‹ Coups d'aile et coups de bec (volume 2)Chapitre 17 sur 92 · UNE PIECE SANS NOM · texte numérisé non relu

UNE PIECE SANS NOM

Les parois de son front sous l'effort du génie, Menaçaient d'éclater ; sa bourse dégarnie N'éprouvait pas pourtant de fortes tensions Dans l'exéguité de ses dimensions ; Son crâne dénudé semblait porter un Monde, Et, semblable à l'éclair lorsque l'orage gronde, Son œil se hérissait de rayons fulgurants. De sa verve il allait déchaîner les torrents, Et, racolant soudain quelque Muse échappée De Beauport, il allait écrire une épopée Sur les travaux ardus de la traduction, Des victimes du sort dernière fonction.

Il en avait goûté les douceurs et le charme ; Il n'avait jamais vu revenir sans alarme L'époque, où, chaque année, un aveugle hasard Pouvait, en un instant, abolir le Hansard. Le malheur l'avait fait volcan rempli de lave, Et maître d'un sujet dont il était l'esclave. Sa prose eût fait fureur, mais il crut, ô travers ! Que la traduction peut se traduire en vers, Que celui qui traduit des discours à la brasse,

Peut se flatter d'atteindre au sommet du Parnasse.

Cette réflexion digne d'un abruti

Qui traduit le Hansard, lui fit prendre un parti,

Qui, naturellement, n'était pas le plus sage :

Il barbouilla d'abord de rimes une page.

S'il l'eut jetée au feu, je lui pardonnerais :

Mais, plus cruel cent fois qu'un tigre des forêts.

Il lit à ses amis, surtout aux plus intimes,

Cette pièce sans nom, s'acharne à ses victime-.

Et semble résolu de venger se< revers.

En mettant tout le monde au régime du vers.

Ce n'est pas nous, c'est lui qui devrait aller p

Qu'il aille luthier quelque Muse champêtre.

Ou plutôt, s'escrimant et de taille et d'estoc,

Qu'il meure en traduisant un discours de Mulock.

Pour copie qu\>n forme.

Eémi Tremblay.

Ottawa, 27 mai 1886.

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