‹ Coup-d'oeil sur les patois vosgiensChapitre 6 sur 6 · E heuché in dé vô.o et s* li demandé çou qu'ç'té · texte numérisé non relu

E heuché in dé vô.o et s* li demandé çou qu'ç'té

27. Lo vôlo li dehé : Vot' frâre o r'vcni , et vote père é touè lo gra vaye, poromou qu'é l'o revou è santé.

28. El o fé corcie, et s' n'veu mi otrè ; ma so père euhé po lo prié.

29. E li réponde : Volo jo (déjà) tan d'onnaye que j'vo serve , et je n'vos a j'ma déseubéi d'ré dé çou qu'vo m ô c'mandè, et pohtan vo n'm'ô j'ma d'nè in chèvri po mi réjoï évo mè caimérate.

50. AJâ aussiteu que Taule de veu fé qu'é maingi so bé évo dé tanlin o r'vcni, vos ô touè po li lo gra vaye. i

51. Edoio lo père ii dehé : Mo fé, vos ote tocoue evo mi, et terto çou qu' j'a ç'o lo veu.

32. Ma é folié fàre in repai et no réjoï, poromou qu'volc frâre lé mô et el o reviquè; é lé poidi et cl o relrovè.

On peut remarquer combien ce patois est rapide malgré son àprelé apparente. Dans chaque mot il n'y a pour ainsi dire que la syllabe qui porte l'idée qui se prononce. Aussi les monosyllabes dominent-ils ; quelques-uns doivent même abandonner leur accent pour le reporter sur des voisins plus importants encore, en sorte que la phrase s'enchaîne avec une harmonie que la lecture du texte ne suppose guère.

S'il failail ajouter des commentaires et des explications sur (oui ce qtri peut paraître difficile dans les morceaux que nous avons donnés, nous prendrions trop de temps et fatiguerions nos lecteurs. D'ailleurs la comparaison que nous avons faite du français et du patois sous le rapport de la prononciation a déjà pu lever quelques difficultés; d'autres seront aplanies dans l'élude qui va suivre, celle des rapports du patois vosgien avec la langue du moyen-âge.

C'est un académicien bel esprit, coureur de ruelles et bien en cour qui a dû dire le premier que le patois est un ignoble et bas parler, un produit de l'ignorance des vilains et digue de la rusticité de ceux qui s'en servent. Le bonhomme était dans son rôle de conservateur du beau langage. Mais hélas! rien nVst stable que ^instabilité

Et la garde qui veilic au poste académique Laisse entrer les patois.

Les patois, c'est beaucoup dire, mais bon nombre d'expressions populaires que condamnait ou qu'eût condamnées le père Bouhours, le jésuite grammairien, siègent aujourd'hui côte à côte dans le dictionnaire de l'Académie avec les

mois nobles de la société savante et polie. Ce que c'est que les révolutions de palais!

Disons-le donc bien haut, les patois sont moins grossiers qu'on ne se l'imagine. Il y en a qui possèdent des poésies pleines d'esprit et de cœur, sinon de hautes pensées. Le messin n'a-til pas dans son Chan Heurlin un poëme héroïcomique qui ne craint aucune comparaison dans son genre.

Si les Vosges ne sont pas citées dans l'histoire de la littérature paloise, cela tient, non point sans doute à l'absence de toute création poétique mais à un défaut que nous ne craignons pas de signaler ici à nos compatriotes. En général, (j'excepte quelques excellents esprits) ils s'intéressent trop peu à leur propre histoire et aux traditions locales ; les choses de leur pays, si elles ne touchent pas à leurs intérêts proprement dits, semblent ne les arrêter ni les saisir. Leur quasi-indifférence, transmise de génération en génération, a jeté dan> l'oubli des hommes et des choses dignes de prix, lorsqu'ailleurs il y a une émuation généreuse à donner à son pays un éclat plus vif par la résurrection du passé et par l'attachement à ce qui l'ennoblit.

C'est ainsi que, pour nous restreindre à notre objet, nous avons perdu sans doute cent morceaux originaux qu'on pourrait peut-être encore recueillir aujourd'hui, si l'on voulait s'en donner la peine, dans les louves ou veillées villageoises, qu'animaient autrefois la danse et les chansons, et dans les fêtes de famille ou de localité. L'his-

toire des mœurs, des idées et des faits périt ainsi chaque jour. C'est en vain que l'enfant interroge le père sur les vieux temps; celui-ci n'a rien recueilli ; on n'a rien recueilli pour lui ; il ne vit plus que de sou présent et ses ancêtres ne lui sont que des ombres étrangères. Et ici je parle moins des villageois que des habitants des villes qui voient et entendent plus de choses et peuvmt facilement prenlre la plume. S'il existe des manuscrits, quelle main pieuse les a reçus ou sait les mellre en lumière? Si des livres sont faits, qui s'en intéresse en dehors des amis de l'auteur? Combien peu ont lu, par exemple, l'excellente Histoire de Saint-Dié, par Gravier. La presse locale lutte elle-même avec peine contre une insouciance coupable. L'esprit du groupement, de l'association , des efforts communs a été dénaturé ou n'a pas été compris.

Ah î qu'on n 'accuse pas les Vosges de ne rien produire. Nous avons eu nos chroniqueurs et nos annalistes; nous avons eu nos trouvères et nos conteurs, aussi bien que nos voisins de la Bourgogne ou de la Champagne. Cela ne peut être mis en doute. Un poëme du 13e siècle, où divers poètes sont énumé.és, nous en révèle deux jusqu'alors inconnus,

De Neuville Joiasmcs li floris, Et d'Espinal Goderans et Landris.

M. Littré qui nous fournit cette citation nous ferait ainsi connaître trois poètes vosgiens, si le Neuville de ces vers est celui des Vosges :

l'aimable Jossiaume , Godcran et Landry (i) pour me servir d'une orthographe moderne. Il est fort à regretter que leurs poëmes aient tout à fait disparu, car nous y trouverions les formes anciennes du patois vosinen, comme on trouve les traces du langage local dans les poètes provinciaux de la même époque. Pendant longtemps en eflfct les provincialismes dominent dans les écrits ; ne connaîtrait-on point l'auteur du roman de Gérard de Viane, le langage bourguignon nous révélerait déjà sa patrie. Goderan et Landry nous aideraient donc à affirmer que la langue du moyen-àge se retrouve en grande partie aussi pure, plus pure peut-être dans noire patois que dans d'autres qui sont souvent cités.

Aucune comparaison n'est aussi intéressante et utile que celle du patois et du roman du nord, et ne témoigne mieux que notre idiome n'a pas la barbarie que lui supposent des esprits dédaigneux, je dirai même bon nombre de nos compatriotes.

En quoi est-ce être barbare que de dire h>rier pour rosser. Le beau français ne peut que donner des horions. Le patois a-t-il des richesses qui ne se trouvent pas à l'Académie? Quelle grossièreté y a-t-il dans miné pour meunier? Miné, je l'avoue humblement, m'a aidé à com-

(1) Seraient-ce les auteurs de quelques-unes des nombreuses versions de la célèbre Chanson des Loherains ?

prendre un mot que j'entends et lis souvent ; une chose qui est une richesse pour la France. C'est en vain que dans le dictionnaire de l'Académie, ce recueil régulier, léeal, exact, expurgé, des termes de la belle langue française, je cherche, pour en avoir une idée exacte, ce que c'est qu'une minoterie ou qu'un minotier; je suis obligé de m'en tenir à l'analogie qu'offre mine avec minoterie. Heureusement qu'il est d'autres dictionnaires qui ne jouissent pas, il est vrai, de la même autorité, qui ne sont sans doute que des compilations intelligentes, mais où l'on trouve avec satifaclion les solutions négligées par les Quarante. Ainsi Bescherelle me rassure sur le rapprochement que j'ai fait; il m'apprend qu'une minoterie est un établissement dans lequel on prépare des farines destinées au commerce extérieur, et qu'un minotier est celui qui possède, qui fait valoir une minoterie, et aussi celui qui fait le commerce des farines, surtout pour les expédier à l'étranger. Ces deux derniers mots, rejetés p;ir l'Académie, peut-être comme du bas-langage sont bien français et nous sommes certains qu'une nouvelle édition de son dictionnaire nous les donnera, sans qu'on se doute qu'un misérable mot patois a pu les fournir, ce que je ne donne que comme une conjecture.

Quel rustre, n'est ce pas, que celui qui demande du sait pour du sel? Le français est-il donc mieux venu de demander le sel aux sauniers pour 6a/er son pot? Quelle complication de radicaux! quelle famille discordante! Le

VU

palois est conséquent ; en disant sau, il nomme Sausseray, Saulxures les villages où il y avait des puits salants ou des entrepôts de sel. Est-ce de sanle que notre langue a formé saussaie? n'est-ce pas du patois, qui a le primitif musse ou sauce? (1) Le patois nous semble donc avoir été bon à quelque cbose. Mais laissons de côté les sottes accusations de barbarie, d'ignorance, de grossièreté, et voyons notre sujet.

Je ne considérerai de la langue du moven-àse que les mots qui ne sont pas restés dans le français moderne, ou dont la forme s'en écarte plus ou moins, et j'en rapproeherai notre palois. Si je choississais seulement par ci et par là quelques expressions rustiques qui s'y rapportent, la comparaison serait trop facile ; avec une petite liste ainsi préparée, on triompherait à bon marché. D'ailleurs la chose a déjà été faite partiellement ou indiquée. Mais je ne veux pas agir ainsi. Je suivrai seulement ligne à ligne une ou deux des pièces paloises qu'on a eues sous les yeux ; on verra que le patois est la langue du 12e et du 13e siècle, se modifiant avec l'âge et les circonstances.

Dans La manière de demander une femme en mariage (du Ban-de-la-Roche), je trouve une vingtaine de mots de la plus vieille époque ; le litre seul m'en offre trois, nôvelle, mouonnê, mollée.

(1) L'espagnol dit aussi sauce; c'est le vrai mol fiançais formé très régulièrement du latin par ia suppression de la syllabe non accentuée.

Je n'insisterai pas sur le mot nôvelle qui est une forme primitive issue directement du latin novus Quant à mouonnè, dont ia première syllabe est une altération de la forme moine ou moènè qui se dit dans le reste des Vosges, il est du 12e siècle, comme le témoigne ce vers de la Chanson de V enfant Gérard :

L'anfes Gérairs l'anmoine en sa contrée.

Moltèe se dit moslicr dans les écrits du 15e siècle, mais Ys ne se prononçait pas, comme dans mestier, aujourd'hui encore métier. On le voit plus lard devenir moût ter usité dans des noms de lieux, Moyenmoutier, etc. En voici toute la filiation : monasterium, monastère, monstier, moustier et mostter ; patois, moutée et moltée. Je n'ai pas besoin d'expliquer le rapport qu'il y a entre monastère et église.

Voyons dans les lignes suivantes. Vœr ou ver, voir, est tellement fréquent dans les premiers siècles de notre langue et de notre littérature qu'il suflit de les rappeler. Nous avons conservé ce radical dans je verrai ; nous appelons cela une irrégularité ; c'est un provincialisme introduit dans la langue générale.

Li promesses; li est la forme la plus usitée de l'article au 12e et au 13* siècle, au singulier

et au pluriel. On lit dans la chanson de Rolland li cri, li vent, li pui (les pics). Dans un tilre lorrain de 1261, tiré du cartulaire de Senones, /* est con>lamment employé.

Se d'j" vos ons permis èque. Je me contenterai

de citations en soulignant les mots français cor respoudants du patois.

Se lai fuisicz soz Viane la grant.

[Gérard de Viane 15e s]

Je ne vos sai dire.

[Chanson de Rolland, 11e s.]

Vos, nos, pour vous, nom, sont les formes primitives et latines ; on peut aussi remarquer l'adverbe lai pour là, qui est aussi dans notre patois. Eque a été analyse précédemment.

J'ons pour j 'avons et plus \o\n f espérons ont été du langage familier de la bonne société jusqu'au 16e siècle, puisque nous avons de François I une leilre où il s'exprime ainsi :

Le cerf nous a menés jusqu'au tarlrc (tertre) de Dumigny : j'avons espérance qu'y fera bi-au temps sur ce que disent les étoiles que j'avons eu très bon loisir de voir.

Henri Estienne disait que c'étaient les mieux parlants qui s'exprimaient ainsi : j'allons, etc.

Oyi, ouir, est toujours écrit dans les plus viewx poèmes oïr, participe oï, futur orrai. Corneille a encore dit dans China :

Oyez ce que les dieux vous font savoir de moi.

Où a-ce que ; populaire où est-ce que, ous que.

Où, dis-tu, où c'est qu'on m'a vue.

[Farce du débat de la Nourisse.]

Mairiaidge; on lit mariaige dans les sermons de Saint-Bernard. Les Anglais prononceraient

noire mot français absolument comme au Bande-la-Roche.

Botte, de l'ancien verbe bouler, mettre, employé encore dans boule-feu boute-selle. Bouter se dit dans le reste des Vosges.

Quant il sunt en la trrre buté.

[Chanson de la croisade, 12e s.]

Bota les né sor la rive,

(Mit 'es vaisseaux sur la r ve»)

[Villeliardoin, 15e s.]

Que lo buon Diù li vleusse dnè, etc. Buon forme moins ouverte que boin seul usité ailleurs , comme motionné pour moine. Boin, boine sont très fréquents dans les premiers siècles de la littérature romane.

Li desiple de son couvent Qui lors était rices et boons.

[Le chevalier au lion, 12* s.]

Le boin destrier gascon.

[Gérard de Via ne].

Li pour à lui :

Et son blialt li ad tut détrancllet.

Et ii lui a coupé son bliant (sa tunique)

[Chanson de Rolland.]

Ce vêlement est ce que nous appelons dans les Vosges une blaude; le Normand a mieux conserve la forme antique daus bliaude.

Grœce ou graice, se lit dans un titre lorrain de 1286 : « Donné à Mirecourl l'an de graice par mil dons cent quatre-vingt et six, lou jrudi après l'annonciation Notre-Dame. ■

S'mouonnoux, les inviteurs. Ce mot est formé de l'ancien verbe semondre, employé très-souvent dans le sens d'inviter par le trouvère Thibaut de Champagne, par Saint Bernard, etc. : Quant fine amour me semont; il semonait.

Elle danrê; on disait je donrai pour je donnerai.

// vos preijont. Il se prononce t* comme tous les jours nous le faisons dans la négligence de la familiarité, ou plulôt comme le faisaient nos ancêtres.

Desuz un pin i est allet curant.

Sous un pin il est allé courant.

[Chanson de Rolland.] Moult doucement li ad Rollans preiet.

Bien doucement Rolland l'a prié.

Ce verbe prêyer du Ban-de- la-Roche ne diffère que par l'orthographe de celui qu'emploie le trouvère ïurold. On peut remarquer aussi notre mot patois mou, beaucoup, qui se prononçait ainsi au moyen-àge, sans faire sonner ni / ni t, car ou le trouve écrit moût dans Audefroy-Ie- Bastard, par exemple, au 12e siècle.

Il vos invitent . On lit dans la chronique de Turpin (12e siècle) : Envoie lur les tous arcangeles qui gardont leurs armes, si que elles n'angiont ou ténèbres d'enfer ainz les conduiont ou règne célestial. (Envoie leur tes archanges pour qu'ils gardent leurs âmes , afin qu'elles riaillent pas dans les ténèbres d'enfer, mais pour qu'ils les conduisent au royaume céleste). Nos paysans ont

gardé la forme ont à la troisième personne du pluriel; le français moderne ne la plus que dans ils ont, ils font, ils sont, ils vont, et à la même personne du futur. J'appellerai encore l'attention sur le mot arme pour âme; nos noèls si répandus dans les campagnes ont encore ce vieux mot : noiiï cœuhetnouleairme, notre cœur et notre âme.

A ces différentes observations j'ajouterai que les articles /c, le sont très fréquenls au 12e et au 15e siècle. Lo ciel, lo voile, lo pechiet, lo diemenge se lisent daus une traduction des épitres faite pour les diocésains de Metz en 1198; let moon (môhon, maison), let haute Boune , let Warde, dans le litre de fondation de la ville de Raon-1'Elape, en 1279; /oroi, vos lo quarier dans Saint-Bernard ; lo cel9 le ciel (Chronique de Turpin.)

Ainsi dans quelques lignes du patois du Bande-la-Roche je constate plus de vingt mots de la vieille langue française, et par surcroît dans les quelques citations que nous avons faites, nous en avons renconlré huit autres qui appartiennent également à l'idiome vosgien.

Je ne dois pas omettre aussi une expression fort singulière de cette phrase du Ban-de-la-Roche déjà citée : maindgè et s' bôouè et s' vo faiyè tôt kiairi. Qu'est-ce que cet s suivi d'une apostrophe? Oberlin qui me donne cette phrase n'en a rien su (l). Je remarque aussi que le patois messin

(1)11 écrit et ce, et dans son petit vocabulaire il dit que ce est mis là par pléonasme.

emploie esse, et nos vieux noëls patois, si curieux à plus d'un titre, emploient très fréquemment la conjonction et si :

I n'a qu'méneuye et si lou ci ctiare.

II n'est que minuit et le soleil éclaire.

Ces derniers me donnent la raison de ce que je cherche, car je trouve presque à chaque page de la chanson de Rolland cette conjonction aujourd'hui ignorée ou perdue, qui n'est plus usitée par les écrivains de la lia du 16e siècle.

Gerce les vais e si cercet les munz , Truvat Gérer et Gerin sun curapagnun, E si truvat Beranger et Otun (1).

Les temps modernes en ont affaibli la prononciation et en ont fait et se, et s\ esse. C'est ainsi que le patois lorrain donne l'explication d'un mot que bien des linguistes n'ont pas compris. Je n'ai pas à dire ici comment et si équivaut simplement à et; il peut se traduire par et pais.

Qu'on me permette de poursuivre encore un moment la démonstration que je fais. Si ceux auxquels ce sujet est familier trouvent quelque longueur à ces recherches, qu'ils veuillent bien ne pas oublier que la matière est assez nouvelle pour la plupart de nos lecteurs, puisque le patois des Vosges n'a été jusqu'ici l'objet d'aucune étude, d'aucune critique.

(1) Il cherche dans les vallons et cherche dans les montagnes, trouva Gérard et son compagnon Gérin, et trouva Beranger et Olhon.

Dans les premières lignes du patois de Bruyères qui viennent après celui de Rambervillers, je me contenterai de signaler des exemples sans ra'arrèter sur les expressions elles-mêmes. Vai-ion heuchi le dem'hôle qu'é 'n ôye au bi couéri de Vauve èvo lo breuchi.

La sue mort le vait mult angoissant.

Rollans s'en tournet, par le camp vait tut suis.

[Chanson de Rolland].

Il l'appela et commence à huchier.

[La Bataille d'Alcschans.]

Querre, quérir et auve sont très connus dans notre vieille langue, et notre patois a conservé la prononciation latine du verbe quœrere.

Je m'arrêterai un moment sur Dondée. Ce mot est l'abréviation d'une phrase de salut très usitée au moyen-àge. Dieu te doint bonjour, se lit à chaque instant dans les farces du 15e siècle. Nos paysans disent aussi boinjou dondée (Dieu vous donne bonjour), dont quelques-uns n'ont retenu que la dernière partie sans en comprendre aucunement la signification ; en Franche-Comlé ou dit do bonjou, dain bonjou.

Je ne dirai rien de nani encore employé par La Fontaine. Ma pour mais se rencontre dans Gérard de Roussillon, poème du commencement du He siècle.

Je suis ung pou navrés ; mas de ce ne me chanlt. Mas t'a de ton réaume exilé en fuant.

Je pourrais continuer encore cet examen des deux idiomes, mais nous lasserions évidemmen»

notre lecteur, qui doit être convaincu que nous n'avons pas exercé de surprise sur son esprit (1). Nous pouvons donc afûrmer que plus de la moitié du patois vosgien est trait pour trait la langue de nos plus vieux écrivains, sauf quelquefois la différence dans la prononciation de certains mots, qu'un quart est allemand, celtique, latin (sans correspondants dans l'ancien français), ita-

(1) Dans le cours de nos articles nous avons déjà fait un grand nombre de rapprochements de ce genre. On pourra voir aussi dans nos notes des « Noëls anciens et nouveaux chantés dans laMeurthe et dans les Vosges, » sous presse en ce moment, l'explication de quelques expressions paloises curieuses ou qui ne sont plus comprises aujourd'hui. Je citerai entre autres smaidée, qui comme dondée est une phrase du vieux langage et dont voici la traduction dans le vers suivant de la Farce du pont aux Agnes :

Par mon serment, si Dieu ne m'ayde.

Voici d'autres exemples qui nous donnent le passage d'une expression à l'autre :

Deu, c'est mon père, se mayst Dieulx.

(Farce de Jenin , fils de Rien.)

Oui, se my Dieux. (Idem.)

M'aist Dieux , quand j'étais de son âge.

(Farce de maistre Mimin.)

Se n'est point logis, se ni'aist Dieux.

(Le mystère de la conception, joué a- Metz en 1437.)

Cette dernière forme est bien celle de notre patois. Ainsi rriaist Dieux, qu'on lit dans Rabelais et dans la Farce de maître Patelin, montre le sens qu'il faut

lien, méridional, wallon, bourguignon, c est-àdire qu'il ne s'explique que par ces différents idiomes, et que le reste est du français moderne que le besoin et les relations y ont nécessairement introduit.

En esquissant quelques-uns des éléments qu entrent dans nos études sur le patois vosgieu, nous ne savons si nous avons réussi à faire saisir à nos lecteurs non seulement ce qu'il y a de curieux, mais ce qu'il y a d'utile dans de pareilles recherches au point de vue des origines et de l'histoire de la langue française. Pour compléter nos idées, il nous faudrait des volumes, et notre intention n'a été ici que d'en présenter un aperçu sur quelques points seulement. Nous n'avons rien dit en effet ni de la grammaire ni

donner au mot si ou se qui n'est pas le si conditionnel. Les Latins ont les premiers exprimé la formule. Ovide a dit : Sic Deus adjuvet, et Horace : Sic te dira potens Cypri, etc. Les Italiens n'ont eu qu'à imiter : Se m'ajuto Dio ; se Dio mi salvi. Le vocabulaire si fautif qui est à la suite des Poésies populaires de la Lorraine a commis cette erreur sur tant d'autres de traduire smaidée par sur mon Dieu.

de l'histoire de notre idiome rustique ; nous n'avons pas même fait entrevoir ce que peut donner l'élude des noms de lieux, la plus importante de toutes en ce qui touche l'ethnographie. J'ajoute enfin que nous jugeons indispensable la publication d'un dictionnaire des idiomes vosgiens ; nous y travaillons depuis longtemps déjà et la préparation en est fort avancée. Ceuxlà seuls qui ont étudié profondément les langues savent de combien de difficultés, de quelles lenteurs un pareil travail est entouré.

Si donc l'on a trouvé un peu longs les articles que nous publious dans Œcho des Vosges et qui ne sont qu'un simple coup-d'œil préliminaire, qu'on juge du vaste champ que nous avons à parcourir.

Pour arriver au bout d'un pareil travail, nos forces et notre temps ne suffiraient pas, si, outre nos propres recherches incessantes, nous n'avions le concours de quelques amis qui veulent bien recueillir pour nous ce que l'on chante, ce que l'on pense et ce que l'on raconte dans les villages ; l'histoire des mœurs vient ainsi se mêler aux faits de langue. Aussi, en les remerciant publiquement d'une aide si précieuse, nous faisons encore un appel à ceux de nos compatriotes que de pareils travaux intéressent. Nous recevrions d'eux avec reconnaissance toutes les communications qu'ils voudraient bien nous faire au sujet des patois vosgiens (1). Idées, mœurs,

(i) Ecrire à M. Jouve, professeur, rue St-Didier, 26, Paris-Passy.

usages, superstitions, exprimés dans le langage naïf de nos campagnards, il y aurait déjà là de quoi défrayer pour longtemps un observateur journalier; ajoutez les chansons, les noëls, les légendes, les fabliaux, les dictons, les proverbes et enlin la langue elle-même dans ses sons, dans ses mots singuliers ou difficiles, sans rapports connus avec d'autres, et dans sa grammaire. Rien n'est perdu pour la science ; pour elle il n'y a rien de petit et d'inutile.

Pour montrer par le peu qui a été fait, combien il reste encore à faire en ce genre d'études, nous donnerons dans ce dernier article une notice bibliographique critique de tout ce qui a été publié en patois vosgien ou sur le patois vosgien.

Nous ne parlerons que des sources imprimées qui se réduisent à cinq :

Des Noëls ;

L'Essai d'Oberlin ;

Quelques pages envoyées par Richard, de Remiremont, à l'Académie celtique ;

Un dictionnaire patois-français publié en 1842 par M. P***, curé de St.-N*** (Pélin, curé de Saint-Nabord);

Quelques pièces ou fragments peu connus.

1° La plus ancienne édition des Noëls en patois vosgien dont nous ayons vu la date est un recueil publié à Epinal en 174-6 ; mais nous avons la certitude qu'il y a des éditions antérieures. Nos vieux cantiques se trouvent aussi dans la grande Bible des Noëls imprimée à Lunévilie en 1755. D'autres imprimeurs les ont répétés et particulière-

ment la veuve Vivot , à Bruyères, dont la plus ancienne édition que nous ayons vue est de 1788.

Nous n'avons aucune donnée historique qui puisse les faire remonter au-delà du commencement du 18e siècle. C'est l'époque où François Gautier à Besançon et La Monnaie à Dijon firent paraître leurs recueils de Noëls en patois de leur pays. La popularité qu'ils acquirent rapidement semblerait avoir inspiré dans les pays voisins , sirtout dans le sud de la Lorraine, la verve de quelque poète campagnard. Un de nos Noëls même est une traduction en patois vosgien d'un de ceux de Gautier (1). Cependant nous trouvons dans les autres tant de traces d'un vieux langage perdu ou abandonné aujourd'hui dans nos campagnes que nous sommes tout porté à croire qu'iis pourraient fort bien dater du 1G' siècle, où l'on voit partout s'exercer très vivement la veine naïve des poètes rustiques sur la naissance de Jésus. Nous ne sommes encore réduits sur ce point qu'à des conjectures.

Quoiqu'il en soit, il nous faut accepter les Noëls vosgiens tels que nous les ont donnés les imprimeurs, sans indication de date , de lieu , d'auteur et d'origine quelconque. Nous n'avons à nous occuper pour le moment que de la langue qu'ils renferment. Or il n'est pas une édition qui ne soit, je ne dirai pas irréprochable, mais intelligible. Les éditeurs dans leur ignorance ou leur

(I) Celui qui commence par ce vers :

Jasu, qu^a lou cœuh transi !

négligence ont laissé à te! point s 'ace uni nier les fautes que les campagnards mômes ne pourraient suivre sur un texte aussi corrompu des cantiques qui faisaient les délices de leurs aïeux. Les imprimeurs, en se copiant les uns les autres, n'ont eu évidemment aucun souci soit du texte soit des lecteurs. On dirait que plus ils ont introduit de barbarie, plus ils ont cru faire de patois.

En l8oo il a élé publié à Nancy un recueil de Poésies populaires de la Lorraine dans lequel nous retrouvons nos Noëis. La Société d'Archéologie, éditeur responsable de celte publication qui répondait à un décret du ministre de l'intérieur sur la forma lion d'un recueil des poésies populaires de la France, a mis assurément irop de confiance dans la personne qu'elle a chargée de réunir les Noëls palois et de les livrer à l'impression, ïi suffit d'y jeter un simple coup-d'œil pour s'assurer qu'il n'y a ni système orthographique, puisque le même mol, sans changer de prononciation, s'y trouve écrit de plusieurs façons différentes, ni connaissance des dialectes lorrains et des textes, puisqu'il y a des phrases et des mots totalement inintelligibles, ni entente de la prononciation, ni critique ni étude d'aucune sorte, puisque la rime et la mesure des vers n'ont pas servi à leur correction, à leur pureté. Dans le glossaire explicatif qui termine ce petit ouvrage nous avons relevé quarante erreurs flagrantes, sans comptée des omissions importantes. Le deuxième Noël de cette édition n'est qu'une traduc-

n informe d'un Noël franc-comtois de Gautier,

dans lequel les formes patoises de Besancon sonC assurément incompréhensibles en Lorraine ; les citations géographiques auraient même du prévenir l'éditeur lorrain d'une origine évidemment étrangère. Celui-ci cependant dit quelque part dans sa préface : « Les Noëis que nous donnons ont été empruntés aux éditions originales de ces cantiques, comparées avec celles qui les ont suivies, et dans lesquelles se trouvent plusieurs rectifications que nous avons cru devoir adopter. » A quel caractère a-t-il reconnu les éditions originales? De quand datent-elles? Nous ne voyons pas d'abord le parti qu'il en a tiré ; ensuite il eût rendu, en les signalant, un grand service aux bibliographes et aux études du patois, dont il se plaît à reconnaître le côté sérieux.

Enfin, nous taisons paraître en ce moment une édition nouvelle de ces mêmes Noëls, auxquels nous en avons ajouté d'inédits. Outre une traduction très fidèle, nous avons accompagné le texte de notes critiques et philologiques. Nous n'en avons rien à dire de plus, sinon que nous avons tout fait passer au crible de la critique la plus exacte.

2° L'ouvrage d'Oberlin sur le patois du Ban-dela-Roche (1) mérite quelque attention, car il est

(1) Essai sur le patois lorrain des environs du Ban-de-la-Roche, fief royal d'Alsace, par le sieur Oberlin, agrégé de l'université de Strasbourg, etc. 1775, 1 vol. in- 12. M. Vuillemin, dans sa Biographie des Vosges, attribue, par erreur, cet ouvrage

le seul écrit vosgien qui eu ce genre compte dans la science philologique. L'Essai, assez rare aujourd'hui, est de 240 pages. L'auteur, philologue et professeur assez distingué, paraît avoir entrevu tout ce que qu'on peut tirer d'intéressant et de solide de l'étude des patois; mais, comme il ledit lui-même, ce n'est pas après ce fantôme qu'il veut courir, et il se contente de quelques réflexions sur la nature du patois en général , du lorrain et de celui du Ban-de-la-Roche en particulier. La partie grammaticale de son livre est malheureusement trop courte , et l'absence de méthode est regrettable. Les seize pages dont elle se compose en comprennent huit pour la conjugaison de quelques verbes et deux seulement pour des remarques de syntaxe. Puis viennent des échantillons du patois du Ban-de-la-Roche, très souvent comparé à celui de Lunéville. Les quarante-cinq pages qui les renferment sont réellement précieuses. Dans le glossaire de cent pages qui suit, notre auteur a fait quelques rapprochements avec le vieux français et les langues étrangères qui ont des analogues avec le patois dont il s'occupe.

Cet ouvrage , quelque imparfait qu'il soit, et Lien que rempli d'erreurs de détails, n'en a pas

an pasteur Oberlin lui-même, tandis qu'il est du frère de cet homme vénéré. M. Vuillemin met aussi sur le compte du bon Oberlin un autre livre bien connu pour être de son fils Henri : Propositions géologiques, etc., 1806.

moins été utile aux philologues , à Fallot , à Schnackenburg, etc., qui, ne connaissant pas les patois circonvoisins et congénères de la Meurthe et des Vosges, ont pris quelquefois pour fondamental ce qui n'est qu'une nuance et réciproquement.

5° M. Richard, ancien bibliothécaire à Remiremonl, mort il y a dix ou quinze ans, a publié dans les Mémoires dé l'Académie celtique (t. Il) différents écrits sur le patois des environs de Remiremont et particulièrement sur celui de Dommarlin : un pelil glossaire, un recueil de mots fait sur la demande de cette Académie, et une parabole de l'enfant prodigue. Le travail de M. Richard, limité par le cadre et les conditions de la dite Académie, est insuffisant pour faire connaître notre patois ; d'ailleurs le nombre de fautes typographiques le rend inutile aux philologues ; nous devons penser que le manuscrit de M. Richard a été imprimé sans que l'auteur ait révisé les épreuves.

4° En 1840 a paru le Dictionnaire patoisfrançais à rasage des écoles rurales et des habitants de la campagne, ouvrage qui par le moyen du patois usité dans la Lorraine et principalement dans les Vosges, conduit à la connaissance de la langue française , par M. Petin , curé de Saint-Nabord. « Le but de cet ouvrage, dit l'auteur d3ns sa préface, étant de faciliter l'élude du français par le moyen du patois, il eût été inutile d'y faire figurer les mots patois qui n'ont dans le français aucun terme correspondant, ni même au-

cune expression équivalente. » Ce but était sans doute louable en lui-même, mais sûrement il n'a pas été atteint. Les gens de la campagne n'apprendront jamais le français au moyen d'un dictionnaire qu'il leur faudrait feuilleter à chaque instant et qui surtout ne contiendrait pas ceux des termes de leur idiome rustique dont ils se servent habituellement (1). Quant à l'objet qui nous occupe ici, nous regrettons vivement cette lacune; M. Pélin n'avait qu'un pas de plus à faire pour faire un ouvrage réellement utile. Quelque défectueux qu'il soit sous ce rapport, il n'en est pas moins jusqu'à présent !e dictionnaire le plus complet de notre palais, et nous ne pouvons nier les services qu'il nous a rendus à nousmême.

o° Les pièces et les fragments que nous avons annoncés sont peu nombreux. II faut mettre en première ligne uue trentaine de vers d'une épître en patois de Gérardmer, adressée en 1809 à l'impératrice Joséphine par le curé de cette commune, M. Pottier, dont nous avons déjà parlé 2. Fautifs et sans traduction, ils devieu-

(I ) C'est aussi une erreur de supposer que le campagnard substituera à ses expressions quotidiennes des mots que la plupart des gens de la ville ne connaissent même pas. Lui apprendra-t-on jamais, par exemple, à dire cérumen, olalgie, bretauder, auricale , monaut que nous trouvons au mot araïe , oreille.

(2) L'œuvre entière , qui est si curieuse comme expression de mœurs et comme langage, ne périra-

nent inutiles et sont Tailleurs comme perdus dans un ouvrage peu connu.

Tous les Vosgiens connaissent la fameuse clianson des Chan yolo, qui vivra peut-être longtemps encore à Epinal, grâce aux regrets retentissants do fe d'Lonlon lo Pinôdré, et malgré une nouveauté soi-disant sanitaire qui a privé la ville des ruisseaux naturels qui l'arrosaient et la purifiaient pour les Lire passer dans des égouts infectants.

Il est une autre chanson, celle des ho.nmes d'Igney revenant de la fêle de Vawncourl, recueillie par nous et imprimée avec la musique chez M. Firmin Didot; elle a été tirée à un très petit nombre d'exemplaires pour la bibliothèque de M. Burgaud des Marets.

Enfin on trouverait des dictons, des proverbes, des fragments, des phrases qui ne sauraient prendre rang ici.

Nous ne parlons pas des manuscrits en patois vosgien; ceux qui recueillent ce qui émane de l'esprit populaire ne sont point toul-à-fait r;ires; mais cornm • les moyens de publication en ce genre ne sont pas faciles, il en résulte une perte immense. C'est ainsi que nous avons à regrette»4 la disparition d'un certain nombre de fables de La Fontaine en patois de Gérardmer, comme nous l'avons dit.

Tel est à peu près jusqu'à présent, si nous

point. Nous avons entre nos mains le manuscrit complet de l'auteur, et notre intention est d'en faire l'objet d'une publication spéciale.

n'omettons rien, tout ce que la langue rustique des Vosges peut fournir à l'attention des linguistes et à la curiosité des amateurs. Nous avons déjà vengé notre département de l'accusation de pénurie et de pauvreté littéraire.

L'étude des patois modernes de la France est une élude immense, a dit M. Ampère dans son Histoire de la formation de la langue française. Nous ajouterons qu'elle ne peut encore être l'œuvre d'un seul. Il est nécessaire que chacune de nos anciennes provinces apporte un contingent complet, jusqu'à ce que, ce premier entassement de matériaux terminé, un esprit synthétique assez puissant vienne dégager de la masse des détails, autrement qu'on ne l'a fait jusqu'ici, la cause qui sépare un groupe dialectique de l'autre et la loi générale qui les unit. En outre, la comparaison de tant de langages divers ne peut que conduire à connaître scientifiquement, et non plus empiriquement par une intuition capricieuse et téméraire, les véritables oriçinijs de la langue française. Les patois des Vosges ne nous ont point paru sans mérite pour contribuer à une œuvre si vaste. C'est pour cela que nous consacrons nos loisirs à réunir tout ce qui peut les faire connaître.

Nous nous estimerons heureux si nous avons pu, dans nos premiers efforts, engager quelquesuns de nos compatriotes à se mettre comme nous à la poursuite des œuvres patoises anciennes ou modernes. Nous en possédons déjà un certain nombre que nous livrerons peu à peu au public.

Si nous ne tirons pas de ces œuvres populaires et originales tout le profit que nous entrevoyons, nous aurons du moins épargné à d'autres le soin de les rechercher, de les recueillir et de les publier, et leur donnerons ainsi tout le loisir d'y appliquer les investigations de leur esprit. 11 faut bien que quelqu'un commence ; ce sera là notre excuse et notre seul mérite, si nous ne pouvons atteindre le but.

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