Coups d'ailes
Oyez, oyez, les jouvenceaux ; Oyez, oyez, les jouvencelles ; Nous sommes de petits oiseaux ; Ce sont là nos premiers coups d'ailes.
Jl était Urje foi^ , 6 Qiié, U9 coeifr y peilf.ô gi/é,rpa ipîe!
La main de ma mère
0 la douce main de ma mère
Toi qui me berçais chaque soir
Et qui guidais avec mystère,
Mes premiers pas tout pleins d'espoir
Main qui ne fuyais point la peine
Et qui veillais souvent, la nuit,
Pour finir le tricot de laine
0 main qui travaillais sans bruit.
0 main qui fus mes seules armes Contre la douleur et l'effroi, Qui séchas mes premières larmes ; Main qui ne craignis que pour moi Toi qui cherchas toujours à plaire, 0 main plus pure que les lys, 0 petite main de ma mère, Je t'aime encor comme jadis !
La lettre
Toute mignonne encor, Et fraîche et parfumée, Avec son cachet d'or, Son écriture aimée,
Elle est là devant moi.
Son enveloppe rose, De mon subit émoi Est sans doute la cause.
Lettre qui vient de loin, Lettre mystérieuse, Charmant et sûr témoin D'une pensée heureuse.
Je t'aime ô petit rien Aussi vieux que le monde, Et fidèle gardien D'une amitié profonde.
Tu rends l'exil plus doux, L'absence plus légère ; Des secrets les plus fous Tu te fais messagère.
Reviens, reviens souvent Parler de ceux que j'aime, Et laisse-moi rêvant :
Tu vaux plus qu'un poème !
ENVOLEE 17
La lettre est une fleur Plus légère qu'une aile :
C'est un peu de son coeur Qu'on envoie avec elle.
Vieill
es choses
J'aime les vieilles choses :
Il s'y cache souvent Tout comme chez les roses Un parfum enivrant,
Un doux parfum qui monte Des recoins du passé, Joint au charme d'un conte Autrefois commencé.
Aïeules qu'on exile, Elles voudraient mourir Sans connaître l'asile Au fond du souvenir.
Une pensée y flotte Avec un rêve d'or ; Une très vieille note Semble y vibrer encor.
C'est pourquoi je les aime :
Vieux livres, vieux tableaux, Et vieilles maisons même :
Des riens, des bibelots
C'est une ancienne chaise Au bienveillant accueil :
Je m'y sens plus à l'aise Qu'en un riche fauteuil.
ENVOLEE 21
Et puis c'est une table D'où ne s'élève plus Le rire délectable Des convives perdus.
C'est une toile, un livre, Une médaille enfin, Ou bien un sou de cuivre Dans un vieux parchemin.
Ils sont tous laids peut-être ; Pour eux le temps est dur !
Mais le ciel y fait naître Toujours un peu d'azur
J'aime les vieilles choses, Les choses d'autrefois :
C'est un bouquet de roses Pour la table des rois.
Orgue de barbarie
Qui ne connaît le pauvre gueux Et son orgue de Barbarie ?
Il vient de loin, il est bien vieux, N'a point d'âge et point de patrie.
Sous le soleil, le froid, le vent, Avec sa boîte de musique Que toujours il pousse devant, Il va d'un air mélancolique.
Par moment, il s'arrête, las . . .
De l'instrument, l'ami fidèle Qui rend parfois des sons de glas, Il tourne alors la manivelle.
Morceaux tristes, hymnes guerriers, Polkas, gavottes et quadrilles, Chansons de rue et de métiers, Complaintes, romances gentilles
Remplissent l'air. Les enfants fous, Etonnés de ce répertoire, Battent des mains, jettent des sous . . L'homme rit à cet auditoire.
Et peut-être chez ces marmots, Voit-il revivre sa jeunesse, Avec tous ses riants propos Pleins d'amour et de gentillesse ?
ENVOLEE 25
Connaissez-vous le pauvre gueux Et son orgue de Barbarie ? Il vient de loin, il est bien vieux, N'a ni famille, ni patrie
Vieux chapelet
C'est un vieux chapelet tout noir et tout usé. Quelqu'un me l'a donné, jadis. Quel est son âge ? Dix ans au moins, peut être vingt, ou davantage : Le coeur des vieux objets est si vite brisé . . .
Point de croix d'or, point de pierres rouges ou vertes ; Mais de pauvres grains noirs trouvés je ne sais où, Un Christ de plomb qui n'est certes pas un bijou, Une chaîne qui ne sort pas de mains expertes.
Qu'importe tout cela ? J'aime mon chapelet, Et je me plais parfois à lui faire une histoire Pleine de merveilleux, d'infortune et de gloire, Et qu'agrémente encor le charme d'un secret.
C'est un bon compagnon, c'est un ami fidèle. Et lorsque sous les doigts s'égrènent un à un Les modestes avé, c'est comme si quelqu'un, Dans l'ombre, près de moi, faisait de la dentelle.
La bouche alors voudrait ne plus balbutier ; Le coeur oublie un peu le poids de ses misères Et se remet à croire aux paroles sincères : Sur les vieux chapelets l'âme sait mieux prier !
Les yeux de nos mamans
Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux.
(Sully Prudhomme)
Quand la mort voile les prunelles Des yeux charmeurs de nos mamans, Quand les anges tendent leurs ailes Pour couvrir ces regards mourants,
Gardons dans l'âme l'espérance Qu'ils ne sont pas morts à jamais Ces yeux qui parlaient de vaillance Et ne pouvaient pas être laids.
Doux yeux d'amour et de jeunesse Qui brillaient tout près d'un berceau ; Grands yeux songeurs, pleins de tendresse Pour l'enfant, pour l'homme nouveau !
Eux si purs au soir de la vie
Et si beaux sous les cheveux blancs
Qu'on les aimait à la folie,
Sans compter le nombre des ans !
Hélas ! les paupières sont closes, Les pauvres yeux ne nous voient pas.
Sont-ils, comme les vieilles choses, Perdus dans l'infini, là-bas ?
Oh non ! les doux yeux de nos mères Ne sont pas fermés pour toujours :
Ils ont connu trop de misères!
Ils ont pleuré sur trop d'amours !
ENVOLEE 31
Là-haut disparaissent les voiles Qui leur cachaient la vérité.
Les yeux deviennent des étoiles Et brillent pour l'éternité.
on oiseau
J'avais un petit oiseau, Plume jaune et tête fine, Alouette ou passereau.
J'avais un petit oiseau, Un petit oiseau de Chine.
Il turlutait tout le jour, Pauvre isolé dans sa cage ; Sans cesse en faisait le tour, Et me charmait tout le jour Par son gentil babillage.
Il fut ainsi tout l'été ;
Mais quand arriva novembre
L'oiseau cessa de chanter.
Il fut ainsi tout l'été :
La joie emplissait ma chambre.
Il est mort un soir d'hiver. En des régions plus belles Il aura l'espace et l'air.
Et c'était un soir d'hiver :
L'oiseau referma ses ailes . .
Car en son âme d'oiseau, Il avait rêvé peut-être Revoir le ciel pur et chaud Où sa chère âme d'oiseau, Un jour, espérait renaître.
Ret
enue
Pour n'avoir pas su ma leçon J'irai demain en retenue.
C'est exiger forte rançon Pour une chose si menue !
Au lieu de rire et de chanter, Cent fois je copierai la page Que je n'ai pas pu réciter :
C'est le retour à l'esclavage !
Comme tableau j'aurai les murs D'une classe à l'air de cellule ; Comme jouets, des mots obscurs, Pour compagnon, l'ami Catulle.
Sous la règle il faudra plier Et noircir des pages, sans trêve.
Dans le fond de mon encrier Je verrai se noyer mon rêve.
Car c'est une loi de souffrir Par le prochain, durant la vie.
Je souffrirai sans discourir, Avec saine philosophie,
Et me croirai peut-être absous, Quand l'horloge libératrice Mettra fin par de petits coups, A cette criante injustice.
En cl
classe
Il pleut aujourd'hui, La nature est lasse.
Un voile d'ennui S'étend sur la classe.
Le grand tableau noir Prend d'étranges formes Et mieux qu'au dortoir, Les élèves dorment.
Ils dorment heureux Bien loin des orages.
Ils ont clos leurs yeux En tournant les pages.
Le doux ronflement, Cause du scandale, Semble par moment Monter en rafale.
Par fatalité La leçon d'algèbre A moins de gaieté Qu'une hymne funèbre
Elle est sans écho Et la voix du maître, Sur un ton d'alto, Sort par la fenêtre . . .
ENVOLEE 39
Dieu ! quelles clameurs Troublent l'harmonie !
Holà, les dormeurs !
La classe est finie !
acances
Le brûlant soleil de midi Vient solliciter ma paresse ; Et j'ignore, en mon allégresse, Si c'est dimanche ou bien jeudi.
J'ai laissé de côté Virgile ; La nature est mon professeur, Et je me fais un point d'honneur D'être à tous ses orcTres docile.
Je me promène dans les champs, Je cause avec les violettes, Et les oiseaux, charmants poètes, Pour moi composent de doux chants.
Lorsqu'au clocher l'Angelus sonne, J'élève mon coeur près de Dieu, Et je crois voir dans le ciel bleu Le sourire de la Madone.
Avant de m'endormir le soir Je songe, en regardant la lune, A ce qu'était mon infortune Dans le silence du dortoir.
Quand je prends un livre d'images, Et sans que je sache pourquoi, Mes yeux se ferment malgré moi ; Et je rêve en tournant les pages.
ENVOLEE 43
C'est ainsi que passent les jours C'est ainsi que j'aime la vie ; Et je ne porte pas envie, A qui cherche d'autres amours.
Point de soucis, point de souffrances L'espoir, le rêve et le plaisir.
Je ris, je chante et mon désir C'est d'être toujours en vacances.
e vieux banc
C'était un vieux banc tout cassé par l'âge, Posé par hasard au bord du chemin ; Un de ces vieux bancs qu'a noirci l'usage, Où le passé chante un très doux refrain.
Nul ne connaissait sa première histoire. Oh ! s'il avait pu nous parler à nous, Et scruter sans bruit sa vieille mémoire Où dormaient son rêve et ses espoirs fous !
Il était couvert de nos écritures Et chacun pouvait, en cherchant un peu, Y lire son nom parmi les ratures :
Derrière le nom se lisait l'aveu.
Car notre vieux banc servait de refuge A ceux qui voulaient se parler d'amour. Et j'en sais plus d'un qui le prit pour juge Des serments et des promesses d'un jour.
Hélas ! comme ceux qui n'ont plus de maître,
Par un jour d'hiver il s'en est allé
Un ange du ciel l'avait pris peut-être, Et peut-être aussi l'avait-on brûlé ?
Je n'ai plus revu cet ami d'enfance.
Mais je songe encore au vieux banc de bois Dont le souvenir, comme une romance, Joyeux vient bercer mon âme parfois.
Premier pas
Papa se sent stupéfait ; Maman sourit en silence :
Bébé ce matin a fait Le premier pas de l'enfance.
Il s'agissait pour Bébé De traverser sa chambrette.
Et tout cela, sans tomber :
Quelle prouesse d'athlète !
L/enfant est sorti vainqueur D'une épreuve dure en somme.
Maman chante dans son coeur « Mon Bébé, tu deviens homme.
« Ton premier pas te grandit, « Cher ange, aux yeux de ta mère.
« Quand je te vois si hardi, « Le sais-tu ? que je suis fière !
Papa se sent stupéfait ; Maman est toute ravie :
Bébé ce matin a fait Son premier pas dans la vie.
Blessure
A bas de son carosse Petit Pierre est tombé îl s'est fait une bosse.
Ah ! le pauvre bébé !
Vite maman s'empresse Pour relever l'enfant ; D'une main le caresse, Et soudain voit du sang
Qui s'écoule et qui brille Dans les cheveux soyeux.
Une larme scintille Alors en ses grands yeux.
0 première blessure !
0 premier sang versé !
0 la simple éraflure î 0 le Bébé blessé !
on neveu
Petit Pierre est venu m'embrasser tout à l'heure Il est resté dix jours, seul au milieu de nous. Maintenant il s'en va joyeux, et moi je pleure : C'est la gaieté qui part avec ses rires fous . . .
Par son air enjoué, petit Pierre m'attire. Un rayon de soleil brille sur ses cheveux ; Sur sa lèvre, le mot finit par un sourire . . . Un ange a mis, je crois, tout le ciel en ses yeux.
Un rien l'amuse, un rien peut amener les larmes ; Il aime les oiseaux, les bonbons et les fleurs. Pour l'enfant de trois ans la vie a bien des charmes Que ternissent plus tard le temps et les malheurs.
Il voudrait tout savoir sans peine et tout comprendre Quand* il parle, toujours revient le mot : pourquoi ? Il sait dire : je veux ; mais ne sait pas attendre. Il n'a pas de royaume, et voudrait être roi.
Mais un oncle, dit-on, doit se montrer sévère Il me semble que j'ai déjà des cheveux blancs ; Tout comme les vieillards je regarde en arrière, Et je me prends alors à n'avoir que trois ans.
Cercle de couture
Le cercle est au complet : en tout six demoiselles. Dans le salon où flotte un air d'intimité, Elles vont coudre et rire et babiller entre elles, Et vers cinq heures, prendre une tasse de thé.
Ces tricots et ces bas, ces laines, ces flanelles, A des pauvres, demain, parleront de bonté. Mais ceux qui les auront ne connaîtront pas celles Qui savent faire en souriant la charité.
Comme il est beau ! comme il respire la noblesse Ce geste où vous mettez toute votre jeunesse Et qui vous donne l'air de petites mamans . . .
Lorsque vous travaillez, charmantes jeunes filles, Entre vos doigts de fée on croit voir les aiguilles Se changer, dans le soir, en de fins diamants.
Repentir
J'ai cru que j'étais en colère ; Mais aujourd'hui, j'en suis confus. Pour oublier cela, que faire ?
Je ne sais plus.
Avouez cependant, ma mie, Qu'il était dur votre refus.
De votre innocente ironie Je ne veux plus.
Peut-être enfin, suis-je coupable ?
Vous Têtes peut-être au surplus ?
Que ce soit vous ou moi blâmable, Je ne vois plus.
L'homme souvent cède à la femme Ma foi, vous aurez le dessus.
Mais alors vous devrez, madame, N'y penser plus.
Avec le temps le mal s'envole.
Oubliez les mots superflus.
A mon humeur plus ou moins folle Ne croyez plus.
J'ai cru que j'étais en colère ; Mais aujourd'hui j'en suis confus.
Pour oublier cela, que faire ?
N'en parlons plus.
Rondel
Ne niez pas, car je sais tout Ce que pense une demoiselle Comme vous amoureuse et belle Vous avez rêvé d'un bijou.
Au reste, vous avez bon goût.
Rêvez bijou, rêvez dentelle !
Ne niez pas, car je sais tout Ce que pense une demoiselle.
Mais il n'en est pas, de beaucoup, Un plus fin que votre prunelle Où le rêve se renouvelle.
Et par votre gentil frou-frou, Ne niez pas, car je sais tout Ce que pense une demoiselle.
Première neige
Il neige, et les poussières blanches Semblent dire : Vive l'hiver, Les tempêtes, les avalanches, La bise qui souffle dans l'air.
Les flocons volent dans l'espace Et vont se perdre chaque fois, Emportés par le vent qui passe, Comme les feuilles de nos bois.
Bébé qui mord dans une pomme,
Ravi, compte les flocons blancs.
Ah ! qu'il voudrait, grand comme un homme,
Glisser là-bas sur les étangs !
Un pauvre enfant aussi regarde La belle neige du bon Dieu, Seul et tremblant dans sa mansarde, A la chaleur il dit adieu.
Lui, l'enfant qui n'a plus de mère, Dans ces flocons, hélas ne voit Que froid, que faim et peine amère, Longs jours sans feu, sous un vieux toit.
Bébé, derrière ta fenêtre, A l'abri du froid et des vents, Si tu pouvais vraiment connaître Ce qu'ont de dur tes flocons blancs !
Le retour de l'Aiglon
La France redemandera les restes de l'Aiglon.
(Les journaux)
Enfin, ô petit duc, tu t'en reviens chez toi, De clocher en clocher porté par la victoire ; Tu t'en reviens dormir dans un tombeau de roi, Enfant dont le nom seul refait toute une histoire.
Et c'est nous qui marchons sans demander pourquoi, Soldats dont l'existence est un long offertoire, Nous tous pour qui mourir est un acte de foi, C'est nous qui t'avons pris, dans un souffle de gloire !
Va, petit, ils ont fui cette fois, c'est certain ; Et Chanteclerc pourra, dans le bleu du matin, Lancer comme jadis sa chanson d'espérance.
Et toi, pour qui l'Autriche est l'immense tombeau, Aux plaines de Wagram repose en paix, Flambeau L'Aiglon revient planer sous le ciel de la France.
Les voix qui montent