‹ Coup-d'oeil sur les maladies les plus importantes qui regnent dans une des iles les plus celebres de la Grece, ou, Topographie medicale de l'ile de Leucade, ou Sainte-MaureChapitre 2 sur 6 · L'ILE DE SAINTE-MAURE · texte numérisé non relu

L'ILE DE SAINTE-MAURE

Cet opuscule n'offrira qu'un exposé succinct de matières qui seront plus tard Tobjet de travaux plus complets.

Description iopographique.

Sainte-Maure , autrefois Leucade , (i) l'une des îles de la mer lonniene (2), est siluce à 38« 36' de latitude septentrionale, et à i8,^ 18', 3o" de longitude de Paris , entre Gorfou qui est au nord-ouest, Cephalonie et Ithaque qui sont au sud , et à une petite distance de la côte d'Arcanic, ancienne province d'Épit e , près du golphe de l'Arta , où est le cap Actium , célèbre par la bataille qui anéantit le

( i)Dans les médailles de cette île on lit : AE AEÏKAA AEÏKAAIi2N. (2) J'ai demeuré sept ans aux îles lonnienes, et particulièrement à Sainte-Maure en qualité de médecin de l'armée anglaise et de l'hôpital de Leucade , fondé par le général Ross. Pendant ce temps j'ai parcouru toutes ces îles à diverses reprises ; j'ai fait plusieurs excursions dans le continentde la Grèce , pour visiter les endroits les plus célèbres, accompagnant le général Ross, dont je n'oubl irai jamais la bouté et la générosilé-

pouvoir d'Antoine et rendit Octave maître de Rome.

Cette île e'tait anciennement unie au continent par un isthme. Homère en parlant de^Nerice , capitale de Leucadc , affirme que c'était une ville située sur le continent d'Arcanie (i). Cette opinion d'Homère, selon Strabon ^ était fondée sur l'union de cette île avec le continent ; cet illustre géographe rapporte que des Corynthiens envoyés par Cepsale etGergase, après s'être emparés de tout le pays qui s'étend jusqu'au golfe d'Ambracia, enlevèrent l'isthme et formèrent ainsi une île. Aujourd'hui dans le même lieu où était Tisthme , on aperçoit une suite de lagunes qui, de lîle se prolongent jusqu'au continent; un long banc de sable commence au-dessous même d'Amaxachi , capitale de l'île, et s'avance jusqu'au bord opposé delà terre ferme.

L'île a environ dix lieues de longueur, et cinq de large. Elle est traversée par une chaîne de montagnes escarpées. La plus élevée se trouve au centre. Au midi est le fameux promontoire connu sous le nom de Saut de Leucade, formé d'une roche d'environ i3o pieds de hauteur. La mer vient continuellement briser ses flots contre elle , et s'élève en écumant jusques sur ses flancs escarpés. Les bords de l'île sont semés d'écueils et de bancs de sables jusqu'à une certaine distance , ce qui rend

(i) Odiss. 1. 24.

la navigation dangereuse en ce lieu , surtout à i'e'qoque des courans qui y sont très communs, (i)

Le voyageur , à l'aspect de ce rocher célèbre , ne peut s'empêcher d'éprouver une forte émotion^ Il contemple avec étonnement tous les objets qui l'environnent ; le temps qui abat avec la même faux les plus beaux ouvrages sortis de la main des hommes et les monumens de leur crédulité, a jeté dans l'oubli ce lieu autrefois témoin des scènes les plus lugubres , et dont le souvenir fait encore frémir. Le temple consacré à Apollon où on offrait à ce Dieu d'horribles sacrifices, est anéanti.

Cette île ne possède pas de rivières considérables , et la raison en est qu'un grand nombre de montagnes se prolongent jusqu'aux bords de lamer,^ ou jusqu'aux lieux qui l'avoisinent. On y trouve beaucoup de sources claires d'eau douce qui fournissent à tous les besoins des habitans.

Les montagnes sont presque toutes nues et stériles ; mais les plaines et les vallées étalent la richesse de la plus belle végétation, et seraient susceptibles des plus riches productions si plus de bras pouvaient être employés à leur culture. On rencontre dans plusieurs endroits des bois agréables etpittoresquesjdont le sol au printemps, est couvert de mille fleurs qui répandent au loin une odeur délicieuse, charment les yeux autant par la vivacité

(i) 3Tox el Leiicatœ nimbosa cacumina monlis , et formidatus nantis aperUiir JiJuUo. eeucitl. iiv. 5.

que par la variété de leurs couleurs. Pendant les chaleurs de l'été leurs ombrages offrent une fraîche retraite destinée au silence. La plaine qui entoure la capitale est un magnifique jardin. Au couchant de la ville et à deux lieues de distance environ, est un petit vallon où viennent se rendre les eaux qui, tombées pendant Fautomne etdans Thiver^ forment une espèce de lac d'environ une lieue de circuit. L'eau reste dans ce lieu jusqu'à la fm du printemps, alors en s'évaporant peu à peu, elle abandonne le terrain qu'elle a fertilisé.

Dans toute l'étendue de l'île oiî la position du terrain permet aux eaux de se réunir, rien ne s'opposant à leur rassemblement, elles deviennent stagnantes, et rendent l'île très marécageuse. Au midi de la capitale sont établies des salines assez grandes pour subvenir aux besoins des habitans , et pour fournir à une exportation assez considérable.

Amaxachi est située au nord-ouest (i) ; au-dessous d'elle commence le banc de sable qui sépare l'île du continent, cl qui n'est autre chose comme nous l'avons dit, qvl'une suite de lagunes et de terres marécageuses. La ciladelle, séparée de la ville par un ancien aqueduc qui sert à présent de passage aux gens à pied, est au nord de cette dernière,

(l) On croit que l'ancionue Leucade qui donnait son nom à l'île , était au midi à peu de distance de celte ville , peut-être dans l'endroit même de Nërice dont parle Homère. Les salines sont établies dans celte partie de l'île.

sur une langue de terre qui s'clève au milieu des lagunes. Cette ville est très petite et compte à peine sept mille habitans. Aucun plan régulier n'a été observé dans sa construction. Une seule grande rue , qui n'offre rien de remarquable , la traverse d'un bout à l'autre. Les maisons n'ont presque toutes qu'un étage. Cette mesure est très prudente à cause des fréquens tremblemcns de terre auxquels l'île est exposée. On a récemment construit des maisons à plusieurs étages, et leur architecture n'est pas sans élégance. Un grand nombre d'elles présentent à l'extérieur des galeries agréables , nécessaires dans un pays très chaud pour jouir de la fraîcheur à certaines heures de la journée. L'intérieur de la ville offre un coup-d'œil désagréable ; il est entretenu d'une manière extrêmement néi^ligée , ce qui contribue , avec les marais , à rendre l'air insalubre. Les habitans manquent de soins de propreté pour leurs personnes, pour leur habillement et pour leur maisons.

Cette île renferme trente-deux villages, qui , réunis à la ville, comptent en tout seize mille habitans.

Les habitans se nourissent d'herbages et de poissons , dont ils font une pêche considérable, et dont la viande est généralement molle et grasse. Ils usent aussi beaucoup d'huile dans leurs mets , et mangent Irès peu de viande.

Climat.

Le climat varie dans toutes les saisons de l'année. 11 est frais en hiver, mais toujours très pluvieux et très humide dans cette saison. Le printemps humide et pluvieux dans ses commencemens , est quelquefois doux et chaud vers sa fin. L'été est brûlant et même suffoquant. Lorsque le vent du nord soufle , la chaleur de Tété est supportable , elle se prolonge fort souvent jusques dans le cours de l'automne ; mais à compter de la moitié de cette saison les pluies sont abondantes , et l'atmosphère se charge d'une humidité extraordinaire.

Les vents du nord et d'ouest, et souvent ceux d'orient prédominent pendant l'été ; et en hiver les vents de l'est et du sud. Le vent qui vient du continent et qui traverse le golfe de l'Arta est mal sain, parce que les eaux de ce golfe sont stagnantes et corrompues , et il s'en exhale des vapeurs délétères.

Celte île est mal saine par Thumidité extraordinaire , la chaleur brûlante qui y règne une graniie partie de l'année et par les marais dont elle est parsémée.

Influence du climat et d'autres causes sur la santé et le caractère deshabilans.

L'influence délétère produite par les exhalaisons pcslilcnlicUes des marais, l'air humide et

chaud qui prédomine dans cette île , le vent souflant du côté du golfe de l'Arta et portant avec lui des émanations pernicieuses , la mauvaise nourriture dont font usage les habitans, ainsi que la malpropreté, sont des causes qui impriment à l'économie animale des prédispositions désavantageuses. Ainsi on observe qu'ils ont, en général, une couleur pâle , une constitution faible ; ils sont minces , d'une taille élevée , leur poitrine est étroite , leur ventre gros. Ils sont prédisposés aux engorgemens des viscères abdominaux. Ils ont un penchant irrésistible pour la paresse. Leur esprit est triste et n'est guère susceptible de faire éclater des transports de joie même dans les plus heureuses circonstances de la vie. C'est l'inverse de ce qu'on observe chez les habitans des régions élevées et qui respirent un air pur. .

ÉNUMÉRATION DES PRINCIPALES MALADIES QU'oN OBSERVE PARMI LES HABITANS DE CETTE ILE.

Tétanos.

Parmi les affections du système nerveux , celle qui nous a frappé d'avantage et qui mérite d'être mentionnée ici , est le tétanos. Celte affection apparaissait pendant les plus fortes chaleurs de l'été; il y avait contraction des muscles du dos, latcte était portée en arrière, le corps arquebou té (oyf7/5/^o/?07i05). Les facultés intellectuelles quelques fois semblaient

intègres pendant le cours de la maladie , ainsi que les organes des sensations; d autrefois, le malade e'iait plongé dans un coma profond ; la mâchoire inférieure était fortement resserrée ( trismus ) : La respiration devenait gênée de plus eu plus, à proportion que le malade approchait de sa fin : fort souvent cette affection débutait par l'assoupissement ; son invasion était subite , sa durée peu longue , sa terminaison mortelle ; elle était rebelle à tout traitement. On ne sait rien de concluant sur la nature et le siège de cette maladie, puisque tantôt selon les uns, on ne trouve rien sur les cadavres; selon les autres, c'est une affection de la moelle épinière ; selon quelques-uns, son siège est dans le cerveau, et certains pathologistes regardent cette affection comme étant de nature inflammatoire. Malgré tant de travaux, on ne peut rien assurer à cet égard. Pendant notre séjour dans l'île de Sainte-Maure , c'était en ville, et non pas à l'hô-pilai, que nous avons observé cette affection, et malheureusement les préjugés des habitans nous ont empêché de profiter des observations cadavériques. Cependant d'après les travaux publiés dans ces derniers temps sur le système nerveux par un physiologiste distingué, par la nature des symptômes nous sommes portés à croire que le siège de celte affection est dans la mo'elle allongée.

Quoiqu'il en soit nous ne pensons pas qu'on puisse considérer celte affection comme une maladie

des fluides , ainsi qu'on pourrait le penser d'après quelques auteurs , qui regardent l'hystérie , I cpilepsie , la catalepsie, affections de même nature, conjme des maladies dépendantes des fluides , de même que la pléthore et l'anémie (i).

Affecctiom de la poitrine.

La peiitesse de la poitrine, ainsi que les variations atmosphériques fréquentes dans cette île , prédisposent aux affections des organes renfermes dans cette cavité.

Penpneumonie.

La pneumonie est une affection qu'on observe dans l'île de Leucade vers le printemps comme partout ailleurs. Il es^ inutile de rappeler ici les symptômes, Gt les déraî gemens organiques qui accompagnent cette raalad e ; surtout après les travaux immortels de M. La'ënnoc , le plus grand phatologistc de notre siècle, lequel, au moyen du sthetoscopc, pi écicux instrument dont il est l'auteur, nous a dévoilé Jcs moindres opérations morbides, qui ont lieu dans cette affection. Nous ne pourrions que copier

(i) On est étonné de lire dans les prolégomènes d'un ouvrage de clinique, le passage suivant : « Nous devons nous hâfer de dire que les mal;ulics de fluides sont bien plus rares qu« celles des solides; nous pensons que c'e^■.t aux premiers qu'nj)pai tienueut cerl;unes Hialadies générales, telles que t hystérie , l'épilepsie , la ca'alcpsie, la pléthore, l'anémie, etc. » A l'égard de l'hystérie, de réjiilcpsie et 'de la catalepsie , n'cst-ii pas vrai que l'auteur ne veuille parler que di^-s uiabdies du fluide du magnétisme animal ?

ce que cet illustre auteur, dont on pleure la perte re'cenle, a consigné dans sa seconde édition sur l'auscultation médiate; ouvrage qu'à juste titre on peut considérer comme un monument des véritables découvertes pathologiques de noire époque.

A l'égard du traitement on ne pourrait non plus dire quelque chose sur la valeur thérapeutique de la saignée , qui ne se trouve indiquée dans les auteurs : mais il n'en est pas de même relativement à l'emploi de certaines substances , surtout de l'émétique- Les esprits superficiels, imbus des préjugés qu'une prétendue nouvelle doctrine leur a transmis, ayant les yeux complettement fascinés, ne voient et ne jurent que par le talisman de l'irritation ; là où la théorie phanlastique d'une physiologie antiphysiologique ne peut pas soumettre les faits, on les condamne sans rien y comprendre. Quoiqu'il en soit de l'opinion de ce tourbillon^ qui ne suit que l'impulsion reçue , nous ne devons considérer les faits que dans leurs véritables rapports, bases de toute saine physiologie ; en n'envisageant donc que les faits, voici les rapports que nous trouvons entre l'action de l'éméiique , et la pneumonie?

1° L'action de l'émétique enflamme la muqueuse poulmonaire. Nous ne faisons pas ici mention de ce que cette action produit dans les autres parties de l'organisme, parce que cela ne nous est pas nécessaire pour Tobjet qui nous occupe. Ce qu'on

ap^llc proprement pneumonie n'est autre chose que l'inflammation de cette même muqueuse qui atapisse les cellules pulmonaires, dont les parties sont si minces, que cette muqueuse ne peut s'enflammer sans qu'en même temps ne soit attaqué le tissu composant les parois de ces cellules , puisque les dernières ramifications vasculalres qui fournissent la sécrétion muqueuse dans les cellules en composent le tissu. Il est superflu d'ajouter qu'il existe encore une petite quantité de tissu cellulaire pour les lier.

2® La section ou tout autre genre d'affeciion de la branche pneumonique de la 8'""'' paire, entraîne l'inflammation du poumon.

3^ L'éméiique agit sur les points des organes encéphalo-rachidiens , d'oii naissent les nerfs pneu-, mo-gatriques.

D 'après ces données , il est évident que les affections de cet organe , surtout dans l'état aigu, doivent se trouver sous l'influence du système nerveux qui s'y distribue : si cela est , tout ce qui agit puissamment sur ces parties du système nerveux , lesquelles sont les points d'où dévivent les influences les plus puissantes, doit nécessairement modifier son action sur les poumons ; par conséquent l'action de ces agents doit modifier à son tour , lorsque l'organe est affecté, le procédé morbide qui y existe. Cette influence ne peut avoir que deux résultats, ou agraver le mal, ou le combattre;

( iC)

Nous ne discuterons pas ici la valeur des opinions des contro-stimulistes ou des homcopathistes, cela nous obligerait d'entrer dans l'examen approfondi de ces systèmes , pour y reconnaître ce qu'il y a de raisonnable dans les manières de voir de Rasori , ou d'Hannemiin; discussion qui nous entraînerait trop loin. Quoiqu'il en soit, en n'admettant que les faits, unique guide de l'observateur, nous sommes forcés d'avouer les bons effets de Fémclique contre la pneumonie ; et ce , d'après les travaux faits dans le dernier siècle en Allemagne , ainsi que d'après ceux entrepris dans le siècle actuef, en Italie et en France. Au reste , n'est til pas vrai que les substances nauséabondes ont été employées par les praticiens dans les affections caiharrales de la poitrine ainsi que dans la coqueluche ? Ne sait-on pas que le kermès a été très vanté contre les inflammations des organes pulmonaires? Daprèsces résultats, si l'action de Fémétiquesur le système nerveux, produit une inflammation dans l'état de santé, son mode d'action en combattant la pneumonie générée par toute autre cause, nous oblige à reconnaître que cette action réveille une influence nerveuse d'une nature opposée à celle qui existe pendant la péripneumonie. Nous devons ajouter cependant que par les lumières que nous fournit la véritable physiologie , les observations pourront être faites avec une plus grande connaissance de cause ; et la question maintenant agitée parmi les tbçrapeuUstes , pourra être mieux

résolue; ce sera le fruit des nouvelles recherches que publiera plus tard sur ce sujet le physiologiste qui s'est tant occupe de Faction de ces substances.

Tubercules pulmonaires.

Il n'est pas rare d'observer des tubercules pulmonaires chez les habitans de Sainte-Maure. Sur une cinquantaine de personnes mortes de maladies de poitrine dont j'ai fait l'autopsie, j'en ai trouvé trente-cinq dans les poumons desquels il y avait des tubercules.

Scrophules.

Les scrophules sont une affection endémique dans cette île. Cette maladie se manifeste surtout en hiver où le temps est humide, froid et pluvieux et vers l'équinoxe du printemps, saison chaude, humide et variable, conditions propres à favoriser le développement des scrophules, parti;culièrement dans un pays marécageux. Nous ne faisons point ici mention des autres causes, telles que la mauvaise nourriture, les habitations humides , sombres et mal aérées, ni de l'âge, ni du sexe, où elles apparaissent principalement, non plus que des complications et des suites de cette complication ; choses bien décrites d'ailleurs par tous les observateurs. Nous fixerons seulement notre attention sur le vague et le. peu, de justesse qui existe dans les thforiet|iu.;o.]çi^,a, çmjsç^^.^ur .cette maladie.

Il serait superflu de rapporter ici toutes les opinions erronc'es et antiques ; mais il n'est pas hors de propos de faire connaître les plus récentes. Ainsi, selon un certain professeur,

« L'affection scrophuleuse est en quelque sorte l'exagération du tempérament lymphatique ; car ces dispositions constitutionnelles exagérées, la maladie existe. Dans cet état, il y a à la fois activité des bouches absorbantes, grande facilité d'absorption, inertie des vaisseaux lymphatiques, faiblesse des absorbans, et par conséquent stagnation et épaississement des liquides absorbés. La même chose a lieu dans le tempérament lymphatique , caractérisé par l'activité des bouches absorbantes et la débilité du système lymphatique ». Plus bas il ajoute: « La réplélion du système lymphatique , chez les scrophuléux, nuit à l'activité de la nutiition ; leur accroissement s'achève plus tard, le durcissement des os se fait moins vite, et cette particularité, en facilitant le développement du cerveau , rend l'intelligence plus précoce , mais quelquefois produit l'idiotisme, lorsque l'ossification dès os, se faisant trop long-temps attendre , le cerveau acquiert d'énormes dimensions , se gorge d'humeurs séreuses, dont l'accumulation constitue l'hydrocéphale. »

N'est-il pas etrange de trouver, d'un côté de l'activité dans les bouches absorbantes des vaisseauxlymphatiqucs, et de l'autre l'inertie de ces mêmes vaisseaux? N'est-ilpas encore étrange de voir la réplétion

du systèmelymphàtique nuire d'un côté à la nutrition; et de l'autre, faciliter le développement du cerveau et rendre l'intelligence plus précoce , ou, chose admirable! y causer l'idiotisme? A la vérité, toutétonnement cesse , quand on sait que cet auteur est un litiérateur physiologo-noso g raphico-chirurgico- philosopha-antilogique.

Qùe doit-on penser de l'opinion de ceux qi}i n'attribuent la production des scrophules qu'à l'irritation des vaisseaux blancs ?Est-ce que les vaisseaux blancs sont ceux qui président aux changemens de lanuirition? est-ce que les vaisseaux blancs sont les seuls atteints dans les ulcérations scrophuleuses ? Nous ne ferons pas voir ici la contradiction où tombent ces auteurs, lorsque d'ailleurs ils veulent que tout phénomène nutritif ne dépende que de la seule action des vaisseaux sanguins. Au reste , toutes ces manières de voir ne conduisent aucunement ni à la connaissance des véritables dérangemens de l'organisme , ni à celle des procédés au moyen desquels ils ont lieu. Ne vaut-il pas mieux d'avouer notre ignorance que d'avancer des erreurs, ou des mots qui, voulant dire beaucoup et tout expliquer, ne disent rien ? Est-ce que nous connaissons pourquoi dans les muscles, dans le cerveau , dans les tendons, etc. , le mode de nutrition est divers? Nous ne pouvons que reconnaître les résultats admirables des phénomènes de l'organisme sans en pouvoir pénétrer la cause; avouons donc franchement que

nous Ignorons pourquoi les ganglions lymphatiques se trouvent changes en matières tuberculeuses, les parties s'ulcèrent, etc. Cependant lorsqu'on voit disparaître le tissu naturel à ces organes , et qui est remplacé par une substance de nature diverse , on peut parvenir à indiquer le procédé au moyen duquel s'effectue ce changement. Lorsque l'action morbide atteint un organe selon la nature et les modificationspropres à chaque maladie, les fonctions des parties composantes se modifient aussi. Dans le cas qui nous occupe , cette modification se porte particulièrement sur les phénomènes de l'élaboration nutritive, les fluides exhalés dans l'intérieur des tissus morbides sont composés d'une partie coagulable, et d'une liquide; or, cette dernière attaque la composition ordinaire des tissus , les dissout et ensuite les emporte, étant résorbas, ; endant que la partie coagulable exhalée les remplace. C'est au moyen d'un tel procédé que le changement successif des parties affectées a lieu ; et même plus tard la matière coagulable qui a remplacé les tissus ordinaires, finit par être à son tour attaquée par les fluides exhalés. C'est alors que la matière tuberculeuse se fond et se ramollit. Ce procédé, que nous notons ici à l'égard des scrophules, est celui au moyen duquel ont lieu tous les changeraens dans nos tissus, quelles que soient leur nature et leur composition, soit dans l'état de santé, soit dans celui de maladie. La différence ne consiste que dans les

modifications des actions propres à chaque tissu, et non pas dans le procédé. Pourquoi ces modifications particulières? c'est ce que nous ne pouvons pas assigner. La production des ulcères scrophuleux a aussi lieu par un semblable procédé. L'ulcération et le changement de tissu, ne diffèrent qu'en ce que^ dans celui-ci il y a remplacement de tissu, ou déposition de matière exhalée ; dans l'autre , il y a simple perte sans remplacement ; cela dépend surtout de la position des parties affectées. Les ulcérations n'ont lieu qu'à la surface libre des tissus. La matière exhalée au fur et à mesure qu'elle est produite, se détache; mais si dans la partie ulcérée la matière exhalée par sa force plastique s'organise cl fait partie des tissus affectés, alors, selon la bonne ou mauvaise nature de sa composition, elle produit la cicatrisation, les fungosités, les callosités, etc. La formation des ulcères peut avoir lieu aussi par un autre procédé que nous indiquerons plus bas. Ce sujet, qui est de la plus haute importance, et que nous ne notons qu'en passant, ne peut être bien traité sous tous ses rapports que dans un ouvrage où les phénomènes de la vie seront exposés dans leur marche successive ; parce que ce sujet suppose la connaissance des rapports d'absorption et d'exhalation de nos tissus ; ainsi que celle des rapports des matières exhalées et absorbées dans les phénomènes de nutrition et de dénutrition. Ce travail sera public par un de nos amis, qui y exposera la théorie de la

nutrition normale et anormale, ainsi que celle de rulce'ration.

Maladies des yeux.

Une des affections bien graves, soit par Teffet du climat, soii par la mauvaise constitution des sujets, est l'ophlhalmie. Celle maladie entraîne avec elle la perte des yeux, ou elle passe à l'état chronique, surtout si la constitution du malade est scrophuleuse. La conjonctive des paupières est aussi affecte'e. J'observerai en passant, que dans cette dernière affection, j'ai cautérisé avec le nitrate d'argent la muqueuse des paupières , où j'ai excisé les points boursoufflés de cette membrane avec avantage.

Les cataractes ne sont pas rares chez les habitans de Sainte- Maure. Je dirai que nous avons souvent employé avec succès la méthode de sir Williams Adams , cé]èi»re oculiste anglais; méthode qui consiste, comme on sait, à rompre la cataracte avec raiguille,et la mêlera l'humeur aqueuse, pour obtenir sa plus prompte dissolution etson absorption (i).

Ulcères au oc jambes et théorie de leur formation.

Les ulcérations aux extrémités inférieures sont un effet de la mauvaise constitution des sujets. On les observe surtout chez ceux qui sont affectés d'en-

(i) f^ojez Adams Practical observations on eiilropium , artificial pupil,and calaraci. London ; 1812.

gorgemens des viscères abdominaux. Nous pensons que la cause de ces ulce'rations est la stase du sang^ dans rextrémité veineuse des membres inférieurs , laquelle stase a lieu par T obstacle que doit nécessairement éprouver le retour du sang vers le cœur. Cet obstacle vient i*^ de la pression variée que l'engorgement des viscères gastriques fait éprouver au système veineux abdominal ; 2? de ce que le foie engorgé empêche le libre retour du sang de la veine cave au cœur. Cette étiologie de la production des ulcères vient se corroborer par l'ensemble des faits suivans que nous offrirons ici d'une manière abrégée.

Les ulcères sont plus nombreux aux extrémités inférieures, que partout ailleurs.

2^ Ils apparaissent plus facilement à l'époque de la vieillesse > que dans la jeunesse et l'âge mûr,

3? Les œdèmes des extrémités inférieures précèdent la production des ulcères, et ils ne commencent fort souvent que par l'apparition de petites éruptions vésiculaires ou pustuleuses. Cet œdème disparaît par le repos et par la position horizontale. Cet engorgement est à son maximum le soir et à son minimum le matin. L'œdème ne s'observe que dans les seules extrémités où l'ulcération se développe.

4S Les ulcérations sont plus fréquentes chez les personnes dont les veines des extrémités inférieures sont variqueuses.

5S Elles sont aussi plus fréquentes du colé gauche

que du droit ; sans doute parce que le sang veineux de Textrémité gauche remonte plus difficilement , par la prc'^sion qu'il doit ressentir de la part deS matières fécales renfermées dans les dernières portions du gros intestin où elles se trouvent naturellement endurcies. " ' ' ' '

6*^ Les personnes qui sont souvent affectées de tels ulcères, sont celles qui sont forcées de mener une vie pénible en demeurant long-temps debout, ainsi qu'on l'observe chez les hommes de peine , lés corroyeurs, etc.

78 La production des ulcères est encore plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, parce que les premiers mènent une vie active et sont toujours debout , les secondes restent sédentaires.

8^ Les ulcères chez les femmes apparaissent plus facilement à l'époque de la grossesse, et l'on sait qu'à cette époque ils sont plus rebelles.

9** Chez ceux qui font usage de jarretières, surtout s'ils les serrent fortement, les ulcérations aux janibes ont lieu plus aisément , et même c'est une des causes de récidive pour ceux qui en ont souffert.

10» A toutes ces circonstances il faut ajouter celle qui offre- la méthode curative , telles que la position horizontale , le repos , l'application des bandelettes aj^lutinativesappliquées de manière à produire une certaine compression, la ligature des veines superficielles leur section , incision ou

résection ; on y pourrait même ajouter l'effet de la pression atmosphérique, car les ulcères sont plus rebelles à guérir dans les lieux élevés que dans ceux qui sont au niveau de la mer.

11° Enfin, ce qu'on met en usage dans les précautions hygiéniques pour empêcher la récidive ; savoir l'usage d'un bas de peau de chien bien serré autour de la partie cicatrisée , l'éloignement de l'application des jarretières , le repos , la position horizontale.

Maintenant il ne faut que jeter un coup-d'œil sur toutes ces circonstances pour voir que la station droite long-temps prolongée, les engorgcmens du rectum et des dernières parties du colon , produits par les matières fécales ; les obstructions des viscères abdominaux, l'augmentation du volume de l'utérus dans l'état de grossesse, la diminution de la pesanteur de l'air dans les lieux élevés ; enfin, la compression exercée par les jarretières, sont des causes qui favorisent la stagnation du sang dans les veines des extrémités inférieures. Il faut de plus, observer que cette stagnation a lieu dans les veines superficielles et non dans les profondes , attendu que le cours du sang dans ces dernières est favorisé par le battement des artères qu'elles accompagnent, et par l'action des muscles qui les compriment de tous côtés ; tandis que les veines sous-cutanées se trouvent trop loin de ces deux influences pour pouvoir se décharger facilement ; c'est ici qu'il faut

remarquer que chez ceux qui font des efforts avec les membres inférieurs , bien qu'ils les mettent continuellement en action , la stase dans les veineu superficielles n'en arrive pas moins au degré de produire des varices, et c'en est même une des causes les plus fréquentes.Voici la raison de ce dernier phénomène ; lorsqu'on fait un effort où tous le* mu$cles des extrémités inférieures entrent dans une forte action , leur contraction comprime d'abord très énergiquement les vaisseaux placés au milieu d'eux; le sang est forcé de refluer sur les points éloignés de leur action, c'est-à-dire dans les veines sous-cutanées. Par l'obstacle qui s'oppose au cours du sang des veines profondes, il en résulte que le sang apporté parles artères ne pouvant pas trouver un débouché, est forcé de cheminer vers les veines superficielles. A ces causes qui apportent une majeure affluence de sang vers ces dernières veines ^ il faut ajouter l'osbtacle que ce même sang rencontre pour se dégorger dans le cœur. Dans tout effort d'une partie quelconque, à l'action partielle de ses muscles , vient naturellement s'ajouter la contraction de ceux qui environnent le tronc , ce qui produit une compression sur les viscères renfermés dans le thorax et dans l'abdomen , et généralement sur les vaisseaux de ces cavités, compression qui ne peut que peser sur ceux des extrémités inférieures. Toutes ces causes donc produisent l'enl^orgement des veines superficielles et par censé-

quent , c'est dans ce même engorgement vasculairc que nous devons trouver la cause de l'œdème et des ulcères. Voici comment l'œdème est produit d'abord : le dernier effort de cette stase doit aboutir dans les vénules , surtout dans celles qui sont en continuation immédiate avec les artères capillaires. Cette distension est commune aux vénules, soit profondes , soit superficielles; mais nécessairement elle devra être plus grande dans les vénules les plus superficielles. Les profondes ressentent toujours l'influence compressive des muscles, tandis que les superficielles ne se trouvent que sous l'influence de leur propre rêtracnlilé, et en effet le premier phénomène qu'on observe est l'engorgement œdémateux des membres, surtout du pied et de la jambe, où il s'offre d'une manière évidente. Nous notons en passant que communément on attribue cet engorgement au défaut d'absorption des vaisseaux lymphatiques, idée peu conforme à la véritable observation, puisqu'au moment où les muscles des extrémités inr férieures entrent en contraction, cette contraction, par la disposition des vaisseaux lymphatiques, au lieu de favoriser leur engorgement, doit faciliter leur dégorgement. En effet, les vaisseaux lymphatiques ont leurs racines absorbantes isolées ; c'est de la réunion successive de leur ramuscules que leurs troncs sont formés. Or, comme l'action absor-^ bante de leurs racines est indépendante d'une force a tergo^ comme cela a lieu dans la circulation

veineuse, il en résulte que dans les lymphaliqucs on doit observer un effet opposé à celui qui a lieu dans les veines ; ainsi lorsque l'action musculaire comprime les rameaux et les troncs lymphatiques^ ceux-ci de toute nécessité doivent se vider ; or, par les obstacles qu'opposent les valvules qui sont dans l'intérieur de ces vaisseaux lymphatiques, le reflux ne pouvant s'effectuer du côté des racines absorbantes, la lymphe doit par conséquent suivre son cours naturel et se dégorger par le canal thorachique. Une fois que les troncs sont vides par le relâchement de l'action musculaire , la lymphe qui se trouve accumulée dans leur racines doit nécessairement affluer vers les troncs.

Ce que nous venons de rapporter est relatif au cas où aucune tumeur ne comprime directement les troncs supérieurs de ces vaisseaux lymphatiques; car autrement le défaut de circulation produirait l'engorgement de ces vaisseaux et nécessairenientle défaut d'absorption : il est donc évident qu'il faut chercher la cause de l'œdème dans l'obstacle qu'éprouve le cours du sang veineux.

Un physiologiste des plus distingués de notre époque a déjà prouvé que l'absorption et l'exhalation sont les propriétés de tous les tissus organiques ; il a prouvé de plus que les vaisseaux tant veineux qu'artériels absorbent en même-temps. Par celte nouvelle théorie, on conçoit plus facilement la production de l'œdème. En effet , l'obstacle qu'éprouve le

tours du sang veineux produit l'engorgement des gros vaisseaux, et cet engorgement doit être plus considérable dans les plus petites venules. Le flux du sang artériel doit y produire une forte congestion, qui doit se faire ressentir aussi dans les derniers ramuscules artériels, lesquels sont en conti-^ nuation avec les racines veineuses. Cet engorgement, produit d'un côté l'augmenlalion de l'exhalation djans ces vaisseaux, et de l'autre , la diminution de l'absorption : savoir, la production de l'œdème-

La production de l'oedème est le premier degré pour ainsi dire des effets de la stagnation sanguine; mais si cette stase devient plus grande dans quelques points , les ramuscules vasculaires finissent par s'engorger plus fortement, l'exhalation augmente, les parties s'irritent, peuvent même s'enflammer, d'où résultent ces éruptions vésiculaires ou pustuleuses. Nous avons vu précédemment que la stase du sang a lieu moins facilement dans les parties profondes que dans les superficielles : il est donc évident que ce sont ces dernières parties qui doivent être les premières affectées.

Dans cette maladie, l'ulcération dépend de la stase et non pas de l'effet de l'absorption ulcérative, comme on le pense généralement, ce qui est prouvé par ses symptômes ; car quelquefois des effets semblables ont lieu dans les membres œdémateux, en conséquence des affections du cœur ou de l'obstruction des vaisseaux veineux. A cela il faut ajouter

la nature des matières qu'on trouve à la surface àcS ulcères ; c'est une espèce de détritus ^ui se détache des points ulcérés. Il nous semble qu'on peut déduire de ce qui précède , que l'ulccration est un effet de la ganj^rène de quelques capillaires vasculaires , accompagnée de l'inflammation des parties environnantes.

Maintenant on conçoit facilement comment agit la ligature, la section, l'excision des veines qui sont en rapport avec les parties ulcérées, ainsi que les bandages compressifs, la position horizontale, etc. Dans toutes ces manières d'opérer on force la circulation des veines superficielles à devenir moindre ou nulle, et à s'accélérer en même -temps dans les veines profondes. Une fois que le sang artériel a trouvé un facile débouché vers ces derniers vaisseaux, il s'en dégorge facilement: de là il résulte que toutes les vénules capillaires se mettant dans un nouveau rapport avec les veines par des anastomoses déjà existantes , ce nouveau mode de circulation se développant de plus en plus , fait que la circulation des capillaires superficiels s'accélère proportionnellement , et de là s'ensuivent la réorganisation des parties et la cicatrisation.

Ici nous ne venons d'envisager que la théorie en général ; et il est inutile de faire mention de bien des circonstances particulières capables de modifier et de contrarier ces résultats, ce qui sera soigneusement examiné dans le travail de notre ami.

Colite.

Outre les variations atmosphériques, le climat chaud et humide , les miasmes marécageux , on doit compter pour cause puissante de la colite le régime diététique des habilans de l'île de Sainte- Maure. Ils commettent les irrégularités les plus subites et les excès les pins opposés; comme nous aurons l'occasion de te dire par la suite ; à ces causes on doit ajouter la mauvaise constitution générale des habitans, surtout la tendance qu'ont les viscères gastriques à être affectés.

La colite aiguë s'offre quelquefois avec les symptômes de la diarrhée, mais le plus souvent avec ceux de la dyssenterie. L'une et l'autre de ces nuances tendent presque toujours à l'état chronique , dont la durée est variable selon que cette maladie précède ou suit d'autres affections. La colite est ordinairement une suite de la gastroentérite ; il est moins fréquent d'observer le fait opposé : savoir, la colite précédant la gastro-entérite, ou, en d'autres mots, la marche descendante de l'affection de la muqueuse du tube digestif est plus fréquente que la marche ascendante. En général, la colite chronique a une terminaison fiinesle.

Nous avons trouvé à l'autopsie, sur la muqueuse du gros inJéstin , tantôt une rougeur plus ou moins foncée, tantôt les follicules muqueuses enflammées, prenant l'aspect de boutons déprimés dans leur

centre, tantôt des ulcérations^ offrant des bords calleux et irréguliers. Souvent autour de ces ulcères on trouvait de la matière tuberculeuse, etc., selon l'état aigu ou chronique de la maladie. L'engorgement des ganglions lymphatiques correspondans au lieu affecté, offrait un degré de désorganisation plus ou moins grand: ordinairement c'était de la matière tuberculeuse qu'on y rencontrait.

Fièvres.

Les fièvres périodiques sont endémiques dans l'île de Sainte-Maure ; elles sont tantôt bénignes , tantôt pernicieuses , tantôt simples , tantôt compliquées^ selon la saison, la température de l'atmosphère et l'influence des vents qui prédominent.

Influence des saisons sur la production des Jièvres.

Pendant l'hiver et le printemps il est rare de rencontrer des fièvres intermittentes dans cette saison.

Dans l'été, au contraire, les fièvres périodiques sont très communes. Elles sont simples dans le commencement de cette saison ; leur type est tierce ou quotidien; mais plus tard les fièvres intermittentes pernicieuses apparaissent sur la scène , offrant des symptômes variés et d'un caractère insidieux ; très souvent on observe les fièvres intermittentes compliquées avec les continues.

■jii'fr^^^'^^^*^' ^^^^ nombre de ces affections étaient

plus considérables dans Tcté, si le printemps avait été pluvicuK; car les marais étant plus étendus, une plus grande quantité d'exhalaisons pestilentielles infectaient l'atmosphère; tandis que, si le printemps avait été sec, ces effets pernicieux étaient moindres pendant l'été, par la raison que l'étendue et le nombre des marais étaient diminués. Je dois ajouter que les effets étaient moins pernicieux lorsques le vent du nord prédominait.

En automne, les fièvres intermittentes se présentaient avec le type des fièvres quartes, compliquées quelquefois de dévoiement, et quelquefois de dysenterie. Ces fièvres laissent à leur suite des obstructions dans le mésentère, dans la rate et dans le foie. On observe aussi dans d'autres cas des fièvres lentes.

JSaiure , compile dtions et conséquences des fièçrcsl

Les fièvres rémittentes se présentaient ordinairement avec les caractères propres aux affections appelées bilieuses par les anciens. Les fièvres intermittentes offraient, tantôt des symplômes qui émanaient d'une affection gastrique , et tantôt se présentaient sous Taspect d'une affection cérébrale ; mais ce dernier cas était moins fréquent que le premier. Les fièvres pernicieuses, qui ont leur siège dans les organes de la poitrine, se montraient plu> rarement.

Les fièvres intermittentes laissent à leur suite des

cngorgemcns des viscères abdominaux. Les cngorgemcns du foie apportent de la gêne dans la circulation de la veine porte, le sang demeure en stagnalion dans les vaisseaux mcsentériques, et de là re'sulte une diminution d'absorption du système sanguin et une augmentation dans l'exhalation. Les obstructions des ganglions lymphatiques du mésentère apportent un obstacle à l'action des vaisseaux absorbans qui s'y rendent et contribuent à produire le même effet.

Les ascites causées par les désordres organiques des viscères abdominaux sont des complications qui ne font qu'agravcr la maladie première dans des sujets d'une mauvaise constitution. Il est inutile de parler de la gravité d'un tel désordre ainsi que de celle des fièvres rémittentes et intermittentes, car elle dépend de l'intensité de la maladie , de l 'importance de l'organe affecté et de Tctitde la constitution des malades. Ainsi les fièvres intermittentes simples étaient de facile guérison , tandis que les pernicieuses compromettaient la vie des malades, si l'on ne s'empressait de les combattre. Les fièvres quartes étaient de longue durée ; et, en général , la convalescence se prolongeait d'autant plus que les viscères abdominaux étaient plus affectés.

Traitement.

A l'égard de la méthode curative, les fièvres simples ëtaieut^attaquéesavec succès par le quinquina.

Mais si une fièvre continue venait à les compliquer, le traitement anti-phlogistique devait cire employé pour combattre cette dernière, avant l'administration du quinquina. Il fallait user de la même méthode s'il y avait complication d'inflammation de quelque viscère. Dans les fièvres intermittentes pernicieuses, la prompte administration de ce médicament hér(A*que , pendant les intervalles du paroxysme fébrile , était le seul moyen de sauver les malheureux qui en étaient atteints. Dans les fièvres rémittentes j'ai mis en usage avec le même succes les allusions froides pendant la périoile de la chaleur, surtout lorsque la peau était sèche et la chaleur mordicante.

Pour combattre les engorgemens des viscères abdominaux je ne trouvai aucun moyen plus utile que le changement de climat, un exercice musculaire modéré, et un régime diététique convenable; . Quant à l'ascite, je n'ai jamais dirigé ma méthode curative dans le seul but d'évacuer le fluide que renfermait le péritoine ; mes premiers soins étaient de combattre l'engorgement des viscères abdominaux, cause de l'absorption diminuée, et de l'exhalation augmentée, et je n'ai employé les diurétiques que Comme moyens secondaires.

Craignant de dépasser les bornes de cet opuscule nous omettons des particularités qui auraient pu présenter de l'intérêt. Nous nous contenterons seulement de rapporter les observations suivanles :

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