœ courte terminée par un gros flocon ou une houppe de poils d'un brun noirâtre, tandis que le Russa a ta queue plus longue, grêle et terminée par un petit flocon pointu, du même brun que le dos (1). Le troisième est le MuntjaCj au sujet duquel il existe ches les populations malaies une idée superstitieuse assez bizarre, transmise de génération en génération: l'imprudent qui se serait nourri de la chair de cet animal, doit se trouver infailliblement afiligé de maladies cutanées qui le conduiront en peu de temps au tombeau.

f Quoiqu'il paraisse très-probable que Bornéo nourrisse encore plusieurs autres mammiieres inconnus

(1) Voyez Ferhandelingeny prtie Zoolo^pquc, planches 42 et 43.

jasqii'ici, et que les ordres des Quadrumanes , des Chéiroptères , des Carnassiers j des Rongeurs pourront recevoir de cette ile d'importantes additions d'espèces distinctes, nouvelles pour la Zoologie, nous présumons toutefois que ces acquisitions se borneront à un petit nombre de Singes , ainsi qu'à quelques Chéiroptères ^ puis des Rongeurs j et surtout des Ecureuils, genre qui parait être fort riche en espèces à Bornéo.

L'Ornithologie Tient de fournir récemment une récolte plus abondante; plusieurs espèces nouvelles du genre Calao y munis de casques à forme bizarre; le genre nouveau que nous venons d'inscrire sur nos tableaux méthodiques sous le nom de Calobate radieux; le Càssican gymnocéphale (1) dont la tête, au lieu de plumes, est couverte de filaments cartilagineux imitant la forme de petites zoôphytes; des Rréves au plumage peint de couleurs vives et tranchées; des Couroucous d'un rouge éclatant; des Timalies parées d'une manière extraordinaire; des Souimangas, des Pics, des MartinS'pecheurs d'une rare beauté. Ces volatiles, brillant de couleurs variées, font apprécier à l'ornithologiste, tout ce que Bornéo promet encore en espèces nouvelles, lorsque les plateaux élevés de l'intérieur pourront être accessibles à l'observateur de la nature. Les principales acquisitions en ornithologie faites a Bornéo, se trouvent figurées et décrites dans mon recueil des Planches coloriées d^ oiseaux y qui font suite aux planches enluminées de Ruffon. Mr. Muller a fait connaître

(I) Voyez Tcoiminck, Planches coloriées fT oiseaux y 638 et 572.

plusieurs espèces dans le grand ouvrage précité, et quelques découvertes plus récentes sont encore inédites. On ne connaît aujourd'hui de cette grande étendoe de terre qu'un très-petit nombre de reptiles. Le Crih codilus biporcatus, commun à toutes les îles de la Soeode et qui se trouve aussi dans une partie des Molih ques, s'y montre sous une forme un peu différente de la race ordinaire, qui y vit également. La tête de ce Crocodile est plus large et ses dimensions sont plus fortes; il fréquente habituellement l'embouchure des fleuves, tandis que la troisième espèce, redoutable congénère des deux autres, le' Crocodilus (gamahu) Schlegelii (1) vit dans l'intérieur, loin des bouches de ces fleuves. Ce grand et vorace animal, décou* vert par nos voyageurs, est une espèce des plus ter marquables par ses formes: il paraît être l'intenné* diaire entre le Gavial du Gange et les Crocodiles pro* prement dits, participant par les formes de la tête et des dents autant du premier que des seconds. Ces trois énormes amphibies, formidables tyrans des flea* ves bornéens, inspirent la terreur aux indigènes et aux voyageurs qui se hasardent dans les frêles embar* cations du pays; la légère pagaye que le conducteur de ces esquifs fait mouvoir à leur poupe, parait servir de point de mire au vorace amphibie, caché entre deux eaux, où il guète sa proie, pour s'élancer spontané^ ment, saisir et entraîner sous l'eau l'imprévoyant pikh

(1) Voyez Ferhandclingen etc. planches herp^folo^'qnef I , 2 cl 3.

te, avant même que ses compagnons paissent le soustraire à ce malheureux sort. On a également découvert un Chélonien nouveau, VEmys spinosa, ainsi que plusieurs espèces remarquables de poissons fluviatiles, dont il serait fastidieux de présenter ici Pénumération , mais au nombre desquels V Osteoglossum formosum occupe un rang distingué.

Un grand nombre de plantes ont été rassemblés par le botaniste de l'expédition , Mr. Korthals. Les détails qu'il fournit sur cette sauvage et' grandiose végétation, dont les deltas et les districts montueux des parties méridionales de Bornéo sont couvertes, nous donnent une idée de cette terre , dont la vaste étendue se trouve encore parée de toutes les formes primordiales qu'elle doit à la création, et que tant de siècles ont respectées.

L'influence de la marée dans le Doeson se manifeste tout au plus à deux lieues de distance de son embouchure; plus loin ce fleuve roule lentement et sans pente très marquée: dans ses affluents, l'eau est noire et passe promptement à la corruption, vu les dépôts de la végétation qu'ils charient sans-cesse; tandis que celle des lacs est d'une couleur brune; toutefois les uns et les autres sont également riches en poissons, et servent de retraite aux trois grandes espèces de Crocodiles si redoutables aux navigateurs. La végétation puissante des rotins y est d'une abondance et d'un luxe innouis; on peut dire, sans exagération, que la contrée riveraine en est couverte; plus rapprochés de la mer croissent les Nipas^ les Crinum^ et le Myrte y est re-

présenté par deux espèces du genre Sonneralia. VJRhiscm tiliaceus s^y montre par groupes, remplacés plus loin dans Tintérieur psiT V Hibiscus similis. De nouvelles espèces de Glochidion et de Combretum sont si abondantes qu'on est certain de les retrouver partout où les bords du fleuve sont peu élevés. Les BeringUmia^ Car rallia et Pellacalyx croissent dans les districts subm»^ gés. Les Léguminetises y sont abondantes et nouvelles; le Dalbergia y compte un grand nombre de représentants. On y voit en Acaâas seulement quelques géants du gen* re Parkia. Les sombres et noirs Naucleas et les tiges rampantes des Uncarias appartiennent aux formes les plus communes et les plus diversifiées de la v^tation riveraine. Une forme voisine des Naudeas porte des feuilles rondes d'environ deux pieds de diamètre. Parmi ces arbres se trouve une espèce voisine de VUria odorata dont les fleurs sont inodores. Des 0uercus nouveaux étalent leurs majestueuses couronnes de feuillage; les Mélastomes y sont représentés par trois formes: les berbacés par un genre nouveau à fruit sec; les irnetescens par le M.polyenies; puis les rampants par une multitude d'espèces, plus particulièrement par le Js. n^ morosum et stellatum, qui enlacent vigoureusement tous les autres végétaux en une masse compacte de verdure et de fleurs. Le genre Nepenthes y étale ses tiges flexibles, qui donnent naissance à ces petits réservoirs d'eau végétale, renfermée dans leurs élégantes capsules (1).

(1) Voyez les espèces noavelles de ce genre intéressant dans les Verhandelingen etc. partie Botanique, plandiet 1 à 4.

Mais de tous les végétaux riverains il n'en est pas de plus abondant que le Nipa fruticam; les bords des rivières de Bornéo en sont encombrés: on le considère ï bon droit comme l'un des palmiers les plus utiles de la contrée: ses fleurs jaunes, odorantes, parent les sombres bords des fleuves solitaires; elles servent de nourriture à des essaims nombreux d'abeilles, fournissant ^tte quantité considérable de cire qu'on exporte de Bornéo; le fruit offre un noyau douceâtre semblable au ^ût au fruit du cocotier; les tiges servent de chenrons aux toits des maisons, tandis que leurs grandes feuilles servent à couvrir les habitations et s'emploient I maints usages domestiques.

A une distance d'environ sept milles à l'orient du Doeson, la contrée est plus diversifiée et devient montaeuse; mais les élévations n'atteignent guère au delà de mille pieds de hauteur. Le Bautar-boulou, le Pamatang ^t autres montagnes de ces districts présentent des formes '* abruptes , au milieu desquelles percent de gros >locs noirs de diorite, en forme* transite au gabro, à [a serpentine et au porphyre. Dans ces lieux la végétation est plus rabougrie; elle est semblable, sur ces liauteurs moyennes, à la croissance qui couvre les bautes élévations en amphithéâtre de la volcanique Fava. Dans les limites de ces districts montueux » trouvent les détritus de diorite et des autres malières coulées. C'est là qu'existent les mines de diamants, les dépôts d'or et de platine; ce dernier métal s'y montre en petites paillettes, à peu-près sous les mêmes formes que dans les mines de Cboco en Amé-

rique; ce sol contient une multitude de madrépores et de coquilles égalisées; le lavage Jes diamants et des métaux précieux dépose du fer magnétique. Le plus gros et le plus pur des diamants que jusqu'ici la contrée ait f(Ml^ nis, est du poids de 72 carats. Quoique les mines deçà district soient réputées pour leur richesse, elles le cèdent en produits de métaux précieux a celles de Mon* trado et de Mandor; sur la côte occidentale, 6000 Chinois exploitent et tenaient jadis entre leurs mains les riches produits de ces districts aurifères.

La végétation de la vallée se compose de broussailles, dans les clairières desquelles se présentent comme des oasis couverts de hautes herbes, où croissent des groupes de grands arbres. Une espèce de SacduLrtm prospère abondamment dans ces champs qui se parent des fleurs pourprées d'un Curcuma, ainsi que des Helastomes et des Myrtacees dont on ne trouve les espèces analogues à Java, que sur les hauteurs de 9000 pieds; puis quelques géants de la végétation tropicale^ tels que ceux des genres Schima, Quercus^ Cleyera^ BaschUy Spathodea et autres; toutes ces espèces se trouvent également, quoique en moins grand nombre^ le long des fleuves où ils servent d'ornement à ces sites sauvages.

Dans les marais qui existent entre ces formations tertiaires croissent les ScirpuSy les CareXy les Hydrth cera, quelques Polygonumy et ils sont entourés de Carets de Melaleuca leucadendron. Ces arbres ont une coaronne pyramidale, portée sur un tronc d'un blanc-jaunitre; leurs feuilles sont en dessus d'une teinte verte cendrée et en dessous grisâtres: couleurs qui contras-

tait igrejMem ent ainec la brillante v^^talion d'un bean reti-clm qui se trouTe aa centre de ces marais. Od y Toift le Typanda-laut et le palmier Niebong^ dont le tronc et les grosses côtes des feailles servent à la constmctioD des habitations et à couvrir les navires; tandis que ses jeunes pousses sont employés comme aliment. Le Lawang (Cinnamomum sinto) y croit aussi^ son écorce a le goût du girofle; puis la liane Sert^aj dont l'écorce et le fruit servent de médicament.

Les pentes des montagnes sont couvertes de Casuatma et des espèces de Pinus qui croissent dans le grèsarénacé de leur base. Plus rapprochées des sommets se montrent les forêts de bois de fer Diospiros^ dont la lente croissance, prête à ces arbres de haute futaie nne existence de plusieurs siècles.. Le sol sous l'ombre de ces colosses est couvert d'une végétation puissante et compacte. Le bois de Diospiros est si dur que les instruments les plus tranchants sont promptemenl émoussés; les naturels en font usage pour la construction de leurs grands prahoe de dix à douze rameurs; mais ils ont ce désavantage qu'ils sont sujets à couler promptement lorsqu'une voie d'eau vient à s'y déclarer. Dans ces localités, les Diptérocurpes élevés et a tronc blanc, ainsi que les Quercus se disputent l'espace, tandis que des Myrtacées d'une hauteur étonnante occupent les points culminants. L'élégant iVepen/A^^ pare de ses rameaux couverts d'amphores les roches pelées des précipices ; ces montagnes sont couvertes jusqu'à leurs cimes les plus élevées, d'une couche épaisse de mousses et de fougères, parmi lesquelles de belles Orchi-

dées trouvent moyen de prendre racine. Les lianes, dont les tiges serpentent sur ces touffes compactes de Terdure et obstruent même l'espace entre les troncs couverts de parasites, offrent à peu près les mêmes types que celles des terrains d'alluvion. Les broussailles sont formées de LamnthuSy hertia^ Parawinaj PaveUa et autres Rubiacées. Les Antumacées offrirent à l'expédition plusieurs espèces rares ou nouvelles.

L'esquisse comparative que je viens de tracer du règne organique, tel qu'il se trouve distribué dans les limites des iles principales de la Sœnde dont nous venons de faire mention, toute succinte et encore imparfaite qu'elle puisse être, peut tenir lieu cependant de coupd'oeil sur la distribution géographique des animaux de cette zone tropicale. Il présente en même temps un aperçu des limites circonscrites, assignées à certaines espèces, de même qu'il montre l'étendue de Vhabitat de plusieurs autres. Cet essai nous fait voir aussi que l'étendue des régions explorées scientifiquement, dans ces trois grandes iles, est encore fort limitée proportionnellement au nombre très-remarquable d'espèces différentes d'animaux qui ont été trouvées dans ces iles; quoique l'une d'elles, Java, qui est la moins grande des troi^, puisse à peine être citée comme ayant été parcourue, dans toutes les directions et sur tous les points de sa surface , par des naturalistes de profession.

£n effet, ce rayon géographique qui^ dans plus de la

moitié de son étendue territoriale n'a pas encore été* visité par les Européens, nous ofiûre, dès à présent, un. nombre bien plus considérable d'animaux que n^en fournit l'Europe entière. La quantité rraiment prodigieuse de mammifères, d'oiseaux, de reptiles, de poissons,. de erustacées, d'insectes, de mollusques et de zoôphytes trouvée dans les îles de la Soende et dans les mers dont leurs côtes sont baignées , surpasse de beaucoup , dans quelques classes, la richesse de la nature dans la vaste Afrique, les Antilopes de cette partie du monde seules exceptées, dont le très-grand nombre d'espèces distinctes est plus de huit fois plus considérable que celui des Cerfs et des Antilopes des ilea Soendanaises* On peut établir, sans crainte de s'abuser beaucoup dans ce calcul approximatif,, que la population ailée de ces lies égale et peut-être surpasse même en nombre,. la grande multitude d'espèces d'oiseaux trouvée dans l'Amérique méridionale: sous l'un comme sous l'autre hémisphère, se trouvent des contrées fort étendues vers lesquelles le naturaliste n'a pu jusqu'ici diriger ses pas. L'intérieur de l'Amérique du Sud est à peu-près inconnu ; le Chili et le Pérou n'ont été visités que depuis un petit nombre d'années; ces contrées promettent encore une abondante récolte d'objets: mais, quelle abondante moisson n'est-on pas en droit d'attendre des travaux qui restent à faire dans l'intérieur de Sumatra, de Bornéo, dont sir St. Radies dit à justetitre: cet espace blanc sur la carte du monde, ne peui manquer de nous procurer une foule d'objets nouveaux. Quel vaste champ de découverte se trouve ouvèrl

pour le naturaliste dans Pexpioration scientifique de l'intérieur de Célèbes, de Gilolo, de Céram et de h Nouvelle-Guinée, possessions jusqu'ici inexplorées! Les mers qui baignent les côtes de ces contrées fertiles, nous cachent encore des richesses sans doute non moins importantes que celles découvertes depuis peu d'années seulement. La belle collection îcthyologique , les acquisitions raiiss dans les classes des animaux invertébrés, fruits des voyages récemment entrepris, peuvent nous donner une idée de la prodigieuse richesse de ces mers.

Les parties de nos possessions que nous venons d'indiquer, méritent de fixer l'attention du Gouvernement néerlandais; aucune autre nation n'est mieux à même que la nôtre d'en faire l'exploration scientifique et d'en recueillir les fruits, sans que dans ce but il soit nécessaire d'entreprendre des expéditions très-coûteuses. Â l'aide des moyens que Son Excellence le Ministre des Colonies met annuellement à la disposition de la commission scientifique, l'on peut s'attendre à des résultats remarquables. L'utilité de ces voyages de découvertes est de nos jours généralement reconnue; nous pouvons les recommander sous le double point de vue des progrès qu'ils font faire aux sciences, et de l'influence qu'ils peuvent avoir sur les destinées futures de nos lointaines possessions; même les prôneurs d'une stricte économie, et qui ne consultent le plus souvent que le côté positif des dépenses, seront dans la nécessité de convenir que celles, d'ailleurs dans tous les temps très-modiques que les gouvernements consa-

crent aux progrès des sciences, offrent immanquablement un but réel, immédiat et d'utilité publique.

Les terres dont nous venons de tracer l'esquisse, sont situées dans cette partie de l'Océanie connue sous le nom d'iles de la Soende. Pour continuer cet aperçu historique, statistique et physique des possessions néerlandaises dans les mers de l'Inde, il nous reste à faire mention de plusieurs iles moins connues du monde savant. — La vaste étendue des groupes géographiques dont nous allons nous occuper dans le troisième volume, porte le nom de Malaisie proprement dite; dans ces parages, la nature ne se montre guère moins féconde et prodigue de ses dons que dans les iles du groupe soendanais. L'agriculture favorisée par les ressorts puissants que le commerce fait mouvoir, rend, depuis plusieurs années, quelques unes de ses iles tributaires à l'Europe. Depuis des siècles, les spéculateurs y ont cultivé d'une manière plus soignée, ou mieux entendue selon leurs vues de monopolisation , toutes ces plantes précieuses qui fournissent les épiceries et les aromates; mais, nous le dissons à regret, ce même esprit commercial parait avoir tenu éloigné de ces belles contrées le cortège plus libéral dont s'entourent les sciences; le désir de coopérer à la civilisation des peuples, celui d'augmenter leur bonheur en répandant parmi eux la connaissance des progrès obtenus par les nations civilisées, dans l'agriculture et dans les arts utiles, n'entrent point dans les vues qui sont exclusivement et purement mercantiles.

Sous ces points de vue que nous venons d'énumé-

rer, comme sous plusieurs autres d'une portée toute scientifique, il reste encore beaucoup à tenter et im* mensément à faire dans ces contrées. La prévoyance éclairée de notre Gouvernement ne laisse, il faut en convenir, échapper aucune des occasions favorables pour obtenir de ces possessions peu connues, tous les renseignements dont les sciences seront à même de tirer parti. Des hommes de mérite, doués d'instruction et animés d'un zèle persévérant, se hasardent dans l'intérieur de ces terres si riches en {résors de la nature, mais dont le sol fécond est occupé par des tribus barbares, qui se montrent défiantes, rusées et sanguinaires, plus rarement douces et hospitalières, selon les idées religieuses et les coutumes qu'elles observent, ou, suivant les progrès, plus ou moins rapides, qu'elles ont faits dans cette demi-civilisation que leur apportèrent les sectateurs de l'Islamisme.

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