‹ Coups d'aile et coups de bec [microforme]Chapitre 16 sur 118 · LE TÉMOIGNAGE D'UNE JUMENT · texte numérisé non relu

LE TÉMOIGNAGE D'UNE JUMENT

Bien plus que Marineau qui venait par derrière

Et qui suivit au pas ma fougueuse coursière.

Murineau comparaît.—Je serais bien surpris,

Dit-il, si la jument remportait le grand prix

De Derby, de Longchamps où même au pare Lépine. Je ne vois pas pourquoi Votre Honneur turlupine Ce pauvre Desjardins. Sa jument ne peut pas

Faire ce qu'on a dit. Son allure est le pas,

Un pas qui fait songer au pas d'une tortue,

Six milles en une heure! 11 faudrait qu'on la tue, Qu'on la crible de coups, qu'on la fasse eourir ;

Ce serait si nouveau qu’elle en pourrait mourir,

—‘" Assez, répond le juge : Un homme de police

Va prendre incontinent cette jument complice

De ces deux charretiers. Qu'il la mène bien fort,

Q'il lui fasse franchir, par un suprême effort,

Six milles de chemin dans l'espace d’une heure, ”

— Hélas ! dit Desjardins, ma crainte est qu’elle meure De vieillesse en chemin ; tâchez de la fouetter,

Le plus grand embarras n’est pas de l'arrêter. ” Læ]

Un jeune policier entreprit le voyage :

I revint grisonnant, flétri, courbé par l’âge.

Un autre Recorder occupait le fauteuil,

Et Desjardins lui même était dans son cercueil ;

Tous les autres témoins étaient morts de vieillesse.

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