‹ Coups d'aile et coups de bec (volume 2)Chapitre 19 sur 92 · LE DRAPEAU DU 14ME · texte numérisé non relu

LE DRAPEAU DU 14ME

L'effet que produirait sur nous cette apostrophe. En résistant on eût hâté la catastiophe : Ces Virginiens-là n'étaient pas patients ; ÀEcGibbon le savait ; il nous dit : " lies enfants, Rendez-vous, il le f-iut, lutter est impossible ; Si vous restez arrnés, vous leur servez de cible. " Les mousquets de nos mains tombèrent à l'instant : Ils pouvaient nous flamber la tête à bout portant. Xous nous trouvions là trente avec le capitaine, Pourtant, il n'en resta pas plus qu'une vingtaine.

Lorsqu'on avait voulu s'emparer du drapeau, D'un coup de poing Labelle avait fendu la peau D'un giand Virginien, puis avait pris la fuite, Alors dix d'entre nous partirent à sa suite. Cent balles saluaient notre brusque départ. Xous tuant six soldats : ils dorment quelque part De leur dernier sommeil. Quant au brave Labelle, Il tomba sous le feu de l'escouade rebelle ; Le drapeau qu'il tenait à la main fut criblé Je fus saisi d'horreur, et mon regard troublé AEe le fit voir gisant, pâle, ayant rendu l'âme. Or, pour exécuter en tous points le programme Qu'il était à propos de suivre, je songeais A prendre le drapeau mais, comme j'allongeais Le bras pour le saisir, ce fuyard intrépide Reprit en bondissant, cette course rapide Qui devait nous sauver, j'en étais bien certain,

Je le suivais de près.

Lorsqu'au fond d'un ravin Nous sortîmes du bois, il faisait déjà sombre. Nos zouzous étaient là. Voyant sortir une ombre. Puis deux, puis trois, puis quatre, ils tirèrent sur nous Sans nous faire aucun mal. " Allons êtes vous fous ? Voyez cet étendard, est-ce un drapeau rebelle ? " Leur cria le sergent. Puis ce brave Labelle, S'arrêtant à mi-côte et plantant son drapeau Nous dit : " Ralliez-vous autour de ce lambeau ! Il est bien mutilé mais on n'a pu l'abattre. " Ralliés, notre nombre était réduit à quatre : Quatre bommes échappés au feu des ennemis Rapportant l'étendard à leur garde commis.

On nous apprit alors qu'à très peu de distance Le brave bataillon dont nous pleurions l'absence. Réduit à cent soldats, faisait le coup de feu. Nous rejoignîmes donc ces braves. Au milieu Du bruit assourdissant de notre artillerie, Ils étaient alignés près d'une batterie. Une immense clameur salua le drapeau.

L'adjudant McGibbon brandissait le fourreau De son sabre. Il était frère du capitaine. Il nous avait suivi n'emportant que la gaîne De son glaive, resté là-bas dans la forêt. Il pleurait en songeant à son frère et jurait

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