‹ Coup d'oeil sur l'évolution séculaire du trade-unionisme anglaisChapitre 4 sur 12 · V. BRANTS · texte numérisé non relu

V. BRANTS

conscientes de leur farce, sc Fiant à leur selfihelp, 11 e réclamaient que bien moins de concours.

Ce fut une véritable crise du Trade-Unionisme. G, Howell, l’ancien secrétaire du comité permanent, défendit avec vigueur le système ancien. Mais cette crise était inévitable, étant donnée l’existence de ces masses profondes et de chefs qui les menaient.

Les motifs spéciaux de la grève des dockers ne sont qu’accessoires ici, c'est le phénomène même de leur entrée en scène qui importe et de la poussée nouvelle qu'ils créent; celle poussée risquait de rejeter vers le socialisme une partie de la classe ouvrière anglaise, et de tait, une partie y était acquise, et finit par constituer un parti indépendant.

La grève de 1889 fut longue, précisément pour toutes ces causes : le genre de conflit n était pas celui qu’on commençait à connaître. Il fallut bien des efforts pour arriver sur ce terrain à des négociations conciliatrices; elles furent dues en grande parties l’intervention et au prestige exercé sur les ouvriers parle Cardinal Manning, archevêque de Westminster.

Le nouveau 1 rade-Unionisme était donc l’invasion brusque du cinquième état dans l’organisation sociale, et si on était parvenu à apaiser le conflit de 1881), il n’en demeurait pas moins qu’il s introduisait dans le système un élément bien plus turbulent, plus porté au socialisme et à l’agitation, parce que moins solide par lui-même.

Aussi depuis cette époque les congrès des Trades Unions prennent une autre allure. Les motions y ont un caractère plus tranché, plus interventionniste. La lutte s’y établit entre anciens et nouveaux et les thèses radicales tantôt rejetées, tantôt adoptées montrent les fluctuations, (jette crise n’affecte pas directement la vie interne des vieilles Unions, mais l’esprit s’en ressent, et aussi I état général. La tendance, la politique des Unions qui avait tout naturellement des adversaires, soulève plus d’inquiétude.

Les grandes agitations de 1889 avaient suscité la création d une quantité d’Unions nouvelles, organismes de lutte, créés dans la fièvre, un bon nombre ne purent pas survivre à la période des troubles et le chiffre retomba rapidement, mais le

10 coup d’œil sur l’évolution du TRADE UNIONISME

coup de barre était donné et l'effet s’est prolongé. Sans doute, l’esprit pratique de l’ouvrier anglais l’éloignait encore, en fait, des utopies socialistes, mais elles apparaissent dans les congrès, le programme devient plus radical, l’allure plus exigeante, bien que les négociations avec les patrons continuent, non sans mélanges de luttes fréquentes; même chez les mineurs,- anciennement organisés, la lutte reprenait, l’échelle mobile fut ébranlée et on réclama un autre régime avec minimum.

Pendant toute la période de 1875 à -190(1, même après 1889, lesyslèmedeconciiiation continua cependant à fonctionner. Sans doute il changea un peu de formes, parfois, mais les comités et conseils fonctionnaient; les anciens subsistaient, et l’idée de conciliation gardait son influence. En 1896, la loi avait même investi le pouvoir exécutif de moyens d’intervention spéciale dans les conflits, mais elle fut d’abord bien anodine. La loi de 1896 permet aux comités de conciliation de se faire reconnaître comme établissements officiels, puis certains articles de la loi autorisent le gouvernement, en termes fort souples, à faire les démarches et à prendre les mesures nécessaires pour amener les parties à négocier et pour s’informer de l’état exact d’un conflit. Celte loi de 1896 ne donna d’abord que de maigres résultats. Les Unions maintenaient leur antipathie pour l 'Officiel et gardaient toutes leurs préférences pour l'initiative libre organisée ; plus tard cependant, nous le verrons, le germe déposé dans la loi de 1896 allait sc développerai susciter une action pénétrante du pouvoir.

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