‹ Coups d'aile et coups de bec (volume 2)Chapitre 25 sur 92 · IX FORMA PAUPERIS · texte numérisé non relu

IX FORMA PAUPERIS

Vous nous faites payer notre talent trop cher. Pour écrire il faut être ou prince, ou boyard russe. Xos lois, en vous livrant les auteurs d'outremer, Ont servi de Bismark les projets pleins d'astuce : Vous êtes les suppôts du chancelier de fer, Et nous travaillons tous pour le vieux roi de Prusse.

Notre travail ingrat a-t-il quelque valeur ? — Oui — J'en atteste ici l'inflexible critique Qui se tait, blâme, éreinte ou loue avec chaleur, Le tout dans l'intérêt d'un parti politique : Bien plus que nos écrits, l'ardente polémique Qu'on fait sur notre compte, en impose au lecteur.

Fabriquer le pamphlet ou le livre indigène,

Ce n'est pas un état ; c'est une infirmité.

Xotre auteur canadien vit dans V Etat de Gène.

Là, sans avoir reçu le don d'ubiquité,

Il foule notre sol qu'il n'a jamais quitté

Et s'attache au rivage où sa grandeur l'enchaîne.

A quoi bon s'occuper d'écrire bien ou mal, Lorsque ne pas écrire est cbose si facile ? L'homme qui perd son temps à corriger son style, Eisque fort de passer pour un sot animal. De nos jours, l'orthographe est un luxe inutile Et le goût littéraire, un instinct anormal.

Littérateurs français du corps académique

Etabli depuis peu sur le sol canadien,

Je vous fais l'exposé plus vrai que poétique

Des abus dont se plaint le groupe famélique

Qui s'acharne à gravir le sommet parnassien,

Mamelon bien connu de l'académicien.

Cette cîme n'a pas de neiges éternelles ;

]\iais l'éternelle dèche y règne, nous dit-on.

Du barde, qu'elle étreint dans ses serres cruelles,

Elle glace l'élan et l'inspiration.

Qui pourrait mieux que vous plaindre notre misère ?

Vous avez éprouvé nos tribulations.

Or, la littérature au peuple est nécessaire

Pour conrerver sa langue et ses traditions .

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