LA FETE DES CHATS
Le chanoine sortait,
Le charron s'emportait,
Le charretier portait
Sur l'épaule son fouet ;
Mais bientôt, consterné.
Chacun d'eux, batonné
Par tous les chagrinés,
Fit un énorme nez.
Les vieux chafouins n'trouvaieijt plus la chatière,. Les chamailleurs effrayaient la portière, L'charivari dura l'année entière
Et les vieux ratons Se régalèrent des croûtons, Des croûtons.
cYaCELLEHT
Vouloir gouverner la province Avec un portefeuilF trop mince, Â moins d'avoir le bras très long,
Ça n'est pas bon. (bis) Mais, lorsque vos fonds sont en baisse, Plonger vos deux mains dans la caisse Et vous servir copieusement,
C't'excellent. (bis)
J'admets qu'en thèse générale, Proclamer semblable morale, Cest trop s'émanciper : au fond, Ça n'est pas bon. (bis)
Mais, lorsqae nos deux capitales S'endorment au bruit des scandales, Chacun se dit : L'gouvernement, C't'excellent. (bis)
Loin d'avoir des mœurs trop austères, Il paraît qu'certains ministères Scandalisent l'opposition.
Ça n'est pas bon. (bis) S'ils savaient partager en frères.
Combien de leurs juges sévères Diraient qu'un vol fait habil'ment
C't'excellent ?(fti«)
Voulant fair' couronner sa flamme.
S'attacher aux pas d'une femme Et rejoindre un vieux laideron
Ça n'est pas bon. (bis) Mais qu'une accorte et belle fille Pour vous se montre bien gentille Quand vous l'aimez éperdument,
C't'excellent.^(6w)
S'emballer pour la politique Bans un sièole où chacun pratique Le culte infernal de Mammon,
Ça n'est pas bon. (bis) Du gâteau voulez- vous un' tranche ?
Tenez- vous du côté du manche :
Pour vous mett' que'qu'chose sous la dent
C't'excellent. (his)
Après avoir fait un' malice, Taquiner un homm' de police, Quand il est armé d'son bâton,
Ça n'est pas bon. (bis) Pour régler un' mauvaise affaire, La violenc' n'est pas nécessaire.
Servez-vous plutôt d'votre argent,
C't'excellent. (bis)
Vouloir imiter de Corneille La factur' de vers sans pareille.
Lorsqu'on rimaille une chanson :
Ça n'est pas bon. (his)
2i BOUTADES ET BÂTEBIEft
Mais, pour aligner plus de strophes.
Multiplier les apostrophes Et s'exprimer volgûrement, C't'excellent. (hU)
L'OPFOIITIIIISTE
l'opportuniste
Sur PAir The Vicar of Bray
Aux jours sombres de nos malheurs, Où nos dignes ancêtres
Avaient contre eux les gouverneurs, Flanqués de quelques traîtres Je conseillais à tout venant De bien courber l'échiné ;
J'apprenais, en me prosternant.
Mon rôle de machine.
REFRAIN
Jusqu'au trépas,
Suivre les pas Des puissants de la terre ;
Voilà ma loi :
J'approuve, moi.
Le dernier ministère.
38 BOUTADES ET EÊVEUIES
Un jour, le peuple s'insurgea
Contre l'oligarchie :
Mon flair aussitôt me rangea
Avec la monarchie.
J'avais prévu, de prime abord,
Le succès des despotes.
Et j'abandonnai, sans remord,
Nos braves patriotes.
Jusqu'au trépas,
Suivre les pas Des puissants de la terre ;
Voilà ma loi :
J'approuve, moi.
Le dernier ministère.
Lorsque du sang de nos héros Surgirent nos franchises.
Je rendis grâce aux libéraux Des libertés conquises.
Tant qu'ils restèrent les plus forts Je demeurai fidèle.
l'opportuniste 39
Puis je devins, sans grands efforts Un tory plein de zèle,
Jusqu'au trépas,
Suivre les pas Des puissants de la terre ;
Voilà ma loi :
J'approuve, moi.
Le dernier ministère.
Deux fois les Métis ont lutté
Contre nos militaires, En disputant leur liberté
A d'orgueilleux sectaires.
J'ai, pour leur chef assassiné,
Eu d'hypocrites larmes ; Mais je n'ai pas abandonné
Le pouvon* et ses charmes.
Jusqu'au trépas, Suivre les pas Des puissants de la terre ; Voilà ma loi :
40 BOUTADES ET RJÈVERIES
J'approuve, moi, Le dernier ministère.
A Québec, j'étais pour Mercier
Lorsqu'il tenait la caisse ; Puisqu'on ose le remercier,
Sa fortune est en baisse.
J'approuverai le potentat
Qui l'a mis à la porte.
Car, moi, je juge un coup d'état
Par ce qu'il me rapporte.
Jusqu'au trépas,
Suivre les pas Des puissants de la terre ;.
Voilà ma loi :
J'approuve, moi.
Le dernier ministère.
Si Mercier revient au pouvoir,.
Qu' Abbott aussi surnage,.
l'opportuniste 41
Avec les deux, il faudra voir
A faire bon ménage.
Mettant la sourdine aux éclats
De ma voix trop vibrante, Je plongerai dans tous les plats
Ma micouenne encombrante.
Jusqu'au trépas,
Suivre les pas Des puissants de la terre ;
Voilà ma loi :
J'approuve, moi.
Le dernier ministère.
U ClROnE
LA CAROÏÏE
Longtemps j'ai mûri le projet D'une chanson dont le sujet En la tête me trotte, Oui bien, J'vais chanter la carotte, Vous m'entendez bien.
La carott' mène eu paradis :
Plus d'un solitaire, jadis.
Pour vivre dans sa grotte.
Oui bien, Cultivait la carotte, Vous m'entendez bien.
Dans notre siècle corrompu, Quel exploiteur archi-repu N'a pas pris pour marotte, Oui bien, D'cultiver la carotte ?
Vous m'entendez bien.
La politique a ses secrets Que dévoilent les indiscrets :
Boodlers, faux patriotes,
Oui bien,
Tout l'mond' tir' la carotte,
Vous m'entendez bien.
Chez nous les banquets sont fréquents Et les discours bien éloquents.
Lorsque tout l'mond' sirote.
Oui bien.
Le produit d'ia carotte, Vous m'entendez bien.
Succédant au jeune braillard, On entend parfois le viellard.