UN PACTE TENEBREUX
Ant : — Dans un grenier qu'on est bien à vingt ans.
Pour conserver ea candide innocence, Fuyant jadis le monde corrupteur, Frère Beaugrand, dès son adolescence, S'improvisait clerc de Saint-Viateur.
Son premier pas de clerc fut une chute ; D'anachorète il se fit Juif-Errant :
Et depuis lors, <ie culbute en culbute, A la mairie est arrivé Beaugrand. (bis)
L'équerre un jour remplaça la férule,
Le froc avait fait place au tablier ;
Ce franc-maçon, dans sa chaise curule,
Nargue Trudel, qui semb e l'oublier.
Quand Montréal acclama ce sectaire,
L'éclair jaillit de ton front fulgurant;
Qui donc retient ta foudre, ô Grand Vicaire ?
Aurais-tu peur du franc-maçon Beaugrand? (bis
TJX PACTE TENEBREUX
Ce n'est pas toi qui nous l'as rendu maire. Tu t'efforçais de nous le dégommer :
Comme il voulait rendre guerre pour guerre, Tu commenças toi-même à t'alarmer :
« Reste au Sénat, donne-moi la mairie,
" Tomber tous deux ce serait trop navrant ;
" Que V Etendard protège la Pairie,
" Cela vaut mieux," te dit maître Beaugrand. [bis)
Défenseur né de notre Chambre Haute,
Trudel a dit que ce vaste entresol
Ne pouvait point contenir un seul hôte
Qui ne fut pas un possesseur du sol.
Mais, tout-à-coup, ce grand propriétaire
Est, sur ce point, devenu moins tranchant,
Et prise enfin les droits du prolétaire,
Plus haut encor que son ami Beaugrand. (bis)
0 sénateur! que devient ton beau zèle?
Tu foudroyais les franc-maçons partout ! Est-ce Beaugrand, qui t'a pris sous son aile ? Serait-ce toi qui lui pardonne tout ?
Est-ce intérêt ou charité chrétienne Qui t'a soudain rendu si tolérant?
Ménages-tu sa place où bien la tienne, En pactisant avec maître Beaugrand. (bis)
Février 1885.
LES FESSIERS.*
Air : — C'est j>as vrai.
Un Canadien qu'est pas un homme, A Fall-River, on le surnomme
Le fessier.
Ce sobriquet n'sent pas la rose, Mais il communiqu'la névrose
Au fessier ; Cet être, qui nous fait la guerre, Très-souvent, par l'ami Ti-Pierre * *
^'est/ait scier.
Lorsque Ti-Pierre vous l'arrange, Il faut voir comm" la peau démange
Au fessier.
* A Fall-River, ce nom était donné, par dérision, aux rares Canadiens qui s'opposaient au mouvement organisé par leurs compatriotes, clans le but d'obtenir un prêtre de leur nationalité pour leur église de Notre-Dame de Lourdes. On sait que ces derniers ont obtenu gain de cause à Rome.
* * Nom de plume de l'un des collaborateurs du journal Y Indépendant.
LES FESSIERS 253
Il est facile à reconnaître, 11 écoute par la fenêtre,
Le fessier.
Son chapeau qui m'fait toujours rire, Comme un accordéon s'étire.
Le fessier Porte une chevelure inculte, Et s'occupe beaucoup du culte,
Pour nous scier.
Quand pour combattre on entre en lice, Il nous montre, en criant " Police,"
Son fessier.
Il marche comme une écrevisse, Et met bientôt hors de service
Son fessier ; A reculons dans son ornière, Il place sans devant derrière
Son fessier ; Au lieu d'vend' du rhum ou d'z'épices, S'il y trouvait des bénéfices,
Le fessier Vendrait bien son compatriote.
Il vendrait mêm' de sa culotte,
Le fessier.
Chez nous, resterons-nous les maîtres ?
Non, repondent d'ignobles traîtres,
[Des fessiers.]
Lorsque la paroisse proteste, On fait signer un manifeste
Aux fessiers ; Onze cafards signent la liste, Prouvant que chez-nous il existe
Onz' fessiers, Dont cinq de la même famille ; On n'peut pas dire que ça fourmille,
Les fessiers.
Une chose les scandalise :
C'est qu'on ne livre pas l'église
Aux fessiers.
Or, les Canadiens de l'Irlande Accepteraient, bien sûr, l'offrande
Des fessiers.
Ces contempteurs de notre race Installeraient à notre place
Les fessiers.
Si nous voulions les laisser faire, Mais mieux vaut laisser dans leur sphère
Les fessiers.
Fall-Kiver, Septembre, 1885.