‹ Coup-d'oeil sur les patois vosgiensChapitre 5 sur 6 · GO · texte numérisé non relu

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liaison. Il la fait entendre à la fin des mots dont le son est plein en français ou qui se terminent par un e muet précédé d'une voyelle. Ainsi en palois Dieu se dit Deye Qje faible) ; simlé, santcye, et en général les substantifs en lé ; buée, bouàye; charretée, charrâye.

Cette terminaison féminine, traînante et lourde, si caractéristique et si désagréable aux oreilles des étrangers, n'en a pas moins sa raison d'être. Elle rappelle, comme du reste tous les mots français qui ont pour terminaison v,n e muet (buée, incendie), une syllabe que la langue mère possédait et que les langues dérivées ont plus ou moins négligée. Ainsi on tirera jeuye de jocus; Dâye de Deus, Dei; santéye de sanitatem, sanitaîe; dôye de digilus (doigt); leuye de leuca (lieue), etc.

p. f>, t, &ttO&Iiiié3.

11 est enfin un son, une articulation sur laquelle nous devons appeler l'attention de nos lecteurs, mais qui n'étonnera point les philologues. Nous avons en français deux consonnes mouillées, M, gn, qu'on prononce aujourd'hui lieu, nicu dans les écoles (1).

(I) I! ne faut pus croire qu'on puisse les remplacer dans l'écriture par ni et li. Si cela se peut devant a, o, u, (aniau pour agneau, bonlion pour bouillon), ec changement deviendrait impossible devant e et i comme dans campagne, il craignit, qui, écrits campanie, il crainiit seraient incompréhensibles à la lecture.

— Gi —

Nous voyons ces consonnes mouillées représentées sous d'autres formes, en espagnol, par exemple, par // cl n surmonté d'un trait horizontal, cl la première en portugais pur th.

Ces deux sons mouillés ne sont pas les seuls qu'on puisse rencontrer. Les langues slaves mouillent presque (ailles les consonnes, et, pour indiquée ce nouveau caractère, elles ajoutent seulement un petit signe au-dessus ou au-dessous de la lettre.

Or nous avons, dans le patois vosgien, d'une manière bien prononcée, trois au ires de ces consonnes, et il est aussi difficile que toul-à-1'heure de figurer l'orthographe de la syllabe qu'elles forment. Ce sont le b, le p et le t devant e muet et i. Elles forment un bieu, un pieu, un lieu, comme nous avons en français un lieu (ill), un nieu (gn). Pour l'écrire nous nous servirons de ï y. Ainsi pour conjuguer le verbe traubiê, trembler, nous écrirons je traubye (je traubieu), en prononçant le son eu aussi légèrement que la muette de tremble, te traubye, è traubye (lu trembles, il tremble); époutiè, apporter, fépoutye, fépoutye, el époutye.

Héritier se prononce également avec un son mouillé que noire écriture ne peut reproduire : érityi. 11 en est de même du mot papier que l'on prononce pôpi et popyi.

Le patois vosgien n'est pas le seul qui possède des consonnes mouillées autres que celles de l'alphabet français ; on en trouve jusque dans la Saintonge.

Abréviations.

Le peuple parle vite; il abrège les mots, comme pour épargner le temps; il n'appuie que sur les syllabes importantes; il retranche au commencement, au milieu, à la fin des mots les syllabes qui ne lui semblent pas nécessaires à l'expression de sa pensée. Le patois vosgien s'est conformé à celte loi, que les peuples du nord, aux langues sourdes, suivent instinctivement. Nous n'insisterons sur ce fait que par des exemples.

Baillé, baptiser; 71a nié, nettoyer; conra, convoyer; brdyé, barioler; coreiê, courroucer; cet hé, cerisier; clure, couture; orié, oreiller; grosié, groseiller; virté, vérité; in s que, un je ne sais quoi ; seu, sureau ; dèyè , derrière, etc.

Les détails qui précèdent n'ont eu pour but que de nous faire entrer plus intimement dans le iiénie de la dérivation ou de la formation d'une partie du patois vosgien. Malgré une sécheresse apparente qui n'est due qu'à notre volonté et à la nécessi'é d'être concis, il y a plus d'une conséquence utile à tirer de cet examen.

Nous croyons que ceux qui voudraient expliquer quelques mots dont l'étymologie ou les rapports avec d'autres idiomes semblent obscurs , trouveront dans nos tableaux quelque moyen de les découvrir. On a déjà vu comment nous avons pu légitimement tirer ouèle de orde (vieux français) ; nous donnerons à l'appui de nos interprétations quelques autres exemples et qui feront voir que nous ne sortons pas des lois qui ont présidé à la formation du patois vosgien.

On nous a demandé quelquefois pourquoi le hanneton s'appelle boudion dans nos Vosges. La réponse était simple et facile, car ce mot est formé de la même racine que bourdonner. C'est un bourdon; puis parle retranchement de l'r et par une légère modification de la finale qui reçoit l'accent, c'est un boudion. On sait comme ce trop familier coléoptère importune les oreilles du promeneur de son bourdonnement et pour ainsi dire de ses poursuites. Ce qui nous prouve que nous ne nous trompons point, c'est que dans d'autres patois le même insecte a pris le nom de bruant, qui n'est qu'une autre expression du caractère qui nous frappe !e plus en lui. Les mots sont les portraits des choses.

C'est ainsi encore qu'on s'assurera de l'étvmologie de boudion v, Il ne faut pas être bien vieux à Epinal pour avoir vu la dernière des portes fortifiées qu'eût conservée cette ville sur le petit bras de la Moselle. Boudion veut dire menteur et vient du mot bourde par le même procédé que

dans boudion. La porte prenait son nom soit d'un acte de trahison dont elle aurait été témoin et victime peut-être dans Tune des nombreuses attaques qu'Epinal eut à soutenir, soit d'une antique horloge qui en faisait en dernier lieu le seul ornement, mais trompait toujours sur l'heure, malgré les eiforts d'un bon vieux horloger, alsacien ou allemand, ce pauvre père Weis, qui nous amusait beaucoup dans noire enfance (cet âge est sans pitié) pur son langage, sa tournure et son costume. Cette interprétation se trouve continuée par le patois de Bruyères qui nomme hùde un mensonge et bôJou un menteur.

D'où vient èdiotna ou édiolni, affriander? Si nos tableaux ne nous avaient montré comment diol est formé de glout, friand, gourmand, nous aurions vainement cherché des analogues et une étymologie dans les patois congénères ou dans les langues anciennes.

C'est l'étude de notre eh qui nous a mis sur la trace véritable d'une étymologie assez intéressante ; elle a échappé à la sagacité de Génin qui est souvent un maître en ce genre de recherches. Je veux parler du mot poche ou portion (grosse cueiller), usité presque partout et que F Académie n'a pas encore admis à sa table. Génin, auquel il n'a manqué que la eoomhssanc: des patois ou moins de mépris pour eax, severlue avec son esprit éblouissant et son érudition snrabondante, à faire sortir ce mol de la poche de nos vêtements. Quoi de plus semblable au pochon , dit-il. que la poche bien

arrondie? Lu n'était pas la question, et le rapport est assez lointain, on en conviendra. Tout ce qui est arrondi serait donc une poche? Il eut fallu chercher dans les aïeux du langage vulgaire, c'est-à-dire dans les idiomes rustiques, une origine beaucoup plus simple et plus naturelle. Puiser en patois vosgien se dit puhi, et une poche dont l'objet est de puiser, peuche (Gérardmer), poche et potiche dans d'autre cantons. L'histoire du mot est là en toutes lettres et n'a plus besoin de commentaires. Le picard a aussi le verbe puchcr et le nom pucheux dans les mêmes sens. Le rafiineur de sucre emploie ces deux mêmes mots pour dire qu'il puise le sucre avec une poche; le tourbier se sert d'une puchetle dans son travail, et on peut voir dans les salines ce qu'est un puchoir. Quoi de plus?

Les exemples sont innombrables qui démontreraient jusqu'à satiété que l'étude des sons, comme nous l'avons présentée, mais agrandie encore et généralisée conduirait à une connaissance plus exacte de l'origine des mots français et dégagerait de l'obscurité relative des patois quelque lumière nouvelle sur les idiomes qui ont précédé les couches latines.

L'élude de la grammaire instinctive du patois nous mènerait encore assez loin ; nous plongerions avec elle dans des origines antiques ; mais nous avons dit que nous écarterions ce sujet de nos articles déjà trop longs. Cependant nous ne pouvons ne pas faire remarquer un fait qui n'a encore été signalé par personne, croyons-nous,

cesl que la conjugaison du patois vosgien qui est d'une simplicité extrême se montre plus d'accord avec celle des langues septentrionales qu'avec le latin. Ainsi, sauf le présent de l'indicatif, toutes les personnes du pluriel n'ont d'autre caractère distinctif que le pronom, et des trois personnes du singulier il n'y en a guère qu'une qui diffère des autres ; quelquefois elles sont semblables. Noire conjugaison patoise est d'une simplicité analogue à celle de l'Anglais.

On comprendra mieux que par des détails grammaticaux et lexicograpbiques ce que sont nos idiomes campagnards, si nous en donnons des fragments plus ou moins longs, au lieu de présenter séparément des mots disséqués et analysés. Parle-moi ta langue et je dirai qui tu es. Ainsi ferons-nous, et c'est à cela que nous avons hâte d'arriver.

Les pièces que nous allons transcrire sont toutes inédites à l'exception de celles du patois du Ban-de-la-Roche que nous prenons dans V&isai d'Oberlin, ouvrage qui n'est guère connu' que des linguistes et des bibliophiles. Nous croyons être d'autmt plus agréable à nos lecteurs que nous leur présentons les plus intéressantes.

Mais une question se présente dès l'abord quand on veut écrire le patois De quelle orthographe faut-il se servir? Y a-t-il une orthographe patoise? Sans discuter ici longuement la question, nous répondrons qu'il faut écrire l'idiome rustique comme il se prononce. Suivre l'orthographe moderne du français dans la transcription d'un langage qui n'a de français qu'une origine commune et lointaine, c'est induire souvent en erreur 'esprit « ar les yeux en donnant à un idiome un caractère qu'il n'a pas, et en faisant supposer, ce qui est aujourd'hui hors de doute, que le patois est du français dénaturé, corrompu.

Nous suivrons donc le même procédé que La Monnoie dans ses Noëls bourguignon* ; il ligure l'orthographe de manière à reproduire le plus exactement possible la prononciation de sa langue naïve et malicieuse à la fois, sans se préoccuper de l'analogie avec le français, car il ne doit y avoir qu'u i même signe pour le même son ; il écrit donc tan les mots temp*, tint, il tend. Nous ferons de même; il n'y a pas pour les patois d'autre méthode orthographique; il ne devrait même pas y en avoir d'autres pour toutes les langues, si l'on pouvait échapper aux traditions qui sont toujours respectables quand elles apportent avec elles la grandeur et la dignité. La langue espagnole est la plus parfaite sous ce rapport; on n'écrit pas autrement qu'on prononce; point de lettres superflues dites étymologiques.

Nous n'avons fait d'exception que pour le Ban-

de-la-Rocbe. Oberliû qui nous fournit le texte sera respecté pour qu'on ne puisse pas nous reprocher une seule altération. C'est par ce patois que nous commencerons cette petite revue plus ou moins littéraire, mais fort intéressante sous divers rapports, ceux de l'esprit, des mœurs et de l'expression.

MANIÈRE DE d'mâNDÈ ENNE NOVELLE FOMME , POU LE MOUONNÈ AU MÔTTÉE.

— Peu que occasion vos p'r*.ottez-vos toci ?

— Dje vno vœ.-v se vos nos vise t'ni lis promesses que vos nos as fait, il n'y é trœ s'maines?

— Se dj'vos ons permis ecque, il a djeulte (juste) que dje vos o t'neunses; il fà oyi voile demande.

— Dje vourines savou se vos as co d'èvis do d'nè Mouarguilte Christmann (l), vote féïe, pou fomme è Djeanni (Jean-Nicolas) Caqueiin que vaci toci, comme vos nos l'as permis, il n'y é quéque toms.

— Où a-ce que vos as ebbèïe d'iè mouonnè?

— Dj'ons déseiu de faire mouonnè au mottée, pou d'mandè le bénédiction de lieu mairiaidge.

— Dje \os le hotte outre lis mains, cl dje vos le conféie comme in effant de bïn et d'honneur. Que le houn Diù lis \leusse d'nè se sainte bénédiction (2).

— Djespérons poua le grœce de Diù, qu'elle danrè (donnera) enne fomme de bia et d'honneur.

(1) Nous mettons des noms authentiques à la place des N. N. d'Oberlin, et nous plaçons entre parenthèse des mots français explicatifs.

(2) L'i en italique forme avec n le son nasal part culicr à la Lorraine.

US DOUX SMOUONNOUX HEUTCHONT AU FECUT1N. (Les deux orateurs appellent au festin.)

Dj'vlons vos dére pou quée occasion que dj'vnons toci ; c'a que Djeanni Gaquelin et Mouarguitte Christmann on désein d'faire bénir lieu mairiaidgr, rnouadi au mottée de Wac/sterbai (1) è onze heures do maiU'n, et il vos préyont tortus d'vni èvo zôs. pou préyi pou le bénédiction de lieu mairiaidge, feus et féïes, vàlas et domm'/ialles, et aipré lo service il vos invitont é le d'jine è chi Colitche Boliy, enne dà le d jîne è le mouaronde, enne dà le raouaronde au soppé, et tant que lis bins d'Diù dur'ront, il pouatéyeront (partageront) èvo vo.

Cette petite scène de mœurs locales n'est certainement pas à dédaigner; elle est d'une simplicité patriarchale.

Je reprends encore dans Oberlin une conversation qu'on pourrait dire contemporaine, tant le peuple est presque toujours le même enfant.

— À-ce qu'vos saou (savez) èque d'novée?

— Dje n'ai rtn oï.

— Dé que qu'on pouâle mettenant ?

— On ne pouale préque de rin.

— A-ce qu'vos a oï dére que dj'érons le guoerre?

— D'}en (2) n'ai rin oï pouâlè.

— On pouàle pouc/ttant d'enne bettéïe.

(1) Waldersbach est le nom administratif. Les ch italiques sont les h fortement aspirées et non les ch français.

(2) En se prononce ein.

— On lo d'kè (dit), mais ce n'a mi vrœ. Bùi-au~ contraire, on pouàle de paic/ae (paix).

— Crêyèz-vos que dj'erons le paie/je?

— Dje ci ce qu'aie.

— El mi dje erae que dj'èrô le gueerre.

— Pouquè qu'vos lo crêyè ?

— Parce que dj'ai oï dére que notis (nos) troppes en vrô (ou haïrô) tôt (s'en iront bientôt).

Voici enfin quelques proverbes; comme toujours, ils sont d'une vérité journalière :

Pu qu'lo lou é, pu qu'il vu évou. (Plus le loup a, plus il veut avoir).

Faire lo dcluu pou avou l'ouse. (Faire le chien pour avoir l'os).

Boité lo lou pou vouadè sis dcheuves. (Mettre le loup pour gard, r ses chèvres).

Quo lo pouo a grœ, il caisse le ran. (Quand le porc est gras il casse le ran (l'étable), c'e-t-à-dire, bonheur enfle le cœur.)

Lis gros richins ne se niouodont mi ine è l'aie. Les gros chiens ne se mordent pas l'un l'autre).

11 Uèï • lo d.ù'e que n'é mi ma. (M lie le doigt qji n h pas mai).

Il est à peu près inutile de faire remarquer les caractères particuliers de cette variété du patois vosgien, je veux dire les dj, dch, son dental inusité dans les communes les plus voisines, à Rothau, par exemple, qui cependant ne formait autrefois qu'une seule paroisse (1) avec Walders-

(1) C'est en 1685 que la séparation a eu lieu. Voir la vie d'Oberlin par Steuber.

bach. D'où ce son dental a-t-il éié importé au Ban-de-la-Rochc? Est-ce de l'Italie? Est-ce du nord du Jura, des environs de Monlbelliard? Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans l'examen de ces deux questions et d'apporter des preuves pour une affirmation quelconque. Nous dirons en somme qu'il y a quelque apparence pour l'Italie, mais que les probabilités sont pour qu'une population allemande ou suisse soit venue s'établir dans ce coin sauvage de nos montagnes.

Voyons le patois des environs de Rambervillers :

Quand j'deraourèé villéche, — me racontait quelqu'un, — il n'yi troh ou quoite an, j'ol è quéque fou è l'oure (à la veillée), et j'oyè récontè di drôle de squéfiaufe (fable, conte); on pôle dé manihennekine, di sèbé, dlè fouèneur, di culà (feu follet) et dé lougarou.

Ce n'est pas toujours d'histoires fantastiques que s'entretiennent nos paysans dans leurs veillées; chez eux comme à la ville, les affaires du jour, les petites médisances, les coquetteries y ont une grande part. Comme dans nos salons elles n'ont d'intérêt que dans le lieu où elles se débitent. Avant qu'un conteur ait pris la parole, ce sont des conversations à l'aventure, du bruit, des cris et des jeux. Nous découvrirons un coin du tableau.

Le père Mathieu entre avec fracas : « Que to , « s'ccrie-t-il, j'a tu aujedeuye moyi jusqu'ès osse. J'a « lu pou bôchi ; j'voyézor bié enne nouàche to nar,

« ma j'créyézo que ce r.'srô riè et qu'io gran vo lo « virô pu Ion. Ma il o crovè quan i n'élaizor pu to « pou r'veni. Ja biè inetlu dû chesse seu mi; ma ce c n'eimpéchézo mi qu'j'a lu moyi biè-n à poi. » (1)

« Que triste to, dit lo Bilison, ou u'sèrô aouè dou jouée son piôve (sans pluie; d'autres disent piùche). En p'veoan d'Iè foure (foire), j'no son mettu è Féhouâye (l'abri) derri invi muh, et j'no son édbgi (attardé) et éneuti. »

Cet incident passé, le petit Pierre achève un récit commencé : « J'à tu don c le noce jùdi ; i èvaizo « tro bié (beaucoup) d'gein, tro bié d bacelie et « d'gohon (garçon), torto aque di jone (tous jeunes). « On y é ri et chaintè et daiiisè; jémà je n' m'a si « b é mùsè. J'a mingè comme in lou et bu comme « quoète. »

« Lo pore orne, — dit Joson en riant, — il évézo bu <r in co d'îro; i cheuyézo to di gran do chemin , so i ehépé d'in côté et !u dYaute. J'a lu quoéri se lome « qui criézô (pleurait) en lo mouant. Il o molin (mé- « chant), quan il o sou. El dotézo (craignait) d'été a bettu. »

* Cohè-vo (taisez-vous), — répond le petit Pierre, — vo n'scvézô mi c'qu'vo dehè (ce que vous dites). » Mais les rires éc atent et une dispute est sur ie point de s'élever.

(1) Quel temps! j'ai été aujourd'hui mouillé jusqu'aux os. J'ai élé pour bêcher; je voyais b en un nuage tout noir, mais je croyais que ce ne serait rien et que le grand vent le pousserait plus loin. Mais il est crevé, quand il n'était plus temps de revenir. J'ai bien mis deux sacs sur moi ; mais ça n'empêchait pas que j'ai été mouilié bien a point.

Dans un coin quelques femmes parlent ensemble.

« J'virà chî le couserosse (couturière) , — dit l'une, — j'à échtè enne belle rôbotte è m'néfan ; j'vû qu'i la moiteusse dimoinche pou 'nollè è le mossc. »

« J'à hauouè mè bôye to po mi, — dit une auUe, — (j'ai lavé ma lessive toute seule) ; j'étézô lasse que j'n'poyézô pu remouè lé pogni, ni fare in pè (un pas). »

Mais voilà que quelqu'un commence une histoire et tout le monde prête attention. « G'to le vôye de « Noué. J'étinzô prote pou 'noliè è le mosse de mé- « neuye èvo mes éfan. To d'inco,j'â vu cintré in « orne qu'étézo bian comme enne harde ; j'à créyu « qu"l étézo sou; ma c'étézo d'épovote (d'épou- « vante). I m' dehè : i vie d'm'errivè enne belle farce. « Je n'sévézo mi ce qu'é vlè dire; ma è bou d'in « momo, j'Iâ rkenohu. C'étézo lo grô Colas. I vnè « d'ollè quoére di brandvin do lo pien pays (le plain « pays, la plaine); il évézo in pliot bori (baril) to « pieinseu l'dô, et Se gablou l'évinzo rattrapé èvo so « bori, épro (après) 'l i evon di de s'sauvè biè vite. « Lo pore ôme! i criézo (pleurait) ; i no dehè : ç'o « torto lo bénéfice de mes aute voyége qu'o pédiu ; » ç'o mè fôme qu'o le cause di celé ; el me poussé è « poiti (partir); mè mère ne viézo mi è cause que « c'étézo le neuye d'Noué; cl dehézo qui m'errivrô « di maleur; el évô biè rôhon (raison). I féyézo dé « Jasse-rac-Déye (hélas! mon Dieu) et i dehézo : « J'n'en meurrà mi, ma ce n'fà tojo poi d'biè. »

Cette histoire, racontée par une femme, lit beaucoup rire; nous avouons qu'elle nous semble peu comique; il faudrait peut-être entendre le conteur avec les intonations de sa voix, avec ses

gestes et connaître le personnage dont il s'agit. Si nous l'avons écrite ici, c'est qu'elle est courte, et que notre but n'est pas de donner non des modèles de littérature patoise, mais des exemples du langage seulement.

>'ous dirons un jour quelques-unes de ces histoires de veillées qui ont leur origine dans les fabliaux ou dans les contes fantastiques de la superstition du moyen-âge.

Il est des veillées où les conteurs appellent l'attention d'une manière assez bizarre qui nous rappelle le cric! crac! des marins. C'est ainsi qu'à Epinal nous avons souvent entendu la formule singulière que voici et qu'il nous sera permis de ne pas traduire :

Fiauve! Fiauveî Not' chet' pess' l'auve.

Lo eu li gotle ; Ç'o pou far d'iè sope, Et lo rogotion Ç'o pou Joson.

A ces paroles sacramentelles le silence s'établit, chacun prend sa place, et le travail qui ne cesse pas ne couvre jamais la voix du conteur. Ces veillées ne sont nullement oisives. Si le rouet, le tricot ou l'aiguille des femmes montrent le plus d'activité, l'ouvrage ne manque pas aux jeunes garçons. Quant aux bons vieux, ils se tiennent généralement près du feu de l'être et fument leur pipe en écoutant, ou dorment d'un œil pour surveiller la jeunesse de l'autre.

Un des caractères distinctifs du patois des environs de Rambervillers, c'est la terminaison en zo ou zor (on met tantôt l'une tantôt l'autre, suivant une loi instinctive d'harmonie que nous n'avons pu saisir) qui le rapproche de celui de Lunéville. Zar est la syllabe primitive; c'est une espèce d'enclitique qu'on place après un verbe, généralement à l'imparfait , pour donner plus de force à l'affirmation. Nous ne pouvons que la rapporter à l'allemand gar, tout-à-fait. On voit que zar devient zor, zo; on dit aussi za dans les environs de Lunéville. Oberlin qui n'a pas compris cet enclitique donne ôza comme une terminaison de l'imparfait; c'est une erreur, car l'imparfait se dit avec ou sans l'enclitique , comme on a pu le voir plus haut.

Le patois de Bruyères, qui n'emploie pas la terminaison zor ou zo de Rambervillers au singulier de l'imparfait, s'écarte peu, quant au reste, de celui de sa voisine. Nous n'en offrirons donc qu'un court fragment, dans lequel on reconnaîtra toutefois qu'il est peut-être moins francisé.

Un de nos amis , qui passait ses vacances à Epiniil, allait un jour à Bruyères faire visite à quelques connaissances. Vers les premières maisons, il entendit une voix connue qui disait :

— Vai-t-on heuchi le dèm'hôle qu'é n'ôye au bi qoéri dYauvc èvo lo brcuchi (î).

11 regarde et reconnaît un brave homme qu'il n'avait guère vu que chez son père et qui dès longtemps l'avait pris en amitié.

— Don Dée, Bitisse (2), lui dit notre ami en s'approchant.

— Ma, monsu V...., o-ce qu'vo n'veném' de Péris? répondit le bon Baptiste qui semblait abasourdi de la question.

— Ma, némoi, Bitisse (5).

— Ma, monsu V...., o-ce qu'on pôle potois è Péris? ajouta-t-il au comble de rétourdissement.

— Ma, j'erô biè, Bitisse.

— Oh! ç'o enne bôde (une bourde).

— Nani, ç'nom' enne bôde Si j'névô mi sévu lo potois, j'n'érô mi étu è Péris. J'a étu pri pou r'coudiè lo polois aux éfans (4).

L'exceiient homme n'avait jamais entendu son jeune ami parler sa propre langue ; il ne pouvait comprendre qu'en venant de Paris on pût s'exprimer en patois, et il eut peine à croire que M. V.... se fut un moment joué de sa naïve crédulité.

Si de Bruyères uous sautons au sud du dépar-

(i) Va-t-en appeler la servante, qu'elle aille à la fontaine chercher de l'eau avec le pot (le broc).

(2) Bonjour, Baptiste.

(3) Pardonnez-moi ; expression très fréquente.

(4) Recoudiè, recorder, c'est enseigner. M. V.. . est un professeur de mathématiques fort distingué.

tement, à Fontenoy-le-Chàtcau , par exemple, sur les limites mêmes de la Franche Comté, nous verrons que le patois a pris des teintes étrangères. Donnons-en un exemple. C'est le fragment d'un Noël qu'on y chante encore. Malgré son état informe, nous l'avons choisi parmi d'autres pièces parce qu'il est certainement un produit indigène, et que nous l'avons écrit sous la dictée d'une habitante de Fontenoy, sans pouvoir obtenir d'elle ni plus ni mieux (1).

La geo, vénè tortu voir Lo rô da sin, lo rô da-z ingcs Que dévola si hau da cieux Po vo béyi l'aumône.

Un berger à la Vierge.

O Mèdém', vo n'étc mi chau ; Vos ot' lot' nue et toi' déchau

Dedô c'tc gringe.

La gco d'poichi n'on gar piti

D'eue poure étrangère.

J a co in ptè pèquè d'drèpc,

Ce s' ré po l'anvlopa Lo rô da sin, lo rô da-z inges.

El ère co tan bin pu chau

Poua derri not' piétine (2).

(4) Si quelque amateur pouvait nous le donner complet, il nous rendrait service.

(2) Les gens, venez tous voir le roi des saints, le roi des anges qui descendit si haut des cieux, pour nous donner l'aumône.

O Madame, vous n'avez pas chaud; vous è es

Ici, comme on peut le voir, les aspirations gullura'es qui nous ont frappé précédemment , n'existent plus. Ce patois a plus de limpidité et d'harmonie dans sa prononciation. Il a en outre des caractères grammaticaux qui appartiennent au franc-comtois, et on en a certes remarqué deux dans les couplets précédents; je veux parler de l'article pluriel las, das (s ne se prononce que devant une voyelle), et de l'expression vo rièle pour vous ri avez pas. Un autre caractère, qui n'a pas sa place dans notre fragment, c'est le pronom i, je. Le patois de la Franche-Comté ne connaît que celui-là; mais à Fonlenoy-Ie-Chàteau i ne s'emploie que devant un mot commençant par une consonne : t voyon, i seu, je vois, je suis ; le je français reprend ses droits devant une voyelle : fâs j'ai. Ainsi sur les frontièr s méridionales de notre département, les éléments franc-comtois de la langue rustique ont fait une trouée, mais ils ne dominent pas. A Fontenoy-Ie- Chàteau, on est encore dans un pays vosgien, quoique sur la pente du versant de la Saône.

toute nue et toute déchaussée dans cette grange. Les gens d'ici (de par ici) n'ont guère pitié d'une pauvre étrangère.

J'ai encore un petit paquet de langes ; ce sera pour l'envelopper, le roi des saints, le roi des anges. Ii aurait encore bien p'us chaud par derrière notre platine (sorte de poëie de tôle ou de fonte placé entre l'àtre de la cuisine et la chambre située par derrière).

Retournons dans le bassin de la Moselle. Nous offrirons comme type du patois qui se parle entre Remiremont et Epinal une fable en vers qui nous semble assez remarquable. Bien que traduite de La Fontaine, elle a un cachet et un parfum tout vosgiens. C'est une pièce précieuse dont nous regrettons de ne pouvoir désigner la provenance directe; elle s'est trouvée dans les papiers d'un de nos amis qui sait seulement qu'elle a été composée , il y a quarante ou cinquante ans, par un curé des environs de Jarville ou d'Archettes. Ce n'est qu'un débris sans doute, échappé d'une collection nombreuse. Il est connu qu'à la même époque, M. Potier, curé de Gérardmcr, avait aussi traduit en vers un certain nombre de fables de La Fontaine, aujourd'hui perdues. Ces deux poêles n'étaient-ils pas deux amis? 0 gens incuriosa suorum! (1) Voilà deux bons prêtres, hommes d'esprit et de cœur, qui ont assurément charmé plusieurs générations de leurs petites paroisses, et à peine sait-on encore leurs noms! et leurs papiers sont dispersés aux quatre vents! Pourquoi le village n'aurait-il pas ses annales? Mais tout s'oublie au village (obliviscendus et Mis). L'herbe de demaiu ne ressemblera-t-elle pas à l'herbe d'hier?

LE FIAUVE D'iN LOU ET d'iN AIGNÉ.

Q'as' qu'é fau fàr cont' lo pu fô ?

El ai tojo ràhon. — Couh' te et ton lo dô.

(1) O peuple peu soucieux de son histoire î

Po qu'vo n'vo iôchinss' mi, j'vo dira le ptiot' fiauve D'in lou et d'in aigné.

In aigné qu'évô sa s'il ollè boére don i'auve D'in bé ru que golo to lo Ion de bé raé, Son doté nian, 6 milan iïiè jonâye.

la lou que n'èvô co maingi depeu le vouâye,

Et qu'alô ehhi fieu di bô Po cltôdc ec de boin, po fchu, quéque énimau , Lo rwatio to bèn ahe, Et se r'liclian lé polt' è d'ho :

Hu ! le boin' châ , et tanre et frahe ! '1 o to per lu (1) ; le chiè divmo ;

Ç'o bié m'n effare.

Hou ! qu'as' que t'fà toci, mordà ? (2) T'o biè haidi dVni barbota Evo to ouet' meusé do mè belle auve kiarc. J'te vieu si bié braqué (3) que t'n'y i evainré ouare. — Vos ot' in trou boin rô po vo fôchi in'.è, Que d'heu l'aigné qu'èhoncho è doté ;

(1) 'lo to per lu. Cette ortbographe 7 pour *7 est la seule rationrtl.e, bien qu'elle semble bizarre au premier abord ; on écrit généralement /'o, mais à tort, puisque la voyrlle que remplace l'apostrophe est avant / et non après.

(2) Mordâ, par la mort du diable, analogue à mordié, par la mort de Dieu. Ce jurement est devenu dans quelques cantons des Vosges une épithète injurieuse ou méprisante : vi'ain mordâ ! peut mordâ ! gros mordâ !

(5) Braqué ; ce mot veut dire au propre teiller le chanvre, par extension casser, briser et enfin arranger dans un sens qui signifie par euphémisme abîmer»

C'o vot'auve que j'boc ; rwatiè le rigolotle,

Si v'pia, boin sir lou, in moruo ; Elle vie (levo mi, è pu d'vin pa d'so vo.

Je n'sérôm' don brôyi vole breuvaige.

— Te le brôye, que d'heu le peule bête sauvaige ; Évo slè qu'lan derré, j'Io sa, t'é di su moi Moudeméchan parole. — Ah! d'heu I'aigné, némoi,

J'n'atôm' co né, je tosse co mè mère.

— Possibe; ma ç'o don to frére.

— Némoi , j'n'en a mi. — C'a lot in ; Vos ote tortu dé couquin.

Evo vo, j'nàm' jémâ enn' mouarand' son traubiesse : Vô cliiè et vô bodée son tojo è mè cbesse.

Mordaî è fau Qucj'me r'vaingeuss' ; n'o mi lou que n'se r'vaingc Son fàr ni enn' ni dousse, i l'empoutyc (1 el lo

Derri lo bô. [mainge

E n'o mi le moyou, lé ràhon do pu fô.

Que ç'sôye in lou, que ç'sôye in borne, Conte in aigné, conte in péyi , As-que lo boin Dée ne sérôme ïrovè lo to de lo puni ?

Nous donnerons la traduction littérale de cette fable pour un grand nombre de nos lecteurs :

Qu'est-ce qu'il faut faire contre le plus fort? Il a toujours raison. — Tais-toi et tends le dos. Pourque vous ne vous lâchiez pas, je vous dirai la petite fable d'un loup et d'un agneau.

Un agneau qui aval soif, s'en allait boire dans l'eau d'un beau ruisseau qui coulait tout le long de beaux

(l) Prononcez : i l'empourté lo mainge. Voir page 61 ce que nous avons dit du / mouillé.

arbres, sans craindre rien, au milieu de la journée. Un loup qui n'avait pas encore mangé depuis la veille, et qui était sorti hors du bois pour attendre quelque chose de bon, pour le sûr, quelque animal, le regardait tout bien aise, et se léchant les lèvres, il disuit : Hu! la bonne chair, et tendre et fraîche! il est tout seul; les chiens dorment; c'est bùn mon affaire. Hou! qu'est-ce que tu fais ici, mordâ? tu es bien hardi de venir barboter avec ton sale museau dans ma belle eau claire. Je te veux si bien arranger que tu n'y reviendras guère. — Vous êtes un trop bon roi pour vous fâcher ainsi, dit l'agneau qui commençait à trembler; c'est votre eau queje bois; regardez le ruisseau, s'd vous plaît , bon sire loup, un moment ; elle vient vers moi à p'us de vingt pas audessous de vous. Je ne saurais donc troubler votre breuvage. — Tu le troubles, dit l'affreuse bête sauvage; avec cela que l'an dernier, je le sais, tu as dit sur mo beaucoup de mauvaises paroles. — Ah! dit l'agneau, pardonnez-moi, je tête encore ma mère. — Possible; mais c'est donc ton frère. — Pardonnezmoi , je n'en ai point. — C'est tout un; vous êtes tous des coquins. Avec vous je n'ai jamais un goûter sans peur : vos chiens et vos bergers sont toujours à ma chasse. Mordâ ! il faut que je me venge ; n'est pas loup qui ne se venge. Sans faire ni une ni deux, il l'emporte et le mange derrière le bois.

Elle n'est pas la meilleure la raison du pus fort. Que ce su t un loup, que ce soit un honiinr, contre un agneau, contre un pays, est-ce que le bon Dieu ne saurait pas trouver le temps de le punir?

Notre auteur a senti qu'il fallait expliquer pour les esprits peu clairvoyants la moralité de la fable, et il l'a fait en bons termes. Mais il ne s'agit ià

que de langue, laissons là le côté moral et Iitléraire.

Nous avons dit que celte pièce peut être regardée comme le type du patois vosgien. Elle renferme en effet tous les caractères généraux qui le distinguent, et elle peut êlre comprise dans tout le déparlement , à l'exception peut-èlre d'un ou deux termes. Il n'en serait pas de même du patois du Ban-de-Ia-Iloche. Celui de Gérardmer, dont il nous reste à fournir des exemples, est bien autrement difficile à comprendre.

Parmi quelques manuscrits précieux qu'un ami a bien voulu laisser entre nos mains, nous possédons des écrits en palois d'un ancien curé de Gérardmer, que nous avons nommé plus haut. Nous en tirerons deux morceaux pour faire connaître cette langue relativement rude qui tient du vieux français, de l'allemand et du génie local. La première est un compliment en vers pour la fêle d'une femme à laquelle le bon curé Pottier avait voué une amitié vive et pure. Celle à qui ce bouquet poétique élail adressé vient seulement d'entrer dans la tombe à un âge fort avancé. La seconde est une traduction de la parabole de l'enfant prodigue.

PO CICILE.

Cicile, Déye vo gar. J'a sti vô le cinq ourc

Fàre in to dô neu moue,

Quouéii dé fîô ou don dé poure;

Ma cèle é n'y ovouzeu pouè.

J'ireu bè-n èwesli, tôt ô-z cuban do léye Po vo fare in boquè, et po to lo fàr vô

Que j'sè bè qu'ç'o vot fêle énéye.

Je n'I'â jeuià réiiè ; vo l'voyin bè-n ohô,

J'préhe tro de jo iuoq slè

Que son ène occasion si boSic De v'pcrzolé rao cœur, ô vo doan in boquè. Sai-j', se '1 ir' to po li , s'o voùré bê lo pore? Vo pôré hé dé fiô; ma mo cœur n'o mi môre, Pi qu'ç'o po vo qu'é bè; vo n'o sô fili jemâ. J'vouréye qu'é vo pihesse inoq lo veu mi piâ.

Evo l'èoué, torlo éjôle ;

Lé pi jot' fiô n'on qu'en' sôbon.

Pernè mo cœur, et vo vôron :

Lés èoué n'y fron ré. J'vi ébéyî en' foue Po vô s'o prélii pih aq' que n' dir' mi tocouc.

Pour Cécile. — Cécile, Di» u vous garde. J'ai été vers les cinq beures faire un tour dans notre jardin, chercher des fleurs ou bien des poires; mais cerle il n'y en avait point. J'étais bien empressé, tout en sortant du lit pour vous faire un bouquet, et par là vous faire voir que je sais bien que c'est votre fête aujourd'hui. Je ne l'ai jamais oub ié ; vous le vîtes bien hier soir. Je prise (j'aime) trop des jours comme ceux-là qui sont une occasion si b Ile de vous présenter mon cœur en vous donnant un bouquet. Sais-je, s'il était tout seul, si vous voudriez le prendre? Vous prendriez bien des fleurs ; mais

mon coeur n'est pas moindre (île moindre valeur), puisque c'est pour vous qu'il bat; vous n'en êtes dehors jaunis. Je voudrais qu'il vous plût ainsi que le vôtre me plaît. Avec (pendant) l'hiver tout gèle ; les plus belles fleurs n'ont qu'une saison. Prenez mon cœur et vous verrez : les hivers n'y feront rien, .le veux essayer une fois pour voir si vous prisez (aimez) plus quelque chose qui ne dure pas toujours.

Ce peiit bouquet n'est pas sans charme. Assurément ce n'est pas Horace, mais c'est encore moins Dorât : le cœur y parle seul , et si le patois vosgien avait beaucoup de morceaux de ce genre, il prendrait rang clans la littérature patoise à côté des plus belles Papillottcs du poète méridional Jasmin.

Nous ne donnerons pas la traduction de la parabole, parce qu'il est trop facile de faire la confrontation. Nous dirons seulement que dans une œuvre de ce genre le traducteur n'est pas à son aise pour faire passer dans sa langue un récit tout fait qui contient des idées qu'un naïf patois n'a pas de termes pour exprimer. On y trouvera donc des expressions françaises et quelques tournures qui ne sont pas franchement patoises.

PARABOLE DE l'e.NFANT PRODIGUE.

J'-su lés i délié co :

12. In orne ovoù dou fé. Lo pi jenne dehè è so père : Mo père, dnè rnè çou que do mi rveni d'vot' hé, ri lo père lés i fi lo potiége d'so bé.

\o. Quéque jo èprè, lo pi jenne dé dou fé, cdon qu'el curé rèmessè çou qu'el avoû , nollè dô in

stringe lève bé Ion , et 'I y d'pané torto so bé o fàre des excès et des débauches. (1)

14. Edon qu'el euré terlo d'panè, è survené ène grande famine dô o léye lo et el éhochè esse besognoux.

15 E n'ollè et s'botè è matte chi enne gen do léye , que l'viè do se moutrosse , po y vôdiè lé pohéye.

16. To!o el érô sti bé-n ahe de repi so vote de cou qu' lé pohéye maingè, ma pohenne né li o dnè.

17. Edon qu'el euré songi è li , è dehé : cobé qu'el î d'vôlo chi mo père qu'on pi d'pain que n'iés y o fau , et mi j'moére toci de faim.

18. E fau que j'ine levesse et que j'ollcsse trovè mo père et que j'Ii dehesse : Mo père , j'a eufansi Déye et co vo.

19. Je n'mérite pih qu'o m'dehesse vot' f é ; fàyi d'mi inoq d'in d'veu vôlo.

20. E s'ievé et s'n oliè trovè so père ; édon qu'é tè co bé lan, so père lo vi et li o faye mau ; é corré è li, é se jeté è so cœu (cou), et s'io rebressé.

21. Et so fé li dehé : Mo père, j'a eufansi Déye et co vo. Je n'mérite pih qu'o m'dehesse vot fé.

22. Edolo lo père dehé è se vôlo : Épotiê to d'suite le pi bolle reube et s' l'o revesté. BofJè-li enne baugue o dô et dé so!é d'câye (de cuir) é pî.

23. Aimnè co lo gra vaye et s'io toué ; maingeo et fayo bône chire,

(1) Il est assurément remarquable que le patois de Gérardmer n'ait pas de mots pour exprimer ces deux idées. Ceci prouve en faveur des anciennes mœurs; mais on dit que la civilisation moderne a déjà bien changé tout cela.

24. Poromou qu'mo fé qu'voci té mû et el o reviquè, é té poidi et el o retrovè. El éhochon è fare in bon repai.

25. Ma lo vi (vieux) d'sè f é , qu'té dô lé fouie, r'vené et don qu'é fé éeole le môhon, el oyé le musique et lo lui de ço qu' dansé.

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