LA CAROTTE
D'une voix qui chevrote, Oui bien, Exalter la carotte Vous m'entendez bien.
Le journalisme est un chardon :
C'est pas moelleux comm' l'édredon.
Mais plus d'un an' s'y frotte.
Oui bien.
Pour tirer la carotte, Vous m'entendez bien.
Qu'en a composé la chanson :
Du pressier c'est le p'tit garçon, Qu'aime la fill' du prote.
Oui bien, Qu'a les ch'veux blonds carotte^ Vous m'entendez bien.
L'E rniET
lE MUET
Un marchand de son en démence Sa marchandise remuait :
Il cherchait l'air d'une romance Pour un ténor sourd et muet ; Devant une rime en souffrance, iSon front pâlissait et muait ; •Cette rime, étant le mot France, Se terminait par l'e muet.
Précisément, cette finale Juste sous ma note émue est, Dit-il, ô syllabe infernale.
Lettre que mon cœur ému hait
52 BOUTADES ET BâVERlES
Jadis, la charmante Ëlodie, Quand je chantais. Je taime^ huait Le chanteur et sa mélodie.
Moi je faisais un nez muet.
Elle avait bien raison, dit Suite.
Euh ! Vous n'aimiez donc qu'à regret ?
Je t'aime, euh, euh ! c'est une insulte, Euh ! euh ! Vous étiez indiscret.
Euh, euh ! J'en ai la chair de poule, Pourquoi votre gosier fluet. Pond-il tous ces euhs pour la foule En prolongeant un nez muet?
L'e muet, répond Lavallée, Est la trémolo des amours :
On l'a fermé dans la vallée Où la Garonne suit son cours ; Je t aimé se dit à Toulouse ; En Gascogne, sans e muet, La jeune fille, au rang d'épouse Aspire, et souvent promue est.
L'e fermé, ferme de la sorte La bouche aux tendre jouvenceaux Que la fureur des euhs transporte Au point qu'ils font peur aux oiseaux, Laissons les hôtes des bocages Nous fabriquer des œufs parfaits Et transformons sur cent visages Cent trompettes en nez muets.
Montréal, 2é janviee 1890.