LA FOULE
Toi, poète ? Mais tu n'es qu'un rêveur,
Un scribe acharné qui flatte la Muse !
Tu chantes toujours et te crois sauveur ;
Dans ton rêve fou tu n'as pas d'excuse.
A ton seul esprit bornant l'univers,
Tu pourrais porter îe deuil d'une rose ;
Et tu veux écrire en de mauvais vers
Ce que nous pouvons bien mieux dire en prose.
De ton cercle étroit tu sors par instants : C'est pour nous parler alors de l'Idée, Du charme trompeur que prennent les ans, Du coeur noble et fier, de l'âme obsédée. Méprisé de tous, tu crois à l'espoir, Et tu vois partout le beau de la vie. Tu berces ton âme au mot de devoir ; Tu voudrais mourir pour une patrie . . . Pauvre fou ! pourquoi t'acharner encor A poursuivre seul le plus vain des rêves ? La vie est un mot ! Le bonheur c'est l'or. Profite aujourd'hui des heures trop brèves