‹ Coup d'oeil sur l'hydrologie du MexiqueChapitre 6 sur 17 · Tome IM · texte numérisé non relu

Tome IM

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bords du golfe, une heureuse influence sur les plantes qui, favorisées par une atmosphère humide, prennent cet aspect imposant qu'on chercherait en vain dans les régions plus élevées. Mais ces conditions influent sur le corps humain d'une manière opposée; il règne en plusieurs endroits des fièvres intermittentes fort malignes, dites fièvres de la côte^ que l'on combat par des doses exagérées de quinine. Les ports du Manzanillo, de San Blas et d'Âcapulco en sont le plus tourmentés; toutefois il ne règne nulle part d'épidémies immédiatement mortelles, comme celles qui désolent le golfe mexicain, et leur danger n'est pas à comparer à celui de la fièvre jaune.*

La succession des saisons ressemble, sur la côte occidentale du Mexique, à ce qu'elle est dans les autres terres chaudes. Les vents du nord y régnent en hiver depuis le mois de novembre comme sur le versant opposé, mais ils ne sont guère dangereux ; ils soufflent avec constance et régularité et ne passent pas à l'état d'ouragan comme le fait si souvent le norte du golfe. Quelquefois cependant ils sont assez forts pour gêner momentanément la navigation. En

^ La fièvrejaune est uniquement confinée à la côte orientale de rAmérique. Au Mexique elle ne sévit qu'à Vera-Cruz. f.e seul point de la côte du Pacifique où Ton ait observé le vomilo est la ville de Panama, où la masse des voyageurs étrangers qui fournissent un aliment incessant à ce fléau, l'apportent de la côte opposée. Mais l'épidémie, quoique entretenue parles arrivées continuelles de nouveaux malades, ne se propage pas sur le littoral.

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été, il règne souvent dans la mer de Cortès un vent du nord-est entre les mois de mai et d'août. Mais celui-ci ne s'étend guère sur l'Océan; du moins les navires qui s'approchent de la Basse-Californie ne le sentent-ils pas, à moins qu'il ne se confonde avec la brise de terre {el terrai) qui s'observe le matin et le soir au voisinage de toutes les terres. Le seul vent qui dans ces parages soit bien périlleux, souille du midi et porte le nom de Cordonazo de San-Frandsco (Flagellation de Saint-François). Tant que règne le petit vent du nord-est (soit pendant les mois de mai à août), les caboteurs entre Guaymas et Mazatlan n'ont pas à redouter ces terribles ouragans ; mais il serait dangereux de s'aventurer en mer à toute autre époque de l'été. Il est à présumer que le singulier nom de flagellation de Saint-François sous lequel ces tempêtes sont connues, a été imaginé par des missionnaires qui les auraient essuyées pour la première fois à la mi-septembre, et qui les auraient prises pour un châtiment, envoyé par le saint au jour de sa fête. Ce vent nait sur l'équateur dans les mois d'été ; il suit les côtes du Pacifique, balaye les plages de l'Amérique centrale^ et exerce ses ravages sur tout le littoral mexicain jusqu'à Guaymas. En largeur il n'occupe qu'un espace très-restreint : car sur mer il n'est déjà plus redoutable à 100 ou 150 milles des côtes, et sur terre il n'atteint pas le plateau, limitant ainsi

^ C*esl probablement le vent qui y est coonu sous le nom de Tepeyagua.

ses ravages à la région basse qui avoisine l'Océan. L'époque de son apparition est inconstante et l'intensité de ses effets dévastateurs n'est heureusement pas toujours également grande. AMazatlan son arrivée a lieu vers le commencement d'août, mais il n'est déjà plus terrible en novembre; toutefois en 1853* il apparut subitement au milieu de juin, et coûta la vie à un grand nombre de marins attaqués à l'improviste. Tous les navires surpris sur leurs ancres dans les ports et les esteras^ où on les met à l'abri des tempêtes, dérapèrent et furent brisés ou portés par les vagues bien avant dans les bas-fonds.

Le danger du Cordonazo interrompt complètement la navigation de la côte occidentale du Mexique pendan la saison où il règne ; car les bâtiments transatlantiques qui abordent quelquefois dans ces parages, pas plus que les caboteurs qui communiquent d'un port à l'autre, n'osent s'exposer à ces ouragans. L'inertie à laquelle il condamne les habitants de la côte pendant l'été a renversé dans leur esprit l'ordre normal des saisons. L'hiver qui est le moment favorable pour l navigation et le commerce, et durant lequel toutes les communications sont ouvertes, reçoit le nom d'été (verano) et réciproquement Tété

^ Franc. Velasco prétend dans son ouvrage sur la Sonora que le vent du sud ne se fait sentir qu'à une lieue dans les terres.

^ Cette date n*est pas parfaitement certaine.

^ Espèces de canaux naturels qui font communiquer les lagunes côtières avec la mer et qui servent de ports.

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porte le nom d'hiver. On dit qu'on met un navire en hivernage, lorsqu'on le désarme et qu'on l'ancre dans les canaux où il doit passer Tété.

Le Cordonazoest encore un vent mal connu. D'après les renseignements puisés chez les marins, il paraîtrait que son principal caractère est de souffler avec une indicible violence et de parcourir en peu de temps toute la rose des vents, en décrivant des tournoiements terribles. Les hommes de mer les plus expérimentés de Mazatlan prétendent que tout navire, quel qu'il soit, doit presque infailliblement périr par le Gordonazo, s'il en est surpris à moins de 50 lieues des côtes.

La terreur que cause ce météore dépasse toute expression. On en entend parler sans relâche dans tous les ports par les marins indigènes et étrangers, qui ne trouvent pas de termes assez énergiques pour dépeindre Thorreur de ces tempêtes. Les côtes orientales de la Basse-Californie sont également sujettes au Cordonazo jusqu'au 28^ parallèle, et le port de La Paz possède aussi des esteras oùy en été, l'on Atveme les petits navires. Mais le littoral océanique de la presqu'île est déjà exempt de ce fléau, comme trop éloigné du continent et en dehors de la zone étroite où sévissent les ouragans. Il est bien rare qu'un été ne compte pas au moins un Cordonazo, et quelquefois il s'en succède jusqu'à cinq. Sur la terre ferme le météore arrive avec une violence non moins grande que sur la mer,arrachant les arbres, ouïes desséchant jus-

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qu'à la racine, renversant les maisons et transportant des masses pesantes à de grandes distances, en sorte qu'il devient dangereux de s'aventurer hors des habitations solidement bâties. Durant un faible Gordonazo dont fut témoin M. Craveri, la mer s'éleva d'une manière extraordinaire, remontant des pentes où il semblait impossible qu'elle arrivât jamais. La tempête se termina par un orage accompagné de coups de tonnerre.

A Mazatlan il ne pleut pas en hiver, sauf à de rares

exceptions. En été il y pleut par le vent du sud-est, tandis que dans la Sierra c'est celui du nord-est qui amène la pluies La pluie est plus fréquente dans la Cordillère que sur la côte, et on la voit souvent de Mazatlan couvrir les montagnes, sans s'étendre jusqu'au port de mer. Néanmoins, malgré cette absence de pluie on voit sur la côte des éclairs suivis de coups de tonnerre. Du reste la Sinaloa tout entière, y compris le versant du plateau qui l'avoisine, paraît être la terre classique de la foudre. Dans certaines forêts on rencontre presque à chaque pas des arbres qui en ont été frappés, et l'on voit partout aussi des sapins isolés, brisés par la même cause. Sur une petite région granitique nue, M. Graver! a compté une centaine de marques de la foudre*.

^ Ce fait tient à des causes locales qu'il serait impossible d*apprécier ailleurs que sur les lieux mêmes.

^ J'ajouterai en passant que les tremblements de terre de quelque importance sont presque inconnus dans la Sinaloa, mais il s*y produit fréquemment de petites ondulations imperceptibles à nos sens.

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La grande presqu'île de la Basse-Californie, quoique si rapprochée de la Sinaloa, diffère totalement du reste du continent par sa climatologie. Baignée par deux mers dont l'une, ouverte jusqu'au pôle, amène des vents chauds ou froids suivant qu'ils soufflent du nord ou de l'équateur, tandis que l'autre, essentiellement méditerranéenne, est toujours un peu tiède et agitée, elle semble réunir toutes les conditions d'un climat excessivement humide. Aussi l'aridité et l'excessive sécheresse de cette contrée, peuvent-elles étonner à bon droit. Loin d'alimenter des forêts plantureuses comme la côte orientale du Mexique, elle n'offre à l'œil qu'une sorte de désert rocailleux, dépourvu de végétation arborescente. Et cependant sa flore, bien que chétiv^, ne laisse pas que d'être tropicale, au moins sur la côte orientale de la presqu'île, où les arbustes les plus abondants sont des térébintacées aromatiques; mais ces buissons ne suffisent pas pour enlever au pays son aspect désolé. La sécheresse absolue de la péninsule est la seule cause, mais aussi la cause irrémissible, de sa pauvreté, et il est probable que cette circonstance Tempêchera toujours de se peupler. Ses rares habitants répètent tous à l'envi que l'eau seule est la source de leur avoir, mais que le ciel se montre bien avare envers eux de ce précieux élément, et il est facile de s'apercevoir que la plus grande de leurs jouissances est d'entendre le clapotement de la pluie. En été on voit, il est vrai, les nuages se former sur l'Océan; mais ils fran-

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chissent les monts de la péninsule comme des aérostats, sans laisser échapper une seule goutte de pluie, et se portent vers la Cordillère continentale où ils versent leurs provisions d'eau si fortement enviées par tous les êtres vivants de la Californie. *

La vue de Teau dans le lit des rivières est chose si anormale que Ton finit par l'oublier complètement. Rien ne saurait mieux le prouver que la situation singulière de la ville de La Paz, capitale de cet étrange pays. Presque à Tinsu de ses habitants, elle est bâtie

^ Autanl qu*on peul juger d'un pays qu'on n'a pas visité, cette absence de pluie dans la presqu'île de la Basse-Californie, si singulière pour une contrée entourée d'eau, peut s'expliquer par la nudité de son sol et son échauiïemenl qui en est la conséquence. En effet l'air qui, par lèvent du nord-ouest, s'écoule vers le continent, se desséchant en passant sur la presqu'île, la tension de ses vapeurs diminue et la condensation no peut s'y opérer. C'est exactement ce qui se passe en hiver dans les plaines de Vera-Cruz,sur lesquelles le norte glisse sans laisser échapper d'eau, tandis qu'il en verse beaucoup à la rencontre de la Cordillère. On doit en conclure que la condensation recommence au-dessus de la mer de Certes où la causQ.de distension cesse, et que, par suite, la côte orientale de la péninsule que baigne cette mer doit être plus souvent favorisée par la pluie que la côte occidentale.

Il est probable que si le norte soufflait en été sur la plage de Vera-Cruz, il y pleuvrait tout aussi peu pendant celte saison. Mais l'air ^tant calme, cette région jouit des pluies estivales régulières qui sont dues, non aux vents régnants, mais à la force des courants ascendants de l'atmosphère.

Quoique la pluie vienne souvent rafraîchir la côte de la Sinaloa, tout le littoral du Pacifique est loin d'être aussi humide que la côte orientale. Selon Fr. Velasco, la Sonora souffre beaucoup du manque d'eau et l'on y a vu creuser des puits de 40 mètres de profondeur sans rencontrer des traces d'humidité.

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dans le lit d'un torrent, de telle sorte que la rue principale en occupe précisément le fond, et il est si rare d'y voir briller un filet d'eau que les générations avaient perdu le souvenir de l'existence de cette rivière. Cependant, une année ou l'autre il arrive aussi que les nuages éclatent sur cette contrée: mais au lieu d'y apporter l'aisance et le bonheur, c'est la dévastation et la mort que l'orage traîne après lui. Les écluses du ciel subitement ouvertes laissent échapper d'un seul coup les eaux de l'Océan amassées dans les nues, et malheur à qui se trouve sur leur passage. De véritables cataractes aériennes font disparaître les récoltes chétives, si laborieusement arrachées à l'ingratitude du climat, détruisent les champs, entraînent les plantes et le terrain qui les porte. Le granit mis à nu résiste seul au cataclysme. La ville de La Paz fut détruite deux fois dans le cours de dix années * par la violence de son torrent qui n'est borné que par des lignes de maisons, digues insuffisantes et faciles à renverser. Les habitants s'obstinent à relever leurs habitations sur le lieu même du désastre, avec cette démence, la même en tout pays, qui semble s'enraciner dans l'esprit humain avec une force proportionnelle au danger des lieux menacés, dont le simple bon sens devrait éloigner son choix.

Pour compléter ces détails, j'aurais désiré donner ici les observations météorologiques faites par

^ Il ne m'a pas été possible de me procurer des dates précises relativement à cet événement.

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M. Craveri durant son séjour sur la côte de TOcéan pacifique ou sur des points rapprochés de cette côte; mais reproduire ici ces longues pages de chiffres serait sortir de notre cadre. Je me suis donc borné à en déduire les moyennes. Leur examen montre que les orages estivaux éclatent le soir ou la nuit, tandis que sur le versant oriental et sur le plateau c'est au milieu de la journée ou dans l'après-midi que tombe la pluie^ Sur la côte immédiate il ne pleut guère,*d'après ces observations, qu'une fois sur deux ou trois jours ; mais dans la Cordillère la pluie est presque quotidienne, en sorte que le nombre des orages y est sensiblement égal à celui de la côte opposée. Du reste il serait téméraire de vouloir formuler une loi sur des observations poursuivies pendant un an et demi seulement ^

^ Voyez la note IV. On peut en résumer les faits principaux de la manière suivante :

Du 46 au 30 novembre, aucune pluie, quelques nuages.

En décembre, une seule pluie, la nuit.

En janvier, trois pluies diurnes et deux nocturnes.

En février (moyenne), trois pluies.

Du 14 au 31 juillet, deux orages diurnes, huit pluies nocturnes.

En août, aucune pluie diurne; quinze pluies nocturnes.

Le 30 septembre, un Cordonazo.

En octobre, une pluie diurne, sept nocturnes.

En novembre, aucune pluie.

En décembre, quelques averses.

En avril et mai, aucune pluie.

Il est à remarquer que cette année passait pour fort sèche, autrement il aurait déjà plu dans la Cordillère au mois de mai.

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Sur les tableaux de M. Craveri, on voit que la pluie n'a jamais été de longue durée en été; qu*en hiver la pluie diurne se prolongeait rarement pendant la nuit, et que la pluie nocturne ne continuait que très-rarement pendant le jour qui suivait (une fois seulement en février).

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