‹ Coup d'oeil sur les ressources productives et la richesse du Canada [microforme]Chapitre 21 sur 27 · TT UE · texte numérisé non relu

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A propos des Canadiens-Français demeurant aux Etats-Unis, voici ce qu’en dit M. l'abbé L. G. Gagnier :

‘“ On a souvent parlé de colonisation, et afin d'engager l'autorité À prendre des mesures efficaces pour assurer cette grande œuvre, on a souvent fait allusion aux tristes résultais de l’émigration des canadiens-français aux Etats-Unis ; mais, comme on se contente généralement de dire : Tout le monde sait quels sont ces résultats ; je crois devoir passer plus loin et apporter des faits à l'apoui de tout ce qui a été dit jusqu'ici sur l’émigration aux Etats-Unis. Depuis plusieurs années que j'ai occasion de rencontrer nos infortunés compatriotes qui vivent au-delà des frontières, appelé à exercer mon ministère de prêtre à leur égard, je crois pouvoir dire que je suis plus que personne en état de connaître quels sont les fruits de l’'émigration. Ce n’est pss seu‘ement sous le rapport religieux, mais encore sous le rapport temporel que la condition des canadiens aux Etats-Unis est des plus déplorables. De cent qui émigrent aux Etats, je puis assurer par expérience qu’il n’y en a pas cinq qui arrivent à l’état d’aisance. Presque tous y sont esclaves des riches propriétaires américains. Îl y a environ 1,000 familles canadiernes disséminées sur toute la frontière de l'Etat de New-York et, de ce nombre, c'est à peine ‘si on en trouve 25 à 30 familles qui jouissent de l’aisance dont jouissent en Canada, je ne dis pas nos bons cultivateurs, mais ceux qui tiennent le milieu entre l'abondance et le nécessaire. Avec du courage et de l'énergie, joints à quelques avantages «e la part du gouvernement, on réussirait à ramener un grand nombre de nos compatriotes qui sont aujourd’hui sur une terre étrangère. On n’y demeure que parce qu'on y trouve les moyens d’une existence inomentanée ; on y vit sans espérance. A nous donc de faire tous nos efforts, pour nous opposer à de nouveaux flots d'émigration ! A nous donc de nous entendre pour fuire réussir la colonisation ! Jusqu'ici on a fait bien des plans plus ou moins bons, mais qui n’ont pas eu l'efficacité qu’on pourrmt désirer. On a fait quelque chose ; mais je pense qu’il reste beaucoup à ‘aire. Il nous faut un moyen prompt et qui présente des avantages réels et spontanés.”

Mr. Gustave de Baeler, belge, qui possède des vues larges et progressives en fait d'agriculture et d’émigration, exprimait entr’autres choses également fondées :

La colonisation, pour marcher sur un pied régénérateur, a besoin d'avancce ; faites-lui toutes les avances nécessaires, faites-les lui largement, mais dirigez-en l'emploi ; à c:3 conditions, il n'y aura rien de perdu, les avances reproduiront et les résultats étonnerunt le pays. Demeurez au contraire parcimonieux, indécis, abandonues la colonisation aux courages individuels, vous ne ferez rien de grand, rien d'efficaces, vous aureg fait bien des victimes, sans profit pour la chose publique, sans honneur pour Île caractère national ; car l’agriculture, cette gloire pacifique, cette corne d'abondance des uations, demeurera arriérée et misérable.”

La plume si pleine de ressources de M. Joseph Royal, traçait ces importantes lignes, il y a quelques années :

‘ Aujourd’hui, la grande et vitale question de la colonisation est comprise. Nous, Ba:-Canadiens, qui ne pouvons nous recruter par l’émigration étrangère ; nous que cette émigration étrangère menace de déborder ; nous qui deons nous multiplier et nous serrer sur le champ de bataille éternel où notre race doit grandir et vaincre : eh! bien,'ce n’est pas pour le moment daus tel chemin de fer, dans tel négociation postale, dans le développement de telle industrie nationale que neus devons mettre toute notre énergie. Non. C'est dans la Colonisation ! D'importantes suggestions ont été faites par de zélés promoteurs de l'œuvre ; la voie est indiquée : elle mène à la gloire et au ‘bonheur du pays ! ”

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M. P. Cassidy, occupé à la direction des travaux d’un chemin de colonisation, faisait la remarque suivante dans l’un de ses rapports :

‘ Suivant moi, le meilleur moyen fe faire prospérer le pays est de rendre les terres vacantes de la couronne accessibles à la jeune génération. C'est la population et non les terres vacantes qui fort la richesse d’un pays.

& Je dirai donc au gouvernement : ouvrez vos terres aux jeunes Canadiens, et éloignez la jeunesse de l’influens’e démoralisatrice de la république voisine et de ses tendances infidèles ; conservez-la à la religion de ses pères, et vous aurez un peuple content, paisible et vertueux ; vous aurez des sujets attachés par les liens de la loyauté et par l'allégeance que les peuples invariablement rendent aux gouvernements qui font leur devoir en protégeant le peuple et ses intérêts.”

M. Richard Lanigan, marchand, de Trois-Rivières, exprimait ce qui suit devant l’un des Comités de la Chambre, touchant la colonisation :

‘ Je suis en faveur des sociétés de colonisation, mais je les ferais secondaires et auxiliaires d'un bon systéme de colonisation par le gouvernement. De cette manière elles pourraient être réellement utiles ; mais si on les laisse à ellesmêmes, elles ne peuvent être que languissaates et de pou d’atilité. ”

L'hon. M. Letellier exprime dans son rappurt comme Ministre d'Agriculture, pour l’année 1863, ce qui suit à propos de l’immigration étrangère :

‘# Avant de terminer ce sujet, je crois devoir insister, ainsi que l'ont fait mes prédécesseurs, sur la nécessité de l'adopt‘on des moyens les plus efficaces pour arrêter l'émigration de nos compatriotes aux Etats-Unis, et suggérer qu’un agent spécial soit chargé de la mission de les visiter et de les engager à revenir en cette province où l’encouragement accordé à la colomisation et à l’agriculture et le développement de l'industrie minière leur assurent un sort préférable à celui que de trompeuses promesses Jeur a fait rechercher à l'étranger. Il n’est que juste que si le trésor public sert à faciliter l'immigration européenne dans ce pays, il soit éralement employé à ramener au milieu de nous nos nationaux qui l’ont quitté dans le vain espoir d'améliorer leur sort. ”

M. Boucher :'e la Bruère, de son côté, réclame comme suit :

“ L'expression si unanime de l'opinion publique en faveur de l'ouverture des chemins de colonisation et le succès qui a déjà couronné ces entreprises, font espérer que les efforts du gouvernement pour coloniser les terres incultes du domaine public, seront noblement secondés par ies représentants du peuple. Dans les circonstances actuelles, je crois de mon devoir de dire que le pays doit redoubler d'énergie et s'imposer mème des sacrifices, afin de mettre obstacle à ce courant qui, depuis l'été dernier (1862) surtout, entraîne un rombre bien considérable de jeunes gens et de familles vers le territoire américain, et semble devenir tous les jours plus impétueux. La hideuse plaie de l'émigration aux Etats-Unis est donc ouverte de nouveau, Le Canada voit avec peine son sang le plus pur et le plus vigoureux s'en échapper, et, à moins d'apporter un remède prompt et énergique, les plus beaux fruits de la colouisation, en plusieurs endroits, seront perdus, et la cause même de la colonisation se trouvera gravement compromise. En présence de faits aussi désolants et d'une émigration aussi forte, les demi-mesures sont inutiles. Aussi, je n’entretiens aucun doute que la législature, qui a tant à cœur les intérêts

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du pays, voyant l’immensité du danger et sondant toute la profondeur du mai, ne s’empresse d'allouer, en faveur de l’œuvre patriotique de la colonisation une somme qui permette à cos dévoués colons d'espérer beaucoup dans l'avenir et les retienne sur le sol natal. ?

A l’occasion du système des Octrois gratuits mis en vigueur dans le Bas-Canada depuis quelqnes années, l'honorable M. Langevin exprime son adhésion à cette heureuse disposition par les remarques sensées qui suivent :

“ Les terres octroyées gratuitement sont situées le long des routes nouvelles que le gouvernement ouvre de temps à autre au milieu des terres publiques, L'octrois gratuit engage de pauvres gens ou des personnes qui ont peu de ressources à ailer s’y établir. Elles ont alors intérêt à entretenir les chemins en bon état, et bientôt ces colons nouveaux voient arriver, des anciennes paroisses ou anciens townships ou des pays étrangers, de nombreux émigrés qui, en voyant la facilité des communications, n'ont pas hésité à acheter des terres et à les exploiter. Ce système des octrois gratuits est, il est vrai, momentanément une perte pour la province, mais cette perte est bien vite compensée par les revenus et les richesses que le pays retire des terres qu'il contribue ainsi à faire vendre et à faire ouvrir. ”

M. l'abbé T. S. Provost écrit à la date du 20 juillet 1864 :

« Je le répète avec conviction, le temps est venu de coloniser et de couvrir d’une population canadienre-française l'immense et beau territoire que nous a légué l’héroïsme de nos pères. Mais il ne suffit pas de croiser ces bras sur sa poitrine et de dire ‘‘ je le veux, je le veux ; ” e’est la volonté en aetivité qu’il nous faut. Ilse prépare des choses d’une telle gravité dans notre avenir social, qu’il est bon de s'assurer un agrandissement de territoire dans des endroits où l'indépendance et la nationalité canadienne seront toujours à l'abri. Oh! combizn je vois avec plaisir et tous avec moi, je suis certain, la formation de ces Sociétés de Secours qui surgissent partout en faveur de la grande œnvre de la colonisation. La colonisation est le salut du peuple, c’est pourquoi ik faut s’efforcer d’en diriger efficacement le mouvement, et quan il y aura ainsi des germes de colonisation plantés en différentes places, alors nous verrons des ramifications s'étendre sur tons les côtés, qui nous assureront un éclatant succès.”

De toutes les idées exprimées sur l'important sujet qui nous occupe, nous avons formé un tout sous la forme d’un Plan de Colonisation que nous allons maintenant exposer.

à 3—PLAN D’ORGANISATION.

Nous prenons pour bâse de la division de ce projet, la classification des fonctions de ceux qui seraient appelés à la mettre en pratique.

1°.—Deux sections de Colonisation avec deux Intendants de

colonisation.

2°, —Régions administratives locales de la colonisation.

3°,—Octrois gratuits rendus plus généraux.

4°,— Agences diverses à l'étranger.

y 5°,—Divisions séparées pour le Haut et le Bas-Canada.

Nous allons reprendre chacune de ces Divisions, pour les accompagner des remarques nécessaires à leur éclaircissement.

Premièrement.—Diviser la branche dite de la Colonisation, du Département de l'Agriculture, en deux sections, —comme l’est celle de l'ouverture des chemins, —dont l’une serait pour le Haut et l’autre pour le Bas-Canada, en tête de chacune desquelles serait placé un officier habile, expérimenté, et possédant une connaissance exacte des ressources et des besoins de la colonisation dans sa section respective, et qui agirait sous la direction de l’honorable Ministre de l'Agriculture et de son Député, chef du Bureau. Ces officiers pourraient être appelés : Zrtendants de la Colsnisation.

Une semblable disposition serait de nature à plaire à toutes les origines, puisque chacune des sections de la Province serait appelée à faire progresser chez elle la colonisation et l'immigration comme elle l’entendrait, avec harmonie, sans entraves comme sans jalousie de races, puisqu'elles auraient un représentant spécial pour cette fin, dans le Bureau même de l'Agriculture, en rapport avec les Chefs chargés de l'initiative.

La nomination de tels officiers aurait aussi pour avantages pratiques : |

1°—De faire arriver au Département de l'Agriculture les rapports mensuels des Agents de colonisation du Haut et du Bas- Canada, au lieu du Département des Terres comme cela se pratique aujourd’hui.

29,—On pourrait, par un coup de plume, obliger les Secrétaires des Sociétés d'Agriculture de Comté à adresser au Département de l'Agriculture, à la fin de chaque année, un Rapport ou Compte- Rendu succinct sur l’ensemble des progrès accomplis durant l’année dans le Comté, touchant l’agriculture, l'amélioration du bétail, le développement de l’industrie domestique, etc., et autres données généralement quelconque sur cette importante ques#on.

3°,—Chaque conducteur des travaux d'ouverture de routes de colonisation pourrait être invité à faire au Département de l'Agriculture un Rapport spécial, sur l’état de la colonisation dans l'endroit ou les environs du chemin qu'il aura eu à surveiller durant la saison de l'été, suivant la formule imprimée qui lui aura été expédié du Bureau à eet effet.

Les données de ces trois sources différentes, avec celles des autres branches du Département, orneraient avec profit le Rapport Annuel de l'honorable Ministre de l'Agriculture. IL faut avouer que ce Rapnort serait important au plus haut point, puisqu'il serait alimenté par d'aussi nombreux correspondants qui écriraient de tous les points du pays à la fois, et en ferait pour ainsi dire un espèce de recensement annuel. Les correspondances seules du Bas-Canada, d'après ce sytème, n’embrasseraient pas moins que 183 sources différentes, savoir : environ 100 Conducteurs des

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