‹ Coups d'aile et coups de becChapitre 45 sur 49 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Changement de décor. La scène représente une route bordée d'orangers et de citronniers.

Rosine, Robieo Rosine Vous avez agi comme un chevalier . . .

Romeo

Rosine Vous avez les instincts d'un maréchal.

Romeo

Errant.

Ferrant..

Rosine

Trêve de calambours ! Roméo, je vous aime.

Roméo

Trêve de compliments î Rosine, à l'instant même, Vous avez fort bien dit à ce sot animal :

« Je suis votre discrète amante." C'est très mal. Votre duplicité m'en a fait voir de fortes, Mais je n'aurais pas cru.

Rosine

Vous écoutez aux portes C'est peu chevaleresque, ô mon noble champion.

Roméo

Nenni î Vous avez tort de me croire un espion.

Chez ce drôle en partant, j'avais laissé ma canne.

Je venais la chercher, lorsqu'un bruit de chicane

Parvint à mon oreille, et je vous entendis

Lui répéter des mots que vous m'avez redits

Vingt fois. Vous paraissez les savoir â merveille.

Et, trois fois, pour le moins, sans que je vous surveille,

J'ai perçu votre voix redisant ces serments

A trois de mes rivaux que vous trouvez charmants.

Rosine

C'était pour rire d'eux. Je me montrais aimable Afin de m'amuser.

Romeo

Etiez- vous moins blâmable Parcequ'en me trompant vous les trompiez aussi ?

Rosine

Je ne vous trompais pas, je m'amusais

Romeo

Merci.

Mais vos amusements sent ceux d'une coquette Qui trompe tout le monde à la bonne franquette.

BOSINE

Ce péché très véniel est assez usité.

La force de la femme est sa duplicité.

^308 BOUTADES ET BÊTESIES

BOMEO

Immorale doctrine et fausse théorie

Rosine La femme ne peut rien sans la supercherie

Romeo

Erreur ! Elle peut tout, quand son cœur reste franc ; Quand elle se respecte et sait tenir son rang.

ROSIKE

Il est plus d'un degré dans la coquetterie :

Henrion me taxait de pudibonderie

Et vous, vous douteriez de mon honnêteté ?

Romeo

D'autres en douteraient ; moi j'en ai peu douté. .Je crois que votre corps est resté très honnête ; Mais votre fime, qui court de oonquête en conquête, Pourrait bien l'entraîner un jour dans le ruisseau.

Rosine

«Ciel I que dites* vous-li ?

Romeo

Je dis que le vaisseau -*Qui du grand MaêlstrOm longe toujours le goxxSre Pinira par sombrer.

ROSINÎI

Vous savez que je souffre Vos reproches cruels, souvent immérités, De grâce, épargnez-moi ces gracieusetés.

ROMBO

C'est dans votre intérêt. N'en soyez pas froissée. Ce n'est plus le dépit, la vanité blessée Qui me font maintenant vous signaler l'écueil. Votre amour est un mythe et j'en ai fait mon deuil, Mais l'amitié subsiste et je n'ai pas de haine. Je ne veux pas vraiment vous causer de la peine. Je joue un rôle ingrat : le rôle de censeur.

Comme on aime une mère, une fille, une sœur.

Je vous aime et vous veux du bien.

Rosine

Très honorée !

C'est bientôt fait : On dit â l'amante éplorée : « Je ne vous aime plus mais je vous veux du bien." Homme de bon conseil, puisque le seul lien Qui vous unisse encore â mon sort autorise Le reproche amical qui brûle et cautérise Tous les vilains défauts dont mon être est rempli. Parlez. Je vous écoute.

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