‹ Coups d'aile et coups de bec (volume 2)Chapitre 16 sur 92 · LE JOUR DES MORTS · texte numérisé non relu

LE JOUR DES MORTS

Le soleil avec peine a percé la nuit sombre ;

Par un temps orageux.

Se lève un jour blafard, enveloppé dans l'ombre,

Sous un ciel nuageux.

Les beaux jours sont passés. Quelques feuilles jaunies.

Tourbillonnent aux vents ; La bruyère n'a plus de douces harmonies,

La mort parle aux vivants.

Entendez vous gémir la plainte sépulcrale

De la nature en deuil ?

11 semble qu'en ce jour la voix de la rafale

Procède du cercueil.

Les plantes ont vécu ; la sève nourrissante

Retourne vers le sol, Comme le corps humain, dépouille repoussante,

Quand l'âme a pris son vol.

Car de l'homme orgueilleux le séjour sur la terre

Est, dans l'éternité, Aussi court que celui de la plante éphémère

LE JOl'K DES MORTS Ô ]

Qui meurt avec l'été.

La terre est une tombe, un vaste chnetièie

Où dorment nos aines.

A peine reste-t-il de mainte race altière,

Quelques os décharnés.

De l'Aurore au Couchant, de l'Equateur aux Pôles,

Déjà le genre humain Jonche de ses débris d'immenses nécropoles

Où nous serons demain.

Aujourd'hui, l'œil en pleurs, nous pensons à nos frères

Qui nous ont devan Xous offrons au Très Haut nos vœux et nos prières

Pour nos chers trépasses.

Et ces êtres chéris, joyeux de voir notre âme

Fidèle au souvenir, .Sur nos tendres regrets versent, comme un dictame,

L'espoir en l'avenir.

Dieu grava dans nos cœurs un sentiment suprême

Qui survit au trépas :

Au delà du tombeau, comme ici bas, l'on s'aime,

Car l'amour ne meurt pas.

Des nuages d'encens, sous les sacrés portiques,

Exhalent leurs parfums, X .us croyons voir flotter, grandes ombres mystiques,

Les âmes des défunts.

Les mûrs drapés de noir répandent les ténèbres

Dans le temple de Dieu ; Les morts, se relevant de leurs couches funèbres,

Vont prier au saint lieu.

Ils mêlent leurs accents aux ardentes prières

Des vivants, nés mortels, Heureux de retrouver leurs amis et leurs frères

Aux pieds des saints autels.

Fall Kiver, 2 novembre 1885.

L'EEE NOUVELLE

L'Olympe des anciens tremblait sur ses assises. Des dogmes snrannés les ombres indécises,

Fantômes décevants, Procréés dans la nuit, conçus par L'ignorance, Offrant la crainte au faible, aux paissants l'espérance,

Flottaient au gré des vents.

Soudain Ton vit s'enfuir ombres, spectres, chimères : D'un astre éblouissant les gerbes de lumières

Jaillirent au ciel bleu.

Le monde rajeuni, s'affermit sur sa base, Il accueillit, plongé dans la joie et l'extase,

La naissance d'un Dieu.

Puis il fit retentir un long cri d'allégresse : Il avait retrouvé l'éternelle jeunesse

Au sein de l'Eternel.

L'œil de Dieu, ce rayon dont la vie est l'essence, Laissait tomber sur nous, du haut de sa puissance,

Son regard paternel.

Et l*Hornme-Dieu naquit. Il prohiba les haines, Prêcha la charité, rompit toutes les chaînes

Et, divin rédempteur, A la cause du droit sacrifiant sa vie, De notre humanité dans les fers asservie,

Se fit libérateur.

De tout ce qu'il a fait pour le bonheur des hommes, Que nous reste-t il donc? Esclaves que nous sommes,

Nous nous forgeons des fers.

Nous, citoyens du ciel, sauvés par sa clémence. Nous nous constituons, par haine ou par démence.

Courtisans des enfers.

Nous fuyons le soleil. Cherchant dans la nuit sombre Les larves de l'erreur, nous reléguons dans l'ombre

La sainte vérité. .

Mais le Christ, dissipant notre rêve factice, Fera régner chez nous l'amour de la, justice

Et de la liberté.

Bail River, 24 décembre, 18S5.

Encore une année Qui suit son aînée Et tombe entrainée Au noir tourbillon.

uelle trépasse, Le Temps, dans l'espace.

De son aile trace Un nouveau sillon.

La brillante aurore De ses feux colore.

Embellit, décore I/horizon vermeil, Et la vieille boule Que notre pied foule Sur son axe roule Autour du soleil.

Des siècles la roue Egrène, secoue, Recouvre de boue.

Ecrase en chemin, Réduit en atomes, Sceptres et rayaumes, Mortels et fantômes De l'orgueil humain.

Quand l'âme broyée Recule, effrayée, Dans les pleurs noyée Par le souvenir.

L'illusion folle Ceint d'une auréole, Radieux symbole, Le sombre avenir.

Nos belles années.

Fleurs trop tôt fanées.

S'en sont retournées Où vont les beaux jours.

De notre existence Le terme s'avance, Qu'au moins l'espérance Nous reste toujours.

Fall Rivar, 1er janvier 1886.

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