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D'accélérer le tir et de bien mitrailler
Certain bout de chemin qu'il voudrait balaver, 1 À
“C'est par là que nous vient, dit-il, la caravane
Des Français. Poussez-moi cela dans la savane
Ces paysans venus à travers les marais,
I] faut les refouler dans leurs sombres forêts.
Ces affamés chez nous voudraient faire ripaille,
Nous allons leur servir un repas de mitraille, | Et le tailleur qu'il faut à ces déguenillés
C’est un bon fossoyeur ; ils seront habillés. ”
Il dit et vingt éclairs aux flammes meurtrières Jaillivent à la fois Nos cohortes guerrières
Se voyaient décimer et resserraient leurs rangs. Dominant le tumulte et les cris des mourants, Le bronze mugissait à de courts intervalles. ; En face du moulin, ceux qu'épargnaient les balles
S'abattaient écrasés par la trombe de fer
Que l2s canons crachaient avec un bruit d’enfer.
Les cadavres français jonchent déjà la plaine
Le chef de l'avant-garde est tombé dans l'arène, Mais ceux qu’il commancait n’en sont pas alarmés ; Chez ces vieux vétérans, à vaincre accoutumés, Chacun peut au besoin commander une escouade.
Attaquant à leur tour malgré la canonnade,
LA BATAILLE DE SAINTE FOY
Ils acculent l'Anglais au pied d'un mamelon Et chassent l’ennemi de la ferme Dumont. On les déloge encor, mais la charge brillante Recommence, et voici la cohorte vaillante
Bel et bien installée à l'abri du moulin!
Grâce à ce beau succès, Lévis sur le terrain Avait vu deploye: le reste de l’armée ;
La ligne de batailles avait été formée.
Alors, de Canadiens un double bataillon
Dût reprendre d'assaut la redoute au Foulon.
Sortant d’un bois touffu, la phalange intrépide, Après quelques instants d’une course rapide, Franchit l'épaulement, saute dans les fossés ;
Par les coups de mousquets, les crânes fracassés,
Répandent sur le sol des débris de cervelle.
Piétinant dans la boue et le sang qui ruisselle, On se bat corps à corps ; le poste est emporté
Et l'ennemi battu s'enfuit épouvanté.
A droite, nos soldats occupaient la redoute,
A gauche, le moulin qui commandait la route.
Les canons foudroyaient ces deux points opposés ; Mais, voyant ses eTorts partout neutralisés, Murray veut enfoncer le centre de l’armée.
Une masse compaëte, à travers la fumée, Accourt, et des Français les feux de pelotons
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N'ont pu rompre l'élan des rouges bataillons, Lorsqu'un détachement choisi dans la milice,
Pour ralentir le choc, s’avance dans la lice.
Ils sont de Montréal ces solides gaillards
Et le désir de vaincre allume leurs regards.
Ils restent de pied ferme au milieu du carnage ; Quand les rangs sont broyés, redoublant de courage, On referme la brèche et bientôt les Français
Se sont fait un rempart de cadavres anglais,
Des braves Canadiens le commandant succombe ; Il est enseveli sous l’humaine hécatombe.
Ainsi de Montréal, le brave régiment
Au colonel Réaume érige un monument.
Le sang coule à grands flots ; il dét:cinpe la fange. Rien ne fait reculer l’héroique phalange
Qui, derrière un rempart de cadavres fumants,
Fusille les Anglais de colère écumants.
Pendant qu’on repoussait l’impuissante furie Des rouges fantassins, contre l'artillerie
Nos braves miliciens se déployaient ailleurs ; Près des bouches à feu, chacun des tirailleurs S'abat, le canon gronde ; alors il se redresse,
Fusille, à bout portant, l’artilleur sur sa pièce.
Grâce à ce mouvement subit, inopiné, Pour la dernière fois le bronze avait tonné Sur le chemin Saint-Jean. Les pièces enclouées
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Ne pouvaient plus servir. En s'ouvrant des trouées A travers les Anglais qui barraient leur chemin, Nos tirailleurs allaient délivrer le moulin
Des engins meurtriers qui le battaient en brèche,
Ils prennent les canons ! Maintenant rien n'empêche D'envelopper Murray comme dans un filet C'était précisément ce que Lévis voulait.
Le Royal-Roussillon pousse à la baïonnette, Enfonce l’aile gauche anglaise et ne s'arrête Qu'aux Buttes de Neveu.
Les Anglais repoussés, Voyant qu’on harcelait leurs groupes dispersés,
Abandonnent leurs morts. Leur déroute est complète.
Le régiment chargé de couper leur retraite Dirige ses efforis vers un autre côté Un ordre mal compris ou mal exécuté
Donne à Murray le temps de rentrer dans la ville.
Hélas ! ce bel exploit devait être inutile Et ces héros, pour prix de leurs mâles vertus
Furent livrés à ceux qu'ils avaient combattus.
Montréal, août, 1888.