‹ Coup d'oeil sur quelques appareils prothétiques. Premier fasciculeChapitre 2 sur 16 · PROTHÈSE · texte numérisé non relu

PROTHÈSE

destinés aux malades affectés de paralysies partielles

des membres.

La médecine emprunte ses moyens d’action à des sciences si diverses, qu il n’est pas étonnant que quelques-unes des ressources qu’elle pourrait employer utilement ne se présentent pas tout d’abord à l’esprit des praticiens. D< ce nombre se trouvent les secours que peuvent fournir les appareils protbé tiques; aussi laissons-nous rarement échapper les occasions qui nous sont don nées de mettre en relief les services rendus par ces sortes de moyens. En pro duire de nouveaux exemples, n’est-ce pas d’ailleurs fournir la preuve de l’heureuse influence qu’ils peuvent exercer sur la marche de la guérison de certaines paralysies ? Cette preuve est importante, car bon nombre de médecins négligent, de parti pris, l’emploi de ces appareils sous le prétexte qu’on ne saurait concevoir la maniéré dont ils agissent; comme si le degré d’utilité d’un moyen ne reposait pas surtout sur les résultats qu'amené sa mise en œuvre.

Nous n’aborderons pas le côté historique de cette application spéciale de la prothèse, les éléments nous font défaut. Toutefois, il est un document que nous devons rappeler, car il a échappé à la sagacité de la plupart des auteurs, confondu qu’il se trouve avec des appareils d’une autre nature : nous voulons parler du dresse-main d’Ambroise Paré, que l’illustre chirurgien a fait figurer parmi ses modèles de mains artificielles. Cet appareil aurait pu être rapproché du tendon extenseur du pied, dont il est l’analogue, puisque tous deux sont destinés, à remédier aux effets de la paralysie des extenseurs des deux membres. Nous reproduisons (fig. 1) le dessin de ce dressc-main, ainsi que l’explication qui l’accompagne et qui ne laisse aucun doute sur son usage.

« Quand à quelqu’vn par une playe les tendons et nerfs de dessus la main seront coupés, qui fait que le malade ne peut leuer la main, demeurant quasi inutile : elle sera tenue esleuée par cest instrument fait de fer blanc, couuert de taffetas ou autre chose, et sera posé sous la main, ioignaut la première iointure des doigts ; puis attaché par dessus le carpe. Cela fait que la main demeure droite, de façon que le malade s’en aide par le moyen du dit instrument qu’on peut nommer dresse-main. Le bout de cest instrument, qui est rond, se doit mettre contre la première iointure des doigts, et l’autre bout contre le

carpe, et sera serré par des liens fort ou peu serrés, ainsi qu'il est nécessaire. »

Ce dresse-main a été réinventé plusieurs fois. Ainsi nous lisons dans l'article Orthopédie du Dictionnaire en GO volumes :

« M. Boyer a conseillé avec succès à un officier dont les muscles postérieurs de l'avant-bras étaient paralysés à la suite d’un coup de sabre qui avait divisé le nerf radial, l’usage d’une machine qui, maintenant la main étendue, sans nuire aux mouvements des doigts, favorisait l'action des muscles fléchisseurs de ceux-ci. »

(F'g. 1) (Fig. 2.)

Le dresse-main d’Amb. Paré ne remédie pas à l’altitude vicieuse du pouce, lorsque les muscles extenseur et abducteur de ce doigt viennent à être paralysés. Dans ce cas, c’est à un autre artifice que Paré conseille de recourir ; l’emploi d’un tube de fer-blanc dit doigtier.

« Lorsqu’vn nerf ou tendon sont entièrement coupés, leur action qu’ils faisoient se perd, et parlant la partie demeurante manque à fléchir ou estendre, et quelques fois peut être aidée par l’artifice du chirurgien.

« Ce que j’ai fait à un gentilhomme estant à monseigneur le connestalde, lequel receut vn coup de coutelas le iourde la bataille de Dreux, près laiointure de la main dexlre,fparlie externe, de sorte que les tendons qui csleuent le pouce furent du tout coupés : dont ledit pouce, après la consolidation de la playe, demeura fléchi au dedans de la main, sans se pouvoir leuer, si ce n’esloit par le bénéfice de l’autre main : mais subit se retournoit à refleschir comme auparauant, qui estoit cause que le gentilhomme ne pouvoit prendre ny tenir espée, dague, lance, pique, ny [austres armes. Or, voyant sa main estre quasi inutile et priuéc des armes, me pria de luy couper le pouce, ce que ne luy voulus accorder : mais ie lui fis faire un instrument de fer blanc, dans lequel mettoit son pouce. Ledit instrument estoit attaché par deux lanières à deux petits annelets sur la iointure delà main, si dextrement que le pouce demeuroit eslcué : et par ainsi le gentilhomme pouvoit tenir pique, lance, et autres armes. La figure t’est ici représentée (fig. 2.) »

On le voit, l’enseignement d’Amb. Paré était complet et il restait peu d’effort à faire pour appliquer aux autres doigts l’artifice qu’il conseillait pour le

pouce, et rendre élastiques ces tendons artificiels. Ce progrès n’a pas réclamé moins de trois siècles pour son accomplissement.

L’observation la plus ancienne que nous connaissions de l’usage d'un appareil à forces élastiques appliqué à une paralysie delà main est due à Delacroix ; elle témoigne en même temps des bons effets de l’emploi de ces instruments sur le retour du mouvement dans les muscles affectés. Nous empruntons ce fait à un rapport lu à la Société de médecine en août 1S13, par le professeur Thillaye.

Obs. I. Sur un procédé mécanique au moyen duquel M. Delacroix a suppléé à l’action des tendons extenseurs des deux mains paralysées . — Un musicien attaché au théâtre Italien, et dont la partie consiste à toucher le piano dans l’orchestre, s’est trouvé atteint d’une paralysie partielle qui, ayant frappé le nerf radio digital, priva du mouvement les extenseurs des doigts et du pouce à 1 une et à l’autre main. Les fléchisseurs continuant d'agir sans être contrebalancés par leurs antagonistes, les doigts restaient dans l’état de flexion, et même le poignet retombait fléchi sur l’avant-bras : en même temps la main affaiblie s’émaciait, et la. saillie des tendons fléchisseurs faisait à l’intérieur de la main un effet très-désagréable.

« Ce qu’il y a de remarquable, c’est que celte attaque avait été précédée de co liqiies, de vomissements verdâtres, d’urines sanguinolentes, et qu’il s’y joignait des douleurs vives dans la région des lombes, et une faiblesse spéciale des membres abdominaux.

« Cette maladie se dissipa, mais une nouvelle attaque la reproduisit après des préliminaires absolument semblables, au bout de quatre ans. Dans cet intervalle, le malade éprouva seulement, au renouvellement des saisons, quelques accès de fièvre intermittente.

« Après cette reprise, un grand nombre de moyens, indiqués en apparence par la nature de la maladie, furent employés inutilement ; mais le malade s’aperçut qu’en soulevant et soutenant sa main, et la maintenant, ainsi que les < oigts, dans 1 état d extension, la faculté de fléchir et le poignet et les doigts étant conservée, les principaux mouvements, et en général l’usage de sa main ui étaient rendus, et duraient tant que l’extension était ainsi artificiellement suppléée par une force étrangère.

« JI. Delacroix, auquel le malade s’était adressé, ne tarda pas à saisir l’indicaüon que lui offrait ce phénomène, et l’idée de remplacer les extenseurs par un mécanisme adapte dans une direction convenable fut une conséquence de celte observation. Ce mécanisme, dont nous allons donner une description somniaue fut construit de manière à opposer aux mouvements de flexion, que la maladie n avait pas altérés, un antagonisme assez souple pour ne pas exiger

for . pour ramener naturellement le poignet et les doigts à l’état d’extens.on, sitôt que 1 effort des fléchisseurs cessait de s’exercer. II fut disposé outre cela de manière a laisser toute liberté aux mouvements latéraux déterminés

par !:;^S^élaCarP°-phalangienS qui non plus frappé!

«L’effet de cet appareil fut d’abord de rendre à l’artiste une liberté des mou-

ecu m TJlT Ct dCS mainS’ l,ellC qU’n PUI “ f^-nt le lan et eHl ! W“tS daUS r°rchestre de l’Opéra-Buffa; mais il maintenue arfifir' i,™0'"8, a'aillageuse> c’est flue- tandis que l’extension était extenseurs cv-t m m-61' ’ 3 para,ysie s’cst peu à peu dissipée, et l’action des - b re a lie assez parfaitement pour que l’artiste maintenant n’ait

plus besoin d’aucun secours étranger : nous ne voulons pas dire ici qu’on puisse regarder le mécanisme employé dans ce cas comme un moyen de guérison; mais on peut croire que luttant habituellement pour contrc-balancer l’effet des fléchisseurs, il a pu diminuer les résistances qu'auraient encore eu longtemps à vaincre les extenseurs, avant de revenir à leur activité première, et que par là le terme de leur rétablissement complet a pu être abrégé.

« Voici maintenant en quoi consiste le mécanisme construit par M. Delacroix [Fig. 5 et 4] (*).

(Fig 3.)

« Un ressort d’acier A fait en forme de spatule, et garni d’une enveloppe de peau, une plaque de métal formée en écusson M et légèrement concave, sont appliqués, le ressort sur la partie externe de l’avant-bras et selon sa longueur, l’écusson sur le dos de la main. Le ressort est maintenu en position sur l’avant-bras, au moyen d’une courroie qui en faitle tour, B; une pareille courroie R, qui fait le tour de la main en embrassant le pouce, relient l’écusson. L’extrémité antérieure du

(Fig. 4.)

ressort est terminée par une traverse D en T, sur laquelle sont fixées en tête de compas E quatre verges d’acier minces et élastiques F, de manière à être mobiles

m\ M. Charribrc père, après avoir publié la notice des instruments nouveaux dont il a doté la chirurgie contemporaine, s’occupe de rassembler ceux ( es "’O" déles anciens dont le souvenir ne doit pas être perdu pour 1 histoire de 1 art. C’est là une bonne et utile entreprise. La gravure de 1 appareil Delacroix est un premier emprunt fait à cette collection, et il sera suivi d un bon nombre d’autres, puisqu’il nous le permet.

latéralement : leur extrémité est terminée par un crochet G qui s’engage dans des chaînettes H qui soutiennent des anneaux d’argent L qu’on passe dans les doigts ces verges représentent les tendons des extenseurs, et leur élasticité, graduée au moyen de leur épaisseur et de la trempe, est proportionnée au degré de résistance qu’elles doivent vaincre de la part delà flexion habituelle dans laquelle chaque doigt est entraîné. De cette manière, l’antagonisme des extenseurs des doigts est fidèlement représenté par l’élasticité de ces verges, les flexions musculaires alternent facilement avec les extensions élastiques, sans gêner les mouvements latéraux vers les bords radial et cubital de la main, et le pouce est aussi retenu très-doucement dans un état modéré d’adduction.

a L’effet immédiat de cette application a été au delà de ce qu’on pouvait attendre d’une application mécanique. La main, en reprenant ses mouvements, a repris de l’embonpoint, excepté dans la masse musculaire qui environne la première phalange du pouce de la main droite. Nous avons vu l’artiste même dont la maladie fait le sujet de cette observation. Nous avons jugé de son état actuel qui est tel que nous venons de le dire ; et il nous a confirmé les détails de sa maladie antérieure. . . »

Le rapporteur ne dit rien de la nature de la paralysie dont ce musicien était atteint, mais les symptômes rapportés et la nature des lésions musculaires permettent de supposer que l’affection était la suite d’une intoxication saturnine.

Voici un second fait analogue et dans lequel la paralysie des extenseurs de la main avait été provoquée par une lésion traumatique des nerfs qui animent ces muscles. L’emploi du même appareil a amené de non moins bons résultats. Cette observation a été communiquée, il y a quelques années, à la Société de chirurgie par M. Ferd. Martin.

« Obs. II. Paralysie traumatique de la main droite. — Appareil mécanique suppléant l'action des -extenseurs . — Guérison rapide. — Le nommé Cassigneul, musicien d’un régiment de ligne, fut blessé en duel ; la balle traversa le bras droit un peu au-dessous de sa partie moyenne. Sans doute, le nerf cubital fut coupé ou au moins fortement lésé : toujours est-il que les muscles extenseurs des doigts furent immédiatement paralysés, la main tomba dans la flexion et il fut impossible au malade de l’ouvrir.

a Je fus consulté au mois de juin 1827, deux ans après la blessure, et je pus constater les phénomènes suivants : les doigts étaient constamment portés dans un fort degré de flexion et ne pouvaient être ouverts spontanément par le malade. Mais si, en saisissant les doigts par leur face palmaire, et si, sans employer une grande force , on les portait et les maintenait dans l'extension, alors leurs mouvements redevenaient très-libres, le malade pouvait saisir et tenir tous les objets qui lui étaient offerts. Quand ces corps présentaient un certain poids il pouvait les abandonner facilement ; mais lorsqu’ils étaient très-légers, il fallait que l’autre main- vînt les retirer d’entre ses doigts.

« Les indications étaient précises, il fallait suppléer à l’action des muscles extenseurs : je fis donc construire un appareil ayant quelque analogie avec un autre déjà employé par Delacroix. Aussitôt mon appareil appliqué, le malade put reprendre son instrument, la clarinette, et ainsi gagner sa vie.

« J’avais l’intention, pour seconder l’action de mon appareil, de soumettre ce malade à l’action de l’électricité; mais après une première séance, je ne le revis plus. Six mois plus lard, d'une façon tout imprévue, je rencontrai mon malade se servant aussi facilement de sa main qu’avant sa blessure : il n’avait en aucune façon besoin de secours étranger, il était complètement guéri. »

La modification la plus importante apportée par M. Ford. Martin au modèle ci-dessus de Delacroix consistait à avoir transformé le ressort en spatule A en un long brassard auquel se trouvait fixé l’écusson M ; par celte disposition l’appareil était fixé plus solidement sur le membre et l’écusson ne pouvait se déranger.

Dans un autre modèle du même appareil porté par un malade de M. Duchenne, M. Mathieu avait construit les tiges métalliques rigides et les avait fixées au brassard. La partie élastique était constituée par les anneaux, qui étaient formés par des bandes de caoutchouc, mode de construction signalé déjà par Mellet dans son Manuel d' orthopédie.

Voici un troisième fait dans lequel les bons effets de l’emploi d’un appareil sont encore incontestables.

« Obs. III. Paralysie de la main consécutive à une intoxication saturnine. — Emploi d'un appareil prothétique. — Guérison. — En 1855, M. Ducbenne avait guéri, par l'emploi de la faradisation localisée, une jeune fille atteinte d une paralysie des extenseurs des doigts et du poignet du membre droit. Cette malade, qui était coloriste et faisait usage du blanc de plomb, ayant eu l’imprudence de porter de nouveau son pinceau à la bouche, selon son ancienne habitude, elle éprouva une rechute de colique saturnine. Après sa guérison, il lui resta une paralysie nouvelle des mêmes muscles ; elle perdit de plus l’usage du court abducteur du pouce qui s’atrophia rapidement. Cette seconde atteinte de paralysie résista davantage à la faradisation localisée. Dans le but de lui rendre l’usage de la main et de lui faire attendre avec plus de patience le moment delà guérison, M. Ducbenne fit construire son gantelet des extenseurs et du court abducteur du pouce, ce qui lui permit de se livrer au travail de la couture. La faradisation fut longtemps continuée avec une amélioration progressive. Comme elle marchait avec trop de lenteur, au gré de la malade, elle cessa son traitement et se borna à porter son appareil. Quelques mois après, elle était guérie. — Cette cure s’est maintenue; éclairée par cette rechute, la jeune fille a abandonné sa profession de coloriste pour celle de couturière. »

Les résultats de l’usage de ce gantelet se trouvent consignés dans le rapport de M. Bouvier sur le mémoire de M. Duchenne, intitulé: de l'Orthopédie physiologique de la main (Bulletin de l’Académie de médecine, 1857, t. XXII.)

Il est une autre affection du système musculaire, sur laquelle les travaux de nos savants collaborateurs MM. Aran et Duchenne ont jeté une vive lumière, et qui vient réclamer, comme les paralysies, les bénéfices de la prothèse : nous voulons parler de l’atrophie musculaire progressive. Toutefois, les essais connus nous portent à penser que l’emploi de ces sortes d'appareils constituera, pour les -individus affectés de cette grave maladie, seulement un secours destiné à rétablir certains mouvements rendus impossibles, et non un moyen de traitement. Un appareil bien fait, en suppléant les muscles atteints, doit ralentir la marche de leur atrophie. Voici le premier essai tenté par M. Duchenne.

a Obs. IV. Paralysie de la main consécutive à une atrophie musculaire. — Essai d'unappareil prothétique. — Vers 1849, M. Duchenne fut consulté par un malade atteint d’une atrophie musculaire graisseuse progressive. Les interosseux et les extenseurs des doigts et de la main gauche avaient presque entièrement disparu, et les doigts conséquemment étaient dans une flexion continue. Arrêter la marche progressive de la maladie était la première indication à remplir; mais il en était une autre à laquelle le patient tenait par-dessus tout : c’était de lui rendre l’usage de sa main gauche. On ne pouvait ccrlcs l’obtenir par la fa-

radisation, car les interosseux et les extenseurs des .doigts avaient presque entièrement disparu. Alors M. Duchenne songea à lui maintenir les doigts dans une extension continue à l’aide d’une force élastique, do telle sorte qu’il put exécuter alternativement la flexion et l’extension, soit pour saisir, sort pour lâcher un objet L’appareil figuré ci-dessous (lig. 5), que M . Charriëre exécuta s-r J-

(Fig. 5.)

indications de notre confrère, remplit assez bien ce but et fut très-utile au malade. Mais comme il était trop apparent, il ne s’en servit que dans son intérieur. C'est alors que M. Duchenne eut l’idée de dissimuler ces sortes d’appareils au moyen de ses gants orthopédiques, qu’il a décrits dans ce journal. »

Certaines paralysies du membre inférieur ne bénéficient pas moins que celles du bras et de la main de l’intervention de ces agents mécaniques.

La note de M. Ferdinand Martin contenait, en outre, l’histoire de trois autres malades affectés d’une paralysie de l’enfance et qui ont guéri également par l’emploi puFct simple des machines. Quoique toutes ces observations laissant beaucoup à désirer au point de vue de l’étiologie de l’affection et de l’état du système musculaire, nous reproduirons cependant l’un d’elles. L’âge du malade (quarante-six ans), à l’époque où l’on fit l’emploi d’un appareil permettant le mouvement du membre paralysé, ne peut laisser aucun doute sur l’utilité, de la prothèse dans ce cas.

« Obs. V. Paralysie du membre inférieur gauche datant de la première enfance.— Emploi d’un appareil prothétique à un âge avancé. — Guérison. — Des renseignements précis nous font défaut sur le début de l’affection; tout ce que le malade a pu nous apprendre, c’est que la paralysie est survenue dans sa première enfance et sans qu’on pût la rapporter à aucune cause apparente. Jusqu’à l’âge de douze ans, le jeune malade marcha à l’aide de béquilles ; à cette époque il fut amené à Paris, cl je lui fis construire un appareil qui, maintenant le membre dans l’extension pendant la station et la progression, permettait à l’enfant de marcher sans aucun secours. C’était en 1817, et jusqu’en 1851 de nombreux essais furent tentés en France, en Allemagne et en Angleterre, dans le but de rendre la marche moins pénible ; mais comme tous ces appareils reposaient sur les mêmes principes que le premier, le malade ne pouvait marcher que la jambe roide; aussi éprouvait-il une fatigue excessive au moindre exercice. L'électricité, nous a-t-il dit, -avait été appliquée sous toutes les formes et par tous les

procédés, sans qu’on eût reconnu le moindre changement, noté la moindre amélioration dans l’état du membre.

« Le malade revint à Paris en juin 1851, et l’iin de nos premiers chirurgiens, l’ayant examiné avec soin, crut reconnaître l’existence d’une luxation de la hanche : le membre présentait, en effet, une telle flaccidité, qu’il aurait presque été possible de luxer toutes ses articulations, et l’inertie musculaire, qui était complote, permettait de porter le membre dans toutes les directions, sans que la moindre contraction eût pu faire supposer que ce membre appartenait à un être vivant. Ajoutons que le pied, abandonné à son propre poids, se laissait tomber en bas et représentait assez bien un pied équin atonique, si je puis m’exprimer ainsi.

U Aidé par les études spéciales que j’avais faites sur les ressources des membres artificiels, j’imaginai d’appliquer à ce malade un appareil construit d'après les principes de ceux que j’ai appropriés aux besoins des amputés de la cuisse et de la jambe au lieu d’élection et qui devait permettre au malade de marcher avec le membre flexible. Cette heureuse innovation rendit immédiatement la progression plus facile et moins fatigante : le malade put même, huit jours après l’application de l’appareil, visiter l’exposition de Londres dans son ensemble, et marcher sept heures et demie sans s’asseoir.

«Mais là ne devait pas se borner le bénéfice que cet appareil devait apporter à l’état du malade : il revint à Paris en novembre 1855, pour visiter l’exposition et, chose très-remarquable, les muscles de ce membre complètement paralysé avaient recouvré une grande partie de leur puissance contractile et le mafada pouvait marcher sans le secours d’aucun appareil.

« Cependant, comme l’articulation du genou, lég’erementdéviée en dedans, avait conservé une grande mobilité et était très-disposée aux entorses, le malade crut prudent de continuer l’usage de son appareil pour éviter les accidents.

« L’appareil dont j’ai fait usage dans ce cas se compose d’une gaine en cuiu embrassant la cuisse et fixée autour du membre par un lacet : une attelle latérale en acier, articulée à la hauteur du genou, maintient le membre dans sa rectitude, en permettant la llexion et bornant l'extension du genou, qui était exagérée. L’articulation du coude-pied, maintenue par l’appareil dans ses mouvements de latéralité, permet la flexion et l’extension.

« Restait à restituer au membre les puissances qu’il avait perdues et à créer au moins des muscles artificiels. J’ai trouvé l’idée de cette puissance dans Amb. Paré, dans son chapitre d’adjouter ce qui défault. En effet, je disposai, comme l’avait fait le célèbre chirurgien de Laval, une lanière en cuir attachée à la partie moyenne et latérale de la chaussure. Cette lanière montait sur la face antérieure de la jambe, du genou et de la cuisse, pour venir se fixer à une sorte de baudrier qui passait sur l’épaule du côté opposé. Cette courroie, comme il est facile de le comprendre, attachée à la chaussure à la hauteur des articulations tarso-métatarsieunes, avait pour effet, lorsqu’elle était tendue, de relever le pied et remédiait par conséquent au pied équin atonique dont nous avons parlé. Déplus, passant au devant du genou sur lequel elle se réfléchissait, elle remplaçait l’action des muscles extenseurs de la jambe (Voir p. 192).

« On a vu que l’électricité avait été appliquée sans succès au malade dont nous venons de rapporter l’histoire : ne peut-on attribuer cet insuccès, dit M. Ferd. Martin, à ce que le membre a été abandonné à lui-même pendant l’application de ce puissant agent thérapeutique? Toutes les fois qu’on veut appliquer 1 électricité, il faut, si l’on veut réussir, commencer par ramener le membre à sa

direction naturelle et l’y maintenir pendant toute la durée du traitement. Ces idées, du reste, coïncident parfaitement avec celles qu’a émises le professeur Delpech quand il disait que les muscles ne peuvent conserver ou recouvrer leur puissance normale qu’autant qu’ils sont dans leur longueur et leur direction naturelles. »

Pour être complet, nous devrions dire un mot des appareils à forces élastiques créés par M. Duchenne pour prévenir les déformations du pied dans les paralysies de l’enfance ; mais M. Duchenne se propose de publier prochainement dans ce journal l’étude de ces appareils, comme suite à son travail sur l’orlliopédie physiologique de la main.

Enfin, si l’espace ne nous faisait défaut, il nous resterait, pour terminer cette note, à produire un fait témoignant de l’importance qu’il y a toujours à donner une certaine énergie d’action à ces puissances artificielles destinées à suppléer les muscles paralysés; si elleg sont trop faibles, les muscles antagonistes restés sains se contracturent, et un pied bot vient s’ajouter à la paralysie.

Des quelques faits rapportés ci-dessus, on peut conclure :

1° Que les secours apportés parles appareils mécaniques, dans les cas de paralysies partielles des membres, sont réels; leur action est multiple même, ils restaurent les fonctions abolies du membre, préviennent les difformités secondaires et hâtent la marche de la guérison. Ces ressources, on le voit, appartiennent à la thérapeutique fonctionnelle.

2° Pour que l’intervention de ces appareils soit efficace, il faut que l’énergie des puissances élastiques destinées à remplacer les muscles paralysés fasse équilibre à l’action tonique des muscles antagonistes pendant le repos des membres et l’emporte sur eux pendant les mouvements : autrement dit, dans l’état de repos l'appareil doit maintenir les diverses parties du membre dans leur attitude normale, et, lorsqu’un mouvement a lieu, il doit le produire aussi complet que si les muscles n’étaient pas paralysés.

5° Comme on ne peut prévoir sûrement les cas dans lesquels la mise en œuvre de ces appareils peut, à elle seule, amener la guérison, on doit toujours venir en aide à son action à l’aide de tous les moyens de stimulation connus, en tête desquels il faut placer la faradisation localisée.

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