C. Fallu de la Bariulrb
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Monsieur le Président de la République, Mesdames, Messieurs,
Les orateurs que vous venez d'entendre ont dit combie» Scheurer-Kestner aima la liberté et la patrie ; ils ont attesté tout ce que lui doivent la science et la chose publique, mai» Ils n ont pu dire tout le bien qu'il faisait autour de lui, carfl e cachait. Celte vie si pleine et si utile s'acheva dans «n laborieux effort pour la justice. Permettez, Messieurs, à un<le ses compagnons de lutte de rappeler brièvement les priwapaux ti-aits d'une action où éclatent son désintéressement et rà générosité, où le dévouement le plus spontané s'élève ius^'i 1 immolation.
Ancien député du Haut,Rhin à l'Assemblée Nationale bcheurer-Kestner était le dernier représentant de l'Alsace française. Il avait voulu demeurer indépendant. Ses services la droiture et le charme de son caractère, d'illustres amitiés et d Illustres alliances semblaient marquer sa place au gouvei-nement; il ne lui manqua, pour être ministre, que le désir de lêtre. La dignité de vice-président, à laquelle le Sénat venait de I appeler pour la troisième fois, comblait son ambition politique. Nulle vanité, nul souci de popularité, l'horreur do bruit, de la déclamation, des attitudes théâtraiesJ Eiito«<
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d'affection et de respect, dans la tranquillité qu'il croyait avoir gagnée, il ne demandait, ne souhaitait plus rien. Voici que Ton trouble son repos : est-ce à tort *qu'un de ses compatriotes a été frappé de la peine ignominieuse sous laquelle il succombe ? Il n'aura point de cesse qu'il n'ait connu la vérité : Dreyfus est innocent ! Pour le sauver, il retrouve toute l'ardeur de sa jeunesse; mais il lui faudra prendre l'offensive, et peut-être restera-t-il seul contre des adversaires redoutables et qu'il connaît bien... Il affrontera leur haine et leurs représailles. ^
^ La condamnation du capitaine Dreyfus avait été ratifiée par l'opinion, sans réserve comme sans examen. Pour établir la trahison, une seule pièce, la lettre connue sous le nom de bordereau; pour incriminer Dreyfus, une ressemblance d'écritures. Autour de cette prévention si faible et dont tous les éléments demeuraient ignorés, on fit à dessein un bruit effroyable. Le public crut la défense nationale en péril, et prit violemment parti contre l'accusé dont les protestations n'arrivaient pas jusqu'à lui. Lorsque le Conseil de guerre, trompé par un faux témoignage et par une communication secrète, eut prononcé, à l'unanimité, la déportation perpétuelle, beaucoup taxèrent de faiblesse la loi pénale. Cependant, les fureurs de la presse antisémite n'avaient pas laissé d'inquiéter quelques esprits plus attentifs ; les hésitations que laissa voir le gouvernement, les rigueurs mêmes de la détention et du huis cïos, éveillèrent^ à leur tour des soupçons. A TEcole militaire, tfans l'agonie de la dégradation, Dreyfus cria son innocence. AUait-il trouver quelque pitié ou quelque justice? On conjura le danger en lui attribuant faussement des aveux. Une. loi modifia le lieu de la déportation ; puis l'attention se détourna du condamné.
L'affaire Dreyfus, close en France, restait ouverte en Alsace. Sûre de l'innocence du capitaine, sa famille s'était juré de le réhabiliter, et, à côté d'elle, des sympathies; demeurées fidèles, se faisaient plus actives. Cette agitation favorable, s'étendant de proche en proche, atteignit Scheurer-Kestner. Dès qu'il eut accueilli un doute, il entreprit des recherches. Entre toutes les affirmations contradictoires qui parvenaient jusijir'â lui, il s'efforça de dégager des faits certains; mais, comme il ignorait, lui aussi, les éléments de la prévention,
ses investigations ne pouvaient aboutir à des conclusions définitives, et son opinion varia plusieurs fois. Tandis qu'il s'obstme dans ce travail décevant, sa pitié s'éveille et croît avec son inquiétude. A l'île du Diable, Dreyfus continue à souffrir- pensée de plus en plus pesante, qui lui deviendra insupportable... Tout à coup, la vérité, qu'il a si longtemps et si douloureusement cherchée, s'offre à lui. Le i3 juillet 1897, i^ apprend que, dans l'exercice de ses fonctions de chef du bureau des renseignements, le lieutenant-colonel Picquart a découvert l'auteur du bordereau, un commandant d'infanterie nommé Esterhazy, et, par là, détruit la basede.l'accusation. Les chefs de 1 Etat-major ont autorisé le colonel à continuer son enquête ; ils ont même recherché avec lui, ainsi que l'écrivait e général Gonse, les moyens « d'arriver à la manifestation de la venté ». Scheurer-Kestner est convaincu, la passion de la justice le transporte.
Il songe tout d'abord à la malheureuse et noble femme qui a égalé les héroïnes du dévouement conjugal : il veut que Mme Dreyfus sache aussitôt qu'il croit, comme elle, à l'innocence de son mari, et qu'il est résolu à le sauver.
Le lendemain 1 4 juillet, le vice-président du Sénat déclara au Luxembourg, à ses collègues du bureau, qu'il était persuade de l'innocence de Dreyfus; il les pria même de répéter ses paroles, afin qu'elles parvinssent aux membres du gouvernement. C'était à eux qu'incombaient les mesures répara- Inces, et il voulait leur en laisser tout le mérite. Il ignorait, en effet, qu'il leur avait plu d'aggraver le supplice de Dreyfus, sur un bruit qu'ils savaient faux. Maintenant, ils se consultent : ils voient, d'un côté, leur ami Scheurer-Kestner, presque seul dans le pays abusé et sans autre appui que la vérité, de 1 autre, une cabale militaire puissante et que rend plus audacieuse son alliance avec la faction antisémite. Comme ils méconnaissent la force invincible de la vérité, Scheurer-Kestner leur paraît le plus faible; ils dédaigneront ses prières et ses avertissements, mais les menaces des factions alliées les trouveront prêts à capituler et à obéir.
Au commencement de septembre, Scheurer-Kestner, ayant réuni les éléments d'une irréfutable comparaison d'écritures, se tint pour suffisamment armé et arrêta ses dispositions : à la rentrée des Chambres, il mettrait les ministres en demeure de laire leur devoir; s'ils s'3^ refusaient, il saisirait l'opinion...
Mais .1 lu. taidait de s'ouvrir au ministre de la Guerre, son collègue au Sénat, le général Billol, à qui l'unissait une an^ cienne amitie; n 1 avisa donc de ses intentions. Le général lui demanda de différer toute action jusqu'à leur rencontre '
Ni la démarche de Scheurer-Kestner, ni la réponse du mimslre ne restent ignorées des officiers compromis. Ils ne seront pas pris au dépourvu. N'ont-ils pas, depuis de lon^s mois, « nourri . le dossier de Dreyfus, et accumulé assez de pièces fausses pour faire obstacle à une demande en revision ? SeuJ.Picquart était à craindre, mais il a été envoyé en Tunisie et lu. aussi a maintenant son dossier qui le perdra, s'il os.' parler. Ils n imaginent d'ailleurs pas que ces armes criminelles puissent les trahir au cours de la lutte. L'âpre mêlée, semblable par intervalles à une guerre civile, dominera, pendant deux ans, notre Insloirc; ils y préludent par des bouffonneries ridicules ou odieuses, les conciliabules en lunettes bleues, la menace d une intcivontion étrangère.
Le 3o octobre, Scheurer-Kestner s'entretint lonj-uemen» avec le gene.al Billot. Il dit ses angoisses, ses reche.^l.cs sa conviction appuyée sur des preuves, il nomma le coupable, sans rien obtenir du minisirc qui se dérobait; il le supplia alors de la.re une enquête personnelle, promettant, en retou.-, de garder le silpiuo pendant quinze jours. Lo «énéral Billot ne lit pas d enquête, mais son entouraj-e mit à profit le délai. Des le lendemain, les jou.naux, dénoinianl et dénaturant l'entretien, prenaient à partie le vice-p.ésident du Sénat. L'attaque concertée et préparée de longue main, fut sans merci ; les outrages et les calomnies coulèrent à Ilots. Lié par sa p.omess.de Silence, Sclieurei-Kestner ne se défendait pas ; ses advei-saires purent croire qu'ils l'avaient mis hors de combat.
•Il était, en eflet, gravement atteint, il n'était pas abattu. Uqu.nza.ne écoulé^, il fit juge le public : vous connaissez, Mess.eurs, 1 admirable lettre qu'il adressa à son ami Banc Des sympathies venaient à lui, du l'ariement, de l'Université' du Barreau; des écrivains et des savants prenaient sa défense' quelques journaux, non des moindres, secondaient son effort.' Iingag.ant ouvertement l'action révisionniste .Lans la voie h-acee par la loi, Mathieu Dreyfus dénonça Estorhazv.Semaines de luttes violentes, que n'oublieront jamais ceux qui les ont vécues ! Le ; décembre, Scheurer-Kestner interpella le gouvernement et obtint l'expertise d'écritures qu'avec raison 11
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lugeait lodispensable. Il fut suivi à la tribune par un ancien garde des sceaux : Trarieux vint mettre au service du droit menace son grand talent et son grand cœur.
Déjà, l'instruction ouverte contre Esterhazy approchait de son terme, et la justice militaire ne pouvait labsoudre sans méconnaître l'évidence. Scheurer-Kestner croyait accomplie la partie la plus diffi'clle de sa tâche; la lassitude l'obligeait d ailleurs à prendre quelque repos; il demanda à Trarieux d accepter à sa place le patronage de la cause révisionniste. Tout en cédant ainsi à un ami d'un égal dévouement et d'une plus grande compétence juridique, le premier rang dont sa modestie s'accommodait mal, il entendait demeurer fidèle à la cause où il avait engagé « tout ce qui lui restait de force et de vie » : « Ce don de moi-même n'est pas révocable )>, écrivait-il le 5 janvier. Il continua, en effet, à se dépenser sans c ompter; mais le but était plus éloigné qu'il ne lui avait paru. Que de labeurs encore et de souffrances ! Le triomphe du droit et le salut de Dreyfus seront faits de sacrifices sans nombre, et Scheurer-Kestner paiera de la vie sa part d'une victoire qu'il ne verra pas.
Le 10 janvier, le vice-président du Sénat fut entendu comme témoin par le Conseil de guerre, au début de cette extraordinaire audience qui ne présenta que le simulacre d'un débat judiciaire. Dans le silence qui suivit tout d'abord l'acquittement d'Esterhazy, s'éleva la voix vengeresse de Zola, de Zola qu'après sa mort, on comblera de plus d'honneurs que, vivant^ il n'essuya d'outrages.
Tandis que les crieurs de V Aurore répandaient dans Paris le terrible réquisitoire, le colonel Picquart était arrêté et conduit au Mont-Valérien. Quelques heures plus tard, le Sénat, procédant au renouvellement de son bureau, ne réélut pas Scheurer-Kestner. Il subit cette disgrâce sans se plaindre, comme il avait supporté sans se plaindre les insultes, les échecs, les abandons, que surent adoucir, en redoublant de tendresse, ses proches et quelques fidèles amis. Rien n'avait pu lasser sa patience, pas même les importunités des officieux ; nen ne pourra reffrayer, si ce n'est les maladresses qui retardent le succès, les outrances qui le compromettent. Mais tant de chagrins et de fatigues ont altéré sa robuste santé; le mal se déclara au cours du procès Zola et empira bientôt.
Dans ce grand procès, qui fut si glorieux pour la d^ense,
et qui ne fut glorieux que pour elle, Scheurer-Kestner apporta son témoignage. Au lendemain de la condamnation de Zola, le gouvernement frappa les témoins qui relevaient de lui : le professeur Grimaux fut mis à la retraite, le colonel Picquart fut mis en réforme.
Après les élections, le cabinet Méline dut faire place au cabinet Brisson. Interpellé par un député nationaliste, le ministre de la Guerre Gavaignac tenta de démontrer la culpabilité de Dreyfus. La plus décisive de ses preuves fut un document postérieur de deux ans à la condamnation, et dont plusieurs généraux, parmi lesquels le général de BoisdefTre, chef de l'état-major de Tarmée, avaient fait état devant la Cour d assises; le colonel Picquart l'avait alors argué de iaux; mais le ministre déclare qu'il en a « pesé l'authenticité matérielle et l'authenticité morale ». La Chambre entière l'applaudit et vote l'affichage de son discours. Picquart proteste; il est jeté en prison, et sa détention durera onze mois.
Cependant, le ministre est contraint de reconnaître son erreur. C'est le colonel Henry qui a fabriqué la pièce : it l'avoue; arrêté et conduit au Mont-Valérien, il se coupe la gorge. Le général de BoisdefTre résigne ses fonctions, Gavaignac donne sa démission.
La revision s'imposait. Le président du Conseil le comprit; secondé par le garde des sceaux, il eut raison de tous les obstacles, et la Cour de cassation fut enfin saisie ; mais la Chambre ne lui en sut pas gré: le cabinet Brisson fit place au cabinet Dupuy.
Que serait-il advenu de ce pays, si, à l'exemple des pouvoirs publics, la Cour avait capitulé? Elle résista. Refusant de s'incliner devant le mensonge qui usurpait le nom de raison d'Etat, dédaigneux des attaques dont eux-mêmes ils étaient assaillis, les magistrats de la Chambre criminelle accomplirent leur devoir. Leur enquête fit la pleine lumière et confondit les accusateurs de Dreyfus ; il semblait que l'heure de la justice fût proche. Le gouvernement intervint... Pour punir les coupables.^ Non : pour dessaisir les juges. Il y parvint sans trop de peine. Une loi fameuse remit le jugement aux Chambres réunies : elles ordonnèrent la revision. Lç lendemain, le président de la République fut insulté à Auteuil ; renversé par une majorité républicaine, le cabinet Dupuy fit place au cabinet Waldeck-Rousseau. ' '
Conformément aux prescriptions légales, la Cour avait délimité le terrain du débat. Le tribunal militaire passa outre. D'émouvantes dépositions vibrent encore dans le souvenir de ceux qui assistèrent à ce long duel inégal de Rennes, où la défense était vaincue d'avance. Le gouvernement ayant laissé le champ libre aux adversaires, ils s'étaient emparés de la direction du procès; ils la conservèrent jusqu'à la fin, et, dans cet office de procureurs, se révélèrent merveilleux tacticiens. Leur domination était si bien établie, qu'ils auraient pu dédaigner les menus profits des audiences secrètes, mais ils ne voulurent rien laisser au hasard. Absorbés dans leurs combinaisons, ils surveillèrent mal ces dangereuses recrues que font malgré eux les partis. Labori tomba, frappé par derrière d'une balle qui faillit être mortelle. Il y avait lieu, dès lors, d'interrompre le procès ; le Conseil en décida autrement. Trente audiences aboutirent à une division des voix et à une sentence entachée de contradiction : Dreyfus était condamné, mais deux des juges avaient voté l'acquittement, et la majorité accordait des circonstances atténuantes à une trahison qu'elle déclarait établie. Le dogme récent de l'infaillibilité des conseils de guerre en fut ruiné, et l'on soupçonna les fraudes qui, mises plus tard au jour par l'enquête du général André, motivèrent une seconde revision.
La maladie de Scheurer-Kestner s'était aggravée ; depuis là fin de l'hiver qu'il avait passé en Alsace, il doutait de guérir. II regarda la mort en face et conserva sa sérénité. Le climat des Pyrénées adoucit d'abord ses souffrances; il eut à Biarritz ^ sa dernière joie, l'arrêt des Chambres réunies. De Luchon, arrivé près de sa fin, et si affaibli qu'il fût, il envoya aux juges de Rennes son témoignage, comme une suprême offrande à la justice. Vous vous en souvenez, Messieurs : c'est le jour où fut signée la grâce de Dreyfus que Scheurer-Kestner cessa de souffrir. Ainsi mourut, le 19 septembre 1899, ce grand serviteur du droit.
Depuis que les débats solennels de la Cour de cassation et son arrêt souverain ont donné à l'innocence certaine de Dreyfus, non seulement toute l'autorité d'une vérité légale, mais toute la force d'une vérité démontrée, il est devenu malaisé d'incriminer les intentions de Scheurer-Kestner et de ses amis. Le service qu'ils rendirent au pays est parfois encore
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mécoanu. Il reste quelque chose des calomnies anciennes: on a dit tant de fois que, pour sauver un seul honune, nous n'avions pas craint de diviser le pays et d'ébranler la discipline militaire; comblant nos criminelles imprudences, nous aurions exposé au danger d'une guerre le pays affaibli ! Auprès de telles accusations, les diffamations personnelles semblaient superflues. Nos adversaires n'apportaient d'ailleurs contre nous aucune preuve, et pour cause; ils négligeaient même d'établir qu'ils aimaient plus que nous la patrie et qu'ils la servaient mieux. Gomme eux, nous pensons que le salut d'un individu ne saurait être mis en balance avec celui du pays ; comme eux, nous savons qu'à toute heure, une nation doit être prête à se défendre et à faire au salut commun tous les sacrifices qu'il exige.
Il serait trop facile de justifier Scheurer-Kestner et ses amis; pariant devant vous, Messieurs, je crois pouvoir m'en dispenser. Au moment où ils réclamèrent justice pour un innocent, aucun danger extérieur ne menaçait la France. Un des ministres de la Guerre qui ont affirmé à tort la culpabilité de Dreyfus, Gâvaignac lui-même, n'a-t-il pas reconnu à la tribune que, seule, une question de justice se posait et qu'elle était du domaine de la loi française ?
Si l'affaire Dreyfus a laissé derrière elle des ruines, la plupart sont Tœuvre de nos adversaires, et ils demeurent responsables même de celles qu'ils ont le plus déplorées, car ils s'obstinèrent dans leur erreur, en dépit de clartés chaque jour plus vives, d'humiliations chaque jour plus cruelles. Quand furent divulguées les collaborations criminelles qu'ils avaient subies, ils tentèrent de les glorifier! Hélas! Messieurs, les officiers coupables avaient pu croire que leurs chefs souhaitaient de tels services... Mais quelles excuses accorderezvous à ces chefs et au gouvernement qui, adjuré par Scheurer- Kestner de réparer leurs fautes, les faisait siennes et en, commettait de nouvelles?
Les partis de réaction avaient fait front contre la vérité; enhardis par la faiblesse des pouvoirs publics, il se flattèrent de vaincre et lièrent leur sort à celui de l'injuste condamnatiôn. Plus près de nous, se multipliaient ces défaillances que guettent les factieux.
^ Il ne s'agissait plus seulement du malheureux Dreyfus. Il s'agissait de savoir si, dans notre pays, un homme qaeU
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conque resterait au bagne « innocent ou coupable ». Le principe même de la justice était en cause. Le péril qu'avait entrevu Scheurer-Kestner, le mortel danger d'une déchéance nationale apparut à la conscience française. Dans le monde entier, des cœurs généreux s'émurent avec elle, et leur émotion attesta noblement la solidarité humaine.
L'observation de la justice est, de toutes les nécessités sociales, la plus apparente et la plus impérieuse; seule, elU peut assurer la paix publique et l'union des citoyens. La justice est inséparable de la liberté, car l'une est la garantie de l'autre. Lutter pour la justice, c'est lutter pour la liberté, c'est lutter pour la vie.
Nous avons combattu. La lutte terminée, nous devions encore nous souvenir des grands exemples que nous avons reçus et honorer ceux qui nous les ont laissés. G'est pourquoi nos hommages vont aujourd'hui à Scheurer-Kestner, comme ils allaient hier à Trarieux, comme ils iront demain à Zola. Ces belles cérémonies réjouissent noire fidélité ; elles n'épuisent pas la reconnaissance publique. Les votes répétés du Parlement, la présence du chef de l'Etat, l'intervention des présidents des Chambres et du président du Conseil, l'empressement de tant d'hommes éminenls, l'approbation de tous les bons citoyens ne sont pas seulement la plus haute des consécrations, mais la plus sûre des promesses. La France continuera à honorer Scheurcr-Kcslner aussi longtemps qu'elle conservera le culte de la vérité, de la liberté et de la justice.
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