‹ Coups d'aile et coups de bec (volume 2)Chapitre 87 sur 92 · TROUPE INNOCENTE · texte numérisé non relu

TROUPE INNOCENTE

Troupe innocente, De gens très peu futés, Clique indécente Deminteaux écourtés, Sénateurs mal bâtis, Rédacteurs abrutis, 0 foule impénitente !

D'éteignoirs assortis.

Troupe innocente.

Du Recorder relevons les cancans :

Un vagabond âgé de vingt-cinq ans

Est aujourd'hui placé sur la sellette,

Il avait pris la poudre d'escampette :

On a lancé contre lui deux mandats

Et le voilà parmi les candidats

A la prison — Comment vous nommez-vous ?

Vous êtes un flâneur. Allons répondez-nous.

Vous êtes, m'a ton dit, un vagabond notoire.

— Mon président, écoutez mon histoire.

* Au mois de décembre 1884, l'auteur, alors employé à la rédaction de la I'rcsse. était chargé du comp te-rendu delà Cour du Recorder. L'idée lui vint un jour de faire son rapport en vers. La Cour siégeait jusque vers midi. Il fallait que le manuscrit fut livré vers une heure et demie de l'aprèsmidi, afin de laisser le temps nécessaire à la composition et à la correction des épreuves avant la mise eu page qui se taisait vers trois heures, pour l'édition du soir.

.Rimer un rapport fidèle en aussi peu de temps, était une. entreprise assez difficile pour valoir la peine d'ê're tentée. L'auteur voulait savoir si la chose pouvait se faire et, pendant trois jours consécutifs, la Presse publia, dans son édition du soir, le compte-rendu de la séance tenue l'avant-midi à la Cour du Recorder. Nous donnons ici les trois comptes- rendus en question.

Antinie est mon prénom,

Antime du Sablon.

— Mon garçon, vous avez un beau nom de famille, Que vous portez très mal ; vous le déshonorez. — Moi, je n'en suis pas ûer, car je suis un bon drille. — Pour ce fait en prison un mois vous passerez.

Monsieur Nelson appelle Jean Paquette, Hôte futur du grand hôtel Payette,

— Vous étiez ivre hier

Lui dit le Recorder.

— Votre honneur, vous savez, lui répondit l'ivrogne, Hier c'était lundi ; lorsque l'on trime fort Durant cinq jours entiers, dites qu'on n'a pas tort Pour bien se délasser de se rougir la trogne.

L'argument est mauvais,

Et vous n'en pouvez mais, Vous aviez le frisson, dites-vous pour défense, Vous irez en prison pour au moins trente jours.

— Vous Mathilda Hardy, je vous connais, je pense. Vous venez bien souvent et c'est donc vous toujours ? Quant à vous, Flora Hart, vingt fois récidiviste, Vous n'êtes pas de ceux qu'on prend à l'improviste ;

Toutes deux, vons traînez

Et vous vous pavanez

Sur le trottoir. Vous avez fait ripaille ;

Vous irez en prison pour gémir sur la paille,

Et vous y resterez pendant six ou neuf mois. Je voudrais bien vous voir pour la dernière fois. On vous connaît, ivrognesses flâneuses, Quand vous voulez faire les matineuses, Vous négligez de coucher dans vos lits, Pour mettre fin à vos nombreux délit2.

Je vais vous mettre à l'abri de la neige Pendant neuf mois. Que le ciel vous protège.

Thomas Coughlin, bien qu'ayant trop goûté A" la boisson, s'en retourne acquitté

Paul Desjardins pintoche constamment,

Il sait jurer et sacrer joliment,

C'est un poehard très détestable, en somme,

Et Son Honneur, qui connaic bien son homme,

Lui dit : Mon cher, on vous voit trop souvent :

Pendant six mois, ô mauvais garnement,

Vous gémirez sur cette paille humide

Qu'on met dans les cachots. Lui, d'une voix timide :

— Laissez-moi donc aller pour cette fois.

— Non, vous aurez encor six autres mois.

Puis comi^arait Marie- Louise Leclaire, Elle n'est pas claire de son affaire ; La pauvre fille est prise d'nn hoquet, Et lourdement tombe sur le parquet.

Elle a trop bu : voilà l'épilepsie Qui la saisit, lorsqu'une vieille scie Vient déposer et conter ses méfaits :

Procès remis pour s'enquérir des faits.

Deux vagabonds ivrognes et flâneurs, Vont en prison jusqu'au retour des fleurs.

Louis Gauthier, qui s'est grisé beaucoup, Dit carrément qu'il n'a pris qu'un seul coup. Il ne l'a pas mesuré dans un verre Mais dans sa gorge et le juge a dit — Père Il ne faut pas, à soixante-treize ans, Trop se griser. Parmi les mendiants, C'est un défaut qu'à peine je tolère, Pour cette fois, vieillard, je vous libère.

— Vous, Jovite Meunier, ivre dans une rue,

Vous blasphémiez ; la police accourue

Vous die ces mots : Au poste suivez-nous,

— Mon président, je vous prie à genoux,

De me lâcher. Suspendez la sentence.

Si vous me permettez de sortir aujourd'hui

Jamais en cette cour je ne serai traduit.

— Non, vous paierez deux dollars ou huit jours.

— C'est bien monsieur. J'm'en souviendrai toujours.

Thomas Gannon, assaut sur la police.

Doit aller en prison pour deux mois de service.

En travaillant à casser des moellons,

Il est certain de trouver ces mois longs.

Jerry Murray se grise dans les cours ; Les policiers vont lui porter secours, Le Recorder lui fait une semonce, Murray redit cette noble réponse :

Laissez-moi donc m'en aller, Votre Honneur, La liberté : Voilà le vrai bonheur.

John Patrick Shaw était ivre à l'hospice

De Notre-Dame. Un homme de police

Fut appelé pour rétablir la paix ;

Notre Patrick est très grand, très épais.

Il menaçait, proférait des blasphèmes,

Se trémoussait, lançait des anathèmes,

A coups de poings menaçait de briser

Les nez ce ceux qui voulaient l'apaiser.

Le policier hardiment vous l'accoste,

Vous le saisit et le conduit au poste.

— Vous n'allez pas, dit-il, me fourrer en prison,

Je sais que je suis gris ; en voici la raison :

Il n'est que minuit,

Policiers aigris.

Vous savez la nuit

Tous les Shaw sont gris.

Et voilà donc pourquoi Shaw hier Ne parut pas en Cour du Recorder.

Sept prisonniers, tous plus ou moins pervers, Ont comparu pour des crimes divers.

L'été n'est plus, et pour peu qu'on se saoule, Si, par hasard, sur le trottoir on roule, Si l'on y dort un tantinet, toujours, On est certain d'en avoir pour huit jours. Le policier ne veut pas que l'on gèle : Lorsqu'il fait froid, il redouble de zèle. Ceux dont les nez par le froid sont rougis Eisquent toujours qu'il leur offre un logis. Chaque passant lui parait un ivrogne, Et, le toisant, il se dit : quelle trogne ! Sur le trottoir, s'il vous voit endormis. Dans un cachot il vous a bientôt mis.

Michael Burns, ivre-mort dans la rue, Sur la faction tant de fois parcourue Par le pas lourd d'un policier géant, Hier au soir, a vu s'ouvrir, béant, Le noir cachot et, ce matin, le juge, Sans vaine phrase et sans vain subterfuge, Dit : — Vous buvez sans rime ni raison ; Allez-vous en pour huit jours en prison.

Joseph Girard, un vieillard irascible, Dit que, longtemps, il a servi de cible Aux quolibets, bien qu'il soit tout petit. — Vous mendiez. — Oui. J'ai bon appétit.

— Mais vous buvez ? — C'est vrai ; je prends la goutte, Lait des vieillards, qui m"aide sur la route.

— C'est mal à vous : à soixante-seize ans On vous a vu chicaner des enfants.

— Mon président, le garnin nr importune Lorsqu'il me dit : P'tit homme dans la lune, Moi je nr emporte et ma canne a beau jeu ; Je voudrais bi^n vous y voir, sacrebleu !

— Allons, vieillard, votre cause est perdue, Corrigez-vous. Sentence suspendue.

Si je vous revois,

Gare une autre fois Tâchez d'aller chez monsieur Mazurette Et d'v rester.

Vous, Gédéon Vermette, Tous vos plaisirs ne sont pas innocents, Car vous livrez des assauts indécents Aux jouvenceaux, partout, jusqu'au théâtre. Pour vous guérir de votre humeur folâtre, Vous passerez quatre mois en prison.

Et vous John Scott, pour mettre la maison De votre femme à l'abri du tapage, Sous les verroux on vous tiendra bien sage Pendant un mois.

Vous avez riboté.

Thomas Forest, vous avez tempêté, Pesté, juré, frappé sur une femme ; C'était très mal et, pour cet acte infâme, Vous nous paierez cinq dollars, ou sinon, Vous passerez quinze jours en prison.

Mary Ann Brown, une veuve en délire, A bu trop sec et dans sa tirelire

N'a plus d'argent.

Il est urgent D'en prendre soin. La-se de cette vie, De se noyer elle a parfois l'envie.

Le tribunal l'enferme pour un an, Puis aussitôt a lieu l'ajournement.

Napoléon Lachance âgé de vingt-sept ans, Prétend s'être vengé de propos insultants ; Il regrette d'avoir giflé son camarade.

On le condamne aux frais.

Pour une autre escapade.

Henry Wilson devant Son Honneur est traduit ; Ivre sur le trottoir, il s'est très mal conduit. Le Recorder l'acquitte et voici qu'on appelle Un nommé Boroski dont l'âme n'est pas belle.

— Vous êtes un ivrogne, approchez Boroski, Vous passez votre temps à boire du whiski. Vous resterez un mois en prison sans rien boire.

Jean Trudel je connais votre piteuse histoire: De tristes préjugés vous vous montiez imbu, Contre la tempérance, et vous avez trop bu. Vous êtes acquitté, car vous êtes malade.

Des époux Kerrigan la bruyante algarade

Attirait, l'autre soir, sur l'un des boulevards

Tous ceux qui voulaient voir des ivrognes bavards.

Le mari parle fort et la femme riposte

La police intervient et les amène au poste.

Ils sont très mal notés et le couple aux abois

Va passer en prison l'espace de deux mois.

Madame Thomas Smith, en mise négligée ;

Dans un passage obscur hier s'est engagée,

Un brave policier, craignant pour sa vertu,

Survient, elle résiste, il eut été battu

Comme plâtre s'il n'eût arrêté la mégère,

Car madame a, dit on, la main aussi légère

Que ses mœurs. — Vous irez, dit le juge, en prison

Pour deux mois, et, ma foi, je crois qu'il eut raison.

Marguerite Connor flâne à propos de bottes, Et fait souvent de l'œil à ses compatriotes. Dix dollars ou six mois, c'est raide, mais il faut La guérir pour de bon de ce vilain défaut.

Thomas McGarity, assaut sur la police,

Va faire à la prison deux longs mois de service.

Maggy Chapman ira pour trois mois en prison Ou paiera cinq dollars ; en voici la raison : Elle était ivre hier, la police accourue, La saisit par le bras, l'enlève de la rue. Puis la fait comparoir devant le Recorder Qui punit aujourd'hui tous les crimes d'hier.

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