‹ Coup d'oeil sur l'hydrologie du MexiqueChapitre 7 sur 17 · Tome III · texte numérisé non relu

Tome III

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Si celte condition pouvait se réaliser, on Rnirait par n'avoir sous les yeux que les différences qui résulteraient pour les plantes de la température due à la latitude, et il serait alors facile d'estimer cette influence avec exactitude. Mais plusieurs autres éléments. d*une action fort complexe, règlent la distribution des végétaux, et la comparaison entre les diverses régions du globe en est rendue d'autant plus difficile.^

L'inspection des montagnes du Mexique montre que, pour la végétation, elles diGTèrent en deux points principaux de ce que nous voyons dans les Alpes : le domaine des forêts est beaucoup plus grand et celui des prairies plus petit.

r Forêts. La limite supérieure des forêts est très-nettement dessinée et s'avance fort haut; néanmoins les causes qui en arrêtent la végétation semblent être plutôt estivales qu* hivernales.

En gravissant les grands volcans du Mexique . on chemine depuis une altitude de 7 à 8,000 pieds jusqu'à celle d'environ 11,500 dans des forêts de conifères, et sur certains points, on voit les pins végéter pins haut encore sous des formes rabougries ^

* J'avais cru remarquer que cette zone des forêts se partage en trots étages botaniques; le premier occupé par des Pinus ou pins, sous lesquels il pousse une;hnrbe longue et abondante ; le second, par des Àbies ou sapins, sous lesquels le sol est tapissé de mousse; le troisième, par des Pt>iu«,sous lesquels on retrouve l'herbe. Je ne sais si les pins des deux zones extrêmes appartiennent h la même espèce: il est possible que non, attendu que la flore du Mexique est inGniment riche en conifères. (Dernièrement, M. Rœtzl, botanistehorticulteur établi à Mexico^ a dé<*Tit plus de 70 espèces de Pinus du Mexique, et quoique ce nombre soit incontestablement fort exagéré, il indique néanmoins une extrême richesse en conifères.) — Mais des personnes qui ont parcouru le Mexique m'ont affirmé n'avoir pas ol)servé ces trois zones régulières, et ils doutent que les sapins soient toujours intercalés comme je l'indique ici. Je laisse la ques-

SUR l'hydrologie du MEXIQUE. i\b

J'ai élé frappé de voir sur presque tous les grands vol cans la limile des forêts dessiner une ligne horizontale régulière, qui cadre bien avec l'uniformilé de configuralion de la montagne , régulièrement convexe ; ces forêts finissent précisément à la hauteur où s'arrêtent les neiges persistantes de l'hiver et les neiges sporadiques des Orages du printemps.

Il semble que cette chute de neige journalière, au moment où la végétation est en pleine activité . s'oppose à la vie des conifères, en sorte que les forêts s'arrêtent à peu près à Taltitude où la précipitation de l'eau cesse de s'opérer à l'état de pluie. Dans les Alpes, le sapin qui couronne les arêtes dont la position saillante assure la rapide fonte des neiges hivernales, ce sapin , dis-je, n'est pas entravé mécaniquement dans sa végétation^ et son espèce se répandra jusqu*à l'altitude où il trouvera la limite de température que son économie peut endurer. Il me semble que. dans la Cordillère, l'arrêt de la végétation arborescente tient à d'autres causes. En effet, chose frappante . la zone des forêts échappe presque aux neiges de rhiver ; celles-ci ne à*étendent sur la ceinture supérieure des forêts que par intervalles . et elles n'y séjournent guère. Ce ne sont donc pas les froids excessifs de l'hiver qui font périr les conifères, et il faut plutôt chercher la raison de leur arrêt dans des causes estivales. La trouvera-t-on dans les chutes de neige tardives et quotidiennes des mois de mai et de juin ou dans la gelée de la nuit

tioD indécise, car il tst possible que j'aie seulement traversé des étendues accidentellemont peuplées de sapins an milieu des forêts de pins. Toutefois, je n'ai jamais vu les sapins atteindre aux dernières limites de la végétation arborescente; j'y ai toujours vu les pins , en sorte que les sapins me paraissent bien appartenir plus spécialement â la ceintnre intermédiaire . tandis que les pins végètent à toutes les hauteurs, depuis le niveau du plateau jusqu'à une altitude de près de 12,000 pieds..

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pendant Télé? c'est ce que Vobservation montrera. Sur tous ces volcans , les forêts m'ont paru être refoulées par une cause spéciale et ne pas s'étendre jusqu'à la limite d'altitude que la température moyenne semblerait devoir leur permettre d'atteindre ^ Sur certains volcans élevés, mais pas assez cependant pour que la cime conserve des neiges éternelles, on les voit se prolonger plus loin que sur les pics couronnés de neiges (Coffre de Pérote, Malinche) ; sans doute parce qu'ici la neige de chaque jour ne séjourne pas sur les rochers nus de la cime et entrave moins la végétation , attendu que les montagnes rocailleuses sont moins sujettes aux neiges que les prairies. Ici. les bois des conifères semblent arriver plus près de leur limite naturelle, car ils commencent à prendre des formes rabougries, comme dans les Alpes : on voit à leur forme que la végétation devient pénible à cette hauteur.

Sur les cônes réguliers, par exemple sur le Popocatepeti, les forêts se terminent subitement à une certaine altitude, sans que les arbres de la zone supérieure prennent uneapparence chétiveet sans se prolonger irrégulièrement et clairsemés , comme dans certaines régions des Alpes, où l'on observe^ sur les confins des pâturages, comme une

* Le fait que la végétation d'une plante n'est pas seulement une fonction de la latitude, de la température moyenne, et par conséquent de l'altitude, est suffi sa m ment prouvé par les exceptions singulières qu'on observe à cet égard. Au N.-E. de l'Irlande, le myrte croit en pleine terre, comme en Portugal, et cependant les pommes y ont delà peineàmûrir. Sur les côtes du Devonshire, on a vu l'Agave americana fleurir en pleine terre et les orangers en espalier porter des fruits, etc. (Humboldt, Cosmos). Les côtes de la mer de Cortès, quoique tout à fait extra-tropicales, ont une flore tropicale. D'un autre côté, certains fruits qui recherchent la chaleur arrivent moins bien è maturité sous les tropiques que dans les régions tempérées , vu l'égalité de température de l'été et de l'hiver. Nos fruits européens n'acquièrent point au Mexique la même saveur qu'en Europe.

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lotte entre la végétation arborescente et les frimats qui la combattent.

Il me semble qu'il y a là une loi presque inverse de celle qui règle la végétation sur nos Alpes. Chez nous, la chaleur de l'été permettrait aux conifères de s'étendre plus haut qu'ils ne le font, et la cause de leur arrêt se trouve plutôt dans la rigueur et la longue durée de l'hiver, que dans la basse température de Tété. Au Mexique, où la différence de température entre l'été et l'hiver est beaucoup moins grande que sous la zone tempérée, cette cause n'existe pas. Qu'on ajoute à cette circonstance la régularité des formes arrondies et convexes des volcans, et l'on comprendra pourquoi la limite supérieure des forêts dessine sur les montagnes de ce pays une ligne très-régulière, bien différente de celle qui s'observe sur nos Alpes , où les extrêmes entre les deux saisons créent des différences plus prononcées entre les arêtes et les vallées, et donnent des lignes isophytes locales plus sinueuses.

Plusieurs espèces de conifères des montagnes du Mexique que j'ai cherché à élever en Europe n'ont pas réussi, à cause des conditions météorologiques totalement différentes qu'elles trouvent sur notre continent. Ces plantes supportent en été dans leur patrie un abaissement de température inconnu dans nos plaines, maison hiver elles ne traversent pas des froids rigoureux. Dans les lieux qu'elles animent, les différences extrêmes ne sont pas entre l'été et l'hiver, mais entre le jour et la nuit en toute saison, puisqu'il gèle même en été (mai, juin,) pendant la nuit, tandis que la journée est très-chaude, même en hiver. Il semblerait donc que les conifères des hautes régions mexicaines fussent capables de supporter une alternance rapide entre des extrêmes de température éloignés, pourvu que ceux-ci soient très-courts, qu'ils se

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succèdent rapidement et qu*ils ne dépassent pas quelques degrés au-dessous de zéro ; tandis qu'ils succombent sous des froids même modérés, quand ceux-ci se prolongent comme chez nous pendant une partie de Thiver ^

2. Plantes herbacées. Leur domaine est relativement plus limité que dans les montagnes de l'Europe.

Comparaison entre les limites des plantes herbacées en Europe et au Mexique. — Dans les Alpes, les forêts de conifères s'élèvent jusqu'à 6,000 pieds d'altitude environ (2000 mètres), mais les herbes ne peuvent guère atteindre leur limite naturelle, arrêtées qu'elles sont par les neiges éternelles. Les montagnes du Mexique offrent au contraire ce fait intéressant qu'on peut y suivre la végétation jus* qu'à sa complète extinction sous la seule influence de l'altitude, sur les pics qui ne portent pas une quantité de neige suffisante pour refouler les plantes. Le Nevado de Toluca est à cet égard la montagne la plus intéressante, parce qu'il dépasse les limites de la végétation, sans cependant offrir de neige ailleurs que sur quelques pentes isolées. En effet, le Coffre de Pérote ne s'élèvo pas au delà de la limite des herbes; au PopocatepetI , au CitlaltepetI et à riztaccihuatl au contraire, la masse des neiges est assez puissante pour refouler la végétation en s'avançant sur certains points, ou pour l'influencer à distance. C'est donc seulement sur le Nevado de Toluca,

^ Ceci semblerait venir à l'appui de l'opinion de M. Quetelet que les rapides variations de température favorisent la végétation. Mais, comme nos pins du Mexique réussissent dans une orangerie à température fixe, il est probable que les grandes variations de température ne leur sont pas nécessaires, ce qui confirmerait au contraire l'opinion de M. Alph. de Candolle que les températures iift7e< agissent seules sur la végétation, et que les variations thermométriques ne produisent le même effet que parce qu'elles traversent des températures utiles.

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peut-être aussi sur les portions libres de riziaccihuati, que la question peut èlre étudiée dans son étal normal ; mais tout particulièrement sur le volcan de Toluca, attendu que celui-ci n*entre dans la région des neiges éternelles que par des rochers et des aiguilles qui ne retiennent pas bien la neige, en sorte que celle-ci s'accumule plus bas et seulement par petits champs isolés, tandis que tout le sommet en reste libre. Ainsi, les plantes, loin d*ëtre étouffées par la neige dans la partie la plus élevée de la montagne, peuvent s'y développer librement.

Suivant Galeotti, la végétation des herbes atteint au Mexique l'altitude de 4300 mètres, ou la dépasse même, et, à l'altitude de 4100 mètres, on voit encore des genévriers. Les lichens ne dépassent guère les herbes que de 450 mètres. Les bords du bratère du Nevado de Toluca à 4600 mètres n'en offrent plus aucun vestige.

Si l'on place au Mexique la limite des neiges à 4400 ou 4500 mètres, la végétation libre s'arrête donc sensiblement à la même hauteur que les neiges éternelles ^ Dans les Alpes, au contraire, la végétation des herbes dépasse

l Eo effet, l'observatioo du Nevado de Toluca montre que la végétation libre du Mexique, c'est-à-dire celle qui se manifeste sur les rochers situés complètement en dehors de l'influence des ncigfe*. s'arrête à une hauteur sensiblement égale à celle qui. sur les grands pics, sert de limite normale aux neiges éternelles. Cette coïncidence est d'autant plus remarquable qu'elle est purement accidentelle au Mexique.

La vie animale se prolonge beaucoup plus haut que celle des plantes. Au sommet du Popocatepetl . h 5300 mètres d'altitude. sur le bord sud-est du cratère qui était privé de neige, je vis un culéoptère. de la famille des Blaps, s'engager entre les pierres. Il paraît que la terre réchauffue par les vapeurs souterraines, forme ici, au milieu des neiges, une oasis propre à la conservation de la vie, où des animaux peuvent encore élire domicile. Ce lourd coléoptère n'a pu Hre accidentellement transporté par les vents h cette grande hauteur, comme le papillon que mon grand'père a vu au sommet du Mont-Blanc, comme ceux que Zumstein a rencontrés

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de beaucoup le commencement ^e la région ncigeuse> et Ton n'çn connaît réellement pas la limite proprement dite. Presque partout elle est refoulçe par les neiges, en sorte qu*elle ne peut pas en général prendre toute Texlension verticale dont elle serait susceptible : circonstance qui fait défaut au Mexique, ou qui n'y existe qu*à un bien nu)indre degré*

Petite étendue, relative de la zone des herbes au Mexique. — La conséquence naturelle qui semblerait découler de cet état de choses, c*est que dans ce pays les pâturages devraient prendre une plus grande extension que dans les Alpes. J*ai donc été fort surpris d'observer précisément le contraire, et de voir combien le domaine des plantes herbacées est comparativement peu étendu. Cette différence est peut-être exagérée par le fait qu'en. Europe l'exploitation des bois a été poussée trop loin, et que le profit qu'on retire des pâturages a sans cesse conduit à la dçstruction des forêts élevées qui, une fois d^ truites, demanderaient des siècles pour se rétablir. Néanmoins, abstraction faite de cette circonstance, la différence qu'offrent à cet égard les deux régions m'a encore frappé. La simple inspection des lieux montre déjà ce que confirment les chiffres, â savoir que dans la Cordillère du Mexique et dans les Alpes il existe à peu près la même distance verticale entre la limite des forêts et celle des neiges. Par conséquent, si à la latitude du Mexique, les neiges sont plus reculées que dans les Alpes, c'est tout au pro6t des forêts et nullement des herbes; les forêts dépassant celles des Alpes d'une quantité au moins égale à celle dont la neige recule, eomme le prouvent les chiffres qui suivent.

au sommet de la pyramide Vincent (l'une des cimes du Mont-Rose,

13000 pieds d'altitude). Il faut qu'il ait gravi les flancs de la montagne par les pentes de sable et les arêtes dénudées qui pouraient lui offrir momentanément une route privée de neige.

SUR l'hydrologie du MEXIQUE. 191

Si Too admet pourlioiile des neiges :

sur les pics do Mexique une alUlude de 13500 p.

sur les montagnes des Alpes ^ de 8500 p.

ladifférenceentreles neigesdesdeuxrégionsestde5.000 p.

Si d'autre part on admet pour limite des forêts : dans la Cordillère du Mexique une altitude

de H500«p.

dans les Alpes de 6500^ p.

les forêts auraient avancé des Alpes au Mexique de 5.000 p.

Les forêts s'avancent donc en hauteur sur les montagnes du Mexique d'une quantité égale à celle dont recule la neige, comparée.à celle de nos Alpes. La quantité d'espace vertical libre, gagné par la moindre étendue des neiges à cette latitude, est donc bien tout entière au profit des forêts et sans aucun bénéfice pour le domaine des herbes ^. La limite où commence la zone des herbes se trouve amsi repoussée verticalement d'environ 4 à 5000 pieds. Voyons si sa limite supérieure remonte d'une quantité égale.

* Soit sur des montagnes parfaitement isolées, comme le sont celles dn Mexique.

•Suirant Glennie, de 11760 p. — Ce voyageur fixe la limite de la végétation au Popocatepetl h une altitude inférieure h 13000 p., mais il est évident qu'il se trompe et qu'il a cru trouver cette limite là où commencent les éboulis de sables mouvants, accidentellement dépourvus de végétation.

' Altitude un peu grande, mais probablement la normale, car la destruction récente des forêts élevées a abaissé leur limite. Du reste, on a vu exceptionnellement vég*^ter le Pinus eembra jusqu'à une hauteur de 8000 pieds.

* Ces estimations ne peuvent être qu'approximatives, mais quand même on n'admettrait pas entièrement les chiffres qui servent de base à ce calcul, il n'en resternit pas moins clairement établi que les forêts envahisbeut à cette latitude un espace égal à celui qui est cédé par les neiges.

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A vrai dire, il n*esl guère possible de bien résoudrecelle question, attendu que la limite supérieure des plantes herbacées n*esl pas bien définie. On peut toutefois es* timer que :

au Mexique elle se trouve à une hauteur d'environ 43300 p.

tandis que dans les Alpes elle dépasse 9300^ d

différence 4.000 »

L'étendue verticale gagnée par les herbes est donc inférieure à l'étendue que celles-ci cèdent aux forêts (4,500 ou 5^000 pieds.) Il en résulte que ces dernières gagnent beaucoup en étendue au Mexique, tandis que la zone des herbes ( quoique s*élevant plus haut que dans les Alpes) n'ajoute rien à l'étendue de son domaine, mais perd au contraire quelque chose.

J arrive à la même conclusion par la comparaison suivante. Si l'espace qui sépare les forêts des neiges éternelles est à peu près le même dahs les Alpes et au Mexique, (peut-être moindre au Mexique,] il faudrait pour que le domaine des herbes fut égal dans ce pays à ce qu'il est dans les Alpes^ qu'il dépassât notablement la limite des neiges éternelles, (puisqu'il la dépasse dans les Alpes) Or, njous avons vu que les herbes s'arrêtent déjà avant, ou à la limite des neiges de la Cordillère.

En recherchant la cause de cet arrêt des plantes herbacées, j'ai cru la trouver, comme pour les forêts, dans les météores de Tété plutôt que dans ceux de l'hiver

1 En effet, Zurostein a trouvé des plantes vivantes et fleuries à 11000 pieds d'altitude environ, au Nase, cime dominant une crête qui descend du Lyskamm et partage en deux bras le glacier de Lys.

MM. Schlagintweit, dans leur ascension au Mont-Rose, ont trouvé des plantes phanérogames qui fleurissaient à 11463 pieds d'altitude, sur rtle de roc du glacier de Gornerhorn, appelée Àuf der Flatte.

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Petite étendm des pâturages. — Il découle de ces cgnsidérations que les pâturages proprement dits doivent 6tre assez restreints sur les pics de la Cordillère. En eflfet, ils le seraient déjà en surface par le seul fait de la simplicité de la Torme des volcans, qui ne développe pas ces vallées hautes et ces espèces de plateaux ou de terrasses^ si fréquents dans les Alpes, et où se forment les plus beaux pâturages. Mais ils le sont en outre en étendue verticale, plus qu'on ne pouvait le supposer: ils se perdent vite dans les rochers ou les cboulis où ne crois, sent plus que des herbes chétives et isolées. Cet état de choses me semble s'expliquer par le fait que. les bois s*élevant fort haut, la plus grande étendue des herbes se trouve refoulée dans les régions pierreuses ou rocailleuses, et déjà assez élevées pour que leur végétation ne soit plus assez vigoureuse pour tapisser le sol et former ce qu'on nomme des pâturages ^.

Au-dessus des bois du Popocatepetl il n*y a pas de pâturages du côté nord. Mais ceci tient seulement aux longues pentes de sables mouvants qui font suite aux forêts; car on voit croître des herbes dans ces sables, et d'ailleurs sur riztaccihuatl. sur le pic d'Orizaba, etc.. on en ren-

^ Soit à cause de la rareté de l'air, soit pour d'autres causes qui arrêtent la végétation à la limite des neiges, et qui n'existent pas dans les Alpes au même degré. Les pâturages du Mexique étant situés à une hauteur absolue plus grande que ceux des Alpes, ils ne sont pas placés exactement dans les mêmes conditions phyëiques. Les vers de terre jouent un rôle très-important dans la formation des pâturages en rejetant à la surface du sol les petites quantités de terre qu'ils enlèvent k une certaine profondeur. Les pierres se recouvrent peu à pnu parce travail continuel, s'enfouissent et s'affaissent graduellement dans le sol jusqu'à plusieurs pouces d<> profondeur, cédant leur place à une nappe de gazon. (Voyez Bowditch /otim. de la Soc. Roy. d'agricult. d'Ànglet. 1858). Il est possible que dans les hautes altitudes du Mexique les vers fassent défaut ou que leur travail soit moins considérable que sur les hautes Alpes.

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contre, quoique d'une petite étendue, surtout dans la haute vallée abritée qui sépare les deux cônes de cette montagne.

Lichens, — Enfin, la comparaison de la vie des lichens donnerait lieu à une singulière observation.

Au Mexique ces plantes ne s*élèvent suivant Galeotti que jusqu'à UOOO pieds; or, en Suisse les lichens n'ont pas de limita, puisqu'on en trouve jusqu'au sommet du Mont- Blanc à 14,800 pieds d'altitude ^ Quoique Galeotti n'ait rencontré aucune de ces plantes au sommet du Pic de Toluea. je serais étonné qu'elles s'arrêtassent à un niveau si bas, car il n'est guère admissible que les lichens atteignent dans les Alpes la même altitude que dans la Cordillère du Mexique ^

Conclusions. — En résumant ce qui précède, on voit que :

1^ Les forêts s'élèvent au Mexique d'une notable quantité plus haut que dans les Alpes, (environ 5.000 pieds} en sorte que dans les deux continents il règne une distance assez égale entre la limite des neiges et celle des forêts, soit 2,500 pieds, mais plutôt moindre au Mexique, vu l'empiétement des forêts.

3® Les herbes du Mexique ne s'avancent pas en altitude d*une aussi grande quantité sur celles des Alpes; elles ne les dépassent probablement que de 3,500 ou 4,000 pieds, et elles s'arrêtent à la limite des neiges.

1 LUmbilicaria virginis a été rencontré 10 mètres au-dessous du sommet de la Jungfrau, et l'on a vu les Leeanora polytropa et Lecidera confluenta au sommet du Mont-Blanc. On a aussi trourë des mousses à de grandes hauteurs, ainsi VÀndrea ruspestris, ramassée sur le Mont-Roseà 11,770 pieds d'altitude sur la pyramide Vincent.

* Je crois me souvenir d'avoir vu des lichens au. bord du cratère du Popocatepetl. M. Craveri croit aussi en avoir remarqué contre les parois du cratère. Absorbé par d'autres préoccupations, je n'ai pas accordé à ce fait une attention suffisante. En tout cas, je n'ai pas été frappé au sommet de ce volcan comme au sommet du Coffre de Pérote, par cette abondance de lichens qui forment des plaques de couleur vive sur les rochers de cette montagne.

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3® Les lieliens ne paraissent pas atteindre plus haut au Mexique que dans les Alpes,

Si ce dernier fait venait à se vérifier, il prouverait que, tandis que les extrêmes de basse température qui , à notre latitude, régnent sur les plus hautes montagnes, ne suffisent pasàdétruirela végétation^une température peu variable, mais toujours médiocrement basse, comme sur les pics de la Cordillère, s*oppose à la vie des plantes.

Conditions différentes qui règlent la végétation au Mexique et dans les Alpes. — La manière frappante dont les plantes des Alpes se conservent à travers les neiges et les frimas d'une saison me conBrment dans l'opinion que les causes qui, au Mexique, amènent l'arrêt de la végétation herbacée et cryptogamique, à une altitude si peu considérable pour la latitude, sont des causes estivales: caries cryptogames et les herbes supporteraient parfaitement Thiver sur les montagnes du Mexique, où il est bien moins froid que dans les Alpes.

L'égalité qui règne entre les saisons sous le tropique fait que, même dans les hautes altitudes, c'est presque une température moyenne uniforme qui règle la vie des végétaux et non point, comme chez nous, la forte chaleur qu'amène l'été. La chaleur de l'été s'éloigne beaucoup moins de la température moyenne qu'à notre latitude; elle reste relativement plus basse, et c'est elle qui doit limiter l'extension des plantes, au lieu que chez nous ce sont les froids de l'hiver. Sans ces causes estivales , les herbes devraient se continuer à travers les neiges du PopocatepetI *.

1 Le même fait explique la longue proloDgation dt la vie des herbes au-dessus du niveau des neiges perpétuelles ; les plantes résistant à rhi?er et Tété leur permettant de régéter.

3 J'ignore si la rareté de l'air peut être une cause de l'arrêt de la végétation. Ou pourrait le supposer en voyant les lichens s'arrêter au Mexique et dans les Alpes à la même altitude, mais Je doute fort que cette circonstance en soit la cause rétUe.

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On peul généraliser de la manière suivaolc ces principes théoriques en conaparant les deux contraires qu'offre la végétation sur les montagnes des tropiques et sur celles de la zone tempérée et arctique :

— Tropique, Sous l'équateur, la différence entre Thiver et Tété étant nulle, les neiges ont une limite théoriquement parlant invariable en toute saison, qui se trouve placée là où l'atmosphère atteint une température moyenne voisine de 0®. Il est évident que, vu cette température de Télé, les plantes n'y pourront plus végéter et que, si cet état se rencontrait dans toute sa régularité, la limite de la végétation devrait presque coïncider avec celle des neiges.

— Zone tempérée et arctique. Ici, les grands extrêmes de température font que le domaine des neiges perpétuelles et celui des plantes herbacées se croisent et se pénètrent; les frimas de l'hiver conduisant les neiges fort bas et la chaleur de Tété élevant les plantes encore fort haut.

Plus on s'avance vers l'équateur, plus la limite de la végétation doit par conséquent s'abaisser, par rapport à celle des neiges.éternelles ^c'esl-à-dire tendre à s'en rap- * prêcher) jusqu'au moment oix ces deux limites se confondent. A la latitude des volcans du Mexique, elles ne devraient pas se confondre encore; mais nous avons montré (p. 82) que la limite des neiges est exceptionnellement haute sur les montagnes de ce pays, et c'est peut-être la raison pour laquelle les deux limites coïncident de fait, quoiqu'à celte latitude les plantes dussent encore franchir la limite des neiges, si des causes spéciales n'amenaient une modification dans l'ordre théoriquement normal.

Il découle aussi de ce qui précède que plus on s'avance vers l'équateur, plus aussi c'est la température de l'été qui contribue à régler les limites de la végclation. En effet, cette température se rapproche de plus en plus de

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la température moyenne des lieux et finit par coïncider avec elle à Tcquateur, et ici c'est précisément cette température qui forme Tarrèt de la végétation à Taltitude où elle approche de 0®.

Impossibilité des lignes isophytes entre les montagnes du Mexique et les Alpes. — De tout ce qui précède , on peut aussi conclure que, si chez nous les hautes régions du globe tendent à reproduire le caractère des régions arctiques, il n'eu est pas de même sous les tropiques, où les météores ont une distribution très différente et conservent un

caractère tropical même sur les hautes montagnes ^

Il est donc à peu près impossible Je tirer une ligne isophyte entre les altitudes de deux contrées aussi distantes, puisque sous ces latitudes éloignées , les plantes sont influencées d*une manière spéciale par les lignes isothères et isochimènes, qui sont dans des rapports tout différents. Cette ligne ne serait qu'une ligne de fait, composée de segments qui ne s'adapteraient pas les uns aux autres, et je crois qu'il faut se borner à dire que les limites de la végétation au Mexique ne peuvent se comparer aux limites qui s'observent dans les régions tempérées , parce qu>e les causes qui les déterminent sont sensiblement différentes. En effet, la comparaison des limites de telle ou telle végétation dans deux hémisphères et sous des latitudes éloignées n'a aucun sens sous une forme absolue.

Pour établir d'une manière virtuelle cette ligne isophyte, il faudrait, comme je l'ai dit plus haut, pouvoir identifier sous les deux latitudes la distribution des météores, ce qui, au Mexique, équivaudrait à décharger l'été d'une forte partie de ses pluies pour en charger l'hiver sous forme de neige. Dans ces conditions, certaines espè-

* Les hautes répons représentent d'autant mieux la zone circumpolaire qu'enes sont situées plus au .oord, et s'en éloignent d'autant plus qu'elles se rapprochent de l'équatenr.

ces de conifères pourraient sans cloute encore résister à l'hiver, et, avec un été plus chaud, elles pourraient dépasser la limite d'altitude actuelle. Mais , d'un autre côté, nous avons vu que^ dans un cas pareil , les neiges éternelles s'étendraient plus bas, en sorte que probablement la végétation arborescente atteindrait très près de leur limite, au détriment presque absolu des prairies ^ Ce phéy nomène serait encore plus marqué si les volcans neigeux

du Mexique, au lieu d'être tous des sommités isolées, for- . maient une chaîne de montagnes groupées, où les neiges descendent toujours plus bas que sur les pics isolés.

Mais comme il est dans les harmonies de la nature que chaque plante conforme son économie aux stations où elle végète , on peut bien, sous un certain point de vue, e4)nsidérer comme normales toutes les causes qui servent de barrière à ses facultés. On peut donc, si l'on veut, dire que sa limite normale de végétation se trouve à l'endroit où on la voit succomber , quelle qu'en soit la cause, que ce soit le froid des nuits d'été (?), comme au Mexique (et sans doute d'autres causes aussi], ou la température moyenne (ou spéciale à une saison), comme sur les Alpes ; pourvu qu'on ne néglige pas de rappeler les causes spéciales et contraires, qui dans chaque zone terrestre forment l'arrêt qui la dessine.

On définira peut-être le mieux d'une manière générale la différence entre le cachet le plus apparent des Alpes et des Cordillères, en disant que la température plus uniforme entre l'été et Vhiver qui règne au Mexique favorise plus que dans les Alpes l'extension des forêts au détriment des prairies,

1 Je crois en effet que dans ce cas les neiges éternelles arriveraient bien près de la yéritable limite des forêts ou leur serviraient même de barrière ; car, à ces limites , il ferait encore chaud en été, et, pendant Thirer, il régnerait un froid supportable à certaines espèces de conifères. Mais les hautes régions seraient nécessairement peuplées d'espèces autres que celles qui y végètent maintenant.

SUR l'hydrologie du MEXIQUE.

Note III.

Quantité de pluie tombée dans diverses régions

du Mexique.

V Obserrations faites à CordoTa (Tersant de la Cordillière, ^errei tempérées-chaudes), par Don Âpolinario Nieto.

Mois

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

V uin ••••••• • ••

JuillHl...-

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre

Total de l'année. .

Moyenne pour ces 4 années = 2". 732

V Observations faites à Tépic (prés la côte de TOcéan pacifigae),

par Don lannel Escadero.

Pouces anglais ...

Réduction en mètres

Mo

1,447 ^enne

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