CINQUANTENAIRE
De mon bras musculaire, Je frappe rudement Le chêne séculaire Qui s'abat lourdement.
Sur l'élément perfide, Domptant les flots rétifs, Je saute le rapide Sans toucher aux récifs.
On me voit au portage, A l'usine, au moulin, Au chantier, sur la cage, Ou, fouillant le ravin, Du flanc de la montagne J'extrais l'or précieux, Durs travaux qu'accompagne Toujours mon chant joyeux.
De mon bras musculaire, Je frappe rudement Le chêne séculaire Qui s'abat lourdement.
Sur l'élément perfide, Domptant les flots rétifs, Je saute le rapide Sans toucher aux récifs.
Apôtre, allant porter la semence féconde, Chasseur s'aventurant dans la forêt profonde,
Nocher, sillonnant les cours d'eau, Le Canadien. Français poursuit ses destinées : Il est, des nations sur ses pas entraînées,
Le guide et le porte-fiainbeau.
On l'a vu traverser, dans ses courses lointaines,
Les fleuves, les grands lacs, les vallons et les plaines,
Escalader le pic géant, Marcher du Groenland au golfe du Mexique, Des rivages fleuris que baigne l'Atlantique
Jusqu'aux bords du Grand Océan.
C'est lui qui, le premier, parcourut l'Amérique. Sur tout le continent, la légende historique
Eedit les noms de nos trappeurs.
Civilisation, tu nous dois tes conquêtes, En marchant tu nous dis : Francs canadiens, vous êtes
Mes pionniers et mes sapeurs.
(-HAMBLÏ-BASSIN
Fiers citadins, gardez votre arrogance, A nous la gloire, à vous le sot orgueil. Nos monuments redisent la vaillance De nos guerriers descendus au cercueil.
Français jadi*, Chambly de l'Angleterre, Voit maintenant flotter les léopards ; Livré souvent aux horreurs de la guerre Il défendit noblement ses remparts.
L'Américain y planta sa bannière, ]\Iais son pouvoir ici n'a pu durer ; L'un de ses chefs repose au cimetière Près du vieux fort qu'on vient de restaurer.
Dans notre parc, admirez la statue D'un grand guerrier, citoyen de Chambly. Un peu plus loin, dirigez votre vue Vers la maison où naquit l'Albani
De notre lac la riante ceinture Auxcrayonneurs a fourni maints pastels, Et de Chambly la féconde nature A fait germer des renoms immortels.
Chambly, juillet 1884.
A M. ALPHONSE LUSIGNÀN
Je lis dans un bouquin qu'on vient de ramasser : " Avant donc que d'écrire, apprenez à penser." Mais qui donc a bien pu divaguer de la sorte ? Ma foi, c'est Despréaux ou le diable m'emporte. Or, ce vieux radoteur n'est pas de notre temps, Et ceux qu'il a formés sont morts depuis longtemps. S'il revenait soudain habiter notre boule, Il dirait aux crétins qui sortent de la foule Et que l'on tâcherait de lui faire encenser : " Avant donc que d'écrire, apprenez à danser."
Dans notre beau pays, qui n'a pas fait un livre ? J'en ai fait jusqu'à trois, et l'on m'a laissé vivre.
* (Vers ce temps-là, M. GLobensky, seigneur du Plateau-des- Chénes, venait de publier un livre dans "le but de réhabiliter la mémoire de son père, lequel avait commandé une compagnie de volontaires envoyée contre les patriotes de Saint- Eustache et de Saint-Benoit. M. Lusignau, M. L. 0. David et M. Arthur Prieur lui avaient répondu par la voie des journaux. Fils d'un patriote qui avait combattu à Saint-Denis, l'auteur crut devoir intervenir et cette pièce fut publiée dans le journal La Pat ',
Ça se vend quelquefois ; tout dépend du format.
Un soir, en me rasant, mon barbier m'informa
Qu'on prétend chez les siens que mon premier ouvrage
Répond à tous besoins, et qu'on en fait usage.
" Il est vrai, rn'a-t-il dit, qu'il endort les clients,
" Mais ses feuillets sont mou*, bien moelleux, bien pliants,
" Juste grands comme il faut pour essuyer la broae
" Qui se code au rasoir lorsqu'on gratte la joue
" D'un étudiant imberbe ou d'un huissier velu. "
L° sort en est jeté ; les destins l'ont voulu,
Scribes, je veux ma part de lâclure publique.
Et ma place au soleil dans votre république
Je n'ai pas fait Rolla ni Le Roi des Gabiers,
Mais j'ai fait quelques vers très bien vus 'les barbiers.
En voyant des extraits de ma littérature
Briller sous le savon et l'humaine gratture,
Je me suis dit : " Ecrire est ma vocation,
De la prose et des vers j'aurai la passion.
Dans la lice où combat l'illustre Morissel
Je suivrai de Thibault l'odorante chaussette.
Portes du Panthéon, je puis vous enfoncer,
D'insipides journaux vont me faire mousser.
Je saurai me vanter dans ma biograjDhie,
Parler un tantinet de ma photographie,
Publier des discours que je n'aurai pas fai > .- "
Auteur d'un roman intitulé le Fratricide, * Tout cela venait d'être fait par un pseudo-littérateur.