‹ Coups d'aile et coups de bec (volume 2)Chapitre 24 sur 92 · IN FORMA PAUPERIS · texte numérisé non relu

IN FORMA PAUPERIS

La mienne ne l'est pas ; moi non plus, cest certain. La pauvreté n'est plus, dans le siècle où nous sommes, Un vice aussi fatal à la rime qu'aux hommes. Les vers, bons ou mauvais, ont tous même destin : Us sont, lorsque l'auteur y met de fortes sommes, Publiés aujourd'hui mais oubliés demain.

On me dira que l'offre excède la demande ;

Que pour vendre un ouvrage il faut un acheteur ;

Qu'un manuscrit n'a pas une valeur marchande ;

Que, si la librairie offre au littérateur

Des marchands de bouquins, pas un seul éditeur

Ne lui voudrait donner l'ombre d'une commande.

C'est juste, et j'admettrai qu'un vulgaire écrivain Se plaindrait bien à tort, s'il réclamait en vain Une part des profits de l'imprimeur-libraire. Arbitre du bon goût, ce mortel n'a que faire Des écrits du terroir, jDuisqu'il a sous la main Des livres imprimés dans l'ancien hémisphère.

Il les remet sous presse ; il les vend au rabais, Au nez des fainéants qui vivent de leur plume ; Et chaque droit d'auteur d'un écrivain français Lui coûte, au prix du gros, ce que vaut un volume. Il donnerait autant, du moins je le présume, A l'auteur canadien d'un livre à grand succès.

Qui lui contestera la dîme qu'il prélève Sur l'auteur étranger qu'il pille sans merci ? C'est un vol innocent : la loi le veut ainsi. Que l'auteur canadien chôme, végète ou crève, Qu'il fabrique du neuf ou qu'il se mette en grève, Notre imprimeur en vieux n'en aura point souci.

Chiffonniers, crochetant les éclats de cervelle, Les déchets des pensenrs vivants ou disparus, Eétameurs de clichés, bouquinistes ventrus, Restés, malgré vos vols, crétins jusqu'à la moelle, Tout auteur inédit vous paraît un intrus Dont il faut prudemment refroidir le beau zèle !

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