‹ Coups d'aile et coups de becChapitre 23 sur 49 · UN CŒUR BRISÉ · texte numérisé non relu

UN CŒUR BRISÉ

Qui souhaitait du bien au docte voyageur.

Elle entonna d'abord, sur le mode majeur,

Un hymne solennel en l'honneur du grand homme.

Et, comme IvantenefE l'aimait beaucoup en somme,

Il promit d'employer le fier Fanf arowski

Qu'on avait surnommé le Poniatowski

De la musique étrange, obscure, orientale.

Notre belle dévote, Euterpe Kamchadale,

Se pâma bel et bien de joie et de plaisir

En atteignant le but de son plus cher désir.

Or, le conseil des Six, implacable et terrible.

En ce temps-là pour chef avait un monstre horrible,

Un certain rebouteur, assassin breveté.

Qui lançait ses clients en pleine éternité

En beaucoup moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire

Ceux' qu'il ne tuait pas, il savait les proscrire.

Dès qu'il devait caser un heureux favori

Sur le destin duquel Euterpe avait souri.

Ivanteneff avait une immense épinette

Construite pour lui seul à grands coups d'herminette.

On tapait là-dessus : cela faisait du bruit

194' BOUTADBS ST RâVSSIXB

Et les chantres gueulaient, le tout ft prix rêdnit.

Un vétéran, colosse & la ptôssante échine,

De ses pieds, de ses mains manœuvrait la machine^

Pour lui substituer un jeune homme fluet,

Il fallut dégonmier celui qui remuait

Des chœurs tonitruants les voix stentorîenneà,

Dirigeant contre-point, notes grégoriennes

Et tout le tremblement. Ça ne fit pas un pli.

On se dispensa donc du pioch^ur accompli

Qui ne convenait plus.

Un chœur peu populaire Entonnera demain : " Va te faire lanlaire : " Nadaud protestera ; mais tant pis pour Xadaud : Ne faut-il pas d'abord plaire au Maître Bedeau ? Les chantres aujourd'hui pour cela sont eh grève Et ma conclusion, chers lecteurs, sera brève : Depuis ces sombres jours, l'ombre d'un chimpanzé Promène au Kamtchatka •l'ombre d'un chœur brisé..

U CISMIIOE

LA CASTOHIADE

Certain ambitieux, par ses débuts modestes,

Dressé depuis longtemps â remporter des vestes.

Couvait le picotin de son regard altier :

Cet homme indépendant se nommait Pelletier.

Lorsque ce défenseur des travers d'un autre âge

Avait vu le recto^ n'osant tourner la page

De peur d'y découvrir des principes nouvenux.

Il arrêtait le cours de ses nobles travaux.

Parfois cet aristo de race roturière

Etalait au soleil sa vaillante rapière :

Les moineaux avaient peur et les peuples riaient.

Quelques illuminés, cependant, s'écriaient :

198 BOUTADES ET BÊVEBIES

" Ouvrage de Vulcain, inâestrnctible lame,

<( Transperce, taille, occis, faache et fais rendre l'âme

^ A tous ces mécréants qui n'ont pas comme nous

^< L'instinct de s'exhiber pour prier à genoux.

« Toi, du nouveau Roland la Durandal moderne,

" Décoloquinte nous l'affreuse hydre de Leme

" Dont les têtes tombaient et renaissaient soudain

« Sous les coups redoublés d'un énorme gourdin,

<( Si bien qu'après trois mois d'un lugubre fauchage

« Hercule un beau matin termina l'abattage

<' En lançant un caillou, comme un simple Irlandais,

" Puis alla se vanter partout de son succès.

" Le monstre terrassé fit semblant de s'éteindre ;

<< Mais, lorsqu'il se vit seul, il se remit â geindre

« Et dit : — " Je reviendrai quelque jour, gros et gras,

« Histoire d'embêter les futurs forts à bras.

« Il nous est revenu, têtu, plein de cynisme,

" Et le monstre aujourd'hui se nomme laïcisme,

« Il faut, du fier Hercule éclipser les exploits

" En nous retuant ça, pour de bon, cette fois."

A ce discours flatteur, notre héros en herbe De son glaive esquissait un moulinet superbe.

LA CASTOBIADB 199

— " Je vais être à l'ifistânt du monstre le bourreati," Clâmait-il en mettant sa flamberge au fourreau. C'est là qu'elle restait les tfois quarts de l'année, Pour sortir au soleil, claire, damasquinée, Les jours de grande pompe et de grand tralal Mais ses sanglants exploits se bornaient toujo C'était un coupe-chou bénin, bon camarade Connue son maître. Héros et glaive de parac Etaient faits l'un pour l'autre et nulle hydre ji N'expira sous leurs coups au fond de son mar

Rêvant de s'illustrer sur un autre théâtre Il se fit candidat, fut battu comme plâtre.

Se redressa, bondit, rua dans le brancard,, Jura qu'il se moquait et du tiers et du quart. Puis, se radoucissant, escalada d'emblée Conseil Législatif et Chambre d'Assemplée :

La porte était ouverte, il entra, tout fut dit. Et notre bon public en fut tout interdit.

C'est que notre jeune homme avait le sens pra De l'intrigue, et savait que notre politique

200 BOIJTADBS ET REVERIES

Permet au charlatan d'arriver à son tour :

n arriva. Jamais plus rapace vautour N'abattît sur sa proie au milieu de l'espace Une serre plus lourde, un bec aussi vorace, Que la puissante main qui s'étendit alors Sur tout ce qui semblait receler des trésors. On le vit avocat, tribun, puis journaliste, Partisan de la corde et plus tard Bielliste ; Même on le soupçonna d'avoir fait un pamphlet.

Toujours prêt à voguer quand la brise soufflait Vers les bords fortunés où coule le Pactole, n étendait sa voile et partait sans boussole. Sa barque après avoir touché plus d^un récif,: Se disloque et fait eau. Le nautonnier naïf N'a pas encor compris que, marin trop novice,. H a mis sottement l'esquif hors de service En voulant gouverner en dehors du chenal.

Pour avoir le contrôle et l'appui d'un journal Il déploya d'abord un zèle un peu factice.

LA CA8T0BIADB 201

Certain groupe imprudent lui livra la Justice.

Alors, il se livra lui-même 2 des excès

De plume et de langage. Il eut quelques succès :

Il sut circonvenir le nouveau ministère

Qu'il défendit souvent de sa parole austère,

Qu'il bouda fréquemment, pour le tour du bâton.

La veille, il était doux : c'était un vrai mouton.

Le lendemain, c'était un ours de belle taille ;

Mais quand venaient les jours de grande boustif aille

n se r'humanisait que c'était à ravir.

Cet aspirant monarque était né pour servir.

n ne s'en doutait pas, ayant, de par le monde.

Toujours tiré parti de sa verve féconde.

Il ne tarissait pas, parlait sur tout sujet

Et contre la grammaure aisément s'insurgeait.

Vin

Apprenti, tout au plus, il se proclamait maître : Au pouvoir il voulut entrer par la fenêtre.

Retomba sur le sol ensanglanté, meurtri.

Se remit sur ses pieds, fit entendre un long cri,. Cri de rage et d'orgueil froissé par la défaite. Car, bêlas, la nature humaine est imparfaite,

202 BOUÏÂDBS St'RâVESIES

Et l'on vit ce fai*onchtè et brave smti-pé&dafd, Chassé de la Justice enttet ft VEtmâmrd Juste au moifteiït fatal oùl'excellefite feuille Faisait un bout de cour aux gend ft poitéfettiUè Qui veulent d'Ottawa régetttet* rUnivei^s ; Et si, dans le moment^ j'illustre par mes ver& Ce héros déconfit, indomptable et îmqué.

C'est que je la connais cette funeste clique Toujours prête à trahir nos droits les plus sacrés-

Je lui pardonnerais les Métis massacrés, Riel pendu, le peuple opprimé, les entraves Qui gênent le trafic si, parmi les esclaves Attachés â son char, on ne retrouvait pas Chaque jour, haletant, quelque nouveau Judas. Rançonner le public c'est déjà très blâmable, Mais corrompre des chefs c'est faire œuvre du diable Même lorsqu'on les prend parmi les alliés nés Protecteurs incompris des pauvres internés.

lES CORPS DE "

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