SUPERSTITIONS PASCALES
le signe de la croix ! C'est du pain bénit de cette année, à preuve que c'est le nouveau boulanger qui l'a fait. Tu ferais bien mieux, chétif, de prier le bon Dieu que de rire de plus vieux que toi. Ce n'est pas quand on a été baptisé sous condition qu'on peut se moquer des choses saintes !
Les rieurs furent du bord de la vieille.
Quelques hommes arrivèrent aves leurs fusils, qu'ils déchargèrent en même temps. On espérait par ce moyen, grâce à la commotion de l'air et de l'eau, faire sourdre le cadavre ; il n'en fut rien. La nuit était venue, on cessa les recherches ; mais on les reprit à bonne heure le lendemain, et le corps fut retrouvé à l'endroit même où il s'était englouti.
Je vous avoue que depuis cette date je n'ai plus guère cru à reflâcacité du pain bénit dans la pêche aux noyés.
Ces petites superstitions sont bien anodines, bien inofFensives, et les gens qui les ont sont peutêtre meilleurs chrétiens que ceux qui mettent tout en question, hors le dogme.
C'est la grâce que je leur souhaite avec de bonnes Pâques.
JOSEPH CAUUETTE
Il y a déjà six mois que s'est éteint, au monastère du Précieux-Sang, à Saint-Hyacinthe, un vieillard de quatre-vingt-six ans dont la renommée aux cent bouches ne s'est jamais égosillée à chanter la louange, mais dont il sera peut-être un jour grandement question. C'était un humble forgeron qui tapait dur sur l'enclume, du soleil levant au soleil couché ; brusque, fort et brave, un honnête homme doublé d'un bon chrétien, le type de l'artisan canadien-français. Quand je l'ai connu, il y aura bientôt trente ans, c'était ï)resque un vieillard ; il jouissait de l'aisance, sa famille était élevée, il semblait qu'il ne dût plus qu'asj)irer au repos. Combien longtemps, cependant, n'a-t-il pas continué à jouer du marteau dans sa boutique de forge, que j'aperçois ouvrant sa large porte sur la cocj[uette rivière Yamaska !
Cet homme s'appelait le père Joseph Caouette. Quand même j'aurais oublié son nom de baptême, il ne court aucun risque d'être confondu avec un autre : il était le père de la sœur Caouette, la fondatrice du monastère du Précieux-Sang.
A cette époque, la sœur Caouette n'appartenait encore qu'au tiers-ordre de saint Dominique, elle vivait dans le monde, ou plutôt à l'église, au cou-