POÈME HÉROÏ-COMIQUE
C'était au temps où l’auteur, alors rédacteur à la Press e publiait en vers, dans laprès-midi, le compte-rendu de la séance de Ja cour du Recorder, tenue dans la matinée. Un nommé Desjardins, charretier, avait été arrêté pour avoir conduit sa jument à une allure pius vive que six milles à l'heure. A l’en croire, lui et un témoin nommé Marineau, la pauvre bête était incapable de violer le règlement. Le Recorder ordonna que la jument fut menée par un homme de police. La nièce de vers reproduite ici fut publiée avant que le policier eut fait son rapport, ce qui explique le dénouement fantaisiste de ce drame mouvementé. Sinons en croyons nos sonvenirs, la jument n’a pu faire les six milles ea une heure.
Je chante les exploits d’une rosse efflanquée Qui se trouva soudain bel et bien impliquée, Grâce à son charretier, dans un fameux procès, Mais qui joua pourtant son rôle avec succès.
La route était mauveise et notre haridelle
Disait : = Bien sûr, le jeu n’en vaut pas la chandelle.
J'ai, pendant vingt-cinq ans, traîné des cabrouets, Et je reçois des coups, quand mes pauvres jarrets
Refusent, malgré moi, de faire le service.
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LE TÉMOIGNAGE D’UNE JUMENT 31 ba
Que vois-je devart moi? Un homme de police !
C'est un heureux hasard. Qu’on ose me frapper, Et je vais, a l'instant, me mettre à galoper. Mon conducteur est loin de s'attendre à la chose : x Pourtant, je le ferai. Qu'il me touche, s’il l’ose. Il ne me voit jamais aller qu’au petit pas, Mais je pourrais courir. Il ne s’en doute pas ; Il va le voir bientôt ; ma paresse est un leurre, Je fais, quand je le veux, ms six milles à l'heure. Si je ne les fais pas, on croit que je les fais ; e la À Les hommes jugent mal ma course et ses effets... nue : Je n’ai pas si longtemps habité cette ville, EN Sans étudier la loi criminelle et civile.
1, la : J'observe les mortels dans leurs égarements | : Et, de nos échevins, je sais les règlements. ei Pa On veut hâter nion pas ; ma suprême ressource Hs
siste 3 Est de faire semblant de passer à la course,
D'aller à fond de train. Ce brave policier |
Va me prendre à l'instant pour un fameux coursier. #
Ca flatte mon orgueil de jument respectable,
Re à
De songer que bientôt ce vertueux constable
Va mettre le grappin sur mon automédon. 1.
Si je dormais un peu ! ” Î — Allons, toi, marche donc! Lui dit le charretier d’un petit air affable ; :
Et, d'un grand coup de fouet, il lui cingle le râble. Or, l'animal rusé n’attendait que cela : 4
De cahots en cahots, le cabrouet vola. ion
Il tressauta d’abord avec intermittence. ;
A le voir, on eût cru qu’il brûlait la distance ;
Mais, tout en simulant un infernal galop,
La rosse pataugeait et n’avançait pas trop.
Si bien que l’alguazil rejoignit la charrette
En criant au cocher: Arrête, lâche, arrête !
En vain tu voudrais fuir un juste châtiment, Je t'ai vu de rnes yeux violer le règlement ; Du haut de mon faux-col, le Conseil te regarde
Et tu vas, subito, me snivre au corps de garde.
Le pauvre automédon ne se fit pas prier .
Devant un dur bâton le mieux est de plier.
Quand le corrégidor à son tour l’interroge :
—Je ne demande pas, répond:il qu’'c abroge, Pour me faire plaisir, le fameux règlement,
Mais je dois, devant vous, défendre ma jument. Veuillez lui pardonner. Elle n’est pas coupable ; Je l’ai depuis longtemps; je la sais incapable D'aller vite. Jamais elle n’a parcouru
six milles dans une heure, et lorsqu'elle a couru
C’est toujours au galop. Son allure ordinaire
Est de marcher au pas. O juge débonnaire !
Les chevaux de travail, perclus des quatre pieds, Se sentent tout confus lorsqu'ils sont épiés ; . Quand ma bête se vit sous les regards d’un homme | 1 Armé d’un assommoir, elle avait fait un somme. 1 Jamais cheval fringant, par un coup réveillé,
Ne fit plus d'embarras ; j'en fus émerveillé